Chapitre 4 : Sur les petits chemins…
Anko avait été conviée au cours de sa
carrière en dent de scie déjà à réclamer
un grand nombre d'audiences. Elle savait donc par habitude que
quelle que soit l'urgence de la situation, elle commençait
toujours par une attente dans une quelconque antichambre. Cette
fois-ci, c'était un peu différent et donc, Ako avait
choisi d'opérer autrement faisant fit des leçons de
politesse de son maître. La salle d'attente était plus
luxueuse que la normale et dans des circonstances ordinaires pour
tromper son ennui, elle se serait peut être amusée à
passer en revu le décors pour juger si il était à
la auteur de son esthétisme.
Elle n'avait pas le choix
en se rendant ici : Orochimaru lui avait demandé d'éliminer
la preuve au sujet de ses petits « oublis » sans savoir
où elle se trouvait. Cela pouvait être n'importe où
au pays du riz. Elle était partie aussitôt après
l'ordre de mission, se jouant des postes de gardes et du règlement
officiel de Konoha, sachant par avance que son maître lui
arrangerait les quelques détails liés à son
absence imprévue à durée indéterminée.
La seule piste qu'elle avait était les deux Anbu chargés
de ramener la preuve. Le mode de déplacement Anbu n'avait
rien de commun avec celui dit traditionnel des ninja. Il était
beaucoup plus rapide et efficace mais avait au moins un désavantage
: il était éprouvant physiquement.
Anko se satisfit
encore une fois d'avoir envoyé son clone contacter ses
hommes. L'intérêt de cette technique de Genjutsu était
que le clone n'était pas limité aux contraintes
humaines comme l'épuisement et que l'utilisateur (si il
possédait une bonne expérience et maîtrise)
pouvait le manipuler à très longue distance.
L'originale estimait avoir à peine une heure d'avance
sur eux.
L'attente ne fut pas aussi rébarbative que
prévue car lorsque son contact sortit de la pièce, une
ombre se mouva d'un coin de la pièce, alors dissimulé
parfaitement par une statue imposante et atterrit agilement à
coté de la porte. Elle était accompagnée d'un
visage bien familier. Pour donner une idée de sa taille, la
tête du clone d'Anko arrivait à peine à la
hauteur de sa poitrine et ses épaules étaient beaucoup
plus larges que celle de la jeune femme au corps élancé.
Il fixait la pièce d'un air mauvais à sa recherche.
Une vieille cicatrice barrait son œil droit. Ses gros doigts
boudinés caressaient distraitement sa barbe. A voir son
imposant crâne chauve fumer à rechercher l'intrus, le
clone invisible ne pus s'empêcher de sourire.
Finalement,
il fit signe à l'autre de le suivre en émettant un
grognement. Sa façon de s'exprimer n'avait finalement pas
beaucoup changée à lui aussi… Au moins, il n'était
pas difficile de cerner sa personnalité tout comme l'autre.
Beaucoup plus petit et fin, on aurait presque pensé que sous
ses traits, ses lunettes aux verres noires et son chapeau melon belge
qu'un démon s'était chargé de dessiner ses
traits humains en s'inspirant de reptiles.
Ils ne s'étaient
pas reparlé depuis la mission d'il y a quelques mois
consistant à retrouver –ou plutôt massacrer- des
renégats gênant les activités parallèles
de son maître. La réplique d'Anko se lécha la
lèvre supérieure en se remémorant ce souvenir
assez inoubliable dans le genre. Sans rentrer dans les détails,
on pouvait dire qu'ils avaient fait un bon boulot sans faire dans
la dentelle.
Facilement manipulables car limités
intellectuellement, Orochimaru aimait les associer elle et eux car il
avait toute confiance en ses dons de persuasion et tactique. Ils
avaient aussi passé plusieurs fois par les mains chirurgicales
du ninja légendaire, les améliorant quelque peu au
détriment de leur physique (qui au moins du départ,
n'avaient jamais été très généreux
à en voir les « photos souvenirs » de leurs
dossiers respectifs.)
Le moment était donc venu de refaire
pour une dernière fois « équipe » ensemble.
Les deux hommes passèrent devant le clone sans le
remarquer pour rejoindre, peut être leurs appartements ou plus
vraisemblablement le prochain bar. La réplique d'Anko les
laissa passer devant elle comme si de rien était. La raison de
son non agacement devant ce manque flagrant de vigilance (quel gachis
d'avoir passé autant de temps à les entraîner à
la détection de Genjutsu !) était qu'elle effectuait
et marmonnait depuis quelques secondes une technique avec une série
de signes assez complexe et long.
- Juzoh ? l'appela-t-elle de
la voix la plus sensuelle qu'elle pu au moment d'achever sa
technique.
Surpris et quelque peu agacé par cette
intrusion, l'interpellé se retourna pour se retrouver face à
une splendide jeune femme, des cheveux mauves attachés
derrières en bataille dont certaines mèches retombaient
sur son front mettant en valeur son regard. Anko plissa un sourcil en
le regardant et lui sourit comme si de rien était, pour
dissimuler son amusement. Les effets de sa technique s'avérèrent
concluants. Ils lui obéiraient au doigt et à l'œil
pendant un certain temps de nouveau.
Enfin, jusqu'à la
fin cette fois-ci, rajouta l'Anko originale pour elle-même
amèrement à voix haute continuant son périple
d'arbres en arbres.
Dans l'atelier dévasté,
un calme tendu régnait en même temps que le désordre
et l'incompréhension soulevés en quelques minutes.
Jotaro était étendu sur le sol, son regard planté
sur deux hommes se tenant face à face. Lorsque Saya s'était
mise à crier, Jotaro avait fermé les yeux s'attendant
à recevoir le coup de grâce… qui ne vint jamais. Le
géant à l'apparence de requin venait de suspendre son
geste, immobilisé par une sorte de lianes en forme de
poutrelles en bois échappées du sol venues
s'entortiller le long de son corps. Jotaro fut alors obligé
de se boucher les oreilles pour se protéger du hurlement
presque strident émis par Saya.
Au bout d'un moment, il
remarqua du coin de l'œil que l'assassin parut alors plus
affecté que les autres, la douleur déformant ses traits
comme si ils avaient été comme figés dans une
expression indéfinissable, mélange de douleur et de
colère impuissante dévoilant la blancheur de ses dents
serrées. Ses crocs dénudés luisaient d'une
salive d'extase et un léger grondement se faisait entendre.
Un autre type se dessina alors dans son dos, au moment où
le géant se laissait doucement glisser à terre, les
traits de son visage définitivement statufiés. Plus
jeune et légèrement plus petit que Jotaro, l'homme en
cuir noir avança d'un pas à la fois lent et calculé
en leur direction, le regard observant attentivement tour à
tour les personnes présentes.
L'assassin était la
personne la plus impressionnante qu'il avait rencontré
jusqu'à présent et surtout vaincue par quelque chose
d'aussi étrange qu'un hurlement de Saya. Repoussant une
mèche de cheveux, l'homme qui s'était présenté
sous le nom de Uchiwa Shisui était incroyable, exsudant une
impression de concentration et une détermination sans faille.
A ce spectacle, Jotaro retint son souffle. Il comprit à son
regard pesant sur la créature que c'était le nouveau
venu l'instigateur de l'illusion et des poutrelles de bois
sorties du sol. A l'idée que lui aussi détienne un «
pouvoir » similaire au sien, Jotaro se sentait comme mal à
l'aise.
Jotaro lorgna du coin de l'œil le père et la
fille. Il n'était pas le seul à être secoué.
Saya tremblait de tous ses membres et son père s'était
rapproché d'elle pour l'étreindre de ses bras
protecteurs. Soulagé qu'ils aillent bien tous les deux,
Jotaro se livra à une intense et courte réflexion pour
savoir ce qu'ils pouvaient faire.
Le jeune homme se releva
lentement. De toute évidence, à en juger par le langage
corporel des deux individus, ils devaient avoir encore envie de
parler un peu plus longtemps dans le même genre.
Autant ne
pas les déranger plus longtemps.
Il pivota vers Saya et
son maître d'un regard qui voulait tout dire. Ce dernier
hocha du menton pour montrer son accord. Il n'y avait plus rien à
sauver ici, mieux valait tout laisser derrière soit.
La
seule solution était de fuir avant de quitter l'endroit les
pieds devant. Jotaro eut un coup d'œil éloquent en
direction de l'escalier. Le même hochement de tête lui
répondit mais plus statique.
La chose la plus
difficile à supporter, pensait Kisame, c'est vraiment de
rester calme et de chercher la meilleure solution.
La partie
n'était pas encore terminée.
Ce n'était
pas la première fois qu'il se retrouvait face à une
situation d'embuscade ou de faiblesse. Il cherchait maintenant à
reconsidérer la situation dans son intégralité
et de réfléchir au prochain mouvement à
effectuer.. Malgré les poutres de bois continuaient à
se resserrer, il regagnait petit à petit le contrôle de
son corps et son autre atout caché n'avait pas besoin d'être
à porter de sa main.
La surprise du chef en quelque sorte.
- Tu vas d'abord me dire qui t'as engagé, lui dit le
décoloré, sur un ton plus hautain que sévère.
Kisame faillit pouffer de rire à son nez et à sa
barbe mais il s'en abstena. 'Fallait avouer que la façon
de lui demander avait été assez cocasse. A son air, le
brave garçon était déjà sûr d'avoir
gagné.
Le décoloré s'agenouilla sur le sol
à coté de lui ce qui permit à Kisame de composer
plus en profondeur le personnage à travers son visage et ses
manières. Il était sacrément jeune pour un ninja
de cette qualité. Agé peut être de treize ans
tout au plus et plutôt beau garçon avec son coté
dévergonder, son regard écarlate semblait placide mais
il crut y reconnaître une lueur d'ambition vorace. Dans son
village, quasiment tout le monde la possédait contrairement à
la plupart des ninja de Konoha qu'il avait pu rencontrer ; c'était
assez étranger et curieux pour être soulevé.
L'étrange lueur rouge brillant dans ses yeux était si
sa mémoire ne le trompait pas, un puissant doujutsu. Ce devait
être le sharingan dont on lui parlait si souvent et cela
confirmait aussi son identité...
En baissant les yeux une
fraction de seconde, Kisame nota aussi –et il se surprit à
ne pas l'avoir remarqué en premier- un nombre assez
incroyable de petits stigmates cicatrisées à l'espace
de peau visible de ses bras, entre le blouson et les bandages de ses
avants bras. Kisame étudia finalement rapidement les mains
bandées de l'insolent : elles semblaient solides et aussi
calleuses que celles d'un maître ninja. C'était sans
doute un expert au combat à distance et aux armes de jet à
en juger par ses doigts fins et musclés aussi dans un drôle
d'état.
A travers ses analyses, Kisame en déduit
que ce type n'était pas l'autre assassin mais une sorte de
garde en faction afin par déduction, de protéger sa
cible. Kisame sourit intérieurement : si ses illusions étaient
parfaites, on ne pouvait vraiment pas en dire autant sur lui et la
manière dont il trahissait ses pensées.
Aseamon
devait être quelqu'un de plus puissant que ce qu'on lui
avait parlé pour se payer les services d'un tel ninja. Peut
être une plus belle cible que prévu mais à en
voir le grand père dans le fond en train de soutenir sa fille,
pas un problème en soit à éliminer. Il y avait
quelque chose qui clochait là-dessous : ce qui le retenait
contre sa volonté n'était pas un Genjutsu. Kisame
connaissait tous les petits trucs pour en venir à bout et
depuis tout à l'heure, il avait eu tout le loisir pour les
essayer sans succès. Si il ne se trompait pas, la technique
héréditaire de la manipulation du bois avait disparu
depuis très longtemps et il doutait que ce soit le vieux ou la
bourrique (Kisame s'était promis au moins de lui arracher
les cordes vocales pour avoir hurler comme ça) à
l'origine de ces lianes dérangeantes. Ni Shisui : ce n'était
pas son style.
Restait le nabot mais c'était trop
biscornu comme hypothèse pour être réelle.
D'un
geste vif et expert que Kisame avait sans peine calculé,
Shisui sortit de sa sacoche placée dans son dos un kunaï,
qu'il tint à l'envers pour menacer le cou céruléen
de son prisonnier.
- Epargne moi cette scène pitié,
siffla Kisame. A moins de me tromper complètement, je n'ai
jamais vu un sale gosse de Konoha aussi idiot. Je suis déjà
presque libre.
Ses paroles n'eurent bien sûr pas l'effet
escompté tout d'abord. Le décoloré continuait
à le fixer, les autres s'agitant derrière et lui
toujours à épier chacune des réactions du gamin.
Shisui baissa la tête, ses traits prenant une mine sombre dans
la poussière qui gravitait autour d'eux.
Mais à
la seconde suivante, il plissa les yeux et lui adressa un sourire
amusé tout en plissant les yeux.
- Ah… et si tu me
montrais ça ?
Kisame resta sans réaction pendant
une seconde et lui rendit la grimace de bonne grâce avant de se
mouver pour de bon. Le bois sous la pression des muscles se jouant
pour se libérer cédait bien plus vite qu'il ne
l'aurait crut. Shisui essaya de lui trancher la chair se situant
son cou. Le ninja de Kiri intercepta le Kunaï des dents avant de
glousser légèrement pendant que ses dents brisaient le
métal et que le bois continuait à se fracturer.
-
C'est tout ? demanda Kisame en malaxant une grande concentration de
chakra.
Les vitres de la pièce explosèrent dans un
terrible boucan de verre brisé au même moment que Kisame
rejetait dans un grognement ses bras au dessus de sa tête pour
se défaire des derniers résidus de bois, faisant
reculer Shisui contre son gré par le souffle de son chakra.
Se préparant à appeler mentalement Same-Hada,
l'homme à l'apparence de requin effectua un petit saut en
arrière tout en traçant des doigts les signes
nécessaires à une autre technique, heureux par avance
des réjouissances qui allaient suivre.
Shisui se
sentait comme complètement cerné devant cette
situation. Il n'avait pas prévu que Kisame possède
une telle force de caractère et maîtrise de son chakra.
Personne ne se relevait en général face à ses
illusions ou sinon se transformaient pendant un certain temps dans un
état végétatif, favorable à tout
interrogatoire sans difficulté. Mais il n'avait jamais
rencontré quelqu'un possédant une telle quantité
de chakra.
Sentant un mouvement à la périphérie
de son champ de vision, Shisui se baissa pour esquiver une première
slave d'éclats de verres fondant sur lui, une sorte de
pointe d'aiguilles cloutant le vide à grande vitesse. En se
rencontrant au vol, celles-ci se liquéfièrent retombant
sur lui. Baissant les yeux sur son corps, il vit une sorte de liquide
qui lui léchait son corps sans le mouiller mais faisant de lui
du coup une bien belle cible.
- Ninpo : camouflage dans la brume.
Rajouta Kisame en détachant bien avec plaisir chaque mot.
Le
monde s'enfuit beaucoup plus vite qu'habituellement sous un
brouillard épais et aveuglant, autre signe de l'incroyable
densité de chakra que possédait son adversaire.
Alors
que le monde se amoncelait de couches d'air gris sombre, Shisui
entendit quelque chose de gros et imposant se mettre à foncer
vers lui, raclant le bois du plancher à grande vitesse avec
lourdeur. L'Uchiwa effectua un saut agile sur le coté en
même temps qu'il saisissait de sa sacoche une autre paire de
projectiles. Entraîné depuis longtemps à
combattre au jugé mais privé du sharingan, Shisui se
retrouva à compter uniquement sur ses instincts guerriers.
Toujours aveugle, il entendit néanmoins l'arme imposante de
Kisame freiner ainsi que le bruit mat du manche retourner dans la
paume de la main de Kisame.
Ce détail troublant mis à
part, Shisui se mit à réfléchir aussi vite qu'il
le pouvait. Le sharingan pour le moment était inutile mais pas
inadapté comme le prouva la seconde suivante. Il eut l'image
d'une lame momifiée se préparant à fondre sur
lui. La lame momifiée de Same-Hada ne mordit jamais la chair,
fracassant à la place de nouveau le plancher. Fort de son
analyse et de ses capacités à prévoir, le
décoloré plongea de nouveau sur le coté pour
essayer de profiter de l'attaque pour se rapprocher de ceux qu'il
était chargé de protéger.
Mais sa tactique
temporisatrice ne fonctionna qu'à moitié. Kisame
maniait son arme d'une main experte et ne devait être
aucunement gêné par le poids de son arme. Il dégagea
sans problème son arme enfoncée dans le bois pour
transcender l'air dans un mouvement vertical assez vif pour lui
faucher ses jambes le déstabilisant pendant son saut.
Ponctuant son soulagement temporaire de ne pas avoir été
séparé de ses parties, Shisui sentit un curieux frisson
lui parcourir, le long de ses jambes pendant le cours instant au
cours du quel les bandelettes de l'arme avaient été
en contact avec le cuir du pantalon. L'épée, si ça
en été une ne coupait pas... mais émit une sorte
de vibration et un gargouillement que Shisui interpréta comme
une sorte de satisfaction ou de gloussement.
En même temps
qu'il amortissait sa chute en deux fois (la première en
s'aidant des mains), Shisui ouvrit et écarquilla des yeux
avant de les fermer aussi vite. Des vibrations douloureuses le
mordaient au fond des orbites accompagnant la fermeture de son
sharingan. Inspirant à fond et portant la main à ses
yeux, Shisui se rendit compte qu'il avait le souffle haletant. Il
entreprit d'essayer de réguler sa respiration afin de cacher
sa fatigue du mieux qu'il pouvait. Une grande partie de son chakra
s'était envolée sans aucune raison apparente.
Laissant glissé sa main vers sa bouche, Shisui fit le constat
de sa situation. Il était vraiment mal. L'air qu'avait
soulevé l'arme était déjà dissipé,
ne laissant aucun indice sur où pouvait se cacher Kisame.
Shisui pouvait discerner les silhouettes du père et de la
fille du coin de l'oeil, le jeune homme à coté de
lui. Il ne fallait pas qu'ils essaient de s'en mêler.
Shisui ne tenait pas à avoir à être confronté
à d'autres aléas dans cette situation.
- Restez
calme, dit il à l'attention des trois personnes dans son
dos. Restez tous les trois près de moi. Vous ne craignez rien.
Le ninja vérifia une nouvelle fois la position de ses
hôtes et recourut à une technique pour ralentir sa
respiration et réprimer les frissons qui menaçaient de
gêner ses réflexes.
Il n'avait plus que ça
faire en attendant de trouver une solution plus adaptée.
A
bonne distance, Jotaro arrivait à voir Shisui parfaitement
dans la brume. Il s'était relevé depuis peu et
pataugeait jusqu'aux genoux encore dans la poussière. L'air
était d'un froid assez mordant pour qu'il en ressente un
mal de dents à chaque inspiration. Il remettait en question
son plan.
Il fallait qu'ils sortent tous les trois, peu importe
les recommandations de leur sauveur. Ils n'avaient vraiment rien à
faire ici !
Shisui effectua une petite série de signe se
ponctuant par un croisement de ses deux index et majeur.
- Ninpo
: misu bunshin no jutsu ! (Technique ninja de clone aqueux), chuchota
t'il presque tandis qu'une apparence de plus en plus humaine se
dessinait à partir de la brume.
Jotaro ressentit quelque
chose à voir cette chose se matérialiser. Un souvenir
et une sensation lui revint. C'était comme si il savait
comment le ninja avait fait. C'était un sentiment confus et
irraisonné. Mal à l'aise, Jotaro essaya de chasser
cette émotion de ses pensées en vain.
Sur ses
gardes prêt à tout, Jotaro recula encore de quelques pas
non pas de frayeur mais par précaution. Réétudiant
ce qui s'était passé tout à l'heure, les
lianes de bois et son étrange détermination, le jeune
apprenti comprit quelque chose. En fermant les yeux, il arriva à
faire remonter à la surface des choses similaires qu'il
avait vu quelque chose qu'il avait vu faire par l'homme en armure
écarlate. Une vision d'un autre temps s'empara de lui.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, une vague de détermination
chaude remonta de sa poitrine jusqu'à ses yeux, embrasant
intérieurement ses iris. Le visage dilué dans sa propre
ombre, il était sûr de ce qu'il allait faire et des
moyens à mettre en œuvre.
Un gloussement se fit
entendre, sans que Shisui puisse distinguer de quelle direction il
provenait.
- Je suis déçu de ta stratégie,
Uchiwa. Se fit la voix railleuse de Kisame. Je t'aurais cru moins
limité.
Shisui se fendit de nouveau d'un magnifique
sourire.
- Hum…, fit simplement l' « Uchiwa » à
son tour railleur glissant sa main dans sa sacoche.
- C'est
tout ce que tu trouves à dire dans ta situation ? Se railla
Kisame.
- Aseamon-san, Saya et Jotaro. Ne vous inquiétez
pas : Vous ne craignez rien.
Shisui trouva enfin ce qu'il
cherchait et l'enfila. Il releva le nez, ne pouvant s'empêcher
de sourire.
- Kisame ; je vais t'apprendre une chose
aujourd'hui. Les ninja les plus forts n'ont pas besoin de parler
pour prouver leur supériorité. Ils le montrent par
leurs actes !
Il fit un petit geste du pouce de la main qui
venait de plonger dans sa poche comme pour allumer un briquet et la
posa au sol. Tout à coup, quelque chose d'électrifiant
se fit ressentir dans l'air avant de se répandre dans le sol
sous forme de vibrations circulaires faisant légèrement
onduler le plancher.
Pendant que l'Uchiwa se relevait avec
lenteur, quelque chose comme si un coup de vent fit dresser ses
cheveux vers leur pointes tandis qu'autour de lui la brume se
dégageait. Une sorte d'électricité statique
visible à l'œil nu apparut tout autour de lui et pendant un
court instant tandis que de nouveau dans ses iris viraient de nouveau
au pourpre.
- Hé, le décoloré… corna
Kisame, tu me prépares une autre illusion ?
- Peut être,
répondit il simplement se fendant d'un fin sourire.
- A
ta guise.
L'instant d'après, trois ombres géantes
surgirent des brumes sur Shisui, répliques parfaites de Kisame
et abattirent leurs armes en même temps... sans toucher Shisui.
L'incrédulité se lut sur le visage des clones
juste avant que l'un d'eux reçoive un coup pied sauté
assez puissant pour le projeter sur les deux autres et les faire
exploser en particules d'eau.
Après avoir imité
de nouveau le mouvement du briquet du pouce, l'Uchiwa se
réceptionna et disparut de nouveau au moment que le liquide se
renfermait sur lui à l'identique d'un requin refermant ses
mâchoires sur sa proie. Il réapparut dans le dos de
l'original cette fois ci. Kisame sentant un déplacement
d'air dans son dos se retourna pour un coup de Same-hada à
l'horizontale… qui brassa de nouveau l'air. Shisui avait sauté
à temps.
Leurs regards se croisèrent un instant
pendant que les cheveux de l'Uchiwa revenaient à leur place,
abandonnant leur anti-gravité.
- A mon tour de te montrer
ce que je sais faire, Kisame.
Cette fois ci, la sonorité
de la détonation du briquet changea et après une
nouvelle étincelle, une sorte d'arc de flamme accompagna le
poing de Shisui. Il donna un coup de pied dans l'arc de feu qui
partit à une vitesse folle vers Kisame. Les flèches
incandescentes firent exploser en particules d'eau.
Shisui se
mordit la lèvre inférieure : deux des flèches
avaient passées au travers et commençaient à
brûler le plancher.
Jotaro pendant ce temps avait saisi
sa chance, se détourna du combat et courut vers son maître
et Saya.
- Venez avec moi ! cria t'il. Laissons les
s'entretuer.
Son maître lui envoya dans les bras sa
fille. Baissant la tête, il remarqua qu'elle avait été
assommée.
- Part avec elle. C'est moi qu'ils veulent.
Jotaro s'arrêta, surprit par sa réaction. Geppetto
semblait sous le choc mais gardait toute sa tête.
L'apprenti
et le maître se regardèrent intensément dans les
yeux pendant un instant… puis hochèrent de la tête. Au
moment d'ouvrir de nouveau la bouche, il entendit une détonation
de l'autre coté. L'apprenti souleva Saya aux genoux et aux
épaules et se mit à courir. Quelque chose sortit à
ce moment là du sol entre lui et son maître.
Jotaro
serra les dents et ferma les yeux pour ne pas pleurer pendant qu'il
courait pour monter à l'étage.
Sans se détourner.
Kisame saisissait déjà au cou son maître, le
soulevant de terre comme si ce n'était qu'un simple
pantin.
Hébété, Aseamon sentit son sang
se glacer dans ses veines. Se secouant, il essaya d'agripper de ses
mains frêles les bras assassins l'étouffant doucement.
De la salive coulait de ses crocs dénudés ; l'homme
requin se tenait devant lui. le feu, s'étant propageait plus
rapidement que prévu, allumant des reflets orange au fond de
ses bestiales
Le vieil homme n'arrivait pas à trouver sa
respiration, car les mains agrippées à sa glotte
obstruaient l'air à s'y engouffrer. Il aurait voulut crier
mais n'avait plus les moyens de former des sons.
D'ailleurs
qu'aurait il pu dire ? Il ne savait rien de ce qui avait bien pu
être à l'origine de ces cinq dernières minutes.
Au fond, il soupçonnait que ce soit son apprenti à
l'origine de tout ce chaos mais il ne lui en voulait pas. Il ne
soupçonnait même pas l'étendue de ses dons.
Aussi sûrement qu'il venait de signer son propre arrêt
de mort, Aseamon aurait voulu tomber sous les coups de n'importe
qui d'autre que Kisame, même si il tirait fierté
d'avoir mobilisé un ninja aussi puissant pour l'abattre. A
la réflexion, c'était plus d'honneur qu'il n'en
méritait.
Il sentit une terrible douleur le saisir à
la poitrine. Son vainqueur avait avançait la main pour
fouailler sa plaie et écarter sa cage thoracique. Une
souffrance inexprimable tétanisa le vieil homme. Seule la mort
le délivrerait de ce supplice.
La vision d'Aseamon
s'éclaircit une dernière fois, le temps de voir son
cœur encore palpitant émerger de sa poitrine ouverte et que
Kisame le soulève juste devant ses yeux avant de le presser.
Kisame relâcha le corps inerte du vieillard, satisfait
d'avoir rempli son contrat. Derrière les dernières
nappes de brumes et de flammes se propageant dans la pièce,
Shisui se tenait droit comme un i, l'air sérieux ne le
quittant pas des yeux. Il semblait indifférent en apparence à
cette nouvelle.
- Continuons nous ou pas ? déclara le
ninja de Kiri.
- Mon employeur est mort. Nous n'avons plus
aucune raison de nous battre.
- Je trouve cette solution un peu
ennuyeuse à mon goût.
- … Tu ne vas quand même
pas…
- Tu es un mauvais acteur, le décoloré. Tu
croyais vraiment que j'allais te laisser repartir avec les gamins ?
Le clone de Shisui s'évapora lorsque Kisame s'apprêtait
à abattre Same-hada sur lui.
Jotaro arrivé dans
le couloir rentra dans sa chambre et la referma du talon. Il
s'accorda une seconde pour souffler et eu envie de poser Saya sur
le lit mais se ravisa : ils n'avaient pas le temps. Son maître
devait être mort à l'heure qu'il était.
Comment allait il lui annoncer ?
Il ouvrit la fenêtre
et sauta sur le rebord. Le vent s'était levé faisant
passer des braises devant lui. La maison était en train de
vivre ses derniers instants. Toujours avec Saya dans les bras, Jotaro
joigna les mains en même temps qu'il sautait dans le vide. De
la boiserie elle-même de la maison en flamme, trois poutres
carrées émergèrent de sa structure avant de
s'entortiller pour former une sorte de passerelle vers la forêt.
Jotaro posa ses pieds dessus et laissa cette nouvelle création
naturelle le porter vers les buissons. Il ouvrit les yeux et vit avec
stupéfaction que la poutre obéissait à sa
volonté, le faisant passer au dessus du jardin puis de la
barrière et du champ d'arbres morts.
Le vent dans les
yeux, Jotaro dévisageait ce qui restait de l'endroit où
il avait vécu depuis trois ans, et ceux qui était
encore dedans.
L'homme en armure rouge portait le même
motif en forme de feuille que Shisui. Si ils se rencontraient de
nouveau, Jotaro ne pourrait jurer de lui faire confiance. Au vue de
ses capacités, il était au moins aussi dangereux que
l'autre.
Il n'arriverait pas à porter Saya pour
s'enfuir. Même avec elle sur le dos, il serait forcément
trop lent par rapport aux capacités de ses poursuivants.
La
question était donc la suivante maintenant : où aller
et que faire ?
Quelque chose le percuta à la tête.
Jotaro sentit une terrible douleur à la tête avant de
commencer à chanceler doucement et à glisser par terre.
L'image se mit à se déformer et à s'onduler
ou gondoler.
Au sol, il vit un point de mire dans le tourbillon
gris, quelque chose de tangible avec que le néant
l'ensevelisse. Une ombre menaçante qu'il reconnut sans mal
le surplombait avec un sourire hargneux... et le corps de Saya sur
l'épaule.
L'image s'arrêta là. Jotaro
sentit vaguement quelque chose le saisir par la taille et le vent
caresser tout à coup son visage.
Jotaro perdit conscience
à ce moment là mais crut entendre que l'ombre lui
avait hurlé quelque chose, lui donnant rendez vous dans un
endroit que son esprit refusa d'en entendre le nom…
