Chapitre 3 : Choix (Vie et Mort)

Subaru Suméragi ouvrit brusquement les yeux, son regard heurta le plafond lisse au dessus de lui. Il avait affreusement mal au ventre, il avait probablement encore mangé quelque chose dont la date de péremption était largement dépassée… ou est-ce que cette douleur était liée à la sensation qu'il avait qu'un cobra vivant s'agitait en lui ? Mais il se moquait bien d'avoir mal, la douleur, il ne la sentait plus. Un sentiment d'urgence emplissait toute sa tête d'un cri déchirant, et il dut rester quelque secondes assis sur le bord du lit avant de pouvoir réunir à peu près correctement ses pensées et fixer son regard sur quelque chose. Kamui. Il fallait qu'il sache… C'était à cause de lui qu'il ne savait pas… Il se leva brutalement.

Un instant.

Stop.

Ce n'est pas ce que je veux.

Il retomba sur le matelas. Non, ce n'était pas ce qu'il voulait. Il n'en pouvait plus de souffrir comme ça. Seishirô, Hokuto… il allait encore les trahir tous les deux, mais à quoi bon se donner encore cette peine ? A quoi bon se lever, et tout entreprendre pour essayer de gagner des dizaines d'années de souffrance supplémentaire ? La longueur d'une vie humaine. C'était immense. Son regard se porta sur un des morceaux de miroir, par terre. C'était un œil vert et enjoué qui l'y fixait.

"Hokuto-chan… Nee-san… Qu'est-ce que je dois faire ?"

Mais rien ne lui répondit. Toutes les voix qui ordinairement tempêtaient leurs phrases passées dans sa tête se turent. Le silence lui donna le vertige. Il se sentit seul. Pas seul comme il l'était d'ordinaire, une solitude indolore, sans larmes ni cris ni remords. Il eut l'impression que le sort du monde se décidait là. Dans sa tête vide, à lui qui s'en moquait.

Il parcourut la pièce du regard, à la recherche d'une réponse. D'une raison de se lever, d'une raison de vivre. D'une raison de mourir. La photographie, Hokuto et Seishirô et ce garçon qui étaient tous morts. Il aurait voulu être avec eux. La cuisine. Il n'y allait plus, et l'odeur de cookies brûlés avait fini par disparaître, elle aussi. Il aurait voulu qu'elle y soit encore, et puis Nee-san avec son tablier, et qu'elle lui enfourne de force un gâteau dans la bouche, en criant qu'ils étaient délicieux et qu'elle était vraiment géniale. L'imperméable noir, dans l'entrée. Bien trop grand pour lui, ce n'était pas le sien. Il aurait voulu que Seishirô-san soit encore là pour le décrocher, l'enfiler, et sortir pour faire encore de nouvelles victimes, ne serait-ce que parce que comme ça ce ne serait pas lui qui aurait à le faire. Parce que ça voudrait dire qu'il y a encore à Tôkyô des gens à tuer. Il continue. Il n'y a rien. Rien pour qu'il se lève. Rien pour justifier. Qu'il ait encore le droit de vivre. Qu'il en ait encore la force. Qu'il en ait encore l'envie. Pensée stupide, il n'a plus envie de rien. Il n'y a….

Ses yeux tombent sur un cahier. Un grand cahier à la couverture bleue en travers de laquelle la main d'un garçon blond et surexcité a inscrit en gros caractères noirs : Shirô Kamui-kun.

"Subaru, j'ai fait mes exercices de maths, mais si Sorata les voit, il va encore les arranger à sa sauce… Est-ce que… enfin, ça doit sûrement t'embêter, tout ça… mais… je veux dire, si tu avais le temps d'y jeter un œil… Enfin il ne faut pas que tu te sentes obligé, mais…"

"Ça ne m'embête pas, Kamui. J'ai le temps. Je le ferai."

Il l'avait fait. Il ne lui avait jamais rendu le cahier.

Subaru Suméragi se leva. Enfila le grand imperméable noir derrière la porte. Sortit.

La Tour de Tôkyô brille dans la nuit, loin devant lui.