Auteur : Mara : Hikaru no go
Résumé : …
Couple : les mêmes que d'hab même s'ils sont pas encore officiel
Disclaimer : perso pas à moi, me fais pas de fric avec cette fic… Comme d'hab quoi !
Note de l'auteur : 1 : j'ai mis moins longtemps que la dernière fois, mais bon, j'essaie encore de m'améliorer sur mon temps d'écriture. En plus, cette fois, le chapitre est plus long !
2 : Je sais, je sais, ça traîne sur la longueur, mais j'essai de couper un max en essayant de rester un minimum réaliste, et c'est franchement pas simple !
3 : Je m'excuse, je sais qu'il y a quelques différences avec le timing du manga, mais je trafique un peu pour que ça colle. C'est comme pour les tournois, comme en plus je connais pas leurs modes d'éliminatoires etc… et que ça à l'air super compliqué, j'avoue que pour ça j'avais pas vraiment envie de me cassé la teête, donc j'ai un peu arrangé à ma sauce
En tout cas, merci beaucoup pour ceux (je penserais plutôt celles mais je peux me tromper) qui m'ont envoyé des reviews, ça m'a fait super plaisir ! Et surtout, n'hésitez pas à m'en envoyer, même si c'est pour critiquer, si c'est constructif ça me servira toujours !
Sur ceux, bonne lecture à tout le monde !
Isumi se retint de rire en voyant la grimace que fit Waya quand Saeki arriva suivit par un Ashiwara qui n'avait pas l'air si traumatisé que ça par sa défaite. La partie avait été très serrée, et Saeki n'avait eu l'avantage que d'un moku et demi à la fin. Waya prit sur lui et présenta Saeki à son ami, s'interrogeant sur la présence du grand rival de ce dernier à ses côtés alors qu'il venait de se faire battre.
"Saeki, je te présente Isumi, il est passé pro cette année.
-Oui, tu m'en as déjà parlé. Enchanté Isumi."
Isumi rendit son salut à Saeki, puis salua Ashiwara. Saeki semblait mal à l'aise sous le regard interrogateur de Waya. Finalement, ce fut Ashiwara qui rompit le silence pesant qui s'était installé :
"Ça ne vous dérange pas si je viens manger avec vous ?"
Waya et Saeki se jetèrent un regard, hésitant à répondre affirmativement. Finalement, Saeki hocha la tête, et le jeune homme brun eut un grand sourire ravi. Les quatre jeunes hommes partirent vers un fast-food proche du centre de Go. Ashiwara parlait sans discontinuer, refaisant la partie à haute voix. Waya la commentait avec lui, se laissant entraîner par la bonne humeur naturelle du jeune homme. Isumi remarqua que Saeki ne pipait mots, et semblait gêné de la situation actuelle. Il s'approcha de lui, essayant d'engager la conversation :
"Ça ne va pas, Saeki-san ?"
Saeki lui jeta un regard horrifié :
"Ah, ne m'appel pas « san », je dois pas avoir plus de deux ans de plus que toi, tu vas me faire passer pour un vieux !"
Isumi eut un sourire amusé. Saeki semblait être quelqu'un de sympathique et d'ouvert.
"Pour répondre à ta question, c'est vrai que cette situation est bizarre. Je n'ose pas imaginer la tête de Morishita-senseï s'ils nous voyaient !
-Pourtant, tu as gagné, il devrait être satisfait, non ?"
Saeki partit dans un grand éclat de rire qui fit sursauter Isumi tellement c'était soudain et inattendu, et fit se retourner les deux jeunes hommes qui marchaient un peu en avant.
"Qu'est-ce qui se passe ?"
Saeki ignora la question de Waya pour s'adresser directement à Ashiwara :
"Le Meijin ne va pas être en colère contre toi parce que tu as perdu ?"
Le jeune homme sembla réfléchir quelques secondes avant de donner sa réponse.
"Il va être déçu, sans aucun doute. Surtout après la série de victoires d'Akira. Mais ça va me permettre de voir mes défauts. C'est surtout Ogata-san qui va m'en vouloir. C'est lui qui essaye de me recadré. Il trouve que je suis trop dispersé."
Waya et Ashiwara retournèrent vite à leur conversation, et Saeki se pencha discrètement à son oreille, se confiant à voix basse afin qu'aucun des deux autres n'entendent :
"Si l'un de nous perd contre quelqu'un du groupe d'étude de Toya, Morishita-senseï nous en rebat les oreilles pendant des jours, voir des semaines. Mais ne répète pas un mot de tout ça à quiconque, c'est secret d'état. En tout cas, je ne voudrais pour rien au monde être à la place d'Ashiwara. Subir les foudres d'Ogata…"
Isumi se retint de pouffer de rire au ton de conspirateur de Saeki, qui déjà se rapprochait des deux autres pour intégrer leur conversation. C'est vrai que subir les foudres d'Ogata devait être assez… dérangeant. Surtout avec sa façon de vous dévisager, toujours froid et implacable… Et lui, qui s'était montré si bête et naïf face à lui… Mais ça lui avait aussi permit de voir un côté que peu de personne de leur milieu devait connaître : un Seiji Ogata certes cynique au possible, mais sans doute plus humain que ce que la plupart devait imaginer de lui. D'accord, il avait mit un point d'honneur à le mettre mal à l'aise en lui rappelant l'état dans lequel il l'avait trouvé la semaine passée, mais après tout, c'était tout à fait légitime ! Après tout, il s'était encombré d'un jeune homme à peine sortit de l'adolescence, l'installant toute la nuit sur son canapé, au risque qu'il n'y soit malade, lui avait donné des médicaments, l'avait supporté pour le reste d'une journée, lui offrant même de l'affronter au Go ! Et Isumi savait parfaitement qu'il aurait pu avoir des ennuis, si un policier l'avait arrêté alors qu'il dormait dans sa voiture, totalement bourré et sans aucun papier.
Pourtant, il l'avait aidé, l'avait défendu alors qu'aucun autre client n'avait bougé, ce dont il s'était souvenu le jour de sa discussion avec Kiosuke. Il lui avait fait prendre conscience des actes de Kiosuke, lui ouvrant pleinement les yeux sur une réalité à laquelle Isumi était loin de s'attendre. Et bien qu'il l'ait congédié d'une façon peu cavalière, Ogata lui avait quand même prêté de l'argent pour qu'il puisse rentrer chez lui. Il lui avait même donné un peu plus, au cas où. Isumi s'arrêta net de marcher à cette idée. Avec tout ce qu'il avait eut à penser, il n'avait même pas encore songé à le rembourser. Il fallait qu'il le fasse rapidement, qu'il le croise à l'Institut, ou qu'il se débrouille pour retourner chez lui…
"Isumi, tu rêves ?"
Isumi se retourna vivement vers Waya, qui semblait s'étonné de ne pas avoir de réponse. Il savait que Waya risquait de lui poser des questions, et il n'avait aucune envie de s'épancher sur ses pensées. Waya ne comprendrait certainement pas, surtout qu'il ne pouvait pas lui dire toute la vérité.
"Ça ne te ressemble pas d'être dans la lune comme ça."
Isumi eut un sourire, voulant remettre son ami à sa place sans qu'il ne se vexe :
"Je ne suis pas le seul à agir bizarrement. Depuis quand tu sympathise avec un camarade d'étude d'Akira Toya ?"
Waya se renfrogna instantanément, grommelant un « pas comme les autres », suivit de ce qu'Isumi comprit comme « pas prétentieux, lui, au moins ». Isumi savait qu'il avait peut-être vexé son ami sur le coup, mais ça ne durerait pas. D'ici cinq minutes il aurait oublié. Et lui, il avait autre chose à penser pour le moment. Comme comment faire pour rendre l'argent à Ogata… Il avait une petite idée. Qu'il pourrait sans doute mettre en application dès cet après-midi.
Depuis qu'ils étaient montés dans le train les menant de l'Institut au salon de Go du père d'Akira, lui et Hikaru n'avaient pas échangé un mot. De toute façon le train était trop bondé, donc trop bruyant pour qu'ils puissent s'entendre sans en venir à crier. Et Hikaru était bien trop plongé dans ses pensées pour engager une quelconque conversation. En effet, il repensait à son anniversaire, la veille. Surtout au comportement d'Akira, en fait. Il avait passé tout le repas à l'observer en douce. Et ce qu'il avait vu n'avait fait que le conforter dans son idée. Akira s'était assit à côté de lui au restaurant, et n'avait eu de cesse de rechercher sa conversation. Et puis il y avait eu tous ces regards, ces petits gestes en apparence anodins, ces sourires même… Mais le summum avait été à la fin du repas, alors que le groupe commençait à se séparer pour chacun vaquer à ses occupations. Waya était reparti le premier avec Fuku, vite suivit de Honda, Isumi et Ochi. Nase et Nadako étaient partis avec des sourires jumeaux, pouffant de rire, laissant Akira et Hikaru seuls. Et alors qu'à leurs tours ils allaient partir chacun de leur côté, Akira rappela Hikaru, lui demandant de venir le lendemain avec lui au salon de Go de son père. Et tout ça avec un grand sourire aux lèvres !
Oh ! Bien sûr, le fait qu'ils disputent des parties dans le salon de Go de Koyo Toya n'avait en soit rien d'inhabituel. Ce qui l'était beaucoup plus, c'était qu'Akira le propose ainsi. En temps normal, il informait seulement Hikaru qu'il y serait, sans l'inviter à l'y rejoindre. Mais là, non seulement il l'avait explicitement inviter, reconnaissant ainsi qu'il voulait jouer contre lui, et pas seulement parce qu'il n'avait rien d'autre à faire, mais en plus il l'avait fait en lui souriant, lui qui d'habitude était si sérieux.
Hikaru secoua légèrement la tête. Si Saï avait été là, il n'aurait plus été seul avec ses pensées, et il n'aurait pas sans cesse ressasser ça. Il sentit un pincement au cœur. Non, ce n'était pas pour ne plus être seul avec lui-même qu'il aurait voulu que Saï soit là. Saï lui manquait, et il aurait voulu être avec lui pour pouvoir discuter, qu'ils se disputent comme avant, qu'ils puissent jouer au Go, apprendre de nouvelles choses…
Un éclat de voix le sortit de ses pensées. Deux adolescents semblaient en train de se disputer, et le ton montait de plus en plus. Ils semblaient sur le point de se battre. Une jeune femme, tenant un petit garçon dans ses bras, semblait de plus en plus inquiète, essayant de le protéger d'un éventuel coup. Soudain, le plus grand des deux poussa l'autre. La jeune femme recula brusquement, maintenant son enfant hors de portée. Sans faire attention, elle bouscula Akira, qui, déséquilibré, commença à tomber en avant. Hikaru eut le réflexe de mettre ses bras en avant pour rattraper Akira. Mais il avait mal calculé le poids du jeune homme, et surtout le déséquilibre dû au mouvement du train. Hikaru se sentit tomber en arrière. Il sentit sa tête cogner contre la poussette repliée de l'enfant, et pendant un moment, le monde se résuma à la douleur à l'arrière de son crâne. Sa vision devint noire un instant, et il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, sa vision était encore brouillée. Il prit conscience de quelqu'un allongé sur lui, qui se releva un peu. Une voix inquiète l'appelait.
"Shindo… Shindo, tu vas bien ?"
Il cligna deux fois des paupières avant d'arriver à distinguer le visage d'Akira au dessus de lui. Le jeune prodige s'était relevé, les bras tendus de chaque côté de la tête de Shindo, inquiet de n'obtenir aucune réponse. Hikaru sentit son cœur s'arrêter, sa respiration se bloquer, comme s'il avait un poids dans la poitrine en voyant le jeune homme ainsi penché sur lui. Puis son cœur se remit d'un coup à battre à toute vitesse, le laissant totalement hébété.
"Shindo ?"
Hikaru reprit assez ses esprits pour pouvoir répondre :
"Ça va, ça va…"
Akira, visiblement soulagé, fini par se relever, avant de tendre la main à Hikaru pour l'aider à faire de même. Hikaru hésita un moment, déboussolé. Il accepta finalement la main tendue, mais la relâcha dès qu'il pu s'accrocher à autre chose, comme si elle le brûlait. Akira le regarda, étonné, avant de se tourner vers la fenêtre, reconnaissant la station où ils devaient s'arrêter.
"Dépêche-toi, on doit descendre !"
Shindo suivit Akira hors du train, se glissant entre les portes en train de se refermer. Il ne comprenait pas sa réaction… Mais ce n'était pas le moment de s'en inquiéter, Akira partait déjà vers le salon de Go. Il y repenserais plus tard, si l'envie lui en prenait, quand il serait seul, au calme, dans sa chambre.
Isumi se sentait nerveux, alors qu'il appuyait sur le bouton du septième étage de l'ascenseur. Rien ne lui disait que la personne qu'il allait voir serait chez elle, ni qu'elle accepterait de le recevoir d'ailleurs.
Isumi inspira une dernière fois un grand coup avant de sonner à la porte. Il avait eu de la chance, une jeune femme entrait au moment où il arrivait, et il n'avait pas eu besoin de se présenter à l'interphone, ce qui lui évitait une chance supplémentaire d'être renvoyé chez lui.
La porte finit par s'ouvrir sur Ogata qui ne semblait pas s'attendre à avoir de la visite. Isumi vit une expression de surprise passée sur son visage quand il vit qui l'avait ainsi dérangé, bien vite remplacée par son éternel expression ironique. L'homme ne dit rien, attendant visiblement à ce qu'il annonce le sujet de sa visite.
"Je suis désolé de vous déranger, Ogata-senseï, mais je voulais vous rembourser l'argent que vous m'aviez prêté l'autre jour, alors je me suis permis de venir vous voir.
-Ce n'était pas la peine…"
Quel garçon étrange. Avait-il réellement fait tout ce chemin juste pour ça ?
"Si, si, j'insiste ! Et…"
Isumi hésita quelques secondes, se demandant s'il aurait vraiment le culot d'aller jusqu'au bout. Après tout, c'était une des raisons pour lesquelles il était venu. Et puis il s'était promit de ne pas se laisser impressionner ! Il n'était plus le petit Isumi timide et peu sûr de lui d'avant l'examen pro !
"Je voulais vous demander si vous accepteriez de disputer contre moi la revanche de la partie que nous avons jouée la dernière fois ?"
Ogata, qui ne s'était absolument pas attendu à ça, hésita un moment sur la réponse qu'il allait donner. Il n'aurait jamais pensé qu'un jeune joueur de Go ait un jour le courage et le culot de lui demander quelque chose comme ça. Mais après tout, pourquoi pas ? Il n'avait pas souvent l'occasion de disputer des parties avec quelqu'un de son niveau. Et puis il trouvait le jeune homme totalement imprévisible, ce qui le rendait amusant. Et intéressant aussi, tiens…
"Très bien. Entre."
Isumi pénétra dans l'appartement, enlevant ses chaussures et accrochant sa veste au portemanteau de l'entrée. Ogata lui fit signe de se diriger vers le salon, fermant au passage la porte de ce qui semblait être le bureau, plongé dans le noir. Ogata installa le goban ainsi que les coussins pour qu'ils puissent s'asseoir, lui faisant signe de prendre place.
"Tu as l'air en meilleure forme que la dernière fois, je pense donc que tu as besoin d'un moins grand handicap."
Isumi eut un sourire amusé, décidant de répondre à la pique d'Ogata :
"Vous présumez de mes forces, Ogata-senseï.
-Nous verrons bien."
Isumi posa sa première pierre avec un sourire, et observa Ogata à travers ses mèches de cheveux en attendant qu'il joue. L'homme n'avait pas l'air froid habituel, et bien que ses yeux reflètent sa concentration, un sourire amusé flottait sur ses lèvres.
Isumi était un jeune homme particulier. Son audace était quelque chose qu'Ogata appréciait, et qui manquait trop souvent aux petits jeunes. Il avait une répartie que peu de premier dan n'oserait avoir envers lui, et ce qui pourrait passer pour de l'impolitesse était, pour Ogata, une ironie en réponse à son propre cynisme, ce qui était totalement inhabituel, mais qui lui plaisait. Il ne se laissait pas faire, et malgré qu'il jouait les jeunes hommes timides, semblait avoir en lui une énergie beaucoup plus puissante, qui se retrouvait d'ailleurs dans son Go. Son niveau était bien au dessus de ce que devrait refléter son grade, et il ne tarderait sans doute pas à avoir ses premiers dans.
Isumi était parfaitement conscience de la chance qu'il avait. Il savait parfaitement en venant qu'il n'y avait pas beaucoup de chance qu'Ogata-senseï accepte de rejouer contre lui, et il avait était surprit que son audace soit récompensée. Ogata semblait d'ailleurs s'amuser de son comportement, ce qui était pour lui un bon point. Isumi eut un sourire, avant de secouer la tête. Pour le moment, il ne devait se concentrer que sur une seule chose : la partie qu'il était en train de jouer.
Hikaru chercha un moment la télécommande dans les coussins. Il avait eut la bonne surprise en rentrant chez lui de voir que ses parents étaient sortis, et qu'ils ne rentreraient qu'en fin de soirée. Ça lui laissait un moment pour se poser et se détendre. Il avait réchauffé le plat que lui avait laissé sa mère et s'était laissé tomber sur le canapé, bien décidé à passer son temps libre à ne plus réfléchir à rien, zappant devant sa télévision. Il ne voulait surtout pas repenser à sa journée. Ne pas penser à l'incident dans le train. Et surtout, ne pas penser au trouble qu'il avait ressentit.
Hikaru ne pu retenir un soupir désespéré. Les programmes n'étaient pas spécialement intéressants. En tout cas, pas assez captivant pour empêcher ses pensées de le tourmenter. Plus il essayait d'éloigner le prodige du Go de ses pensées, plus il semblait y prendre ses quartiers. Plus il se rappelait la voix d'Akira, son inquiétude après sa chute, ses yeux verts troublés par l'angoisse alors qu'il n'était pas en état de lui répondre. Et son corps allongé sur le sien, son visage si près… Et son empressement à couper tout contact physique, et même visuel avec Toya. Et il avait fini par comprendre. Par comprendre que ce qui lui avait déplut, inconsciemment, ce n'était pas le fait qu'Akira soit allongé au dessus de lui. Mais au contraire, qu'il se relève ! Et ça, ce n'était pas possible. C'était faux et archifaux !
Hikaru fini par trouver un programme assez abrutissant pour le distraire. Un téléfilm américain totalement sans intérêt, mais qui avait au moins l'avantage de vous permettre de ne plus penser à rien. Enfin, ça, c'était ce qu'il avait espéré. Pourquoi est-ce qu'en ce moment rien ne se passé comme il l'avait espéré ? C'était une bête histoire d'amour entre lycéens sur fond de pseudo suspense romantique. Ça encore, ce n'était pas grave. Il avait l'habitude de zapper sur des niaiseries dans ce genre, il y en avait tellement qui était diffusé. Non, le problème n'était pas là. Le problème, c'était le héros, qui cherchait le moindre prétexte pour être avec la jeune fille, pour l'observer en douce, pour l'approcher… Niant les faits dès que quelqu'un y faisait allusion.
Et il se vit. A la place du jeune homme, il se vit le regard fixé sur Akira dès qu'il était sûr que personne ne le regardait. Il se vit épiant ses moindres faits et gestes, cherchant à capter tout ce qu'il pouvait dire quand il avait parlé à ses amis, délaissant même parfois sa propre conversation, croyant chercher les indices d'une attirance du jeune prodige envers lui. Il se vit essayer de passer le plus de temps possible avec Toya pour soit disant se prouver à lui-même qu'il avait raison.
Et il su. Su que, s'il observait tout le temps Toya, c'était surtout juste pour le regarder. Il s'était même surprit plusieurs fois à apprécier la façon dont il bougeait, ses traits fins… A aimer entendre le son de sa voix, et son rire cristallin si rare. Et il cherchait sa compagnie. Mais ses excuses étaient tellement mauvaise qu'il s'étonnait lui-même de s'être auto convaincue. Non, il aimait juste passer du temps avec Akira. Apprendre à le connaître, discuter avec lui, jouer contre lui…
Hikaru se prit la tête entre les mains. Qu'est-ce qu'il devait faire maintenant ? Où est-ce que ça allait le mener tout ça ? Il ne savait pas, et il n'avait pas vraiment envie de le savoir… Peut-être qu'avec un peu de chance, ça finirait par passer s'il continuait à agir comme si de rien n'était. De toute façon, il n'avait pas le choix. Il n'avait personne à qui en parler. Et il n'était pas question que quelqu'un soit au courant, ni même ne se doute de quoi que ce soit. Surtout pas Akira Toya. Si jamais il n'avait ne serait-ce que le moindre petit soupçon, il ne voudrait plus lui adresser la parole, ni jouer contre lui. Il aurait perdu le peu d'estime qu'il savait avoir réussit à obtenir auprès du jeune prodige. Et ça, il ne le cèderait pour rien au monde…
Hikaru finit par se lever et par éteindre tout le rez-de-chaussée avant d'aller se coucher. Il ne voulait plus penser à tout ça. Il était fatigué, et une bonne nuit de sommeil ne pouvait que lui faire du bien. Il réfléchirait à la conduite à tenir le lendemain, il aurait sans doute l'esprit plus clair. Quoique pour le moment, agir comme d'habitude serait sans doute la meilleure des solutions. Sur cette pensée, il se laissa sombrer dans le sommeil.
Waya donna un coup de pied dans une canette vide abandonnée sur le trottoir sans attirer ne serait-ce que le moindre petit signe d'étonnement ou d'attention de la part de ses deux amis. Shindo était arrivé le matin d'une humeur massacrante, et n'avait pas sembler décolérer depuis. Il répondait par monosyllabe, et c'était limite s'il montrait pas les dents dès qu'on l'approchait trop où qu'on insistait ! Et Isumi, s'était pas forcément mieux. D'accord, il n'engueulait pas tout le monde, mais le voir ainsi dans la lune était sans doute tout aussi pénible ! Bon, Isumi n'avait jamais été quelqu'un d'exubérant, il était plus du genre discret voir même limite effacé selon les fois. Mais il était LA d'habitude. Il s'intéressait à ce qu'il se passait autour de lui, il observait et essayait de tempérer les ardeurs de ses amis, même s'ils étaient loin de l'écouter à chaque fois.
Alors aujourd'hui, il marchait entre deux maniaco-dépressifs à moitié psychopathes et/où schizophrènes qui ne répondaient pas quand on leur parlait, qui n'écoutaient pas ce qu'on leur disait, et qui eux-mêmes n'engageaient absolument aucune conversation. Son repas allait être gai, tiens ! Faire la conversation à un mur et un nuage, c'était vraiment sa tasse de thé. Oh, il aurait pu partir, aucun des deux ne l'aurait remarqué, il en était absolument certain. Mais son p de sens de l'amitié de m l'en empêchait totalement. Il savait qu'il ne pourrait jamais faire ça.
Eh oui ! Parce qu'il aurait pu appeler Saeki et lui donner rendez-vous en ville. Après tout, c'était bien son aîné qui, la veille, à la fin de son groupe d'étude, lui avait proposé de manger avec lui le midi. Et bien sûr, il avait refusé. Après tout, ils avaient prévu depuis quelques jours d'allait manger tout les trois, et il savait que même s'il se sentirait mieux sur le moment, il culpabiliserait tellement après que ce serait à la limite du supportable. Foutu conscience des autres. Il se retint de hurler de rage tellement ça le frustrait.
N'importe qui aurait été le bienvenu. Même Ochi, tiens ! Il le trouvait toujours agaçant au possible, mais le fait d'être passé pro la même année les avait rapproché. Surtout qu'ils s'étaient vite retrouvés les deux seuls de la même promotion, Shindo ayant abandonné pour un temps. Encore une fois d'ailleurs, tiens. Comme aujourd'hui, où il refusait les discussions. Et Isumi, même combat ! Même si cette fois il était présent physiquement, il les lâchait complètement quand même ! Lui ne fuyait pas la discussion, mais le résultat était quand même identique.
Alors que le silence entre eux persistait, Waya sentit quelque chose craquer en lui. Là, il en pouvait plus, il allait péter un câble !
"WAAAAAAAAAAH ! Bougez-vous !"
Hikaru et Isumi sursautèrent devant l'éclat soudain de Waya, qui marchait légèrement derrière eux. Ils se retournèrent dans un ensemble parfait, s'inquiétant de l'état de santé de leur ami. Celui-ci, se souciant peu du fait que les passants les observaient, pointa son index successivement vers Hikaru et Isumi :
"Vous avez pas fini, non ? Avec vos tronches d'enterrements, j'ai l'impression de marcher avec deux murs ! Alors soit vous parlez de vos problèmes et vous les réglez, soit vous passez à autre chose hein !"
Hikaru et Isumi échangèrent un regard septique. Isumi ne s'était pas spécialement rendu compte qu'il y avait un problème, mais il était prêt à croire Waya. Il s'excusa auprès de son ami, et tous deux se tournèrent vers Hikaru, attendant une réaction de sa part.
Hikaru eut un instant de panique. Il devait trouver une excuse pour donner le change, et vite ! Là, maintenant, dans la seconde ! Et quelque chose de convaincant, qu'ils ne lui posent pas de questions à cause desquelles il risquerait de se trahir ! Une idée éclaira d'un coup son esprit obscurcit par le stress :
"En fait, c'est une partie que j'avais vue et qui m'avais paru étrange. J'aimerais vous la montrer, après le repas, vous me direz ce que vous en pensez, ok ?"
Waya et Isumi se regardèrent, légèrement dubitatif. Shindo, quand il était préoccupé par une partie, avait plutôt l'habitude d'en discuter pendant des heures jusqu'à l'avoir décortiquée jusqu'au bout. Mais bon, ils n'allaient pas insister plus que ça. S'il y avait quelque chose dont il n'avait pas envie de leur parler, ils n'avaient aucune raison d'insister. Waya fini par hausser les épaules. Après tout, ce serait toujours intéressant de voir une partie qui posait problème à Shindo.
"Ok. Mais tu nous montreras ça plus tard, parce que pour le moment j'ai faim !"
Hikaru approuva vivement, et les deux plus jeunes partirent en discutant avec animation, alors qu'Isumi essayait tant bien que mal de les suivre, toujours déboussolé devant leurs déploiements aussi soudain qu'inattendue d'énergie.
Hikaru s'engouffra dans l'ascenseur, ravi de sa journée, et de la fin d'après-midi qui s'annonçait. Il avait eu une bonne note en japonais, la moyenne en math, et il était content d'aller jouer contre Akira Toya ce soir. Et ce qu'il le ravissait aussi, outre le fait d'affronter son rival, c'était que ses pensées bizarres avaient enfin cessées. Après deux jours à repousser tout ça loin de lui, il avait réussit à renvoyer tout ceci tout au fond de son esprit.
Arrivé au septième étage, Hikaru s'engagea dans le couloir, un sourire aux lèvres. Même une énième défaite face à Toya ne pourrait lui enlever ce moment de joie. Il pressa la pas, il avait hâte de disputer une partie contre Toya. Il salua la jeune femme de l'accueil, payant l'entrée rapidement, avant de chercher Akira des yeux et, le trouvant concentré sur son goban, s'approcha de lui. Alors qu'il s'arrêtait à côté de la table, Toya releva enfin la tête. Et Hikaru crut recevoir un coup dans l'estomac. Le jeune homme en face de lui avait un regard froid, et surtout déçu, l'air vraiment en colère… Mais ce n'était pas tant la colère de Toya, dont il était assez coutumier, qui avait choqué Hikaru. C'était l'envie qu'il avait eu de serrer Akira dans ses bras, de lui faire retrouver une expression sereine. De tout faire pour qu'il soit heureux…
"Tu es en retard.
-Désolé…"
Hikaru avait murmuré ses excuses sans vraiment sans rendre compte. Pourquoi ça ? Pourquoi maintenant ? Il était persuadé qu'il n'aurait plus ce genre d'idées, qu'il ne penserait plus à Akira comme ça…
"Bon, tu t'assoies ?"
Hikaru eut un sursaut. Il ne s'était même pas aperçu que, pareil au jour de son anniversaire, il était resté à fixer son rival, immobile et muet. Il tira la chaise face au goban, essayant d'atténuer le tremblement de ses mains. Heureusement qu'Akira, trop concentré sur son retard, ne prêtait pas plus attention que ça à son trouble. Mais ça n'empêchait pas Hikaru d'avoir peur. Peur que son vis-à-vis ne se rende compte de quelque chose. Peur qu'il découvre son secret qu'il croyait avoir réussi à enfermer au plus profond de lui. Hikaru prit une grande inspiration avant de relâcher son souffle lentement, essayant de se calmer. Akira ne semblait pas avoir remarquer son manège, occupé à installer les pierres de go. Et c'était très bien ainsi. Il n'aurait su que répondre s'il lui avait posé des questions. Certainement pas la vérité.
Cela faisait maintenant une demi heure que la partie avait commencé. Sans doute la plus longue de toute sa vie… Akira retint à grand peine un geste d'agacement malencontreux : effacer cette partie qui ne voulait absolument rien dire. Il ne savait pas à quel jeu jouait Hikaru, mais certainement pas au go. Ou en tout cas, pas à son go habituel. C'était d'un niveau tellement médiocre ! Ça faisait longtemps que Shindo ne l'avait pas affronté ainsi. D'ailleurs, il avait l'impression que même ses parties pédagogiques se passaient mieux. Après son retard, c'était ça qui l'attendait ? Ne contrôlant plus sa fureur, il balaya cette mascarade d'un geste haineux.
"Eh ! Mais qu'est-ce que tu fais ?"
Le regard froid d'Akira lui fit rentrer la tête dans les épaules.
"C'est à moi de te poser cette question. C'est minable ce que tu as fait !
-Eh ! J'te permet pas de me parler comme ça !
-Et bien si tu veux que je te parle mieux, tu n'as qu'à t'en montrer digne !
-Non mais pour qui tu te prends ! Je joue comme je veux, c'est pas toi qui vas me dire comment je dois faire !
-Un enfant de maternelle jouerait mieux que toi ! Je comprends maintenant pourquoi tu n'as toujours pas tes dans !"
Les deux adolescents s'étaient levés d'un geste brusque aux premières paroles échangées. Leurs visages s'étaient rapprochés alors qu'ils se hurlaient dessus, dérangeant les pauvres joueurs venus cherché le calme et la tranquillité dans le célèbre salon de l'ancien Meijin. Hikaru se rendit alors compte à quel point Akira était près. A quel point il aurait eu envie de l'embrasser… Il eut un geste de recul, effrayé. Ça n'était jamais allez aussi loin ! Et ça ne devait pas ! Sans ajouter un mot à la dernière provocation, et sous le regard ahuri de son adversaire, il s'enfuit en courant.
Akira regardait la porte où venait de disparaître Shindo, la surprise remplaçant peu à peu la colère. Ce n'était quand même pas ce qu'il venait de lui dire qui avait motivé son départ précipité ? Ils s'étaient déjà dit bien pire, et ça ne faisait d'habitude qu'augmenter la volonté d'Hikaru d'essayer d'atteindre son niveau. Ne se rendant même pas compte que tous les regards étaient tournés vers lui, il hésita un moment à le rattraper, avant de se rasseoir et d'y renoncer. Il était encore trop énervé pour essayer de comprendre objectivement le problème d'Hikaru. Ils ne feraient encore que se disputer, et ce n'était pas vraiment ce dont ils avaient besoin en ce moment. Il le verrait le lendemain, puisqu'ils devaient rejouer l'un contre l'autre. Et tout redeviendrait normal.
Ogata se leva à la fin de la partie, reprenant une cigarette dans la poche intérieure de la veste de son costume. Il sortit de la salle de repos où il avait regardé la diffusion de la partie de deux joueurs qui essayaient de rentrer pour la première fois dans la ronde pour le titre de Goseï. La partie était jouée d'avance ; il n'avait eu aucun doute quand au vainqueur entre Kuwabara Honïnbo et Shinichiro Isumi. Le match n'était qu'une formalité, mais Ogata était heureux de voir que son jeune adversaire avait quand même donné du fil à retordre à son aîné. Et il était fier aussi de voir à quel point son jugement avait été juste. Quand il avait joué contre Isumi, trois jours auparavant, il avait vu qu'il avait un niveau élevé. Bien plus que quand il était saoul, évidemment, mais aussi surtout plus que ne le laissait supposer son statut de nouveau professionnel et de premier dan.
Ogata se dépêcha de retourner au rez-de-chaussée. Il n'avait absolument aucune envie de croiser Kuwabara maintenant. Il se débrouillerait pour le stresser, sachant qu'il serait sans doute son challenger pour le titre. Alors qu'il arrivait devant l'entrée, il vit Isumi qui était en train d'essayer de remettre sa deuxième chaussure d'une main tout en étudiant une feuille de papier qu'il tenait dans l'autre main.
"C'était une belle partie."
Isumi sursauta au son de sa voix. Il réussit à garder son équilibre in extremis en s'appuyant d'une main contre le mur, lâchant par là même la feuille qu'il tenait qui alla s'envoler à quelques pas d'Ogata. Ogata ramassait la feuille, constatant qu'il s'agissait du kiffu de la partie qu'Izumi venait de disputer.
"Ogata-senseï, vous m'avez fait peur !"
Ogata tira une bouffée sur sa cigarette en étudiant un instant la feuille du match. Il ne lui fallut qu'un bref coup d'œil pour constater quelques défauts dans le jeu d'Isumi.
"Tu t'es très bien défendu, mais tu as fait quelques erreurs faciles qui t'ont coûté la victoire."
Isumi se gratta la tête, ne sachant que répondre. Il devait être ravi du compliment où se faire tout petit à cause de ses erreurs ?
"Mais ta défaite était presque inévitable, vu ton adversaire. Viens avec moi, je vais te montrer ce que tu aurais pu éviter."
Isumi hésita un instant, observant l'homme en costume beige mettre ses chaussures. Ça ne pouvait qu'être bénéfique pour lui d'écouter les conseils d'Ogata-senseï. Il finit de mettre ses chaussures et suivit l'homme en dehors de la Ki-hin.
Il n'y avait pas grand-monde dans le petit salon de Go où Ogata l'avait emmené. C'était la première fois qu'Isumi y venait; l'endroit était classe mais sobre, assez à l'image de l'homme assis en face de lui.
Le jeune homme observait Ogata pendant que celui-ci lui expliquait la réponse qu'il aurait mieux fait de donner à l'attaque de Kuwabara-senseï pendant le Yose. Bien entendu, il écoutait ce que lui disait Ogata, mais une question ne cessait de lui venir à l'esprit : pourquoi Ogata-senseï lui portait autant d'intérêt ? Après tout, il n'était que Shodan, et peut-être son niveau était-il supérieur à celui habituel d'un tout nouveau professionnel, mais il ne se faisait aucune illusion ; il était extrêmement loin du niveau des personnes qu'affrontait habituellement le maître. Et il était même loin du niveau de certains des jeunes joueurs, notamment le fils de l'ancien Meijin qui étudiait avec Ogata.
Donc, ce n'était sans doute pas pour son Go qu'Ogata semblait s'intéresser à lui. Et il ne voyait qu'une autre raison possible, mais… Naaaaaan, c'était sans doute pas ça. Mais s'il y avait une petite chance pour que ce le soit…Pour qu'Ogata-senseï puisse avoir le moindre petit minuscule intérêt de cet ordre là pour lui… Ce serait un peu prendre des rêves pour des réalités mais après tout, c'était à creuser… Et qui mieux que lui était capable de le faire ? Avec un micro-sourire, il essaya de se re-concentrer sur les explications d'Ogata-senseï, se rendant compte qu'il ne savait même plus quel coup le maître était en train de développer.
A suivre…
