Auteur : Mara : Hikaru no Go
Titre : Coma
Genre : yaoï et un essai de angst
Couple : Hikaru+Akira, Isumi+Ogata (+Isumi ?)
Disclaimer : Les persos ne sont pas à moi mais aux auteurs d' « Hikaru no Go » (j'ai oublié les noms gomen) et je ne me fais pas d'argent avec cette fic.
Note : Désolée, désolée, désolée, désolée… Je sais que ce chapitre a énormément de retard, et je n'ai aucune excuse valable. Je manquais juste énormément d'inspiration, comme ça doit sans doute se voir, surtout au début du chapitre. Mais j'ai quand même fait du coup un chapitre plus long que d'habitude, en espérant que ça compense un peu ?... Enfin voilà quoi, le prochain devrait arriver beaucoup plus vite, j'attaque ENFIN les parties intéressantes. En espérant que vous soyez toujours là pour lire ?
Note2: petits pb avec qui m'ont empêché de le poster la semaine dernière. Et ce chapitre est en une seule partie, encore un pb dsl, c'est le chapitre 7 tout court.
Akira retint un mouvement d'impatience. S'il y avait quelque chose qu'il n'aimait pas, c'était bien ne pas comprendre ce qu'il se passait. Et c'était exactement ce qu'il se passait en ce moment même avec Hikaru. Bon, d'accord, avec lui, il aurait dû avoir l'habitude, son inconstance dans son jeu à ses débuts, les rapprochements étranges avec Saï… Mais même s'il n'avait jamais rien pu comprendre, il avait fini par s'y habituer. Mais là… Une seule chose était claire : Shindo le fuyait. C'était la seule chose dont il était sûr pour le moment concernant le décoloré.
Attention, certains pourraient penser qu'il était paranoïaque. Il s'était lui-même demandé pendant un bref instant si ça n'était pas le cas. Puis, en rassemblant les éléments ensemble, en faisant une analyse précise de la situation, il en était revenu à ce fait sans appel : Shindo le fuyait. Il avait commencé à se poser des questions quand il avait vu Shindo entrer précipitamment dans l'Institut alors que lui-même n'était qu'à quelques pas de là. Il s'était raisonné en se disant que Shindo ne devait pas l'avoir vu, et que c'était sans doute pour ça qu'il avait disparu si rapidement.
Mais ses interrogations s'étaient rapidement transformé en doutes, puis en certitude, quand en sortant de sa partie, il avait interrogé son mobile et avait reçu le message vocal de Shindo, le prévenant qu'il ne pourrait pas venir jouer au salon de son père le soir, et qu'il ne savait pas quand il pourrait y aller à nouveaux. Alors si ça ce n'était pas essayé de ne pas le voir, c'était quoi ? Shindo après tout était au courant de sa partie, et donc il savait qu'il ne répondrait pas. Donc, s'il avait appelé à cette heure là, c'était bien pour ne pas avoir à lui parler, non ? Et encore tout à l'heure, alors qu'il se dirigeait vers les ascenseurs, il avait croisé Shindo qui, dès qu'il l'avait vu, s'était engouffré dans une salle de repos. Akira aurait mit sa main à coupée qu'il avait fait ça à cause de lui, et non parce que c'était son intention au départ. Akira avait d'ailleurs dut se faire violence pour ne pas aller lui demander des explications. Premièrement, il n'allait pas aller l'agresser vu le talent que mettait Hikaru à l'éviter, et deuxièmement, il n'avait pas que ça à faire non plus, il était pressé !
Mais la question que se posait surtout Akira c'était : pourquoi ? Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire pour mériter un tel comportement ? Ce n'était quand même pas à cause de ce qu'il lui avait dit la dernière fois quand même ! Parce qu'il lui avait déjà dit bien pire, et Shindo n'en avait jamais prit ombrage. Oh, bien sûr, il se vexait, mais d'habitude il lui répondait, il ne parait pas en courant comme la dernière fois ! Et puis ils n'étaient jamais restés fâchés comme ça !
Akira haussât les épaules et décida de ne plus y penser. Shindo pouvait bien faire ce qu'il voulait, ça ne le regardait pas, et il n'en avait rien à faire.
…
…
Mais quand même quoi ! Pourquoi est-ce qu'il l'évitait ? Akira avait beau essayer de comprendre, il n'y arrivait pas. Et si il y avait bien une chose dont Akira Toya avait horreur, c'était de ne pas comprendre. C'était déjà arrivé une fois, que Shindo arrête de le poursuivre. Mais à ce moment là, il avait arrêté le Go en général, ce n'était pas dirigé contre lui spécialement, bien qu'il devait l'avouer, son orgueil en avait été un peu froissé. Mais cette fois, Shindo n'avait rien arrêté du tout ! Alors POURQUOI est-ce qu'il le fuyait, hein ? Il n'avait pourtant, à sa connaissance, rien fait ni dit de si terrible que ça. Et puis si c'était le cas, Shindo aurait mieux fait de venir lui dire en face que quelque chose n'allait pas, qu'il sache au moins. Mais non, monsieur préférait le fuir, sans lui donner aucune explication.
Akira pénétra dans l'ascenseur et appuya sur le bouton du rez-de-chaussée, s'appuyant contre la paroi dès que les portes furent refermées. Il savait très bien qu'il se mentait à lui-même. Il avait cru réussir à enfin se rapprocher de quelqu'un, quelqu'un qui en plus pouvait être son rival au Go. Et voilà que cette seule personne lui tournait le dos à son tour, comme toutes les personnes de son âge qu'il avait pu fréquenter. Mais il ne se laisserait pas faire. C'était trop simple comme ça. La réaction de Shindo l'avait trop choqué pour aujourd'hui, mais il si ça continuait comme ça, il irait lui demander bientôt directement des explications.
Hikaru referma vivement la porte derrière lui, et appuya sa main contre le dossier d'une chaise, essayant de calmer les battements de son cœur. Il se trouvait ridicule de réagir comme ça, de fuir. Mais ça valait sans doute mieux. Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il soit comme ça ? Qu'il soit si différent ? Si… anormal ?...
Pourtant, il avait cru en être guérit ! Après des jours de doutes et de questionnement, après s'être rendu compte qu'il était attiré par son rival, il avait cru qu'après avoir lutté de toutes ses forces contre, tout cela était fini ! Mais non, après une seule petite rencontre avec Akira, alors qu'il se croyait « guéri » de cette attirance hors normes, il avait senti une envie quasiment irrépressible de le serrer dans ses bras, de passer sa main dans ses cheveux… Hikaru donna un coup de point rageur dans le mur à côté de lui. Pourquoi est-ce que ça ne passait pas ? Pourquoi est-ce que ça ne voulait pas passer ? Il était pourtant certain qu'en ne voyant plus Akira, il ne ressentirait plus cette attirance…
Alors pourquoi est-ce qu'il avait eu envie de l'embrasser ? Pourquoi est-ce que quand il le croisait, il sentait son cœur s'affoler ? Il commençait à sérieusement avoir des doutes. Est-ce que ça finirait pas s'arrêter s'il ne le voyait plus ? Il n'en était plus si sûr. Surtout qu'il n'avait plus envie de ne plus jamais voir Akira. C'était grâce à lui qu'il en était arrivé là, qu'il avait fait tous ces efforts pour s'améliorer. Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il devait faire maintenant ? Qu'est-ce qu'il pouvait faire pour que ça cesse enfin !
Hikaru ferma les yeux un instant, essayent de réguler sa respiration, inspirant profondément pour se calmer. Il n'avait pas de raison d'être aussi défaitiste. Peut-être qu'il ne s'était juste pas donné assez de temps ? Après tout, peut-être que deux, trois jours n'étaient pas suffisants. Peut-être qu'en attendant un peu plus longtemps, en essayant de ne même pas le croiser…
Hikaru secoua la tête, un sourire désabusé aux lèvres. Il savait qu'il se mentait à lui-même. Il savait que ça ne passerait pas comme ça. Son cœur se serrait trop douloureusement quand il pensait à Akira, au fait qu'il ne devait plus le voir, pour que ça passe comme ça. Mais mieux valait continuer sur cette ligne. Et il avait un très bon moyen de ne plus voir le prodige, de ne pas se retrouver face à face avec lui, surtout seul à seul. Après tout, Akira n'avait pas l'air de vouloir s'intégrer à leur groupe, alors il lui suffisait d'être constamment accompagné, si possible de plusieurs de ses amis, afin que le jeune prodige n'essai pas de venir le voir, pour par exemple lui demander des explications… Il n'y avait pas de raisons pour que ça ne marche pas. Aucunes raisons.
Ogata tira une longue bouffée sur sa cigarette, observant par-dessus ses lunettes le jeune homme assit en face de lui. Isumi avait posé son coude sur ses genoux, et se mordillait le doigt, nerveux. Oh, pas par sa présence, Ogata s'était très vite rendu compte qu'il ne l'impressionnait pas tellement. Non, Isumi semblait juste ne trouver aucune issue à sa situation désespérée sur le goban. Finalement, après un petit soupir, Ogata l'entendit marmonner un « j'abandonne » pas très convaincu.
"-Tu abandonnes toujours trop vite.
Cette phrase, Ogata l'avait prononcée sans même s'en rendre compte. Et ce n'est qu'en s'entendant qu'il se rendit compte de la portée qu'elle pouvait avoir. Comment aurait-il pu savoir qu'Isumi abandonnait toujours trop vite, si ce n'est à force de parties disputées avec lui ? Ces parties qui avaient lieu deux à trois fois par semaine, chaque fois qu'Isumi venait le voir. C'était parti d'une sorte d'accord implicite entre eux, après qu'il ait étudié avec lui la partie perdue contre Kuwabara. Puis ils avaient discuté, de tout et de rien, même pas forcément de Go. Et c'était Ogata qui lui avait proposé de passer chez lui un de ces jours. Et maintenant le voilà qui jouait avec lui, lui donnant même des conseils pour qu'il s'améliore.
"-Ogata-senseï ?
La voix d'Isumi le sortit de ses réflexions. Il n'aimait pas être surprit dans un moment de distraction. Il se leva et se dirigea vers la cuisine, s'allumant une cigarette au passage.
"-Je vais faire du thé.
Occuper ses mains le calmerait sans doute. Et fumer le déstressait à tous les coups. Il entendit Isumi ranger les pierres dans le salon, remettant le goban à sa place. Bah, après tout, pourquoi est-ce qu'il se creusait la tête pour si peu ? Versant le thé dans les tasses, Ogata fini sa cigarette et partit retrouver le jeune homme assit sur le canapé. Isumi le remercia d'un signe de tête, avant de boire la boisson pourtant encore bouillante.
"-Je vais rentrer chez moi, j'ai une partie tôt demain. Merci pour la partie, on pourra la commenter la prochaine fois !
Ogata hocha la tête en signe d'assentiment, sans rien répondre. Il raccompagna le jeune homme à la porte en ne marmonnant qu'un bref au revoir, refermant rapidement la porte derrière lui. Il ne savait pas ce qui avait provoqué une telle réaction. C'était la première fois qu'il était si pressé de voir Isumi partir. Ogata jeta un coup d'œil à la ronde, ne sachant trop que faire maintenant. Il retourna au salon et se servit un verre d'alcool avant de retourner s'asseoir sur son canapé. Isumi avait semblé se rendre compte de son trouble, et c'était sans doute pour ça qu'il était parti si vite. Il eut un petit sourire légèrement désabusé ; le jeune homme avait sut plus ou moins s'imposer auprès de lui, mais il était plein de finesse, et savait s'effacer au bon moment. Le maître de Go regarda un moment le contenu de son verre, avant d'en boire enfin une gorgée. D'habitude, Isumi restait plus longtemps après leurs parties. Ils la refaisaient, discutaient d'autres parties. Où même parlaient de tout à fait autre chose.
Ogata reposa son verre, énervé. Sans même savoir pourquoi. Il ne comprenait pas son irritation, tout comme il n'avait pas comprit pourquoi penser au fait qu'avoir certaines habitudes avec Isumi l'avait tellement troublé. Il reprit le verre posé et le fini d'une traite. Ça ne servait à rien de se préoccuper de tout ça. Des parties de Go, il en faisait avec des tas de jeunes joueurs. D'accord, Isumi était mignon, agréable et très doué pour un nouveau pro. Mais il ne pourrait jamais rien se passer entre eux, il le savait très bien. Ce n'était pas si grave que ça d'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'il était attiré par une personne et qu'il savait qu'il ne pourrait rien se passé. Alors pourquoi est-ce que ça le touchait tellement ? Ogata se ralluma une cigarette d'un geste nerveux. Il ne devait pas se laisser troubler par Isumi, aussi charmant qu'il soit. Il n'y avait aucune chance, ce n'était même pas la peine d'y songer. Son trouble était inutile. Pas la peine de s'appesantir dessus, ce n'était même pas vraiment un problème.
Mettant en application ses nouvelles résolutions, Ogata écrasa d'un geste vif son mégot avant d'aller se saisir de sa veste. Il allait aller au salon de Go du Meijin, pour occuper sa soirée.
Waya retint un geste d'agacement alors qu'il se saisissait de son sac pour sortir du siège de la Nihon Ki-hin. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire de son après-midi maintenant ? Son maître était parti dans le Kansaï avec Saeki ce qui lui enlevait la possibilité d'étudier avec l'un comme avec l'autre. Isumi n'était pas libre. D'ailleurs, en ce moment, il n'était quasiment jamais libre. A se demander ce qu'il pouvait bien faire de son temps de repos tiens. Shindo était au collège à l'heure qu'il était. Et puis même s'il n'avait pas été au collège, Waya ne savait pas s'il l'aurait appelé. Il était tellement bizarre ces temps-ci… Renfermé, toujours plongé dans ses pensées… Si éloigné du Shindo qu'il connaissait d'habitude. Comme quand il avait faillit arrêter le Go presque un an auparavant.
Waya mit un coup de pied dans une canette qui traînait par terre. Il reprit son décompte mental tout en flânant vers son arrêt de bus. Il ne restait plus que quatre personnes. Honda était encore en train de jouer, il avait deux parties ce jour-là. Ochi restait chez lui, son grand-père insistant de plus en plus pour qu'il passe tout son temps libre à étudier. Pas qu'il aimait plus que ça rester avec Ochi, mais ça lui aurait permit de ne pas être seul. Fuku était encore à l'école aussi, comme Shindo.
Il n'y avait donc plus que Nase. Nase, qu'il connaissait depuis si longtemps. Avec qui il partageait tellement de chose, avait tellement de goûts en commun. C'était une amie de longue date… Mais qui en ce moment passait tout son temps avec Nadako ! Il avait suffit d'une fois, d'une seule rencontre pour que ces deux là soient inséparables. Et maintenant, chaque fois qu'il croisait Nase, Nadako n'était pas loin. Encore tout à l'heure, alors qu'il sortait de sa partie, il les avait vu ensemble Il commençait à penser comme Shindo et à ne plus supporter Nadako… Sans doute pas pour les même raisons, d'accord, mais le résultat restait le même. C'était limite si on pouvait aller parler à Nase tellement elle semblait omniprésente auprès de la jeune fille.
"-Waya !
Le jeune homme, surprit que quelqu'un le sorte ainsi de ses pensées, surtout une voix qu'il ne reconnaissait pas, s'arrêta et se retourna, pour voir arriver vers lui Akira Toya. Le jeune homme avait l'air essoufflé, les joues rouges, les cheveux légèrement ébouriffés, comme s'il s'était précipité pour le rattraper.
"-Quoi ?
Akira eut un moment d'hésitation devant le ton agressif de la réponse de Waya. Il aurait peut-être dû attendre quelqu'un d'autre qui aurait pu le renseigner… Il se raisonna : de toute façon, maintenant qu'il était là, il n'allait pas reculer.
"-Est-ce que tu sais où est Shindo ?
Waya le dévisagea quelques secondes, pas sûr de ce qu'il allait répondre. La tentation de l'envoyer bouler était grande. Ou de lui mettre un vent, comme Akira en avait si bien l'habitude.
"-Pourquoi tu veux savoir ça ?
Akira retint un soupir agacé. Non, il aurait vraiment dû attendre de trouver quelqu'un d'autre. Il savait bien, pourtant, que Waya semblait le détester, et qu'obtenir une information de lui risquait de se montrer difficile. Mais il n'était pas du genre à abandonner aussi facilement. Il voulait savoir où était Shindo, et maintenant qu'il avait engagé la conversation, il ne partirait pas sans le savoir.
"-Parce que je veux lui parler. Mais si tu ne sais pas, ce n'est pas grave, je me débrouillerais autrement.
-Bien sûr que je sais où il est ! Il est en cour à cette heure-ci. Et tu le saurais aussi si tu ne te préoccupais pas des autres une fois tous les trois ans."
Akira leva un sourcil devant la dernière remarque de Waya. Pourquoi il lui disait un truc pareil ? Mais peu importe, maintenant, il savait ce qu'il voulait. Il avait juste suffit d'un peu de provocation… Il eu un grand sourire pour le jeune homme et commença à repartir avec un signe de main :
"-Au revoir Waya, et merci.
Waya marmonna un truc, qu'Akira préféra interpréter comme une réponse à son salut, puis rejoint son arrêt de bus. Akira, quand à lui, partit dans la direction opposée, rejoignant la gare. Une fois dans la rame, Akira se remit à penser à ce qui l'amenait là-bas. Il avait cru s'être rapproché de Shindo. Ils s'entendaient mieux depuis quelques temps, ils se disputaient moins souvent… Enfin, jusqu'à ce que Shindo ne se mette à l'éviter. Et il était sûr qu'il n'y avait de problème qu'avec lui puisqu'il l'avait croisé plusieurs fois avec ses amis. Ce n'était donc pas comme quand il avait décidé d'arrêter le Go, et qu'il fuyait tout le monde. Non, cette fois, ce n'était que lui.
Akira aurait voulu pouvoir régler ce problème, aller lui parler. Mais c'était quasiment impossible puisque justement, chaque fois qu'il croisait Hikaru, celui-ci était toujours très entouré. Et il était surtout toujours avec Waya, qui ne semblait décidément guère l'apprécier. Akira ne s'en formalisait pas plus que ça, mais il n'aimait pas non plus faire de la provocation gratuite.
Akira descendit de sa rame avant de se diriger vers le collège de Shindo. Il savait où se trouvait le club de Go maintenant, il n'avait plus besoin de demander son chemin. Et même si Shindo n'y était pas, il trouverait sans doute là-bas quelqu'un pour le renseigner sur l'endroit où il se trouvait.
Akira frappa deux coups à la porte de la salle de chimie reconvertit en club de Go avant de la faire coulisser. Toutes les têtes où presque se tournèrent vers lui, les conversations se tarissant d'elles-mêmes. Et dans un coin, à l'écart, Shindo était là. Il semblait plonger dans ses pensées et n'avait même pas remarqué le silence qui s'était installé. Silence qu'Akira rompit vite, gêné d'être ainsi le centre d'attention de ces adolescents.
"-Shindo !
Hikaru reconnut immédiatement la voix qui l'appelait. Le ton froid, cassant… Il leva les yeux pour croiser les inévitables yeux émeraude d'Akira, qui le fixait d'un air d'impatience non feinte. Il sentit ses mains agiter d'un très léger tremblement, et se dépêcha de lâcher la pierre de Go qu'il tenait entre deux doigts afin que personne ne le remarque. Il se leva précipitamment afin de rejoindre le jeune prodige, le poussant vers l'extérieur sans que celui-ci ne proteste, avant de se retourner vers ses amis afin de les saluer :
"-On se voit demain après les cours, j'ai pas de partie.
Tous lui répondirent, sauf Mitani qui, comme d'habitude, faisait semblant de ne pas l'avoir entendu. Mais pour une fois, Shindo n'y fit absolument pas attention. Il avait encore la main posée sur le bras d'Akira, et il pouvait sentir la chaleur de sa peau sous ses doigts. Il se dépêcha de le lâcher, comme si ce contact le brûlait, ce qui n'était pas loin de la vérité. Il n'arrivait pas à le regarder, surtout pas à soutenir son regard… Ils firent quelques pas jusqu'à sortir des bâtiments, avant qu'Hikaru ne se décide à prendre la parole.
"-Qu'est-ce que tu fais là ?
Hikaru avait plus envie de fuir le plus loin possible que d'entendre ce qu'Akira avait à lui dire, mais il se fit violence pour ne rien laisser transparaître.
"-Je suis venu te demander des explications.
Shindo eut la décence de ne pas faire semblant d'être surprit. Akira insista cependant, enfonçant le clou comme il en avait si bien l'habitude.
"-Pourquoi est-ce que tu ne viens plus au club de mon père, tu ne réponds plus à mes coups de fil depuis quelques jours ? Pourquoi est-ce que tu me fuis comme ça !
Akira se mordit légèrement la lèvre inférieur, surprit lui-même par la violence de sa question. Il était venu demander des explications, mais il ne s'attendait pas à y aller aussi fort. Et encore moins à utiliser de tels mots qu'il trouvait très fort, sans doute trop même, vu la situation et leur relation.
"-Je… Parce que je…
Hikaru se sentait mal. Il ne savait pas quoi dire ; quelle excuse pourrait-il trouver cette fois, sans révéler son secret ? Il n'arrivait pas à réfléchir, il sentait le sang battre très fort dans ses tempes, comme un tambour qui empêcherait son cerveau de fonctionner normalement. Il fallait qu'il dise où qu'il fasse quelque chose, et vite ! Sa gorge était sèche, il ne se sentait pas capable de dire quoi que ce soit. La panique de trahir son secret était trop forte ; il ne pouvait pas rester à côté d'Akira.
Akira dévisageait Hikaru. Qu'est-ce qu'il avait à bafouiller comme ça ? Ça ne lui ressemblait absolument pas, lui qui d'habitude était si décidé. Akira se demandait vraiment si Shindo n'était pas malade ; il était vraiment pâle, et il tremblait même légèrement.
"-Shindo ?
La voix d'Akira fut un déclic pour lui. Hikaru réalisa pleinement qu'il ne pouvait pas rester à côté d'Akira, répondre à ses questions sans trahir son secret. Terrorisé par cette idée, il tourna les talons et se précipita en courant vers le portail. Il ne s'arrêta pas en entendant Toya l'appeler, ne se retourna même pas. Il aurait voulu ne plus entendre sa voix, il avait l'impression qu'elle lui vrillait les tympans, qu'elle ne sortirait jamais de la tête !
Akira fit quelques pas rapide, essayant de rattraper Shindo. Mais il s'arrêta rapidement, se rendant compte de l'inutilité de son geste. Il avait déjà vécu cette scène, quand Shindo avait refusé de reprendre le Go, et même de lui expliquer pourquoi il avait arrêté. Alors comme la dernière fois à quoi est-ce que cela pouvait bien servir ? Il ne pouvait pas forcer Hikaru à lui parler si celui-ci n'avait pas envie. Mais pourquoi est-ce que sa moindre tentative de socialisation se terminait-elle par un échec ? Non, il devait être honnête. Ce n'était pas ça son véritable problème. Pourquoi est-ce qu'il n'arrivait pas à s'entendre avec le seul adolescent qui ne l'ai jamais accepté ?...
"-Merde !
Akira ne fut même pas surprit de son propre vocabulaire. Il n'avait pas l'habitude de parler comme ça. Mais là il n'en pouvait plus, de sa solitude ! La colère reflua d'un coup en lui. Après tout, c'était Shindo qui ne voulait plus le voir, c'était lui qui avait un problème. Lui n'avait rien fait pour provoquer cet éloignement cette fois, alors Shindo n'avait qu'à rester loin de lui, il n'en avait strictement rien à faire. Et qu'il ne vienne pas essayer de lui parler ensuite ! Il avait essayé de venir vers lui, et Shindo l'avait rejeté. Maintenant il n'était plus question qu'il fasse un pas vers le jeune décoloré. Ni que celui-ci ne vienne lui parler. Il avait voulu couper les ponds ? Parfait. Maintenant c'était fait. Et définitivement.
Ogata s'installa devant son ordinateur après avoir nourri ses poissons. Il les regarda un moment tourner dans leur aquarium pendant que son PC s'allumait. Il écrasa une énième cigarette qui avait depuis un petit moment fini de se consommer. Il chercha son paquet dans sa poche pour se rendre compte qu'il était vide. Déjà. Il ne l'avait pourtant ouvert en arrivant chez lui, seulement une heure et demi plus tôt. Il savait qu'il avait l'habitude de beaucoup fumer, mais jamais à ce point là. Et la raison de cette surconsommation était facilement devinable, bien qu'il se refusait quelque part à se l'avouer.
Enfin, il réussit à se connecter à internet. Le Go en ligne, ça, c'était quelque chose qui le détendait. Il commença à faire défiler les pseudos. Rien d'intéressant à première vu… Un certain Sinik vint lui proposer une partie. Il accepta ; après tout, son pseudo était assez connu sur le net pour que n'importe qui n'ait pas l'idée de venir le défier. Pourtant, très vite, il se rendit compte que son adversaire était d'un niveau très inférieur à celui d'un Inseï. Il venait de commencer le Go ou quoi ? Vu le temps qu'il mettait à réfléchir pour jouer des coups aussi médiocres, il ne devait certainement être pas très loin de la vérité. Ogata préféra fermer la fenêtre. S'il continuait cette partie, ça allait vraiment l'énerver. Il fini rapidement la liste des joueurs et constatant que visiblement il n'y en avait pas de tellement intéressant, il préféra se déconnecter. Les seuls joueurs assez fort pour l'affronter l'avait déjà fait à de nombreuses reprise, et il n'avait pas envie de jouer contre une personne dont il connaissait déjà la manière d'agir.
Ogata eut un ricanement cynique. Il se mentait à lui-même. Il aurait bien voulu jouer contre au moins une personne dont la manière de jouer lui était familière. Isumi. Le jeune homme venait trois, voir quatre fois par semaine depuis trois semaines. Enfin, jusqu'à il y a huit jours. Il avait reçu un appel alors qu'il attendait sa venue. Isumi lui avait dit qu'il ne pouvait pas venir, et que pendant un moment ce serait le cas. Sa mère enceinte et son père parti en urgence pour affaire, il était obligé de rentrer tous les soirs chez lui, directement après ses parties pour rester auprès d'elle et l'aider. Ogata n'avait pas protesté, bien sûr. Il lui avait assuré qu'il n'y avait pas de problèmes, vu qu'Isumi ne cessait de s'excuser de ne pouvoir prévenir qu'à la dernière minute.
Alors maintenant il se trouvait désoeuvré, à tourner en rond comme un lion en cage. Il avait tout essayé pour se changer les idées, mais le jeune homme brun restait dans son esprit. Les parties disputaient avec lui lui manquait ; sa façon de jouer dynamique, si loin des parties guindées dont il était habitué. Et le pire, c'est qu'il n'y avait pas que ça qui lui manquait ! Souvent Isumi s'attardait après une partie et ils discutaient, de tous les sujets possibles, de leurs goûts, de leurs loisirs… Et il était même arrivé parfois qu'Isumi vienne sans disputer de partie, qu'ils passent juste un peu de temps ensemble.
Ogata savait qu'il devait ouvrir les yeux. Il n'avait pas qu'une simple attirance physique. Il ressentait pour le jeune homme une certaine affection. Une certaine affection qu'il n'aurait jamais dû ressentir pour un jeune joueur qui n'était censé le voir que comme un mentor. Enfin, il se doutait que ce n'était pas le cas. Le comportement d'Isumi n'était pas non plus celui d'un élève. Il ne montrait pas le respect distant qu'il aurait dû selon les habitudes de ce monde traditionnel. Au contraire, il exprimait ouvertement ses opinions et n'hésitait pas à exprimer son point de vue quand ils n'étaient pas d'accord. Il riait toujours de bon cœur et ne se gênait pas pour lui demander quelque chose, de la moindre broutille à des conseils pour ses futures parties.
En bref, Ogata savait que la présence d'Isumi lui manquait, et ça ne lui plaisait pas. Il n'aimait pas cet attachement, non pas parce qu'il en avait peur, mais parce qu'il n'avait pas envie de s'engager dans une relation compliquée. Et pourtant il ne faisait rien pour empêcher leur lien de se renforcer au fur et à mesure de ces rencontres. En fait, Isumi était d'une fraîcheur rare dans ce monde austère. Une bouffée d'oxygène dont Ogata devenait bien malgré lui (on y croit tous) de plus en plus dépendant. Après tout, maintenant, les dés étaient jetés. Il n'avait pas envie de changer la situation pour le moment, alors il allait laisser se dérouler les choses sans intervenir et il verrait bien ce qu'il se passerait.
Il choisit enfin un programme à la télévision, où il zappait depuis un moment. Il n'y avait pas fait attention jusque là, mais ce film n'était pas si inintéressant que ça. Et malgré son impatience, il pouvait très bien se passer d'Isumi pendant un moment et trouver d'autres choses à faire. Ce n'était pas difficile, d'autant plus que ses soirées avenir seraient remplies puisque le Meijin rentrait de vacance et qu'ils enchaîneraient les séances d'études.
Hikaru se tordait les mains d'impatience. Il ne savait même pas si à ce point là on pouvait encore appeler ça du stress. Une semaine. Une semaine depuis qu'Akira s'était rendu à son collège. Et dès le lendemain, il s'en était rendu compte. Rendu compte qu'Akira l'évitait à son tour. Alors qu'il s'efforçait de l'ignorer, il avait sentit plusieurs fois sur lui le regard d'Akira. Il avait senti son interrogation, son agacement même parfois. Mais le lendemain… Akira était revenu au regard indifférent du début, de leur première véritable dispute. Et ce n'était même pas qu'il l'évitait. Non, il semblait disparaître totalement dès qu'Hikaru était là.
Quand c'était Hikaru qui essayait de le fuir, il croisait toujours Akira de loin, au détour d'un couloir, à la sortie de l'ascenseur… Mais là, il semblait avoir totalement disparu. Trois jours de suite ils s'étaient retrouvés dans la même salle pour disputer leur partie. Et chaque fois Akira s'était retrouvé dos à lui, inaccessible à son regard, ne s'intéressant absolument pas à ses parties. Et dans les couloirs, au moment des pauses, impossible de l'apercevoir.
Hikaru s'était rendu compte au fur et à mesure que la semaine s'était écoulée qu'Akira lui manquait. Quand lui avait passé son temps à l'éviter, il n'avait pas ressentit à ce point ce manque. Sans doute parce qu'il savait qu'Akira s'intéressait toujours à lui, qu'il s'interrogeait, qu'il cherchait à venir lui parler. Mais cette absence provoquait un manque presque physique chez lui. Il en était devenu encore plus agressif, au point que même Isumi l'avait remit à sa place l'avant veille. C'était le déclic qu'il lui fallait. Il savait qu'il ne pouvait pas tenir sans le voir. Sans lui parler avait déjà était dur, mais provoquer seulement son indifférence était cent fois pire. Il en avait mal au ventre, il n'était plus lui-même. Il s'était même demandé si c'était la même sensation que d'être en manque. L'attention d'Akira était comme une drogue pour lui, il en avait besoin pour avancer. Alors il fallait qu'il trouve une excuse à donner au jeune prodige. Une excuse qui soit crédible et qui le satisferait, afin qu'il ne lui pose plus de questions, mais qu'il ne l'ignore plus comme ça…
Hikaru n'en n'avait pas dormi de la nuit. Au matin, il avait prit sa décision. Il avait trouvé quoi dire à Akira pour s'expliquer. Quoi lui révéler. Alors il avait essayé de l'appeler aux horaires où il savait le jeune homme libre. Mais il n'avait pas eu de réponse. Toute la soirée il avait essayé de le joindre, sans succès. Il avait fini par tomber sur son répondeur, mais n'avait pas oser laisser de message. Alors ce matin, en se réveillant, il lui avait envoyé un SMS pour lui demander de le rejoindre dans le parc, à 17h. Il était 16h55. Est-ce qu'Akira allait venir ? Hikaru entendait les enfants jouer autour des balançoires. Il entendait leurs rires résonner, les mères les rappeler à l'ordre. Mais rien dans le coin isolé dans lequel il se trouvait.
"Je t'en prie Akira, viens…"
Enfin, Hikaru entendit des graviers crisser derrière lui. Il ne voulait pas se retourner pour ne pas montrer à Akira, si c'était bien lui, qu'il guettait le moindre bruit, à l'affût de son arrivée.
"-Shindo ?
Le voix était froide, le ton cassant. Hikaru se retourna pour croiser le regard glacial de son rival.
"-Salut Toya.
Hikaru savait parfaitement que son ton neutre sonnait faux. Il avait l'impression qu'Akira pouvait entendre le tremblement de sa voix. Cependant le fils du l'ancien Meijin ne fit aucune remarque.
"-Bonsoir. Qu'est-ce que tu me veux ?
Hikaru se passa une main dans les cheveux, de plus en plus nerveux.
"-Ben… La dernière fois je suis parti en peu vite quand tu m'as demandé ce que j'avais… Donc déjà m'excuser, j'ai eu beaucoup de stress et tout… Et puis t'expliquer quoi !
Akira leva un sourcil, dubitatif.
"-Je t'écoute.
-Assied-toi, ça risque d'être un peu long…"
Akira sembla hésiter quelques secondes avant de s'asseoir raide comme un piquet sur le bord du banc. Nerveux, Hikaru préféra se lever, et commença à faire quelques pas. Enfin, il prit une inspiration pour se donner du courage et se lança :
"-Bon, tout d'abord, je voudrais que tu m'écoutes sans m'interrompre. Je sais que mes raisons vont te paraître invraisemblable, mais je te demande de me croire. Si t'as des questions, attends que j'ai fini s'il te plaît…
Akira hocha la tête, se demandant bien ce qu'il allait pouvoir apprendre.
"-En fait… C'est à cause de Saï.
Hikaru vit Akira tressaillir, et se pencher légèrement en avance, comme s'il avait peur de manquer un mot de ce qui allait suivre.
"-C'est… Saï est un fantôme. C'était un très grand joueur de l'ère Heian, un professeur de l'empereur. Mais il s'est suicidé après avoir été déshonoré. Et son esprit a hanté un Goban, jusqu'à ce qu'il soit libéré une première fois. Celui qui l'a libéré est extrêmement connu : c'est Shusaku. Il a laissé Saï jouer, et c'est lui qui lui a tout apprit. C'est pour ça qu'au départ mon jeu était d'un style si ancien. Car une fois que Shusaku est mort, Saï est retourné dans le Goban. Et ce Goban s'est retrouvé dans le grenier de mon grand-père. Je l'ai trouvé quand j'avais onze ans. J'ai vu des taches de sang sur le Goban, et c'est là que Saï m'est apparu… Il voulait tellement joué au Go…
Hikaru ne regardait même plus Akira, ne faisant pas attention à ses réactions. Il marchait de long en large devant le banc, faisant de grands gestes avec ses bras, totalement plongé dans son récit.
"-C'est pour ça que je suis venu au salon de ton père, pour lui permettre de jouer. Je ne t'ai pas menti ce jour là, c'était bien la première fois que je jouais. Mais c'est Saï que tu as affronté… Je l'ai refait jouer plusieurs fois. Mais petit à petit, je m'intéressais de plus en plus au Go, et j'ai voulu jouer par moi-même. C'est lui que tu aurais dût affronter pendant le tournoi inter collège mais… J'ai voulu jouer par moi-même. J'ai voulu t'affronter, mais mon niveau était bien en dessous de ce que tu avais vu de Saï. Et c'est moi qui t'ai déçu alors… Tu avais bien deviné quand tu es venu au cybercafé. C'était Saï qui venait de jouer, grâce à ma main… Et j'ai compris, quand tu as déclaré ne plus vouloir jouer contre moi, que je voulais te rattraper. Que tu vois de quoi j'étais capable seul, et non avec Saï. Et je me suis rapidement amélioré ! C'est grâce à Saï, qui a était mon professeur. Mais je ne pouvais plus le laisser jouer puisqu'on se serait demandé alors pourquoi je faisais de telles pointes. Sauf contre ton père, pendant ma première partie. Et sur Internet, c'était lui également. Mais l'année dernière… L'année dernière, Saï… est parti. Je suppose que maintenant il est en paix…
Hikaru s'arrêta. Parler de Saï lui faisait encore mal. Mais maintenant, voilà, il avait raconté son histoire. Il laissa passer un instant avant de se retourner vers Akira, qui le fixait d'un regard ahuri, les sourcils légèrement froncés.
"-Et… pourquoi est-ce que tu me racontes ça maintenant ?
Hikaru se passa la main d'un geste un peu tremblant dans les cheveux.
"-Parce que… Parce que je me suis rendu compte que tu étais la personne qui en savait le plus sur Saï, et que tu risquais de me prendre pour un mythomane ou pour un schizophrène si je te racontais ça. Et puis je me suis dit après que tu serais le seul à pouvoir me croire, alors j'ai décidé de tout t'expliquer.
Akira le fixa encore un moment d'un regard froid sans bouger. Hikaru se sentait de plus en plus mal à l'aise sous ce regard scrutateur, quand enfin Akira se mit à parler.
"-Tu vas essayer de me faire croire que si tu m'as fuit pendant tout ce temps c'était donc à cause de Saï ?
Hikaru hocha la tête, peu sûr de ce qui allait se passer. La voix d'Akira était cassante, et il redoutait ce qui allait suivre.
"-Donc, tu as refusé tout dialogue à cause d'un fantôme disparut depuis des mois. Quand bien même je croirais à cette histoire qu'on dirait sortit d'un scénario d'une mauvaise série américaine, tu ne m'explique absolument pas pourquoi maintenant ? Pourquoi est-ce que d'un coup tu refuses tout contact alors que cette histoire daterait presque d'un an ! Alors que je ne t'ai plus jamais rien demandé ! Que malgré toutes les questions que j'ai pu me poser, j'ai respecté ton choix d'attendre avant de me révéler quoi que ce soit ! Et toi tu n'as même pas la décence de me dire la vérité ! Tu te moques de moi !
Sans faire attention, Akira avait élevé la voix pendant son court monologue, et avait terminé en criant. Hikaru sentit la colère monter en lui devant le jeune homme qui refusait de le croire.
"-Tu comprend rien !
Et il commença à faire demi-tour, s'éloignant d'un pas rageur. Il sentit Akira l'attraper par le bras et l'obliger à lui faire face à nouveau. Ses yeux verts n'étaient plus glacés mais brûlaient d'une colère non contenue.
"-Tu agis vraiment comme un gamin !
Hikaru était de plus en plus furieux. Comment osait-il le traitait de gamin ?
"-Quoi ? C'est moi que tu traites de gamin ? Et qui c'est qui boudes dès qu'il est un peu contrarié ?
Akira sentit le rouge lui montait aux joues en même temps que sa fureur augmentait.
"-Je ne boude pas !
-Ah non ? Alors pourquoi hier tu ne m'as pas répondu une seule fois ?
-Parce que je… Oh, et puis ne rejette pas la faute sur moi ! C'est de toi dont il est question là !"
Voyant qu'Hikaru ne répondait rien, Akira fit mine de partir.
"-Je ne vois pas pourquoi je perds mon temps avec toi !
-Eh ! C'est toi qui es venu me trouver la première fois !
-Parce que je pensais que tu serais assez honnête avec moi pour me dire la vérité !"
Hikaru eut un mouvement d'impatience qui fit reculer instinctivement Akira d'un pas, surprit.
"-Mais je t'ais dit la vérité ! Tu refuses de me croire !
-Non, ce que je refuse de croire, c'est que Saï, que ton fantôme soit réel ou pas, ai quelque chose à voir avec cette histoire là !
-Tu veux que je te dise quoi, hein ? Que si j'ai refusé de te voir, c'est parce que tu m'attire ! Parce que chaque fois que je te vois j'ai envie de te serrer dans mes bras ! Que la dernière fois si je suis parti c'est parce que j'avais envie de te rouler une pelle !"
Akira recula de deux pas, la main sur la bouche. Hikaru ferma les yeux. Il ne pouvait pas avoir dire ça… Non…
"-Je… tu… Je…
Hikaru rouvrit les yeux en entendant Akira bafouiller, mais il n'osait toujours pas le regarder en face. Il finit par prendre une grande inspiration et planta son regard dans celui d'Akira, qui était beaucoup plus pâle de d'habitude. L'adolescent semblait chercher ses mots, peu sûr de l'attitude à adopter.
"-Toya, je…
La voix de Shindo sortit Akira de son état de choc.
"-Je… Ecoute, je te rappellerais !
Et Akira fit précipitamment demi-tour, et partit en courant. Hikaru n'eut pas le temps de faire un geste pour le retenir. Il ne savait même pas s'il en avait envie… Autour de lui, il n'y avait maintenant plus que le silence. Son explication et leur dispute avaient duré un moment, et leurs cris avaient fini de faire partir les quelques badauds. Hikaru se laissa tomber sur le banc. Il 'avait pas envie de rentrer tout de suite chez lui. Mais dans quel pétrin est-ce qu'il s'était bien mit…
Isumi fit tourner la pierre entre ses doigts. Il savait exactement où il allait la placer. Et pour cause, il avait prit tout son temps pour y réfléchir. Mais il avait encore envie de faire durer un peu le plaisir… En face de lui, Ogata releva ses lunettes, les réajustant un peu. Il semblait presque s'impatienter… Isumi posa sa pierre avec un petit sourire qu'il essayât de cacher. Avec succès puisque son adversaire était bien trop concentré sur la partie pour y faire attention.
Ogata se demandait bien ce qu'il se pouvait se passer dans la tête d'Isumi. Il jouait lentement. Et ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Pourtant, il avait déjà vu Isumi jouer, et d'habitude il était plus rapide que ça. Même contre des joueurs d'un niveau plus ou moins équivalent au sien, Isumi jouait plus rapidement d'habitude… Ogata fut soulagé en le voyant enfin poser sa pierre. Il joua à son tour, et savait que désormais Isumi ne pourrait plus renverser la situation. Il lui laissa le temps de réfléchir, de se rendre pleinement compte de la situation. Mais au lieu du « j'abandonne » habituel il fut plus que surprit de voir le jeune homme poser une pierre noire. Est-ce qu'il avait mal évalué la situation ? Il vérifia les coups joués, mais ne trouva pas de failles dans son attaque. Alors pourquoi Isumi continuait-il une partie perdue d'avance ?
Après encore quelques coups échangés, où Isumi prenait tout son temps, le jeune homme se décida enfin à abandonner la partie.
"-Tu n'as pas vu que tu n'avais plus aucune chance ?
-Ah bon ? Je n'avais pas remarqué."
Ogata le regarda un petit moment, suspicieux. Le ton ingénu avec lequel il avait prononcé cette phrase ne lui ressemblait pas vraiment. Et son regard pétillant de malice contrastait vraiment avec sa remarque. Lui laissant le bénéfice du doute, Ogata se décida à lui démontrer ses erreurs.
Ils finirent l'explication une heure plus tard, heure pendant laquelle Isumi était très peu intervenu, écoutant presque religieusement les explications du maître. A la fin, Ogata se releva, dépliant ses jambes ankylosées par tout ce temps passé devant le Goban.
"-Tu veux boire quelque chose ?
-Volontiers, merci."
Ogata se dirigea vers la cuisine et revint avec une canette de soda pour le jeune homme. Isumi avait déjà commencé à ranger le Goban, et le remercia d'un sourire quand Ogata posa sa boisson à côté de lui. Enfin, Ogata se tourna vers l'horloge, vérifiant l'heure. Et fut surprit de voir qu'il était déjà si tard. Isumi suivit son regard et remarqua lui aussi l'heure tardive :
"-Oh non, j'ai loupé mon dernier bus, je vais être obligé d'aller prendre le train !
Ogata lui jeta un regard en coin. C'était lui où son ton n'était pas du tout désolé ? Il se doutait de quelque chose, et il allait falloir qu'il tire les choses au clair très vite… De toute façon, pour le moment, il n'avait pas trop le choix. Il allait ramener Isumi. A cette heure-ci, prendre le train jusque chez lui était assez risqué. Et il l'avait sauvé une fois, ce n'était pas pour qu'il se fasse agresser en sortant de chez lui quelques temps plus tard.
"-Je te ramène.
-Merci Ogata-senseï !"
Sa canette dans une main, Isumi se dirigea vers la porte, reprenant sa veste et son sac à dos au passage. Ogata le suivait, plongé dans ses pensées. Le comportement d'Isumi était étrange. Enfin, pas tellement, si sa théorie se trouvait confirmer. Bien sûr, il en serait flatté. Mais comment réagir si c'était réel ?
Pendant tout le début du trajet, ils avaient parlé de tout et de rien. Ce n'est qu'à quelques minutes de l'immeuble d'Isumi qu'Ogata se décida à aborder le sujet qui confirmerait ses doutes.
"-Tu as joué lentement aujourd'hui, non ? Plus que d'habitude.
-Vous trouvez ?"
Nouveau regard en coin.
"-Ce n'est pas la première fois que ça t'arrive quand tu joues avec moi. Tu as une raison particulière ?...
-C'est pour profiter de votre inestimable compagnie, Ogata-senseï."
Et tout ça dit avec un grand sourire et un naturel désarmant. Ogata en fut soufflé pour le coup. Il ne s'attendait pas à un tel aplomb ! Certes, à part la première fois où Ogata l'avait ramené chez lui bourré, Isumi ne s'était jamais montré spécialement mal à l'aise en sa présence. Mais de là à donner une telle réponse !
Ogata descendit de la voiture en même temps qu'Isumi après l'avoir garé devant l'immeuble assez modeste qu'habitait le jeune homme. Il fit le tour de la voiture et accepta la poignée de main d'Isumi en guise d'au revoir. Mais alors que le jeune homme se dirigeait vers la porte, Ogata ne pu s'empêcher de lui lancer, posant la question qui lui brûlait les lèvres depuis longtemps déjà :
"-Isumi, tu n'essaierais pas de me séduire par hasard ?
Isumi se retourna et lui fit un grand sourire, avant de disparaître dans le hall d 'entrée. Aucune négation… Ogata sortit une cigarette de sa poche et s'appuya contre sa voiture de sport, souriant inconsciemment.
A suivre…
