Auteur : Mara

Raiting : PG-13, enfin je crois, jcapte pas trop les raitings désolée

Couples : si vous le savez pas à ce chapitre là !

Genre bah Yaoï hein… et un peu de Go peut être

Note : merci pour toutes les reviews, ça me fait super plaisir et même si on dirait pas ça m'aide à continuer. Et désolée pour le temps d'attente entre chaque chapitre… En espérant que ce chapitre vous plaise !


"-Ce génie me fout vraiment les boules.

-On sait Waya."

La réponse venait de Nase, assise en face d'Isumi devant le Goban de Waya, tous installés dans l'appartement de ce dernier. Ochi, Honda et Nadako regardaient une partie reconstituée par Nase et Isumi alors que Waya, affalé sur son canapé, ruminait sa rancœur d'avoir perdu face à Akira Toya. Une fois de plus, Toya l'avait vaincu, et sans même sembler s'intéresser réellement à la partie. En tout cas pas autant que la concentration qu'il pouvait avoir pour certaines parties qui suscitaient plus l'intérêt de Môsieur le petit génie !

"-Mais quand même, il aurait pu au moins faire semblant de…

-Waya !"

S'écria Nadako, exaspérée, plongée qu'elle était dans la partie qui se déroulait sous ses yeux. Waya se renfonça contre le dossier, marmonnant des paroles peu sympathiques que tout le monde préféra ignorer.

"-Mais pourquoi est-ce qu'il a joué là ?

-Parce que ce coup lui permettait de s'assurer ce territoire pour plus tard. Personne ne penserait à couper noir ici à ce stade du jeu et…"

Mais l'explication d'Isumi fut coupée par la sonnerie de son portable. Le jeune homme eut un sourire d'excuse et sortit l'appareil pour voir qu'il venait de recevoir un texto. D'Ogata-senseï… Isumi s'excusa auprès de ses amis et se retira dans la chambre de Waya, après lui en avoir demandé l'accord d'un regard. Enfin, il se décida à lire le message :

« Rendez-vous ce soir à 18h. Ogata »

Isumi resta un moment immobile, à lire et relire le message. Est-ce que ça pouvait être le signe qu'il attendait ? Peut-être, sinon pour quelle raison Ogata pouvait bien vouloir le voir ? Isumi secoua la tête. Non, ça ne pouvait pas être ça. Ogata avait semblé sûr de lui pendant leur discussion, à peine quelques heures plus tôt. Il devait sûrement vouloir s'assurer que tout était clair pour lui. Ou simplement jouer au Go. La première solution semblait être la plus juste, après quelques instants de réflexion. Après tout, son niveau ne devait certainement pas être à la hauteur d'un adversaire digne du grand Ogata Seiji, 10ième dan, détenteur des titres Goseï et Jûdan.

Isumi hésita quelques instants à lui renvoyer une réponse, puis décida de lui faire la surprise. Avec un peu de chance, il arriverait à déstabiliser cet homme à l'apparence si froide, les mettant ainsi un peu plus à égalité. Parce qu'il sentait que son attente, qui devrait durer un peu plus de deux heures d'ici au rendez-vous de la soirée, n'allait pas se faire dans le plus grand calme… Il ressortit finalement de la chambre de Waya, et s'excusa auprès de ses amis, prétextant un rendez-vous urgent. Waya sortit enfin de ses récriminations en voyant l'air préoccupé d'Isumi. Il l'accompagna à la porte de l'appartement et lui demanda, assez bas pour que les autres n'entendent pas.

"-Ça va aller ? Rien de grave ?

-Non, non, ne t'inquiète pas !!

-Ok. On se voit demain ?"

Isumi acquiesça avant de descendre précipitamment les quatre étages de l'immeuble de Waya. Il avait encore largement le temps de prendre le train et le bus qui l'amènerait au quartier huppé qu'habitait Ogata, mais il préférait être seul. Il était stressé par ce qui pourrait se passer le soir même, et il avait besoin de se vider l'esprit. Et aussi parce qu'il savait qu'il aurait été d'une compagnie assez exécrable pendant le temps qu'il aurait pu rester avec eux…

Après avoir fait le tour de plusieurs magasins du centre ville, et avoir assez tué le temps à son goût, Isumi s'était décidé à rejoindre l'appartement d'Ogata-senseï. Mais maintenant qu'il se trouvait devant la porte du maître, il se trouvait hésitant, n'osant pas sonner. Il prit finalement son courage à deux mains et toqua deux coups à la porte. Il attendit quelques secondes, craignant en plus que son retard ne lui soit reproché. Est-ce que c'était sa faute à lui s'il y avait eu un accident ?

Enfin, la porte s'ouvrit. Isumi ne savait pas quoi faire. Il restait planté là, en plein milieu du couloir, sans oser entrer alors qu'Ogata venait de s'effacer pour le laisser passer.

"-Entre voyons."

Isumi sembla se réveiller. Il se décida finalement et fit quelques pas à l'intérieur de l'appartement, se retournant vers Ogata qui fermait la porte. L'homme s'approcha de lui, un petit sourire aux lèvres. Et l'embrassa. Quand le cerveau d'Izumi se décida à re-fonctionner et se remette à lui envoyer des informations cohérentes, il s'aperçut que Ogata était déjà en train de repartir vers le salon en lui faisant signe de le suivre –et en souriant. Isumi se dépêcha de ranger son blouson et son sac, se débarrassant de ses chaussures, avant de suivre Ogata. Il le trouva assit sur son canapé, l'attendant visiblement, devant deux tasses de thé.

"-Et bien enfin !

-D… Désolé…"

Isumi se serait frappé. Qu'est-ce qui lui prenait de bafouiller maintenant ? Mais il ne s'était jamais senti aussi nerveux devant Seiji Ogata qu'en cet instant. Qu'est-ce qu'il avait donc derrière la tête ? Qu'est-ce qu'il lui voulait ? Il s'assit à l'autre bout du canapé, le plus loin possible de l'homme. Ce qui lui attira un sourire légèrement moqueur, duquel il décida de ne pas tenir compte.

"-Je t'ai connu plus bavard, Shin-chan."

Isumi sentit la moutarde lui monter au nez. Ce surnom, certes affectueux, était destiné aux jeunes enfants ou aux jeunes filles. Il s'offusqua, préférant tout de même la première solution :

"-Je ne suis pas si jeune que ça !"

Le sourire d'Ogata s'agrandit à cette remarque.

"-D'accord… Shini-kun.

-Ça veut dire que vous avez changé d'avis ?"

Le sourire d'Ogata s'agrandit encore. Une lueur amusée continuait de danser dans son regard, mais sa main replaça une mèche de cheveux balayant le visage d'Isumi.

"-Devine."

Isumi eut un petit rire, avant de répondre, soulagé :

"-Je crois que je ne vous… que je ne te comprendrais jamais.

-Je préfère ça. Tu restes dîner ?

-D'accord."


"-Shindo ! Shindo, attend !"

Hikaru se retourna, le cœur serré. Il reconnaîtrait cette voix entre mille. Mais après quatre jours sans aucune nouvelle, il n'osait plus espérer. Et pourtant... Pourtant, c'était bien Akira qui courrait vers lui pour le rejoindre, les cheveux légèrement ébouriffé, essayant de se débattre avec sa veste et sa mallette afin d'arriver à tout garder en main. Il remit rapidement ses vêtements en ordre, et releva enfin les yeux vers Hikaru, un sourire un peu timide aux lèvres.

"-Tu as un peu de temps, là ?

Heu… oui…"

Le sourire d'Akira s'agrandit, et il fit signe à Hikaru de le suivre, lui emboîtant le pas vers la sortie. Pendant quelques mètres, Akira marcha en avant, guidant l'adolescent à travers Tokyo, jusqu'au parc, théâtre de leur dernière dispute. Il se retourna alors vers le décoloré, attendant qu'il arrive à sa hauteur. Ils marchèrent quelques minutes en silence, aucun des deux n'osant prendre la parole. Hikaru fini cependant par prendre son courage à deux mains, n'en pouvant plus de ce silence. Pourquoi Akira lui avait t'il demandé de l'accompagner, si c'était pour rester muet ainsi ?

"-De quoi voulais-tu parler ?

-De… De toute cette histoire. Enfin de…"

Akira se maudit intérieurement. Il avait horreur de paraître faible ainsi, de bafouiller comme ça. Surtout devant Shindo. Pourtant, il ne pouvait empêcher son cœur de battre à tout rompre, ni ses mains de trembler légèrement. Cette discussion ne devrait pas être si difficile, mais il n'avait pas l'habitude de ce genre de choses…

"-Bon, ce que j'ai à dire n'est pas évident. Toute cette histoire… C'est totalement inhabituel pour moi, c'est la première fois que ça m'arrive.

-T'inquiète pas pour ça, t'es pas le seul."

Akira sourit de nouveau, avant de retrouver son air si sérieux. Cependant, son regard n'était pas froid comme si souvent face à Hikaru.

"-Je… Tu es quelqu'un que j'apprécie énormément Hikaru. Je peux même dire une des personnes que j'apprécie le plus. Mais je… Je ne suis sans doute pas près à me lancer comme ça dans une relation tel quel. Je…"

Hikaru ne lui laissa pas le temps de continuer. Son cœur lui faisait mal tellement il était serré. Pourtant, il ne devrait pas réagir comme ça. Il s'était fait à l'idée, au moment où il avait comprit, mais surtout accepté, son attirance plus que prononcée pour Akira, qu'il ne se passerait jamais rien entre eux. Mais se l'entendre dire ainsi c'était… beaucoup plus douloureux qu'il ne l'avait prévu.

"-C'est bon. Ne rajoute rien. Ce n'est pas la peine de t'excuser ou quoi que ce soit, j'ai très bien comprit. Et ne t'en fait pas pour moi, je m'y attendais, c'est pas grave hein…

-Mais tu vas me laisser parler !"

Hikaru se tourna vers Akira, surprit par l'éclat de voix du petit génie. Toya s'était arrêté, et fusillait Hikaru du regard. Le jeune homme eut un mouvement de recul, se demandant ce qu'il avait bien pu encore dire pour mettre son rival dans un tel état d'énervement. Mais Akira ne lui expliqua pas. Contre toute attente, il se mit à pouffer. Hikaru le regarda, les sourcils légèrement froncés devant le regard soudainement si joyeux de Toya.

"-Mais… qu'est-ce que j'ai encore fait ?

-Il n'y a vraiment que toi qui puisses me mettre aussi facilement en colère, tu sais ?"

Les sourcils d'Hikaru se froncèrent encore plus.

"-Tu me laisse finir tranquille maintenant ?"

Hikaru hocha la tête, sans ajouter un mot. Il ne savait pas s'il avait vraiment envie d'écouter ce qu'Akira avait à lui dire, mais il lui devait bien ça.

"-Ce que je voulais dire, c'est que je n'étais pas près à me lancer dans une relation avec toi sans aucune garantie. Bien que ta réaction devrait me rassurer. Je veux dire que je ne veux pas… sortir avec toi juste comme ça, pour jouer…"

Akira termina sa phrase presque dans un murmure. C'était si gênant comme situation ! Il se passa une main dans les cheveux pour se donner une contenance. Hikaru ne répondait toujours pas… Il n'osait pas le regarder dans les yeux. Mais une main vint se poser sur sa joue, la caressant doucement. Surprit par ce geste, Akira releva la tête. Pour se retrouver les lèvres prisonnières de celle du décoloré. Il ferma les yeux, essayant de profiter du moment. Mais c'était tellement… étrange… Hikaru finit par le lâcher et se recula de quelques centimètres, afin de murmurer à son oreille :

"-Je ne joue pas cette fois Akira."

Akira ne répondit pas mais glissa ses bras autour du torse d'Hikaru, qui le serra contre lui, les bras passés autour de ses épaules.


Akira eut un sourire en entendant la sonnerie de son téléphone lui signalant qu'il avait un sms. Il n'avait aucun doute sur l'identité de son auteur, et c'est sans surprise qu'il découvrit un message d'Hikaru :

/Rendez-vous à 17h au parc. J'ai hâte de te voir./

Akira se laissa tomber sur son lit et s'empressa de lui répondre, avant de s'amuser à faire défiler tous les sms que contenaient son portable. Depuis une semaine qu'il sortait avec Hikaru, celui-ci ne cessait de lui envoyer des messages dans ce style. Oh, il n'allait pas s'en plaindre. Lui qui avait peur qu'Hikaru ne fasse que s'amuser, le nombre de messages qu'il recevait par jour, tous plus attentionnés les uns que les autres, n'étaient que fait pour le rassurer. Il resta un moment immobile, à repenser aux quelques jours qu'ils avaient passés tous les deux. Ils se voyaient tous les jours, à la sortie des cours ou la fin de leurs parties. Ils étaient allés au club du père d'Akira bien entendu. Un sourire effleura ses lèvres aux souvenirs de leurs disputes à propos du go qui ne s'étaient absolument pas arrêtées, même s'ils étaient ensemble. Et elles étaient même peut-être plus violentes… Ils étaient aussi aller au cinéma, voir un film d'action qui l'avait presque intéressé. Et ils avaient aussi juste flâner dans le parc, juste pour être ensemble tous les deux.

"-Akira ! Je pars à l'aéroport !

D'accord !"

Il hésita un moment à accompagner sa mère, mais décida finalement de se mettre à son bureau afin d'étudier les Kiffus de son père. Après tout, pour une fois qu'il avait un peu de temps de libre, il fallait qu'il en profite. Son père serait déçu s'il se rendait compte qu'il n'avait quasiment rien étudié pendant son séjour en Chine.


Saeki regardait Waya faire des aller et retour dans son salon.

"-Qu'est-ce qui t'arrive encore ?

-Rien."

Saeki se passa la main dans les cheveux, désespéré. Leur maître avait dû annuler leur séance et l'avait chargé de s'occuper de Waya pour cette soirée. Ce qui était loin d'être gagné, vu l'état d'énervement de son cadet… Impossible pour lui de travailler dans ses conditions.

"-Tu sais que dans ces conditions tu n'arriveras jamais à passer ton dan ?

-Ouais…"

Waya se laissa tomber à côté de Saeki, totalement amorphe.

"-Bon, alors, on s'y met ?"

Saeki commença à sortir le goban, mais voyant que Waya ne bougeait toujours pas, il se tourna vers lui.

"-A quoi ça sert ?

-Mais de quoi tu parles ?

-A quoi ça sert que je m'entraîne encore ?"

Saeki poussa un soupir. Il posa le goban à terre et se rassit à côté de son ami.

"-T'entraîner te servira à t'améliorer et ainsi à devenir un des meilleurs joueurs de Go japonais !

-Tu parle.

-Bon, c'est quoi exactement ton problème ?"

Waya resta un moment silencieux. A quoi est-ce que ça servirait de se confier à Saeki ? Il ne ferait qu'essayer de lui remonter le moral en le berçant d'illusions. Mais c'était aussi la seule personne à qui il pouvait parler de son problème. Ses meilleurs amis ne pourraient pas l'aider cette fois ci.

"-Ça fait des mois que je stagne au deuxième dan. Même Shindo, qui pourtant n'a pas joué pendant des semaines, passera troisième dan d'ici quelques parties. Et Isumi vient de passer son deuxième dan, beaucoup plus vite que ce que moi j'ai pu le faire.

-Quoi ? C'est ça qui t'embête ?! Mais c'est rien ça. C'est pas parce que tu es maintenant un peu en retard que tu le resteras. Regarde, Ashiwara et moi sommes passés pro en même temps, et pourtant pendant deux ans il a largement été en avance sur moi, alors que je n'arrivais pas à avancer. Et puis à un moment, c'est lui qui a arrêté d'avancer. Et moi, qui m'étais mit à travailler deux fois plus, j'ai fini par le rattraper. Et maintenant, tu vois, j'ai même réussi à le dépasser ! Aller, te prend pas la tête, avec Morishita-senseï comme professeur, tu ne peux que devenir un des meilleurs joueurs de Go du Japon !"

Waya sourit aux derniers propos de Saeki, avant de redevenir sérieux.

"-C'est facile pour toi de dire ça. Tu n'as pas des joueurs aussi doués qu'Ochi, Shindo et, à fortiori, Akira Toya dans les mêmes tournois que toi. Ils sont plus jeunes que moi, et pourtant leur niveau est tel qu'ils sont intouchables…"

-Alors qu'est-ce que je devrais dire ? Ashiwara m'a dit qu'il n'arrivait jamais à battre Toya-kun. Si ce gamin n'est que quatrième dan c'est parce qu'il a tardé à passer l'examen. A ce que m'a dit le maître, il aurait pu largement le réussir à l'âge de huit ans. Alors ne le prend pas comme repère, c'est un mauvais exemple. Puis de toute façon, tu dois avancer à ton rythme, pas à celui des autres. Et je te signale que tu es devenu pro plus tôt que moi. Alors tu vois bien où tu en seras d'ici quelques années. Aucune raison de se plaindre, voyons !"

Waya éclata de rire devant les manières que faisaient Saeki. Après tout, il avait peut-être raison… Peut-être que s'il ne jouait au Go que pour lui, pour s'améliorer, et qu'il arrêtait de vouloir à tout prix rattraper les autres, peut-être qu'alors il arriverait à se débloquer. Et qu'il arriverait à avancer de nouveau, afin de rattraper ses amis.

"-Ok, je te crois. Et dans quelques années, je suis sûr de te battre à plate couture !

-Mais bien sûr ! En tout cas, pour ça, il faudrait d'abord que tu travail. Allez, au boulot !"

Saeki poussa Waya qui faillit tomber du canapé, et se mit finalement enfin en position derrière le goban.


Akiko Toya mettait un point final à sa page de calligraphie quand elle entendit la porte d'entrée claquer. Surprise, elle reposa son encrier et sortit de son bureau pour voir surgir devant elle son mari, plus furieux qu'elle ne l'avait jamais vu.

"-Que t'arrives t'il ?

-Où est Akira ?

-Dans sa chambre, pourquoi ?"

Koyo ne répondit pas et commença à contourner sa femme, mais celle-ci l'arrêta par la manche de son kimono.

"-Que se passe t'il ? Qu'a-t-il fait pour te mettre dans un tel état ?

Il se retourna vers elle et faillit lui répondre vertement mais elle le prit de vitesse :

"-J'ai le droit de savoir. Je suis sa mère, et s'il mérite une telle colère, tu dois me mettre au courant.

-Si tu veux vraiment le savoir, notre fils sort avec un garçon, Shindo. Et je compte bien mettre fin immédiatement à cette folie."

Akiko lâcha la manche de son mari sous la surprise et plaqua une main sur sa bouche. Le jeune Shindo ? Koyo avait prononcé le nom de l'adolescent aux mèches décolorés avec un tel méprit qu'elle avait du mal à croire qu'il s'agissait bien du même enfant que celui qu'elle avait déjà rencontré, qui lui avait alors parut si intimidé face au Meijin. Se reprenant, elle accourut aux bas des escaliers, interrompant son mari qui était déjà à mi-chemin du premier étage.

"-Koyo, s'il te plaît… Ne sois pas trop dur avec lui. Il est jeune, et tu sais quelles folies peut faire un garçon de son âge…"

Le meilleur joueur du Japon se retourna vers elle, et bien que son regard était impénétrable, elle espérait l'avoir un peu calmé. Elle le regarda disparaître à l'étage, appréhendant pour son fils la discussion à venir. Mais elle ne pouvait rien faire, c'était son père qui s'occupait de ce genre de chose, et c'était sans doute mieux ainsi. Il savait quoi faire.

Koyo Toya ouvrit la porte de son fils sans même s'annoncer. Le jeune homme se retourna, une lueur de surprise dans le regard, peu habitué à ce qu'on s'introduise ainsi dans sa chambre.

"-Père ?

-Tu n'as rien à me dire, Akira ?"

L'ancien Meijin pu voir dans les yeux de son fils que ce dernier réfléchissait à toute vitesse à un quelconque évènement qui pourrait justifier un tel comportement paternel.

"-Non, je ne vois pas."

Akira sentit que sa réponse n'était absolument pas celle attendue.

"-Alors tu peux sûrement m'expliquer pourquoi on t'a surprit en train d'embrasser Shindo !"

Les yeux d'Akira s'agrandirent et il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il se sentait en réalité bien incapable de prononcer le moindre mot. Il n'avait pas prit le temps de réfléchir au fait de mettre ses parents au courant de sa toute nouvelle relation avec Shindo, et encore moins à la réaction qu'ils pourraient avoir s'ils l'apprenaient. Et la déception et la colère qui imprégnaient le visage et la voix de son père étaient beaucoup plus violente que tout ce qu'il aurait pu imaginer.

"-Tu te rends compte dans quelle folie tu t'es engagé ?! Tu vas y mettre fin au plus vite !

-Mais père… je…

-Je ne me répèterais pas Akira ! Te rends tu compte que pour une bêtise tu met ton avenir en jeu ! Que tout ce pourquoi tu as travaillé risque de s'écrouler pour une folie d'adolescent que tu regretteras toute ta vie !

-Je…"

Le regard de l'ancien Meijin était trop dur à supporter et Akira baissa la tête. Son père avait raison. Une telle histoire ne le mènerait à rien…

"-Oui père…"


Isumi sonna à la porte et attendit quelques instants qu'Ogata vienne lui ouvrir. Constatant que ce dernier était engagé dans une discussion visiblement houleuse au téléphone, le jeune homme alla s'installer au salon afin de l'y attendre. Lui qui espérait pouvoir passer enfin une soirée calme avec Ogata, ça semblait être assez compromis. Isumi poussa un soupir. Depuis deux semaines qu'ils étaient ensemble, ils avaient à peine eut le temps de se voir, Ogata étant en plein tournoi Honïnbo. Qu'il avait, selon Isumi, de grandes chances de remporter cette année. Isumi se décida à sortir un livre pour patienter. Au bout d'un long moment, Ogata vint enfin le rejoindre, il s'assit à côté de lui sur le canapé, visiblement fatigué mais surtout énervé.

"-Vous allez…"

Le sourire d'Ogata fit rougir Isumi qui se rendit compte de sa maladresse. Certains automatismes lui restaient, et il s'en voulait d'être aussi nerveux.

"-Tu vas bien ?"

Ogata ravala sa remarque acide de justesse. Il ne fallait pas qu'il commence à passer ses nerfs sur Isumi, même s'il se doutait que le jeune homme ne lui en ferait pas le reproche. Il préféra répondre par une autre question.

"-Et toi ?

-Ça peut aller. Mes parents m'ont appelé tout à l'heure et… "

Isumi fut interrompu dans sa phrase par la sonnerie du portable d'Ogata. Celui-ci s'en saisit et regarda l'identité de la personne avant de le reposer sur la table basse.

"-Tu ne décroche pas ?

-Non."

La sonnerie s'interrompit à peine pour reprendre de plus belle.

"-Tu es sûr que tu ne veux pas décrocher ? Ça peut continuer longtemps comme ça, non ?

-C'est mon ex. Je viens de lui raccrocher au nez, et si je décroche, ça va encore mal se passer.

-Je peux te poser une question ?"

Ogata hocha la tête, les yeux fixés sur son portable qui ne cessait de s'éteindre et de se rallumer.

"-Qu'est-ce qu'il a bien pu te dire pour que tu refuse de lui parler ?

-C'est elle. Miki m'a plaqué il y a six mois parce qu'elle trouvait que je consacrais trop de temps au Go. Elle m'a servi ça pendant des mois. Et maintenant, elle voudrait qu'on se revoie. Mon compte en banque doit lui manquer plus que ce que mes absences ont dû la déranger…"

Isumi sentit parfaitement le ton agressif d'Ogata et essaya de plaisanter afin de détendre l'atmosphère.

"-Au moins, tu peux être sûr que je ne te reprocherais pas le temps que tu consacres au Go. Je risque d'en passer encore plus si je veux espérer te rejoindre un jour."

Ogata eut un sourire ironique et indulgent devant l'enthousiasme de son jeune ami. C'était une des choses qui l'avaient le plus agaçait mais aussi attiré chez Isumi, sa joie de vivre qui frôlait parfois l'insolence, souvent par pure provocation. Mais au moins, il était honnête, une qualité qu'il n'avait que très peu rencontré jusqu'ici.

"-Tu me disais que tes parents t'avaient appelés ?

-Ah oui ! Ils veulent absolument que j'aille les voir pour mon anniversaire, mais je n'ai pas très envie. C'est à l'autre bout du pays, dans un coin paumé.

-Pourquoi tu n'es pas aller à la Kansaï Ki-hin alors ?

-Parce que mes parents habitaient Tokyo jusqu'à ce que je passe enfin l'examen professionnel et que je puisse prendre mon appartement. Mais maintenant ils sont repartis dans la région d'origine de mon père."

Ogata s'était levé et avait fait signe à Isumi de le suivre, alors que celui-ci continuait à parler. Il lui mit dans les mains de quoi dresser la table pour deux personnes, tout en l'interrogeant :

"-Et c'est quand ?

-De quoi ?"

Ogata secoua la tête, amusé, tout en sortant le plat qu'il venait de faire réchauffer.

"-Ton anniversaire.

-Ah ! Pardon. C'est le 18 avril. Donc je disais qu'en plus, mon père insiste pour m'acheter une voiture. Mais ils ne comprennent pas que je n'ai pas le temps de passer mon permis de conduire. Ils ne se rendent pas compte du temps que me prennent les parties et les cours, ni tous les imprévus que ça peut engendrer.

-Ton père veux t'offrir une voiture pour ton anniversaire ?

-Ils en ont offert une à mon frère pour ses vingt ans. Alors maintenant, c'est mon tour. Sauf que mon frère en avait envie lui. Moi, ça va plus m'encombrer qu'autre chose."

Ogata posa sur le plan de travail les verres qu'il venait de sortir.

"-Mais tu vas avoir quel âge ?

-Vingt ans, c'est pour ça qu'ils veulent m'offrir une voiture."

Isumi, occupé à dresser la table, ne se rendit pas tout de suite compte du trouble que ses paroles avaient provoquées chez Ogata, jusqu'à ce que celui-ci le saisisse brusquement par le bras.

"-Tu veux dire que tu es mineur ?!

-Mais qu'est-ce qu'il te prend ? Oui, j'ai dix-neuf ans, et alors ?"

Isumi tenta de se dégager d'un geste vif mais Ogata, sans même s'en apercevoir, le serait trop fort pour qu'il puisse espérer le faire lâcher si facilement.

"-Tu aurais dû me le dire !

-Mais ça n'a aucune importance, non ? Et lâche-moi, tu me fais mal !"

Ogata obtempéra et recula sa main, comme s'il s'était brûlé. Son regard froid et accusateur ne fit qu'augmenter le ressenti d'Isumi.

"-Tu m'as menti.

-Mais… Mais non ! Enfin, de quoi tu parles ? Quand est-ce que je t'ai menti ? Je ne t'ais jamais dit mon âge, ni que j'étais majeur !

-Tu m'as dit que nous avions sept ans d'écarts, donc c'était logique que tu en ais vingt, pas dix-neuf !!!"

Ogata s'était mit à crier, et Isumi sentit la moutarde lui monter au nez :

"- Je te signale que je suis plus près des vingt ans que des dix neuf ! Et puis de toute façon, qu'est-ce que ça change ? T'es pas avec moi pour ma carte d'identité que je sache !

-Sors d'ici ! Sors d'ici immédiatement !"

Isumi resta quelques secondes sans voix. Il se détourna enfin et parti dans le hall récupérer sa veste. Il revint ensuite vers la cuisine tout en enfilant son blouson. Le regard dont il gratifia alors Ogata était froid et n'avait plus rien d'enfantin.

"-Je pars, ok. Je te laisse quelques jours tranquilles, le temps que tu finisses tes matchs. Peut-être que ça te permettra de te calmer et de réfléchir. Mais je te préviens, on en reparlera."

Sur ce, le jeune homme sortit de l'appartement. Ogata se posta à sa fenêtre, allumant nerveusement une cigarette, et le regarda disparaître au coin de la rue.


"-Bonjour Shindo-kun. Akira-kun n'est pas encore arrivé.

-Merci mademoiselle. Je vais l'attendre alors."

Hikaru salua la jeune ouvreuse du Club de Go de l'ancien Meijin, avant d'aller s'installer à une table légèrement à l'écart. Il regarda sa montre, impatient de voir arriver Akira. D'habitude, il était toujours là avant lui. Mais il pouvait bien avoir un peu de retard, pour une fois. Hikaru sentit une bouffée d'inquiétude monter, qu'il réprima rapidement. D'accord, Akira n'avait répondu à aucun de ses messages ni à aucun de ses appels depuis la veille, mais il devait simplement avoir un problème avec son téléphone portable. Hikaru se rassura en se disant que s'il avait dû arriver quoi que ce soit au jeune prodige, la réceptionniste n'aurait pas manqué d'être mise au courant, et elle ne lui aurait pas dit d'attendre si elle savait qu'il ne pouvait pas venir, qu'il lui était arrivé quelque chose.

Il avait hâte qu'il arrive. Pour être rassuré, pour passer un moment avec lui, jouer au Go, discuter de tout et de rien… Ils feraient une partie ensemble, se disputant, comme à chaque fois qu'ils jouaient l'un contre l'autre. Et ils repartiraient ensemble, flâneraient un moment dans les rues de Tokyo, jusqu'à ce que l'heure ne leur permette plus de rester dehors sans éveiller les soupçons de leurs parents. Alors ils se rendraient à la gare, se séparant sur les quais, un baiser volé au détour d'un couloir sombre… Et puis Hikaru pourrait lui raconter sa journée, pendant ces moments d'intimité. Il pourrait lui raconter la déception qu'il avait ressentit, le rejet d'une des personnes qui comptaient le plus pour lui.

Aujourd'hui, il avait décidé d'annoncer à sa meilleure amie, Akari, sa relation avec Akira. S'il y avait bien une personne qu'il avait envie de mettre au courant, c'était elle. Malgré leurs goûts qui différaient de plus en plus, hormis pour le Go, et leurs centres d'intérêts divergents, elle restait celle avec qui il avait grandi, et à qui il avait toujours tout confié. Hormis Saï, bien entendu. Il avait donc entraîné la jeune fille dans un coin isolé de la cour de leur collège au moment de la pause du déjeuner. Il avait encore la scène en tête… Son aveu. Et la réaction d'Akari. Si inattendue. Si douloureuse, surtout… La jeune fille s'était relevée, le visage déformé par la surprise, et par un autre sentiment qu'Hikaru n'avait pas voulu reconnaître sur le moment. Ses paroles résonnaient encore dans son esprit : « T'es homo ?! Mais c'est… dégueulasse !!! ». Et elle s'était enfuie en courant. Hikaru était resté un moment prostré, incapable de faire un seul geste. Il entendait à peine les autres adolescents autour de lui. Mais ce qu'il entendit parfaitement, c'est un chuchotement suivit d'un ricanement. Il se retourna pour voir deux silhouettes s'enfuir vers un coin plus fréquenté de la cour, sans arriver à les identifier. Et à la fin de la journée, la rumeur s'était répandue comme une traînée de poudre. Il avait ignoré ceux qui ricanaient quand il passait, il avait ignoré les chuchotements qu'il entendait dans son dos. Et il avait fait comme si de rien n'était en croisant Akari passer avec ses amis à quelques mètres de lui. La jeune fille s'était arrêté net de parler en le voyant, et elle avait détourné le regard. Hikaru était passé sans rien dire lui non plus, comme s'il ne la voyait pas. Comme s'il ne la connaissait pas depuis sa plus tendre enfance. Comme si elle n'avait pas était sa plus proche amie et sa confidente depuis plusieurs années…

Hikaru secoua la tête pour chasser ses noires pensées. Tant pis pour elle. Il n'aurait jamais pensé qu'elle pu être si obtus, si fermé à ce qui était différent. Mais puisque c'était bien le cas, il ne devait pas tenir compte de son avis. Hikaru regarda sa montre pour la énième fois. Bientôt une heure qu'il attendait Akira. Il avait essayé de l'appeler trois fois, mais le résultat était toujours le même, le cellulaire connaît dans le vide avant de tomber sur le répondeur si sérieux du jeune homme. Hikaru cassa le jeu qu'il était en train de reconstituer, trop énervé à force de s'inquiéter pour son petit ami. Il releva les yeux, juste au moment où Akira franchissait la porte. Hikaru se leva alors qu'il s'approchait, et allait l'interpeller, un grand sourire aux lèvres. Mais Akira passa à quelques centimètres de lui en lui jetant à peine un regard, et se dirigea vers un groupe de joueurs plus âgé qui le saluait.

Hikaru resta figé. Qu'est-ce qu'il se passait, là ? Il devait rêver, ce n'était pas possible… Akira ne pouvait pas l'ignorer comme ça. Plus maintenant ! Le décoloré mit quelque secondes à trouver un rythme de respiration normal. Il avait l'impression qu'Akira venait de lui donner un coup de poing en plein estomac. Comme à son premier tournoi des Jeunes Lions. Sauf que cette fois, ça faisait encore plus mal. Hikaru crut pendant une seconde voir la pièce tourner et dû s'appuyer à la table. Cette fois, il n'avait aucun moyen de savoir, de comprendre ce qu'il se passait. Il n'y avait plus aucune raison qu'Akira agisse comme ça. Qu'il l'ignore. Non ! Pas après ces moments passés ensemble, pas après ces instants magiques partagés depuis quelques jours…

Hikaru se reprit. Mettant de côté son trouble, il se dirigea vers la table où s'était installé son petit ami, juste à temps pour entendre ces quelques mots échangés :

"-Accepterez-vous de me faire l'honneur d'une partie, Toya-kun ?

-Volontiers."

Akira allait sortir des pierres du pot blanc, s'apprêtant à faire Nigiri, quand Hikaru l'interrompit, bien décidé à avoir une explication.

"-Toya ! Ça fait une heure que je t'attends, qu'est-ce que tu fais ?"

Le regard d'Akira glaça Hikaru sur place.

"-Laisse-moi tranquille, Shindo. Tu ne vois pas que je suis en train de jouer ?"

Hikaru ouvrit la bouche, mais la referma, sans savoir quoi dire. Mais qu'est-ce qu'il se passait ? Quand était-il passé dans une autre dimension ? Ça ne pouvait pas être réel, ça ne pouvait pas se passer ainsi. Hikaru se retourna sans ajouter un mot, bien incapable d'articuler quoi que ce soit. Akira soutint son regard avec dans les yeux qu'une froideur sans fin, ignorant la douleur que laissaient passer les yeux verts d'Hikaru. Le silence s'était fait autour d'eux. Un silence insupportable qu'Hikaru fini par briser, sans se rendre compte qu'il élevait la voix.

"-Qu'est-ce qui te prend, tu peux m'expliquer ? Ton heure de retard et…

-Ce n'est ni l'endroit, ni le moment, pour que tu piques une crise, Shindo."

Hikaru prit une grande inspiration pour essayer de se calmer, sachant parfaitement que vu son état d'énervement il risquait de se trahir. Et il n'en avait vraiment pas envie, surtout devant tous les clients du club qui s'étaient retournés, et dont il savait que la plupart ne l'appréciaient guère.

"-Ok, je m'en vais. Appelle moi quand tu as fini."

Hikaru se retourna, récupéra ses affaires et sortit. Une fois dehors, il enfila son manteau et prit le chemin de la gare. Une heure de trajet pour rentrer chez lui… Il effectua ses changements de train sans s'en apercevoir, parcourant tout son chemin dans l'automatisme le plus total. « Mais qu'est-ce qui lui prend ?... »

Akira s'était immédiatement replongé dans la préparation de sa partie, sans tenir compte du départ de son rival attitré, ce qui attira l'attention des habitués et ne manquerait pas d'alimenter quelques discussions. Akira respira trois fois grandement, sans que personne n'y fasse attention. Avec un sourire, il s'excusa auprès de son adversaire, et se dirigea vers les toilettes. Toutes les cabines étaient libres. Il se dirigea vers l'une d'entre elle. Et rendit tout ce qu'il avait eut le malheur d'avalé dans la journée…

A suivre…