Titre: Coma

auteur: Mara

Disclaimer: Les persos ne m'appartiennent pas, à part Nadako qui a quasiment disparue de la circulation

Rating: Je suppose PG13, en tout cas, certainement yaoi

Note: Désole pour le grand retard de ce chapitre, j'ai bloqué sur un passage, et j'ai eu beaucoup de problèmes qui m'ont coupé pour un moment l'envie d'écrire. J'espère pouvoir poster la suite très bientôt. Merci à toutes les personnes qui ont lu cette fic, et particulièrement aux gens m'ayant laissé un message, ça me fait super plaisir et l'air de rien, même si ça se voit pas (dsl) ça m'aide énormément à continuer. J'espère que ce chapitre vous plaira aussi .

C'est la version corrigée du chapitre déjà publié, on m'a signalé que ma bêta m'avait laissé des mots entre paranthèse


Hikaru était allongé sur son lit, les yeux fixés au plafond, totalement immobile. Il avait beau retourner la situation dans tous les sens, il ne comprenait pas ce qui avait bien pu motiver une telle réaction chez son petit ami. Il cherchait vainement quelque chose qu'il aurait pu faire ou dire qui aurait mérité un comportement si peu respectueux et des réponses si mauvaises d'Akira. Mais rien n'y fit, il ne trouvait pas. Alors il attendait. Il attendait, une boule au creux de l'estomac, un coup de fil, une explication du petit génie. Quelques mots qui auraient éclairci la situation, qui lui ferait pardonner et oublier le coup qu'il avait eut l'impression de prendre.

Mais rien. Pas de sonnerie stridente, pas d'appel de sa mère lui annonçant une visite. Juste le silence oppressant de sa chambre et très vaguement, montant du rez-de-chaussée, le bruit étouffé du téléfilm que regardait son père. Hikaru tourna la tête afin d'apercevoir son réveil. Il était vingt et une heure passé. Akira aurait dû être rentré à cette heure-ci. Et l'avoir appelé depuis longtemps…

Hikaru tendit le bras et se saisit de son téléphone, composant rapidement le numéro d'Akira. Il attendit une sonnerie, deux sonneries… pour finalement atterrir sur le répondeur du jeune homme. Il attendit encore quelques minutes avant de recommencer, au cas où Akira n'ait simplement pas entendu la première fois. Mais toujours rien. Il garda le portable en main, espérant qu'Akira s'apercevrait qu'il avait des appels en absence et qu'il le rappellerait rapidement. Il ne fut pas déçu puisque, à peine deux minutes après son dernier appel, son portable se mit à vibrer, le faisant sursauter. Il ouvrit à la hâte le SMS qu'il venait de recevoir, le cœur battant…

Et tout s'arrêta. En tout cas, ce fut l'impression qu'eut Hikaru Shindo à ce moment-là. Comme si le temps s'était arrêté. Comme si les minutes refusaient de s'écouler, que la télévision en bas n'émettait plus aucuns bruits. La seule chose dont Hikaru avait encore conscience, c'était le sang qui battait si fort à ses tempes, si fort qu'il en avait mal à la tête. Il relut plusieurs fois le message pour se convaincre qu'il ne rêvait pas. Ça avait l'air tellement irréel… Et pourtant, les mots étaient bien là, affichés sur son écran.

/Cette semaine a été une erreur, cette histoire ne mène à rien. Je ne tiens absolument pas à toi de cette façon./

Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Quand il avait vu Akira l'avant-veille, tout s'était pourtant si bien passé. Il n'avait pas l'air de jouer la comédie, il avait même l'air content d'être avec lui. Alors qu'est-ce qui avait bien se passer en deux jours ?


Le lendemain, Hikaru avait l'impression de progresser dans un brouillard opaque. Et le peu d'heures où il avait pu dormir n'arrangeaient rien. Si bien qu'il ne se rendit pas immédiatement compte des subtils changements qui s'étaient effectués dans son collège. Oh, ce n'était pas grand chose. Une ou deux personnes qui chuchotaient en le voyant. Des conversations qui s'arrêtaient quand il arrivait. Des gens qui ricanaient quand ils pensaient qu'il était trop loin pour les entendre. Il ne se rendit compte de tout ça qu'à la pause de midi, en croisant Akari qui, comme la veille, détourna immédiatement le regard. Lui ne pu que baisser les yeux. Il ne comprenait pas pourquoi les autres réagissaient comme ça. Pourquoi est-ce qu'on le mettait ainsi à l'écart ? Il n'était pourtant pas si différent des autres que ça.

Hikaru fut presque soulagé quand il se retrouva près des casiers, à la fin de la journée. Il allait pouvoir rentrer chez lui, et ne plus voir personne. Ne plus penser à rien… Il rangeait tranquillement ses affaires quand il sentit qu'on l'attrapait par le bras. Il se sentit retourné et plaqué contre les casiers d'à côté par une grosse brute qu'il reconnut comme étant dans la classe de Mitani. Le colosse, qui avait bien deux tête de plus que lui, fit mine de l'embrasser dans le cou. Hikaru réagit et se débattit violemment jusqu'à ce que son agresseur le lâche.

"-Non mais ça va pas !

-Ben quoi ? Je croyais que t'aimais ça, espèce de petit pd."

Hikaru allait s'énerver et répliquer, quand il se rendit compte que la bande de trois jeunes à l'origine de cette très mauvaise blague étaient morts de rire.

"-Vous êtes vraiment con…

-Oh, allez, fillette, te met pas dans un tel état ou ton maquillage va couler…"

Les rires redoublèrent, et Hikaru remarqua d'autres élèves qui, loin de venir à son aide, riaient de bon cœur à ses dépend. Hikaru, sentant la nausée monter, parti en courant sans penser à refermer son casier, ne voulant montrer aucune faiblesse à ces crétins. Il n'était même pas en état de se défendre il n'en avait même pas envie, pourquoi faire, après ce qu'avait écrit Akira. Le décoloré ne se retourna pas et se précipita dans les couloirs vers un endroit moins fréquenté de son collège.

Alors que les adolescents riaient encore de ce qui pour eux n'étaient qu'une très bonne plaisanterie, un grand claquement les interrompit soudain. Devant les agresseurs se tenait Mitani, la main plaquée sur le casier d'Hikaru qu'il venait de refermer d'un geste sec. Le regard noir, il n'eut pas besoin d'un seul mot pour que les trois jeunes fassent une grimace et partent en marmonnant quelque chose qu'il valait mieux pour eux que Mitani n'ai pas entendu. Le jeune homme s'était forgé une assez mauvaise réputation dans son lycée pour que de tels petites frappes n'essaient pas de se mettre en travers de son chemin ou d'insister sur un point où ils savaient pertinemment qu'ils n'étaient pas d'accord.


"-Shindo ! Ça suffit maintenant !"

Hikaru releva la tête, surprit de cet éclat de voix. Il s'était isolé dans les toilettes, persuadé de pouvoir être un peu seul et tranquille pour une fois. Une semaine. Une semaine qu'Akira avait rompu, sans plus d'explication qu'un SMS. Il n'avait pas répondu à ses coups de fil qui avaient suivis. Et il savait qu'il l'avait évité, lors de leurs parties à la Nihon Ki-hin. Et les jours au collège n'avaient pas été mieux. Personne ne lui adressait plus la parole. Et les voyous du collège l'avaient pris pour cible, l'humiliant chaque fois un peu plus. Ils n'étaient pas encore passés aux coups, mais Hikaru sentait que ça risquait de ne pas tarder.

Et maintenant, Mitani se dressait devant lui, les poings sur les hanches, le regard empli de colère. Il se saisit du bras d'Hikaru et le força à se relever.

"-Eh !

-Tu vas te remuer un peu, oui ?!

-Mais de quoi tu parles ?"

Mitani serra les poings mais réussit à se contrôler.

"-Depuis quand ça t'atteint ce que disent les autres ?"

Hikaru ouvrit la bouche pour répondre mais ne trouva rien à dire et la referma immédiatement. Comment devait-il prendre ça ?...

"-T'en as jamais rien eut à faire de l'avis des autres, non ? T'en as toujours fait qu'à ta tête, sans te soucier de ce que pouvaient penser ceux qui se trouvaient autour de toi. Alors pourquoi est-ce que ce que disent ces petits cons ça te fait cet effet ?"

Hikaru secoua la tête.

"-Tu ne peux pas comprendre, tu ne sais rien de toute cette histoire !

-Et je ne veux rien en savoir ! Mais tu me fais pitié à écouter ces petits cons. T'as été indifférent au club de Go, alors t'as qu'à avoir la même attitude avec ces petits branleurs !"

Sur ce, Mitani ramassa son sac à dos qu'il avait laissé à terre et sortit des toilettes, laissant Hikaru réfléchir à sa provocation. Après tout, le roux avait raison. En sortant des toilettes, Hikaru marchait la tête haute, indifférent aux ricanements qui l'entendait autour de lui.

Les bonnes résolutions de Shindo ne tinrent malheureusement pas longtemps. Pas que les moqueries se soient fait plus pressantes ou plus abondantes. Mais en sortant du bâtiment principal, il aperçut une silhouette qui lui était particulièrement familière. Une personne l'attendait. Une des dernières personnes qui devait apprendre son homosexualité. Waya.

"-Hey, Shindo, dépêche-toi, y a ta copine qui t'attend !!"

Hikaru pressa le pas, espérant que Waya n'entendrait pas les insultes qu'on lui lançait. Avec un peu de chance, s'ils se dépêchaient de partir…

"-Mais non, je suis sûr que c'est Shindo la fille. Pas vrai, petite tapette ?!"

Et les insultes continuaient à fuser, effaçant petit à petit le sourire de Waya. Hikaru arriva enfin à ses côtés et, le prenant par le bras, essaya de l'entraîner plus loin, un sourire faux qui ne trompait personne collé sur le visage.

"-Salut Waya, qu'est-ce que tu fais là ?"

Mais Waya ne bougea pas d'un pouce, le dévisageant quelques secondes, le regard indéchiffrable. Hikaru savait ce qui allait se passer. Waya allait crier au scandale. Et il allait partir, dégoûté, pour ne plus jamais lui adresser la parole. Et il perdrait encore un de ses meilleurs amis.

"-Oh, mais répond leur ! Tu vas pas te laisser insulter comme ça quand même !"

Devant l'absence de réponse d'Hikaru, Waya le secoua légèrement par le bras.

"-Eh, Shindo ! Tu vas pas te laisser traiter de tapette par ces petits cons, non ? Shindo ! Aller, remue-toi, et remet les à leur place au lieu de les laisser répandre de telles calomnies dans tout ton collège !"

Hikaru leva enfin les yeux vers lui. Le regard tellement douloureux que Waya resta pendant un moment interdit.

"-C'est… C'est vrai, ce qu'ils racontent."

Fit-il dans un murmure que seul Waya entendit. Le jeune homme, toujours immobile, ne sut d'abord que dire. Pour se donner une contenance, il se tourna vers le groupe de jeunes qui continuaient à leur lancer des insultes, juste à temps pour voir un garçon roux qui semblait avoir le même âge qu'Hikaru, passer au milieu d'eux en les bousculant et en leur disant quelque chose qu'il ne pu entendre, mais qui les fit taire presque immédiatement. Mais le mal était fait, et quand Waya se tourna de nouveau vers son ami, il vit des larmes briller dans ses yeux verts. Il eut un instant de panique, ne sachant comment réagir face à ça.

"-Ecoute, Shindo, c'est pas grave… euh…"

Mais alors qu'il bafouillait il se rendait bien compte que ça ne faisait qu'empirer l'état de Shindo. Il le saisit alors à son tour par le bras pour l'entraîner loin de ses camarades de cours, afin de réfléchir plus posément. Mais alors qu'il trouvait une impasse déserte et qu'ils s'arrêtaient enfin, Waya vit avec désarroi Hikaru, qui jusqu'alors l'avait suivit par pure automatisme, s'écrouler à terre, la tête dans les mains, le corps secoué de sanglots qu'il essayait visiblement de réprimer. Waya se passa une main dans les cheveux, réfléchissant à toute vitesse à ce qu'il pouvait bien faire pour lui. Il s'accroupit finalement devant Shindo et lui posa une main sur le bras.

"-Shindo, c'est quand même pas ce qu'ils t'ont dit qui te met dans cet état, hein ? C'est pas grave ça…"

Waya resta un moment dans cette position, sentant même ses jambes s'ankyloser, avant d'avoir enfin une réponse intelligible.

"-J'en peux plus…

-Allez, viens avec moi."

Waya, voyant qu'Hikaru s'était enfin calmé, lui prit la main et le tira afin qu'il se relève. Le jeune homme obtempéra et accepta de le suivre, un peu plus vivant que précédemment, mais sans toutefois lui demander quoi que ce soit sur leur destination. Il ne semblait même pas s'en rendre compte, tellement plongé dans sa douleur que le seul élément extérieur dont il semblait tenir compte était de suivre Waya. Waya qui, d'ailleurs, savait lui parfaitement où il conduisait son ami. Vers quelqu'un de plus doué que lui en relation humaine, et qui l'aiderait sans aucun doute à remonter le moral du décoloré, qui semblait au plus bas…

Une demi heure plus tard, Waya frappait à la porte de l'appartement d'Isumi. Le jeune homme vint lui ouvrir et leur fit signe d'entrer, accaparé par une conversation téléphonique qu'il partit finir dans sa chambre alors que Waya et Hikaru s'installer au salon, dans un silence pesant. Silence qui ne dura pas longtemps quand Isumi se mit à élever la voix de l'autre côté de la porte.

"-Mais enfin, Seiji… Non, je n'ai pas menti ! Oui… Non, mais t'es le premier mec avec qui je sors qui me reproche un truc pareil ! Mais non ! Bon, je pense que ça sert à rien de continuer comme ça. Oui…"

Isumi reprit visiblement un ton plus calme, puisque Hikaru et Waya n'entendirent pas la fin de la conversation. Isumi ouvrit la porte quelques minutes plus tard, le visage fermé. Il s'assit en tailleur sur le tapis, face à ses amis qui semblaient tous les deux le dévisager, n'osant tirer des conclusions de ce qu'ils venaient d'entendre. Isumi poussa un soupir avant de se lancer.

"-J'aurais préféré que vous l'appreniez autrement. Mais bon, vous devez l'avoir compris, donc je peux vous le dire. J'espère que ça ne changera pas votre opinion sur moi mais…

-Ouais, c'est bon, on a comprit, toi aussi tu es gay."

Ce fut au tour d'Isumi de montrer sa surprise, fixant Waya d'un air bête. Le jeune homme avait plaqué sa main sur sa bouche, ne s'attendant à priori pas non plus à son aveu.

"-Comment ça, moi aussi ? T… Toi aussi ?"

Waya secoua vivement la tête, mais ne rajouta rien. Il gardait les yeux fixés sur ceux d'Isumi et semblait hésiter sous le regard inquisiteur de son aîné. Mais une voix basse rompit le silence juste à côté d'eux.

"-C'est moi.

-Toi ?!!!"

Isumi émit un toussotement pour donner une contenance à son éclat de surprise. Hikaru avait relevé les yeux, une lueur de défi dans le regard. L'ambiance devenait électrique, sans qu'aucuns ne sachent exactement pourquoi.

"-C'est à la mode ou quoi ?"

Waya soupira en s'affalant sur le canapé.

"-Vous m'en voudrez pas si je ne suis pas la tendance ?"

Hikaru se tourna vers Waya, lui jetant un regard noir, alors qu'Isumi, les yeux exorbités, hésitait entre la colère et le rire. L'aîné se mit finalement à pouffer, retrouvant cet air enfantin qu'ils lui connaissaient si bien. Waya eut un sourire de victoire et, avisant Hikaru qui boudait toujours, il luipassa un bras autour des épaules pour l'attirer à lui, lui ébouriffant les cheveux de son autre main fermée. Hikaru essaya de se défendre mais, trop surprit ce mouvement soudain, ne réussit qu'à tomber sur son ami, entraîné par son élan. Les trois adolescents partirent en fou rire et mirent quelques minutes à se calmer, reprenant une position plus conventionnel. La tension entre eux était enfin un peu retombée.

"-Bon, et maintenant, si tu nous disais ce qui ne va pas ? Au début je voulais juste t'amener ici pour qu'Isumi m'aide à te remonter le moral, mais maintenant que tu as craché le morceau, tu peux nous raconter, non ?"

Hikaru se mordillait la lèvre inférieure. Mais après tout, si apprendre une telle nouvelle ne les avait pas dégoûté d'être l'ami de « quelqu'un comme lui », comme il l'avait si souvent entendu ces derniers temps, il n'y avait pas de raison qu'il ait peur d'être rejeté s'il leur racontait son histoire. Et puis, ils étaient tous les deux plus âgés que lui. Et bon sang, Izumi était gay aussi !Avec un peu de chance, ils pourraient le conseiller, qu'il n'ait plus sans cesse cette impression de tomber dans un gouffre sans fond…

"-Mon… copain m'a lâché. Sans une seule explication plausible. Et au collège, ils ont apprit… que j'étais… enfin que je n'étais pas… normal…"

Hikaru avait la tête baissée et n'osait regarder ses deux meilleurs amis. C'était tellement gênant comme situation…

"-Tu ne dois pas croire que tu n'es pas normal Shindo. Et tu ne dois pas les écouter."

Hikaru releva un visage perdu vers Isumi. Oui, il avait raison. Après tout, il savait qu'Isumi était homosexuel, lui aussi, et ce n'était pas pour ça qu'il le trouvait anormal.

"-Moi aussi, j'ai eu pas mal de problème… Mais ces gens là ne méritent que ton indifférence. Par contre pour ton ami… ça c'est passé d'un coup, sans explication ?

-Non. Tout allait bien, et puis il m'a presque posé un lapin. Et quand j'ai voulu savoir pourquoi, il m'a lâché… Par texto…"

Hikaru avait de plus en plus de mal à parler. Ses lèvres étaient sèches, sa gorge serrée. Les mots avaient du mal à sortir, tellement ils étaient douloureux. Il avait réussi à se détendre quelques instants, mais reparler de tout ça faisait remonter le mal au cœur qui ne semblait pas l'avoir quitter depuis la rupture avec Akira.

"-On le connaît ? Parce que ce doit pas être quelqu'un de très sympathique pour faire une chose pareille."

Hikaru marqua encore un temps d'hésitation, ne voulant pas qu'Akira puisse souffrir de ce qu'avaient été leur relation, mais il se rendit compte immédiatement qu'il avait besoin de leur dire. Besoin de se confier à ses deux meilleurs amis. Et il savait parfaitement qu'aucuns d'eux deux, malgré la mauvaise opinion qu'ils pouvaient avoir sur Akira Toya, n'iraient raconter cette histoire.

"-Akira.

-Attends, attends, attends, attends là… Akira ? Akira Toya ? LE Akira Toya ?"

Hikaru hocha la tête, peu surprit par l'expression de surprise dégoûtée qu'il lisait sur le visage de Waya. Peu surprit, mais encore plus blessé. Le sourire gentil mais légèrement amusé d'Isumi, même s'il n'en comprenait pas exactement la raison, le rasséréna un peu.

"-Décidément, je savais que c'était un crétin, mais je ne le pensais pas si nul.

-T'as pas à le traité de nul ! C'est parce qu'il est pas comme toi, c'est ça ?

-Ah oui, ça, pour être différent, on est différent ! Jamais je me permettrais de prendre quelqu'un pour un con et de le jeter moi !

-Tu ne sais rien de tout ça, alors ferme là !!!"

Le ton d'Hikaru était monté sans qu'il n'y fasse attention. Waya ouvrait la bouche pour répliquer vertement, sentant la colère s'emparer également de lui, mais sentit un petit coup sur son tibia. Il se tourna vers Isumi pour protester, ne comprenant pas que son ami l'empêche de se défendre après une telle attaque. Mais le jeune homme, dont le regard sérieux faisait mentir son sourire jovial, lui fit un discret signe de tête vers le plus jeune. Waya se retourna vers le décoloré. Les sourcils froncés au possible, la mâchoire crispée, une main serrant son jean à l'en déchirer, l'autre tellement crispée sur les coussins du canapé que le sang ne semblait plus y circuler, Shindo semblait près à craquer. A se défendre à la prochaine attaque, à s'enfuir en courant, à casser quelque chose… Waya ne savait pas exactement, mais Isumi avait bien fait de l'arrêter. L'adolescent était beaucoup trop tendue pour supporter une de ses remarques, aussi justifiée soit-elle. Alors mieux valait qu'il lui change un instant les idées. Waya se tourna alors vers Isumi, un sourire presque moqueur aux lèvres.

"-Et toi alors, on le connaît ?"

Isumi se sentit rougir en s'apercevant que c'était à lui que Waya s'adressait. Il vit son ami donner un petit coup de coude à Shindo, accompagnait d'un clin d'œil, faisant retomber l'atmosphère tendue. L'attention du plus jeune se porta alors sur lui, augmentant son trouble.

"-Non, enfin, plus ou moins…

-Seiji, c'est ça ? Tu vois qui ça peut-être, Shindo ?"

Isumi sentait qu'il commençait vraiment à balbutier. Shindo avait plus de chance encore de trouver que Waya, et il n'était pas sûr d'en avoir réellement envie. Mais son comportement ne faisait qu'attiser leur curiosité et leurs regards inquisiteurs, accompagnés de sourires amusés qui ne faisaient qu'amplifier la méfiance du plus âgé.

"-Non, mais laissez tomber, vraiment, ça n'en vaut pas la peine…"

Waya eut un ricanement et fit un clin d'œil absolument pas discret à Shindo. Waya avait l'air de s'amuser comme un petit fou, et Shindo semblait ravi de rentrer dans son jeu. Et Isumi se sentait de plus en plus nerveux sous les regards malicieux de ses amis.

"-Oh, allez, tu peux nous le dire, non ? On dira rien !"

Shindo hocha la tête pour approuver les paroles de Waya. Isumi baissa la tête, hésitant. Il savait bien que ses amis ne diraient rien, il avait confiance en eux. Et puis Shindo leur avait bien révélé ces problèmes, lui, sans être sûr de leur réaction. Il ne pouvait pas être lâche et se taire encore.

"-C'est… Ogata Seiji."

Isumi s'attendait à une réaction des plus violentes et eut au contraire la surprise de n'entendre aucun cri d'horreur, aucune protestation. Il releva la tête pour voir Shindo et Waya, les yeux exorbités, la bouche entrouverte.

"-Ça… ça va ?

-Seiji Ogata ? LE Seiji Ogata ? Ogata-SENSEÏ ?!!!!!!"

Shindo reprit ses esprits en entendant Waya se mettre à crier, frisant la crise d'hystérie. Lui préféra ne rien dire. Après tout, Isumi n'avait fait aucun commentaire sur Akira, il n'avait pas le droit de critiquer son choix. Mais quand même… Isumi, si gentil, si timide, qui ne s'énervait qu'en de très rares occasions, avec une telle brute ? Un génie du Go, peut-être, mais loin d'être la personne la plus sympathique, même de leur milieu… Waya se laissa retomber contre le canapé.

"-Et dire que moi ça fait des mois que j'essai de sortir avec Nase, comment ça se fait que vous vous arriviez à sortir avec des mecs aussi coincés ?

-Hey !"

Waya ne put s'empêcher de rire à la réponse en stéréo de ses amis.

"-Non, mais quand même, déjà Toya, mais Ogata-senseï… On fait mieux quand même comme gars ouvert, non ?

-Mais il est très gentil ! Tu ne le connais pas bien, mais ça peu être quelqu'un de très sympathique ! Et puis il n'est pas si imbu de lui-même que ça ! Et…"

Waya leva un sourcil septique, et Isumi se sentit à court d'argument. Rien de ce qu'il ne pourrait dire de ne pourrait convaincre son ami pour le moment. Isumi décida alors de changer de sujet. Après tout, Waya pouvait bien penser ce qu'il voulait, lui avait assez d'expérience pour savoir quoi faire, même dans la situation difficile dans laquelle il se trouvait. Non, le problème était plutôt Shindo, pour qui tout ceci était nouveau. Pour une première relation, il n'avait d'ailleurs pas forcément choisit la facilité…

"-Peu importe, ce n'est pas ce qui nous intéresse pour le moment. Shindo, tu dois faire quelque chose. Tu n'as pas à te laisser marcher sur les pieds comme ça. Tu n'as pas à accepter qu'il te laisse sans aucune explication, tu dois te faire respecter. Même si ça doit se terminer après ça, il doit te dire pourquoi.

-Et puis si ça se trouve, t'arrivera à le convaincre de continuer."

Hikaru se tourna vers Waya qui le regardait avec un grand sourire encourageant. Les sourcils froncés, le décoloré ne savait pas s'il se moquait de lui ou s'il était sérieux. Mais Waya avait toujours été franc avec lui, et même s'il n'aimait pas Akira, il semblait vouloir l'aider.

"-Mais comment est-ce que je peux faire ? Il m'évite, chaque fois que je le croise !

-Essai de le coincer quelque part !"

Isumi leva les yeux au ciel, amusé par l'entrain soudain de Waya.

"-Je ne vais quand même pas faire un scandale à la Ki-hin !

-Mouais…"

Waya se renfonça dans le canapé, se creusant la tête pour trouver une solution. Et puis soudain, l'éclair de génie !

"-Et à la sortie d'un de ces cours ? Il en donne pas mal le soir, non ?

-Oui, c'est pas une mauvaise idée."

Hikaru fixa un moment Isumi, cherchant ce qu'il pourrait opposer à cet argument avancé par Waya.

"-Oui, mais il y a souvent quelqu'un pour venir le récupérer. Son père, où même Ogata-senseï.

-Bah Isumi pourra toujours se renseigner, Ogata pourra lui dire quand Toya-Meijin n'est pas là et quand lui n'y va pas non plus, non ?

-Euh… Si j'arrive à arranger les choses, oui."

Hikaru essayait de trouvé un argument pouvant contrer cela, mais il avait beau chercher, rien ne venait. Il devait peut-être se résoudre à suivre ce plan là. Et puis ainsi, il aurait son explication, il saurait enfin pourquoi… L'idée de Waya n'était pas si mauvaise. Au contraire, même. Il forcerait Akira à lui dire la vérité, même si ça devait lui faire mal. Ça ne pourrait pas faire plus mal qu'actuellement de toute façon.


Isumi prit son courage à deux mains pour appuyer sur la sonnette de l'interphone du grand immeuble moderne. Il avait préféré venir directement plutôt que passer un nouveau coup de fil qui se serait sans doute révélé aussi infructueux que le précédent. Waya et Shindo étaient parti de son appartement en même temps que lui, le moral à bloc et sur le pari lancé par Waya que chacun ait parlé à la personne concernée le plus rapidement possible. Isumi avait été le plus réticent, mais il avait fini par céder aux demandent de Waya, soutenu par Shindo, convaincu que ça donnerait aux plus jeunes le courage de le faire eux-mêmes. Pas qu'ils n'avaient pas l'intention de le faire, lui, bien au contraire même, mais il n'aimait pas ce genre de pari.

Isumi commença à se demander si le jeune homme était bien là en n'obtenant aucune réponse, avant de sentir son cœur s'affoler en entendant le grésillement caractéristique et la voix si reconnaissable d'Ogata à travers l'interphone :

"-Oui ?

-C'est moi."

Il y eu un silence. L'interphone avait été raccroché, et le silence demeurait complet. Isumi vit s'égrener des secondes qui lui parurent des heures, et alors qu'il s'apprêtait à repartir, il entendit un grésillement venant de la porte. Il se précipita pour la pousser avant qu'elle ne se verrouille de nouveau automatiquement, le cœur soudain plus léger. Même si la discussion qui allait suivre serait loin d'être une partie de plaisir, elle aurait au moins lieu. Il n'eut pas beaucoup à attendre une fois devant la porte de l'appartement 812. Ogata devait se tenir prêt à lui ouvrir. Mais l'accueil qui lui fût fait sembla glacé le sang dans les veines du brun. Jamais Ogata ne s'était montré aussi froid avec lui, jamais il ne l'avait vu le visage aussi fermé.

Le blond s'effaça pour le laisser entrer et n'attendit pas qu'il ait déposé ses affaires pour partir s'installer au salon. Isumi se débarrassa nerveusement de sa veste et de ses chaussures et le rejoignit. Ogata était debout devant la fenêtre, le regard perdu au dehors, une cigarette qu'il portait à ses lèvres, sans tenir compte de sa présence. Isumi finit par s'éclaircir la gorge, de manière assez discrète pour ne pas paraître impoli, mais assez fortement pour qu'Ogata ne puisse faire autrement que le remarquer.

Ogata fini par se retourner. Il ne s'était jamais senti aussi nerveux devant Isumi. Pourtant, ce n'était qu'un gamin… Mais un gamin auquel il s'était attaché. Et qui lui avait prouvé à maintes reprises que son visage enfantin n'était souvent qu'une façade cachant une maturité peu commune pour quelqu'un de son âge. Et qui semblait mieux le connaître, en si peu de temps, que la plupart des êtres vivants à la surface de cette planète.

"-Qu'est-ce que tu veux ?

-Qu'on parle de toute cette histoire."

Ogata se tourna de nouveau vers la vitre, sans ajouter un mot. Isumi restait debout, sans oser parler, sans oser même bouger. Ogata semblait de nouveau ne pas s'apercevoir de sa présence. Le blond fini sa cigarette sans se presser, puis se tourna vers Isumi et le scruta un moment. Isumi se sentait mal à l'aise, sous le regard de glace de celui qui pendant un temps avait été son petit ami, mais n'en laissa rien paraître. Du moins l'espéra t'il. Enfin, Ogata se dirigea vers la table basse, ramassa son paquet de cigarette et s'installa dans son fauteuil, faisant un signe de la main à Isumi pour qu'il prenne place sur le canapé.

"-Je croyais qu'on s'était déjà tout dit.

-Ecoute, tu ne peux… Pardon, Vous ne…"

Isumi se sentit bafouiller à cette faute de langage et se maudit intérieurement de faire ainsi preuve de faiblesse, mais Ogata lui fit signe de continuer sans simagrée.

"-Je suis désolé. Je ne savais pas que mon âge aurait tant d'importance pour toi, et je ne voulais pas te mentir. Je ne t'avais jamais dit mon âge précis, c'est vrai, c'était une erreur et j'en suis désolé. Mais au fond, qu'est-ce que ça change ? En quoi ça va changer notre relation ?

-Premièrement, tu m'as menti, et deuxièmement, tu es mineur."

Isumi retint un soupir d'agacement. C'est fou ce que Seiji pouvait être borné quand il le voulait.

"-Ecoute, je ne t'ai pas menti, nous n'avons juste pas compté de la même manière. Et je t'ai déjà dit que j'étais désolé ! Et puis, même si je suis mineur, qu'est-ce que ça peut bien te faire ? Tu m'as apprécié sans le savoir, et je n'ai pas changé parce que tu l'as apprit."

Isumi sentait qu'il commençait à perdre le contrôle, et ça ne lui plaisait pas du tout. Il commençait à paniquer, à ne plus savoir que répondre, quel argument avancer alors qu'Ogata se murait dans ses positions. Mais il ne voulait pas abandonner. Non, pas alors qu'il avait réussit à être avec lui. Il tenait trop à Ogata pour ne pas tout tenter pour qu'ils soient de nouveau ensemble.

"-Je n'ai pas envie d'avoir d'ennuies.

-Des ennuies avec qui ? Personne n'est et ne sera au courant autour de toi, tu le sais parfaitement. Quand à moi, personne ne saura. Mes amis ne diront jamais rien, et mes parents ne feront jamais d'histoire pour une chose pareille. Ils savent parfaitement que je suis homosexuel depuis que j'ai seize ans, et que j'ai déjà eut plusieurs amants.

-Je ne veux pas savoir.

-Je ne comptais pas te raconter. Mais tu vois que tu ne risques rien par rapport à mon âge.

-Le fait est que tu es mineur."

Ce ne pouvait pas être possible. Il ne pouvait pas être borné à ce point. D'autant plus qu'il venait de défaire ses arguments, mais qu'Ogata ne semblait pas en tenir compte.

"-Tu es comme les autres en fait, tu ne fais que mentir. Tu es un hypocrite !"

Isumi sentit sa panique latente se transformer à cet instant même en peur. Seiji ne pouvait pas avoir cette opinion de lui, ce n'était pas possible ! Comme les autres ! Comme tous ceux qui jusque là ne s'étaient accrochés que pour son compte en banque ! Il le voyait donc comme ça ? Comme ces autres… Isumi sentit soudain un espoir renaître alors qu'il réfléchissait à toute allure. Et si justement…

"-Puis-je dire ce que je pense de tout ça ?"

Seul le silence lui répondit. Ogata se contenta d'écraser son mégot dans le cendrier posé sur la table basse, de se saisir de nouveau de son paquet pour en rallumer aussitôt une autre. Isumi ferma les yeux quelques secondes. Ogata risquait de très mal prendre ce qui allait suivre, mais il devait tenter le tout pour le tout. Il ne voulait pas le perdre…

"-En fait, tu as peur. Toute les personnes avec qui tu as été jusqu'à maintenant n'ont pas supporté ta passion pour le Go. Et aujourd'hui, tu te retrouves avec quelqu'un qui partage cette passion, et qui ne risque pas de te quitter pour ça. Et la possibilité de t'engager ainsi, de ne pouvoir te retrancher derrière le Go t'effraie, parce que tu sais que ce n'est pas grâce à ça que tu pourras me faire fuir si notre relation devient trop sérieuse. Tu as peur de t'engager !

-Tu divague totalement."

La phrase avait été lâchée par un Ogata au regard meurtrier dont la cigarette qu'il était en train de fumer n'était plus qu'un souvenir. Il avait dit ça comme il aurait craché sur un vulgaire insecte qui le tourmentait. Il semblait prêt à se lever sous le coup de la colère, sans doute pour le mettre dehors, mais Isumi préféra le devancer. Sans un mot, le jeune homme sortit de la pièce, récupéra ses affaires et quitta l'appartement.

Une fois dans le couloir, Isumi appuya sur le bouton afin d'appeler l'ascenseur. Ses jambes tremblaient, et il eut un instant l'impression que sans le soutien du mur, il se serait écroulé. Pas question dans ses conditions descendre les huit étages à pied. Le temps qui passa avant que l'ascenseur n'arrive lui parut une éternité. Il ne voulait pas rester là, ça faisait trop mal. Il y avait cru pourtant à cette histoire, il était sûr qu'elle allait marcher, même un petit moment. Il avait peut être idéalisé Ogata, et surtout l'attachement que celui-ci lui portait…

Enfin, les lourdes portes métalliques s'ouvrirent. Isumi pénétra dans l'habitacle en acier, saluant les personnes s'y trouvant d'un signe de tête, et appuya sur le bouton du rez-de-chaussée, constatant avec dépit que l'ascenseur devait d'abord monté au neuvième puis s'arrêter deux fois avant d'enfin le laisser en bas.

Ogata resta assit un moment, sonné par l'accusation d'Isumi et son départ soudain. Ce que ce gamin osait lui dire ! Mais… il se sentait vide d'un coup, comme si le jeune homme avait emporté avec lui quelque chose qu'il n'aurait jamais dû. Alors même s'il lui avait menti, même s'il avait sorti des inepties infondées, il ne voulait pas le laisser partir. Ogata se leva brusquement et écrasa avec rage sa cigarette, avant de sortir de l'appartement en claquant la porte. L'ascenseur était occupé et l'attendre aurait était bien trop long s'il voulait avoir une chance de rattraper le brun, aussi Ogata se décida à emprunter les escaliers. Courant comme un dératé, sautant plus les marches qu'il ne les descendait, Ogata faillit se rompre le coup en arrivant enfin à destination. Le hall était vide. Ogata se précipita alors dehors, scrutant la rue à la recherche du blouson en jean et de la chevelure brune d'Isumi.

Enfin, il l'aperçut. Le jeune homme faisait signe à un bus de s'arrêter, et Ogata savait que c'était sans doute sa dernière chance. Isumi ne le rappellerait pas après une telle discussion, et lui savait qu'il ne le ferait pas non plus. Ogata ne prit pas le temps de réfléchir et se mit à courir pour rattraper le jeune homme.

"-Isumi !"

Le jeune homme avait le pied posé sur le marchepied quand il entendit son nom. Surprit, il s'arrêta et tourna la tête, pour voir Ogata arriver en courant vers lui. Trop étonné pour pénétrer dans le bus ou même penser à se reculer pour le laisser repartir, Isumi entendit le chauffeur l'apostropher, et il reprit pied dans la réalité. Il descendit rapidement du bus, s'excusant en bafouillant, et se vit fermer les portes au nez accompagné d'un regard noir du conducteur. Et alors que le bus repartait, Ogata arrivait près de lui. Isumi ne l'avait jamais vu comme ça, essoufflé, le visage rouge, les cheveux légèrement en bataille. Isumi sentit son cœur s'accélérer, mais préféra ne rien dire, attendant que l'autre homme parle.

Ogata mit quelques minutes à retrouver son souffle, maudissant au passage le tabac qui devait pourrir ses poumons, et réajusta ses vêtements. Geste inutile maintenant qu'il venait de s'exhiber ainsi, mais ça lui donnait une contenance. Isumi attendait en face de lui, le visage fermé déserté par cette joie enfantine qui l'éclairait d'habitude.

"-Reviens."

Malgré l'impératif, ce n'était pas un ordre. Isumi entendit dans le ton de l'homme une demande inhabituelle chez celui qui s'était toujours arrangé pour dominer la situation et leur relation. Isumi allait ouvrir la bouche pour répondre mais Ogata le devança en continuant sur sa lancée :

"-Tu peux oublier ce que tu as dit, il n'y a rien de vrai là dedans. Mais…"

Ogata hésita un moment à aller plus loin. Mais de toute façon, il venait définitivement de perdre sa façade froide et indifférente face au jeune homme, alors autant continuer.

"-Mais je veux que tu revienne."

Isumi ne réagit d'abord pas. C'était une déclaration si… inattendu. Jamais il n'aurait imaginé ça venant d'Ogata. Et pourtant, il était bien là devant lui, à attendre une réponse. Isumi se rendit compte d'ailleurs du temps qui s'écoulait, et de la mauvaise interprétation qu'on pourrait donner à son silence, mais il se sentait bien incapable de parler sans se mettre à bafouiller bêtement. Alors il se contenta d'hocher la tête, avec un sourire illuminé qu'il n'eut même pas conscience de faire. Et il crut apercevoir un sourire sur le visage d'Ogata. Peut-être pas un sourire, mais les traits plus détendus, beaucoup moins froid. L'homme tourna les talons, et Isumi lui emboîta le pas, ravi de retourner ainsi dans cet appartement auquel il s'était mine de rien beaucoup attaché.


Hikaru vérifia l'heure pour la énième fois depuis qu'il était arrivé, bien une demi-heure auparavant. Il ne lui restait plus que dix minutes. Il referma sa veste sous un courant d'air plus frais que les autres, impatient que le temps s'écoule mais aussi extrêmement nerveux. Les frissons qui le parcouraient n'étaient pas dus essentiellement au froid.

Les yeux fixés sur la porte de l'immeuble, Hikaru se repassa mentalement ce qu'il avait prévu de dire, les réponses qu'il voulait obtenir. Et il fut tenter une fois de plus de fuir l'affrontement dont il n'était pas sûr de ressortir en très bon état. Mais le marché qu'il avait passé avec Waya et Isumi l'en empêchait, d'autant plus qu'Isumi avait réussi et que Waya s'échinait à voir Nase en tête à tête, chose à laquelle il n'était toujours pas arrivé après une dizaine de jours. Hikaru ne pouvait pas fuir maintenant. Ses deux amis l'avaient beaucoup aidé, Waya en établissant avec lui un planning d'Akira, Isumi en s'assurant que personne ne viendrait chercher le petit génie. Hikaru se souvint avec un sourire de la mine contrite d'Isumi quand il lui avait donné l'information, le prévenant qu'il ne pourrait sans doute plus glaner si facilement ce genre de renseignements vu les soupçons que ses questions avaient éveillé chez Ogata. De toute façon, il n'aurait pas de nouveau besoin de ces renseignements. Il n'y aurait plus de nouvelle conversation comme celle-ci, ce soir tout s'arrangerait ou tout serait irrémédiablement détruit. Il n'y avait pas de retour en arrière possible.

Hikaru vit la lumière du hall de l'immeuble qu'il surveillait s'allumer. Il sentit son cœur s'accélérer alors que la personne n'allait sans doute pas tarder à sortir. Est-ce que c'était vraiment le moment ? Il n'eut pas le temps de se poser d'avantage de question car une silhouette venait d'apparaître. Même à contre-jour, Hikaru reconnu la coupe de cheveux, la démarche distinguée, la posture si droite. Lé décoloré s'était placé de telle façon qu'Akira ne pourrait le voir avant d'être à deux mètres de lui. Et alors, il eut la réaction à laquelle Hikaru s'attendait : son regard se durcit et il fit mine de ne pas l'avoir remarqué, gardant la tête haute et le regard fixé sur l'horizon.

Hikaru se senti un instant paralysé. Cette indifférence faisait si mal… Justement. Il fallait que ça s'arrête ! Dans un sursaut, le décoloré retrouva son aplomb et sa volonté. Akira l'avait presque dépassé quand Hikaru se retourna et l'attrapa par le bras pour le retenir. Le brun se retourna lentement et le toisa avant de lâcher, d'une voix glaciale :

"-Lâche-moi, Shindo."

Mais Hikaru secoua la tête. Il n'y avait pas que du méprit dans le regard d'Akira. Bien camouflé, tout au fond, Hikaru y avait aperçu autre chose. Et bien qu'il ne sache pas encore ce que c'était, il était bien résolu à le découvrir.

"-Non, il faut qu'on parle.

-Je n'ai rien à te dire."

Akira essaya de dégager son bras, mais Hikaru renforça sa poigne en faisant attention à ne pas le blesser.

"-Laisse moi partir !

-Pas question ! Pas avant que tu m'ais dit pourquoi tu m'as laissé tomber comme ça, sans explication !

-Je te l'ai déjà dit, nous n'avons rien à faire ensemble. Cette histoire ne menait nulle part !"

Le ton était monté très rapidement entre les deux adolescents et les quelques rares passants s'étaient retournés, surpris par ce bruit soudain. Hikaru reprit, sur un ton plus bas :

"-Tu n'as même pas essayé de nous donner une chance."

Ce n'était pas un reproche, une simple constatation, mais Akira eut l'impression de se prendre une claque en entendant cette phrase. « nous » ? C'était comme ça qu'Hikaru les voyait ? Est-ce qu'ils avaient vraiment été un nous ? Non ! Il ne devait pas se laisser attendrir, il devait faire retrouver à Shindo la raison. Une telle relation ne leur apporterait que des problèmes.

"-Tu ne comprends pas !

-Expliques moi alors. C'est tout ce que je te demande. Même si je t'aime, je te laisserais tranquille après si c'est ce que tu veux.

-Arrêtes ! Tu dis n'importe quoi !"

Hikaru fut tellement surprit par l'éclat qu'il lâcha le bras d'Akira. Toute colère avait disparu des yeux verts qui semblaient totalement perdus. Hikaru le connaissait maintenant. La seule façon de pouvoir avoir ce qu'il voulait était de le faire sortir de ses gonds.

"-Ah oui ! Et pourquoi je serais sorti avec toi si ce n'était pas le cas ? Juste pour m'amuser, comme toi tu l'as fait ?

-Non ! C'est faux ! Tais-toi ! Je ne peux pas !!"

Et Akira partit en courant avant qu'Hikaru ait pu faire un geste pour le retenir. Il fuyait les paroles de Shindo. Il fuyait cette discussion qui faisait grandir en lui ce nœud latent depuis des jours. Il fuyait le mal qu'il faisait à Shindo pour leur bien à tout les deux, et le sentiment de malaise qui ne le quittait pas.

Mais Hikaru était plus sportif que lui, plus rapide. Le décoloré le rattrapa et le saisit de nouveau par le bras. Sans se rendre compte réellement de ce qu'il faisait, Hikaru se mit à le secouer, comme pour lui remettre les idées en place.

"-Pourquoi tu ne peux pas Akira ? Tu l'as dit, ce n'est pas que tu ne veux pas ! Alors pourquoi ?

-Mon père a raison, je ne peux pas être différent !"

La réponse laissa le décoloré coi. Qu'est-ce que Koyo Toya venait faire là dedans ? A moins que… Mais bien sûr ! La chose qui avait changé en trois jours, c'était le retour de l'ancien Meijin. Ce pourrait-il que ce soit ça, qui ait si soudainement changé le comportement d'Akira ?

"-Différent de quoi ? Tu as le droit d'être toi-même !

-Ce n'est pas moi ça ! Je ne suis pas comme ça !"

Le ton montait une fois de plus, mais cette fois, Hikaru ne ferait rien pour tenter d'endiguer la dispute. La rue était maintenant déserte et c'était la seule solution pour qu'Akira déballe tout et qu'il puisse enfin le comprendre.

"-Ah oui ?! Et tu es comment alors ? Tu es le petit garçon sage qui obéit à son papa sous pour pas qu'il se fâche ?

-No…

-Celui qui suivra toute sa vie la route tracée de peur que les gens n'approuvent pas ?

-Ma…

-Celui qui a peur de faire ce qu'il a envie dans un moule raté, dans des normes obsolètes ?! Répond !"

Mais Akira en était totalement incapable. Il avait la bouche sèche, un nœud dans la gorge. La tête lui tournait. Est-ce qu'il était vraiment ça ? Est-ce qu'il était vraiment un lâche ?

Hikaru se calma, regrettant de s'être ainsi emporter, quand il vit Akira les yeux dans le vide, tremblant légèrement. Pas assez pour que Toya s'en rende compte vu l'état de choc dans lequel il semblait être, mais pas assez peu pour qu'Hikaru ne s'en aperçoive pas. Le décoloré fit alors une chose qu'il n'avait jusque là jamais osé faire, même s'il en mourrait d'envie. Délicatement, pour ne pas le brusquer, il passa ses bras autour des épaules d'Akira, vérifiant d'un regard s'ils étaient bien seul dans la rue, et l'attira à lui, le serrant dans ses bras. Il voulait juste le réconforter, le faire revenir à la réalité, même si dans cette réalité il devait le renier et ne plus jamais s'approcher de lui…

"-Ne laisse pas ton père gâcher ta vie s'il te plaît."


Hikaru rentrait chez lui, le pas léger, plus content qu'il ne l'avait été depuis longtemps. La situation n'était certes toujours pas clair, mais l'adolescent s'estimait quand même heureux de la tournure qu'avait prit les choses. Depuis sa discussion de l'avant-veille avec Akira, celui-ci avait arrêté de le fuir. Et mieux, les deux fois où ils s'étaient croisés, Hikaru avait eut droit à un sourire certes gêné, mais bel et bien présent. Ce n'était pas grand-chose, mais ça lui avait regonflé le moral à bloc.

En poussant la porte de la maison, le décoloré fut surprit de voir sa mère jaillir de la cuisine alors qu'il enlevait ses chaussures, avant qu'il ai eu le temps de prononcer un seul mot pour annoncer son entrée. Elle semblait guetter sa venue et c'est le sourire aux lèvres qu'elle le prévint que quelqu'un l'attendait dans sa chambre.

Pendant une seconde, Hikaru ne réagit pas. Il venait de quitter Isumi, Waya et les autres en partant de la Nihon Ki-hin, ça ne pouvait donc pas être aux. Ce pourrait-il que… Akira ? Il s'était enfin décider à venir lui parler ? Ça ne pouvait être que lui ! Hikaru se débarrassa à toute vitesse de ses chaussures et de son manteau et sans prendre la peine de remercier sa mère, il fonça dans les escaliers, qu'il n'avait sans doute jamais monté aussi vite. Arrivé devant la porte de sa chambre, il prit quelques secondes pour ramener sa respiration à un rythme certes toujours rapide mais en tout cas plus régulier. En enfin, il poussa la porte. Son invité surprise se retourna et le salua.

"-Salut, Hikaru.

-Akari ?"


A suivre...