Quatre ans après
Episode 1.1 : Le retour.
Devant Sakura, le sol se releva doucement
puis s'effondra sans prévenir.
Elle recula et les cartes s'envolèrent.
Les cartes de Clow. Elles virevoltaient
lentement autour d'elle. Que se passait-il,
d'où venaient-elles ? Sakura
oublia un instant le danger qui se rapprochait
et tenta d'attraper l'une d'elle.
Mais la carte se mit à luire et disparut
en poussière. Quand Sakura reprit
ses esprits, le sol s'était
effondré sous elle et... Elle volait
? Elle ne comprit pas tout de suite ce qui
lui arrivait, apercevant ses pieds tendus
vers le vide obscur. Tout avait disparu.
Le sol, le ciel, l'horizon. Les ténèbres
l'enveloppaient.
Puis elle se rendit compte qu'on la
portait. Deux bras l'avaient retenue.
« Mais qui ? » se demanda-t-elle
en cherchant à apercevoir son sauveur
dans l'obscurité. Une lointaine
sonnerie s'intensifiait dans le noir.
Elle tenta de se tourner au creux des bras
de l'individu mais... cette sonnerie.
_ Réveille-toi !! lui cria une épaisse
voix caverneuse bien connue.
_ Aaah !!! s'écria-t-elle en
ouvrant les yeux sur le visage au masque
d'argent. Kero !!!
_ Je te fais toujours le même effet
sous cette forme, sourit celui-ci.
C'était Kero. Il était
revenu. Enfin... Sakura se jeta à
son cou et le serra contre lui.
_ Ca fait si longtemps, Kero...
_ Argh... articula-t-il, étranglé.
Ca ne fait que quatre ans... Argh !! Laârrrche-moi
!
On frappa.
_ Sakura ? C'est toi qui cries ?
_ Papa...
Kero recula d'un bond et disparut
entre les plumes de ses ailes alors que
la porte s'ouvrait.
_ Ca va ?
_ Oui, sourit-elle l'air de rien.
_ Tu te lèves ? Ne sois pas en retard
pour ce premier jour, l'été
se poursuit... à l'école!
Ah aussi! Il y a une lettre de Thomas.
_ Oui, j'arrive ! chantonna-t-elle
en poussant Kerobero sous son lit, du bout
de l'orteil.
Dominique referma la porte et Kero soupira.
_ On a eu chaud ! murmura Sakura en se penchant
sur le rebord de son lit pour voir Kero.
_ Alors, comme ça, ton père
ne se souvient plus de rien... ?
_ Non. Mais Anthony semblait dire que ça
reviendrait. Comme ils possèdent
désormais chacun une partie du pouvoir
de Clow, papa retrouvera un jour ses souvenirs
! Dis, Kero... Tu viens au lycée
avec moi ?
_ Tu es sûre ? s'étonna-t-il.
_ Je te le demande comme une faveur. Tiffany
sera sûrement aussi heureuse que moi.
Le déjeuner vite avalé, Sakura
enfila ses patins et se lança dans
l'allée. Elle tourna à
l'angle de la rue et se redonna de l'élan
en quelques coups de rollers. Le vent légèrement
frais battait les branches des cerisiers
de l'allée devant l'ancienne maison
de Mathieu et le soleil commençait
à pointer ses premiers dards de chaleur.
Le temps idéal pour arriver en avance
au lycée. Tiffany l'attendrait peut-être.
_ Alors ? lança Kero en pointant
le museau dans l'ouverture du sac
à dos. Qu'as-tu fait durant
tout ce temps ?
_ Il ne s'est pas passé beaucoup
de choses, tu sais. J'ai repris une
vie normale. Je vais souvent voir Grand-père.
Je crois que ça va mieux entre la
mère de Tiffany et Papa. Que dire
de plus ?
_ Et le morveux ? Il est toujours ici ?
Le regard de Sakura s'assombrit légèrement
et elle ne répondit pas tout de suite,
laissant le vent battre les sangles du sac.
_ Non, fit-elle finalement. Il est parti
avant de rentrer au lycée.
_ Ah, chuchota Kero, gêné d'avoir
rendu son amie un peu triste.
_ Et Mathieu ? demanda-t-elle alors. Anthony
s'occupe bien de vous depuis tout
ce temps ?
_ Tu lui manques énormément,
avoua Kero. Yue est d'ailleurs beaucoup
plus attentionné depuis qu'il
a vécu sous la forme de Mathieu et
depuis que cette part de ton frère
l'habite. Mais il n'est pas
très loquace.
_ Je me souviens, sourit Sakura.
Elle tourna la tête vers la maison
qu'ils longeaient. En apprenant que
ses grands-parents n'existaient pas
réellement, Mathieu avait souhaité
revendre la demeure où il avait vécu
avant de quitter le Japon pour l'Angleterre.
Cependant, elle n'avait pas encore
trouvé d'acheteur. Sakura sourit
tendrement en songeant aux doux souvenirs
qui la traversèrent.
Le lycée n'était plus très
loin.
En arrivant devant la grille, elle fut
dépassée par une longue Rolls-Royce
noire qui s'arrêta un peu plus loin
pour déposer Tiffany. Et quand celle-ci
aperçut son amie de toujours, elle
leva un bras dans sa direction avant de
saluer son conducteur. Tiffany accourut.
_ Bonjour Sakura, tu es rayonnante.
_ Devine qui je transporte dans mon sac,
qui a des ailes, une queue et un mauvais
caractère?
_ Hi hi, sourit tendrement Tiffany. Ca ne
peut être que mon petit lionceau préféré.
_ Gagné, lança une petite
voix du fond de son sac tandis que des élèves
passaient le portail.
_ Mais toi aussi, tu as le sourire! remarqua
Sakura en voyant son amie fouiller son propre
sac.
_ Tu sais, Sakura, j'ai toutes les raisons
d'être heureuse. La société
de ma mère vient de terminer un prototype...
_ Un proto...
_ Et voila! lança-t-elle en brandissant
une nouvelle sorte de caméscope.
_ Oh non... soupira Sakura.
Caméra au point, Tiffany fit pivoter
l'écran tactile et lança l'enregistrement.
Filmant minutieusement la cours de l'école
puis son amie qui déjà fuyait
vers les casiers.
_ Sakura, attends!
Celle-ci éclata de rire.
Pour midi les deux adolescentes s'installèrent
près des bouleaux, du côté
est du parc. Le père de Sakura avait
eu le temps de lui préparer un succulent
repas avant de partir. Depuis peu, l'université
lui avait proposé un poste à
temps plein et il y passait souvent la journée
et même plus. Un travail de traduction,
avait-il expliqué un matin sans pour
autant s'étaler dans des détails
qui ennuieraient sa fille.
_ On va devoir partager, Kero, annonça
Sakura. Papa ne savait pas que Super-glouton
serait là.
_ Je ne suis pas Super-glouton, protesta-t-il.
_ Oh mais si ! Rappelle-toi comme tu appréciais
la carte du Sucre. Clow a dû bien
s'occuper de toi, non ? Tu n'aurais
pas un peu grossi ? demanda-t-elle en tâtant
son ventre.
_ Pas touche ! protesta-t-il en lui mordant
l'index.
_ Bonjour les filles, les interrompit-on
soudain.
Sakura retira son doigt de la bouche de
la peluche et Kerobero se figea, bras et
jambes écartés. Yvan et Sandrine
se regardèrent :
_ Tu parles à ta peluche ? s'étonna
Sandrine.
_ Vous savez qu'il ne faut pas parler
à ses jouets, énonça
Yvan, car dans certains pays on craint que
la nuit ceux-ci reviennent se venger des
mauvaises paroles qu'on a pu prononcer
devant eux. On raconte par exemple cette
histoire du petit garçon qui...
Sandrine lui posa la main sur la bouche
et il finit studieusement son histoire.
_ Tu vas arrêter Yvan ?! Tout le monde
sait que c'est faux.
_ Il n'arrêtera jamais, assura
Tiffany. Peut-être plus tard écrira-t-il
des livres pour enfants. Il pourrait vivre
de son imagination !!
Comme il s'était arrêté,
Sandrine retira sa main et secoua la tête.
_ Il ne manquerait plus que ça !!
_ Ca nous faisait rire, quand nous étions
plus jeunes, continua Tiffany. Ca plaira
sûrement à d'autres !
Le couple les salua finalement, s'installant
un peu plus loin.
_ C'est vrai ce qu'il disait
?
_ Mais non, Sakura, la rassura son amie.
Une fois le repas terminé, Sakura
félicita une nouvelle fois le talent
de son père. Tiffany s'essuya
la bouche et rangea sa serviette :
_ Je vous laisse, tous les deux, je dois
aller me renseigner pour le concert que
nous allons bientôt donner. A plus
tard Kero.
_ Au revoir, Tiffany.
Il la regarda partir et secoua doucement
la tête.
_ Elle non plus ne se souvient de rien,
je suppose.
_ C'est vrai. Mais je ne tiens pas
vraiment à ce qu'elle s'en
souvienne. C'est mieux ainsi ! conclut-elle
avec le sourire. Mais parle-moi plutôt
de toi, se tourna-t-elle vers lui. Que faites-vous
depuis tout ce temps en Angleterre ? Anthony
va bien ?
_ Oh oui ! Il n'a pas encore recouvré
tous ses pouvoirs d'antan mais il
s'entraîne durement.
_ Il s'entraîne ? Mais pourquoi
?
Kerobero croisa ses petits bras et ferma
les yeux.
_ C'est encore Yaln qui va lui lancer
un défi. Mais comme Clow Reed a perdu
sa puissance magique, Yaln préfère
attendre encore avant de lancer le combat.
_ Un combat ?! s'étonna Sakura.
_ Rien de bien catastrophique. Rassure-toi.
Un combat de sorciers, voilà tout.
C'est quelque chose qui arrivait souvent
par le passé, souviens-toi de ce
qu'Anthony t'avait expliquée.
_ J'espère qu'il gagnera
encore.
La sonnerie retentit et Sakura soupira :
_ Et voilà, on y retourne... Tu rentres
dans le sac, Kero ?
_ Ah non, le coup du sac, ça suffit
!
_ Que vas-tu faire ?
_ Me promener... Les jeux vidéos
me manquent. Anthony n'aime pas ça.
Yue passe tout son temps seul et Samantha
n'arrête pas de sortir. Et je
ne supporte pas Gothar. Alors !
_ Mais on va te voir !!
_ Mais non...
_ Bon, il faut que j'y aille. A plus
tard, Kero !
Elle s'éloigna, rejoignant
Sandrine et Yvan, ainsi que plusieurs amies
à elle. Kerobero soupira en reculant
vers le buisson duquel il allait s'envoler
vers la maison.
« Tu ne m'as toujours pas demandé
pourquoi j'étais enfin revenu,
Sakura, songea-t-il. Tu ne te doutes encore
de rien. Et Clow m'a bien interdit
de te dire quoi que ce soit. Ma chère
petite Sakura, tu as tellement grandi. Mais
est-ce que ce sera suffisant pour ce qui
se prépare? »
Episode 1.2 : L'épreuve.
Sakura salua ses amies et s'élança
dans la ruelle qui faisait face au lycée.
Elle devait faire une course ou deux car
elle dînerait seule le soir même.
Son père l'avait prévenue
en partant le matin. Il travaillerait avec
mademoiselle Carmin, la jeune femme qui
étudiait aux côtés de
Dominique pour devenir archéologue.
Il rentrerait tard. La ruelle bifurqua et
elle tourna à droite, en posant une
main sur le réverbère qui
faisait le coin. Elle patina de plus belle
et se laissa glisser sur le bitume.
Le parc s'étirait sur sa gauche
et elle roulait sans bouger dans l'allée
déserte. Kero était assez
sérieux pour savoir quel danger il
encourait si on l'apercevait. Il avait
dû rentrer. Elle leva les yeux au
ciel. Voler... Comme un objet perdu qu'on
retrouve un jour et qu'on fait marcher
d'un seul geste oublié, elle
posa sa main sur son cœur et lança
une carte invisible. « Carte du Vol
», pensa-t-elle très fort.
Mais il ne se passa rien. C'était
fini, les cartes avaient disparu. Pour sauver
leur créateur, Anthony, et leur maîtresse,
Sakura. Elle était redevenue Sakura
la jeune fille. La simple jeune fille. Tout
était fini. Le sceau s'était
évanoui et la clef avec. Il ne restait
de cette époque que des souvenirs.
Elle plongea sa main dans une de ses poches
et en tira la lettre de son frère.
Il travaillait désormais en Europe.
Lui aussi était parti pour l'Angleterre.
Là-bas, Katya s'était
occupée de lui trouver un appartement.
Puis, les mois passant, il était
allé habiter avec elle et Anthony.
« (...) J'ai préféré
les quitter un temps, expliquait-il dans
ce courrier. Tu sais, petit monstre, même
si je ne ressens plus les choses surnaturelles,
je sais qu'il se trame quelque chose
ici. Ton ami, Anthony, disparaît des
journées entières dans le
temple qui jouxte sa demeure. Katya dit
qu'il médite. Je ne sais pas
si je dois la croire. Il est si calme. Rien
à voir avec ton ex !! Je plaisante.
Fais attention à toi, promets-le-moi.
Thomas»
Elle serra la lettre contre elle et releva
le nez vers les jeux d'enfants qu'elle
longeait. L'empereur Pingouin trônait
en maître sur l'étendue
de sable. Elle sourit et rangea la lettre.
Puis, elle s'élança
de nouveau... contre quelqu'un. Elle
heurta violemment l'homme qui s'était
mis sur son chemin. Elle fit un demi-tour
maladroit sur elle-même et perdit
l'équilibre. Mais un bras la
retint et une main se plaça sous
sa nuque pour la soutenir. Cette étreinte...
Elle ne lui était pas inconnue. La
feuille glissa au sol et Sakura ne bougea
plus. Sa tête tournait et elle ne
songea qu'à la lettre de Thomas.
Elle l'aperçut, se redressa
et roula vers elle pour la rattraper. Puis
elle se retourna pour s'excuser.
_ Ca va, mademoiselle ? lui demanda le jeune
homme. Ca aurait pu être une chute
bien dangereuse.
Elle s'approcha doucement. Il dégageait
quelque chose de fort... Elle se sentit
soudainement heureuse, le cœur léger.
Elle s'excusa et le jeune homme éclata
de rire.
_ Ce n'est rien. Mais vous rouliez
trop vite ! C'est un parc pour enfants,
vous savez ? la sermonna-t-il gentiment.
_ Oui, excusez-moi encore. Je pensais à
autre chose. Je suis vraiment désolée.
_ Ce n'est rien, répéta-t-il.
Il faudra être prudente à l'avenir,
lança-t-il en repartant.
Elle le suivit du regard. Quelle était
cette impression de déjà vu
?
Un frisson la parcourut alors. Elle tourna
la tête vers le parc. Quelque chose
rodait. Quelque chose de petit, de sournois.
Comme un petit animal effrayé. Elle
chercha du regard en approchant doucement.
Peut-être un animal blessé.
Elle hésita à poser ses patins
dans le sable. Elle s'assit doucement
sur la balustrade et sortit ses chaussures
de son sac, tout en s'assurant que
la sensation de la présence étrange
ne fuît pas. Elle se leva enfin et
posa un pied sur le sable. Puis deux. Des
enfants approchaient sur le chemin ; elle
les entendait rire, accompagnée par
leur maman, sûrement. Il ne fallait
pas qu'ils effraient le petit animal.
Elle se pencha vers les balançoires
et les pingouins de ciment, alignés
autour de leur monarque. Les voix se rapprochaient.
Sakura, sentit l'air s'agiter
autour de ses chevilles et le sable sembla
enfler autour d'elle, se soulevant
par épaisse nappe. Puis, une silhouette
se forma et fonça vers elle. Un des
enfants cria en voyants le nuage de sable
arriver sur lui. Sakura ne savait que faire,
la masse la longea, le vent chargé
de sable l'étouffait, s'infiltrant
de force dans sa gorge, dans ses oreilles
et dans ses vêtements. Un lointain
souvenir la traversa et elle tendit les
mains en avant, paumes face à face,
légèrement tournées
vers le ciel.
_ Clef du sceau sacré, cria-t-elle.
Je t'ordonne d'apparaître.
Le sable sembla partir dans toutes les directions,
puis le vent se calma, et se figea, maintenant
chaque grain en lévitation autour
de Sakura. Elle sentit un regard posé
sur elle et ne bougea pas. Elle eut l'impression
étrange que chaque grain la regardait,
l'observait, la fixait, l'étudiait.
Puis tout retomba au sol. La mère
avait éloigné ses enfants,
et Sakura tomba à genoux, en toussant,
la gorge asséchée, exténuée.
Que s'était-il passé
?
Elle referma la porte de sa chambre et
détacha la serviette qu'elle
avait enroulée autour de ses cheveux.
_ J'aurais voulu filmer ça,
se plaignit Tiffany à l'autre
bout du fil.
_ C'était horrible.
Kerobero vola du bureau au lit et s'assit
en face d'elle, les bras croisés,
songeur.
_ On pourrait peut-être retourner
cette scène, si on avait la carte
du Sable, sourit Tiffany.
_ C'est pas drôle. J'ai
failli étouffer.
_ Je sais, excuse-moi. Allez, bonne nuit,
à demain.
_ Bonne nuit, Tiffany.
Sakura posa le téléphone à
côté d'elle et patienta.
_ C'est bizarre, c'est bizarre...
confia Kero.
_ C'est tout ce que tu trouves à
dire ?! remarqua-t-elle en passant la serviette
dans ses cheveux. J'ai l'impression
que j'en ai encore partout... C'est
super désagréable.
Kero ouvrit grand les yeux.
_ Quoi ?! Tu as une idée ?!! s'intéressa
Sakura.
_ Je n'avais pas remarqué !
s'exclama-t-il.
_ Quoi ?!!! le secoua-t-elle à deux
mains.
_ Tu as les cheveux longs ?
Elle fit la moue et le laissa s'envoler
vers l'étagère des réveils.
_ Bien sûr. Je les attache dans la
journée.
Kero la dévisagea un long moment,
tandis qu'elle inspectait son cuir
chevelu du bout des doigts, pour faire la
chasse aux grains de sable.
_ Tu as vraiment grandi, nota-t-il. C'est
surprenant.
_ Tu es bête, sourit-elle. Ca doit
être pareil pour Anthony.
_ Je vis avec lui, c'est différent.
Je ne m'en rendais pas compte.
_ Oui, bon... se reprit-elle. Et pour ce
sable ?
_ Il faudra y retourner pour mettre ça
au clair.
_ Ce n'est tout de même pas
une carte ! Les miennes ont disparu. Clow
n'a pas pu en recréer... Rassure-moi,
il n'y a pas d'autres membres
dans sa famille !
_ Hm hm, fit-il en secouant la tête.
Non. Je ne comprends pas. Allez, il faut
dormir.
Sakura s'allongea et Kero ouvrit le
tiroir grâce à ses pouvoirs.
Sa petite chambre était là,
intacte. Sakura l'avait gardée
car il lui avait promis de revenir. Et maintenant
qu'il était là, il devait
lui mentir. Clow Reed ne semblait pas vraiment
savoir ce qui se préparait. Alors
pourquoi ne pas expliquer le peu qu'il
savait ?
_ Kero ? l'appela Sakura.
_ Oui ?
_ Tu crois que mon pouvoir magique s'est
consumé comme celui de Clow ?
_ Sûrement.
_ Ah... Bonne nuit.
Le lendemain, Sakura retrouva Tiffany devant
le portail du lycée.
_ Ca va ? s'inquiéta Stéphanie
en remarquant la petite mine de son amie.
_ Pas tellement. Je n'arrive pas à
m'expliquer ce qui est arrivé,
hier.
_ Et tu n'as rien pu faire, ajouta
Tiffany en souvenir de leur discussion la
veille au téléphone.
_ Non, c'est ça le pire, expliqua
Sakura en entrant dans la cour du lycée.
Il y avait cette mère et ses deux
petits garçons et je ne pouvais rien
faire. Je n'ai plus la clef. Et pourtant,
je sens que je devrais agir.
Tiffany acquiesça en silence et elles
regagnèrent leur classe.
_ Bonjour les filles, les accueillit Nadine.
Vous êtes toujours d'accord
pour tout à l'heure ?
Tiffany et Sakura la saluèrent et
Yvan, Sandrine et Sonya les rejoignirent.
_ On est tous d'accord donc, conclut
Sandrine. Très bien !
_ Le cours va commencer, souligna Sonya.
_ J'avais une anecdote sur les patins
à glace, commença Yvan.
_ On n'a pas le temps ! assura Sandrine
en le tirant par la manche.
L'homme qui entra dans la salle se
dirigea vers son bureau. Plutôt grand,
les épaules droites et le dos large,
il se tourna vers la classe. Sakura souriait
à Yvan, que Sandrine forçait
à s'asseoir. Elle secoua la
tête et releva le nez vers leur nouveau
professeur d'Anglais.
_ Bonjour à tous, commença-t-il
en se tournant vers le tableau pour écrire
son nom. Je m'appelle James Davy.
Je remplace Mademoiselle Akano. Comme j'ai
pu le constater sur vos emplois du temps,
nous nous verrons...
C'était lui. L'homme
devant le parc. Quelle coïncidence
! Et pourtant... quelque chose était
différent.
_ Avez-vous des questions ?
Emilie se leva :
_ Au nom de toute notre classe, clama la
jeune fille, je vous souhaite la bienvenue.
_ Ah, rit-il de bon cœur. Ca se voit
tant que ça que je suis nouveau ?
Emilie rougit et se rassit.
_ Merci tout de même, mademoiselle,
lui souffla-t-il.
Sakura bâilla. Elle avait peu dormi.
Peut-être les ronflements de sa chère
petite peluche, ou peut-être l'inquiétude
face au phénomène dans le
parc de l'empereur Pingouin. La surprise
de revoir cet homme s'évanouit
vite. Chaque année apporte son lot
de nouveaux. Il y avait eu Lionel, qui cherchait
à regagner les cartes de Clow. Puis
Katya Moreau, sous l'égide
de la lune... Et enfin Anthony, autrement
dit, Clow Reed. Elle haussa les sourcils.
Tous trois avaient des pouvoirs. Monsieur...
Monsieur Machin en avait peut-être
aussi... ?
_ Sakura, chuchota Tiffany.
_ Sakura ? répéta alors monsieur
Davy. Veux-tu commencer à te présenter,
puisque tu me sembles un peu tête
en l'air... ?
Elle bondit sur sa chaise et :
_ Euh oui, excusez-moi. Je m'appelle
Sakura Gauthier...
_ En anglais voyons, la reprit-il.
_ Ah oui...
Episode 1.3 : La clef.
La petite équipe quitta finalement
le lycée en direction du grand complexe
sportif qui s'était construit
deux ans auparavant, à la place d'un
vieux terrain de football abandonné.
Sandrine, pendue au bras d'Yvan, souffla
en observant les travaux.
_ Vous vous rendez compte ? demanda-t-elle.
On n'aura pas de salle de sport avant
tant de temps !
_ Ah bon ? s'étonna Sakura.
_ Mais si, Sakura, lui rappela Tiffany,
c'était écrit sur les
tableaux d'affichage.
_ C'est à cause des travaux,
précisa Nadine. Il y a des problèmes.
_ De quel genre ? demanda Sonya.
L'ancien gymnase sur leur droite était
entouré d'échafaudages
plus vertigineux les uns que les autres,
et les adolescents le longèrent distraitement.
_ Je ne sais pas vraiment, répondit
Nadine.
_ Peut-être des problèmes...
commença Sandrine, surnaturels ?!
Le sang de Sakura se glaça.
_ Qu... quoi, quoi, quoi ?!
_ Oui, enfin, pas un fantôme, rectifia
Nadine. On dit simplement que les ouvriers
n'auraient pas assez de matière
première.
_ C'est ce que j'ai entendu
aussi, affirma Sonya.
_ Vous savez, les filles, avança
alors Yvan, il existe des lutins mangeurs
de pierre dans le parc qui longe le canal.
_ Ah oui ? s'étonna Sandrine,
sceptique.
_ Ah... v... vrai... vraiment ? se retourna
Sakura.
Tiffany lui posa une main sur le bras pour
la calmer.
_ Peut-être dans le passé,
dit-elle alors, mais plus maintenant.
_ Oh, moi, ajouta Yvan, je ne serais pas
si catégorique. Il y a pleins de
livres qui expliquent que toutes les forces
du mal vaincue un jour remontent un jour
à la surface. Et vous savez pourquoi
?
Personne ne répondit. Le ton qu'il
employait cette fois convainquait tout le
monde, même Sandrine.
_ Eh bien parce que le propre de l'homme
n'est pas de tuer. De se faire la
guerre peut-être mais pas de tuer.
Alors lors des grands combats contre le
mal, celui-ci est simplement enfermé.
On dit souvent que c'est parce qu'on
ne peut tuer le mal. Car sans mal, il n'y
a pas de bien. Alors les gentils faisaient
prisonniers les forces du mal. Vous connaissez
toutes ce genre de légendes, non
?
Elles cherchèrent instinctivement.
Et visiblement toutes leurs idées
concordaient : il avait raison.
_ Tu es épatant, avoua Sandrine.
_ Effrayant, oui !!! se mit à hurler
Sakura, tétanisée par les
frissons. Ca ne va pas de raconter de telles
choses ?
Les autres ne réagirent pas, perplexes.
Etait-ce une de ses inventions, cette-fois
encore ?
_ A ton âge, sourit Tiffany. Tu devrais
savoir que les fantômes, les sorcières
et la magie n'existent p...
Sakura la foudroya du regard.
_ Ah bon, lui fit-elle à voix basse.
Et Clow ? Et les Cartes ?!!
_ Oui, mais ce n'est pas pareil...
_ Qu'est-ce que vous dites ? demanda
Sonya.
_ Rien. Oubliez, se força à
sourire Sakura en remarquant que tous avaient
essayé d'écouter.
_ Fermé ?! bondit Sakura devant
l'écriteau. Pourquoi c'est
fermé ?! Pourquoi ils ont rien dit
?!
_ Qu'est-ce qu'il fait lourd,
soupira Nadine en ôtant son pull.
Sandrine et Yvan levèrent le nez
au ciel ; il était à peine
couvert mais le soleil ne chauffait pas
tant que ça.
_ Qu'est-ce qu'on fait ? demanda
Sonya.
_ Maintenant qu'on est ici, on reste,
rouspéta Sakura. Allons nous chercher
des rafraîchissements.
_ J'y vais, si vous voulez, proposa
Yvan.
On lui donna de la monnaie et il partit
vers un camion de boissons qui s'était
garé près de l'allée
voisine.
_ Quelle chaleur étouffante... souffla
Nadine.
_ Oui, ce n'était pas annoncé,
réfléchit Tiffany.
Sakura s'était collée
aux portes vitrées de la patinoire
et tentait d'apercevoir quelqu'un
tandis que les autres s'étaient
assises sur le perron sous la devanture.
Sakura longea les portes plusieurs fois.
_ Il y a quelqu'un ?!
Tiffany tourna la tête vers son amie
et sourit. Elle se leva pour la rejoindre.
Yvan arrivait au loin.
_ Ca ne sert à rien, avoua-t-elle
à Sakura.
_ J'aurais au moins voulu savoir pourq...
Une violente bourrasque siffla autour d'elle
et les deux amies se retournèrent,
surprises. Les courants d'air n'étaient
pas transparents, transportant des saletés
sur la place qui se tenait aux marches du
perron.
_ Yvan !! s'écria Sandrine.
On ne le voit plus.
_ Reste là, tenta de la retenir Sonya.
Ce n'est pas prudent.
Mais la jeune fille les avait quittées,
disparaissant dans le vent presque opaque.
Sonya et Nadine s'élancèrent
à sa poursuite pour la rattraper.
Sakura et Tiffany se serrèrent l'une
contre l'autre, et tandis qu'elles
cherchaient désespérément
à les apercevoir entre les bourrasques,
le sol se couvrait peu à peu de sable.
_ Ahhhhhhhhhh ! cria-t-on dans le ciel,
je vais m'écraseeeeeeeeer !
Une masse jaunâtre sortit du rideau
de sable et d'air qui s'était
érigé autour du perron et
vint s'écraser contre les vitres
qui résistèrent de justesse.
_ Kero ?
Il s'était légèrement
assommé.
_ Tu as repris ta forme ?!
_ Je n'arrivais pas à voler
sinon. Ce vent est terrible. Toute la ville
est recouverte.
_ Que se passe-t-il ? demanda Tiffany.
_ Les forces magiques sont chamboulées,
expliqua-t-il en se relevant, rangeant contre
lui ses ailes pour ne pas être happé
par les vents violents qui les évitaient
soigneusement. Tu n'as rien senti,
Sakura ?
Elle ouvrit grand les yeux et releva la
tête. Il avait raison.
_ Regardez, montra Tiffany, le sable monte
jusqu'en haut des marches.
_ Du sable ?! Kero, est-ce que ça
pourrait être une carte ?
_ Non. C'est impossible. Les cartes
magiques se sont évanouies dans la
nature, tu le sais très bien.
_ Alors quoi ?
Il fronça les sourcils.
_ Ce n'est pas possible autrement.
Ce doit être... non...
Tous trois entendirent alors les hurlements
de leurs amis. Et bientôt, d'autres
voix se mêlèrent tout autour.
_ C'est la panique, remarqua Tiffany,
alors que le sable rejoignait leurs pieds.
_ Il faut que je fasse quelque chose !!
s'écria Sakura.
Elle fit deux pas vers les marches qui avaient
totalement disparu sous la surface du sable.
Elle tendit les mains en avant, paumes face
à face, légèrement
tournées vers le ciel, et ferma les
yeux.
_ Clef du sceau sacré, se répéta-t-elle
mentalement. Clef du sceau sacré...
je t'en prie, réapparaît.
_ Ca ne sert à rien, souffla Kero
en reculant vers les portes vitrées.
Le vent s'approcha encore et les bras
de Sakura disparurent derrière le
mur de sable. Tiffany enleva sa veste et
s'approcha. Elle déposa le
vêtement sur les épaules de
son amie :
_ Vas-y Sakura, je crois que tu peux y arriver...
_ Mais ça ne marche pas, s'écria
celle-ci, au bord des larmes.
Le vent lâcha une bourrasque vers
Tiffany et elle fut projetée vers
Kero.
_ Elle n'en peut plus, confia-t-elle
au fauve.
_ Je sais, souffla-t-il en baissant les
yeux.
Sakura sentait l'air fouetter ses
poignets et le sable était monté
jusqu'à ses genoux. Que devait-elle
faire ? Comment retrouver des pouvoirs ?
Comment faire ? Qui pouvait l'aider
?
_ Personne Sakura, prononça une voix
douce et grave dans le creux de son oreille.
Cette force est en toi.
Kero releva le museau. Cette voix...
Elle ouvrit les yeux mais le sable l'obligea
à les refermer. Qui lui parlait ?
_ Tu peux créer ta propre clef, Sakura.
Puise dans ton amour. Puise au plus profond
de toi. En ce que tu aimes le plus.
_ Où ?! s'écria-t-elle.
_ Trouve ce point de ton esprit qui brûle.
Trouve-le et le sceau terrestre modélisera
tes rêves, petite Sakura.
_ Kero ? demanda Tiffany. A qui parle-t-elle
?
_ Je... Je n'en sais rien, bredouilla-t-il.
Le sol se mit à luire. Tout disparaissait
peu à peu. Le sable devenait poussière
et la poussière lumière. Et
les filaments de lumière rejoignaient
Sakura qui avait repris confiance en elle.
_ C'est impossible, s'étouffa
Kero. C'est impossible !!
La lumière longea les bras de Sakura
et vint se loger entre ses mains. Une sphère
plus lumineuse encore absorbait ce flot
continu tout en tournant sur elle-même.
Le vent semblait même moins violent
depuis que cette lumière avait envahit
le perron. Sakura sourit. Au creux de son
cœur, c'était là
qu'elle sentait ce feu. Oui. Là.
Son amour. Son amour pour elle. «
Pour maman »
D'un coup, tout se figea. Le vent,
le sable, les cris.
Sakura ouvrit les yeux. Une clef flottait
entre ses doigts. Elle plissa les yeux et
dans un nouvel élan, elle appela
:
_ Clef du sceau Terrestre ! Reprends ta
forme originelle et accomplis ton devoir.
Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te
l'ordooone !!
Le sceptre s'allongea devant elle
et tournoya vivement avant qu'elle
y pose une main, puis l'autre. Brandissant
le nouveau sceptre devant elle. Elle le
rabattit en arrière et le projeta
en avant, l'arrêtant dans le
vide.
_ Carte du sable, quitte la forme qui est
tienne. Deviens Carte. Carte de l'éternel,
cria-t-elle enfin.
Le paysage se vida progressivement, sous
les yeux ébahis de Kerobero qui ne
comprenait pas ce qui se passait. Tout le
sable revint vers la carte et quand tout
eut disparut, la carte tournoya et vint
se loger dans la main de Sakura. Celle-ci
se retourna, le sourire aux lèvres.
_ J'ai réussi ! J'ai
réussi.
Kerobero la dévisagea longuement.
_ Sakura, Sakura !! cria-t-on, au loin.
_ Sandrine...
Le sceptre regagna sa forme de clef et Sakura
la rangea.
_ Ca va ?!! On a eu tellement peur...
Sakura sourit quand Tiffany serra discrètement
sa main. Ses pouvoirs étaient revenus.
Elle les sentait bouillir en elle.
Plus loin, derrière une fenêtre,
quelqu'un avait observé la
scène en secret. Et même si,
à travers le brouillard de sable,
il n'avait rien vu. Il souriait.
« Enfin, le temps est venu. »
