Livré à elle-même
Episode 5.1 : Mal-être.
Devant Sakura, le sol se releva doucement
puis s'effondra sans prévenir.
Elle recula et des cartes s'envolèrent.
Les cartes de Clow ? Elles virevoltaient
lentement autour d'elle. Que se passait-il,
d'où venaient-elles ? Sakura
oublia un instant le danger qui se rapprochait
et tenta d'attraper l'une d'elles.
Elle aperçut un reflet bleu sur la
carte avant que celle-ci se mît à
luire et disparût en poussière.
Les cartes du nouveau sceau ! Quand Sakura
reprit ses esprits, le sol s'était
effondré sous elle et... Elle volait.
Tout avait disparu autour d'elle :
le sol, le ciel, l'horizon. Les ténèbres
l'enveloppaient.
Puis elle sentit une pression contre son
ventre : on la portait... « Mais qui
? » se demanda-t-elle en cherchant
à apercevoir son sauveur dans l'obscurité.
Elle ne le vit pas, ne discernant que les
contours de son visage. « Sakura...
Qui est Kero ? Qui est-il vraiment pour
toi? »
La voix douce et chaude glissa dans son
cou comme une caresse et elle ne répondit
pas.
_ Qui est... Kéro ? Sakura ! Qui
est Kero ?!
Elle sursauta dans son lit et aperçut
son père dans l'entrebâillement
de la porte.
_ Papa ?
_ Tu rêvais, Sakura... C'est
qui ce Kero, dont tu répétais
le nom ?
Elle sortit aussitôt de ses rêves
et ouvrit grand les yeux :
_ Un... un ami.
_ Ah. Je m'en vais. Bonne journée.
_ Ouais, souffla-t-elle en reposant la tête
sur son oreiller.
Elle se rendormit aussitôt.
Thomas s'était installé
dans sa chambre comme s'il n'avait
jamais quitté la maison. Il retrouva
vite ses marques et, bien que fatigué
par le décalage horaire, il partit
tôt faire un jogging. Sakura l'apprit
à son second réveil : Kero
s'était levé avant elle
et l'avait croisé dans la maison.
Elle s'étira dans son lit et
se dirigea vers la salle de bain.
_ Tu vas voir Tiffany, aujourd'hui
? demanda Kerobero, en branchant la console
de jeux.
_ Bien sûr, répondit-elle de
la salle voisine.
_ Tu pourrais lui demander des anciens film
de moi ?
_ Des quoi ?
_ Des films qu'elle avait faits de
moi. J'ai envie de voir si j'ai
un peu changé ou pas.
Sakura passe la tête par la porte
de sa chambre.
_ Ch'est une blague ? demanda-t-elle,
sa brosse à dent dans la bouche.
_ Non, s'envola-t-il jusqu'au
lit, pour se regarder dans le miroir de
l'armoire. Je veux juste être
sûr de ne pas trop grossir. Avec tout
ce que tu me donnes à manger, précisa-t-il
à voix basse, en prenant diverses
poses.
_ Mais c'est bien toi qui manges tout
ce qu'on te donne, tout ce que tu
trouves, devrais-je dire... !
_ C'est parce que ton papa cuisine
comme un chef.
_ Fais attention, Kero, lança Sakura
en attrapant son uniforme dans la penderie.
Si tu continues à te plaindre, c'est
moi qui te cuisinerai tes plats.
Il se figea.
_ Je crois, tout compte fait... que j'ai
maigri.
_ Mouais...
Elle descendit au rez-de-chaussée
et avala deux boulettes de riz, son œuf
et un morceau de salade.
_ Moi, j'y vais. Tu viens ?
_ Non, non... Je dois faire de l'exercice,
répondit-il de la chambre.
_ Ah... Alors, bonne sieste !
Sakura s'élança sur
le bitume et tourna à l'angle
de la rue. La maison de Mathieu n'était
pas encore vendue... Elle aperçut
son frère, appuyé contre un
arbre, face à la bâtisse. Elle
passa devait lui en lui faisant signe mais
il ne répondit pas. Elle fit alors
demi-tour et revint près de lui.
_ Thomas ? Ca va ?
Il se redressa et s'échauffa
de nouveau.
_ Je te suis jusqu'à ton école,
petit monstre.
Elle voulut lancer un poing en avant mais
le retint finalement.
_ Si tu veux.
Il se mit à courir et elle lui emboîta
le pas.
_ Tu pensais à quoi, devant la maison
de Mathieu ? demanda-t-elle.
_ A Mathieu, justement.
_ Je me disais... commença-t-elle.
Je me disais que ça devait être
dur de le quitter ainsi.
_ Oui, mais je me suis habitué à
son absence. Yue ne laisse presque plus
Mathieu redevenir lui-même.
_ Mais Thomas, Yue est Mathieu.
_ Tu as très bien compris ce que
je voulais dire.
_ Tu l'as dit à Yue ?
_ Non. Ils sont tous très préoccupés.
Et Yue leur est utile. Et puis, je crois
que Yue... Enfin, laisse tomber.
Sakura se tourna vers lui mais ne posa pas
sa question.
_ Je suis revenu et je suis content de vous
avoir revus, avoua-t-il en passant sa main
dans le dos de sa sœur.
_ Moi aussi.
Il accéléra légèrement
et elle le laissa partir.
_ A ce soir, lui cria-t-il.
Elle le vit bifurquer sur la gauche et elle
jeta un œil à l'allée
dans laquelle il s'était engouffré
en la dépassant. Il courait. Pour
combien de temps était-il ici ? Et
pour quelle raison ? Mais elle préférait
le laisser se confier, plutôt que
lui poser trop de questions. Elle était
heureuse de le revoir en vie. Après
ce qui aurait pu arriver à l'atterrissage
! Et il n'en avait pas conscience.
Il ne sentait plus ces choses qui l'avaient
rapproché d'elle, des années
auparavant.
Tiffany attendait Sakura à l'entrée
du Lycée. Elle filma même son
arrivée.
_ Bonjour Sakura.
_ Bonjour. Ca va mieux ? Tu t'es bien
remise ?
_ Oh oui. Je ne sais pas trop comment, mais
je suis indemne. J'en oublie presque
la douleur, sourit la jeune fille.
_ En tout cas, tu as été très
courageuse.
_ C'est toi qui m'as appris
à l'être. J'ai
une bonne maîtresse, tu sais ?
_ Arrête de me retourner tous mes
compliments, la gronda gentiment Sakura.
Je vais rougir...
Une autre semaine, la quatrième
depuis l'arrivée de Kero, s'écoula
sans qu'elle ne reçût
de nouvelles de Lionel. Tiffany lui avait
expliqué ne plus l'avoir vu
depuis leurs retrouvailles. Seul Pierre,
son majordome, était passé
en coup de vent chez Tiffany pour l'avertir
qu'ils habiteraient en ville. Et depuis,
plus rien. Mais l'incident de l'aéroport
avait rouvert une blessure mal cicatrisée.
Et rien ne pourrait la refermer, sinon le
dialogue, le pardon. Et le temps peut-être.
Tout avait si vite dégénéré,
trois ans auparavant. Pourquoi en étaient-ils
arrivés là, tous les deux
? A cause de quoi ?
Assise sur sa chaise à roulette,
entre la fenêtre et son lit, elle
cherchait. Elle cherchait une solution,
une réponse, un conseil. Une aide.
Mais qui pourrait comprendre ? Elle roula
vers son bureau et fit pivoter le cadre
qui contenait une des seules photos qu'elle
avait de Lionel. Que faire ? Que dire ?
Pour recoller les morceaux. Pour s'excuser.
Elle attrapa d'une main le nounours
qu'il avait confectionné pour
elle et le serra contre elle en s'appuyant
sur le dossier de son fauteuil. La lune
était déjà haute sur
l'horizon.
_ Téléphone pour toi, petit
monstre !! l'appela Thomas. Alison.
_ Alison ?! J'arrive.
Elle accourut et glissa en arrivant en bas.
_ Tête de linotte, commenta simplement
son frère, le nez dans le journal,
dans le canapé.
_ Grrrr...
Elle se releva et prit l'appareil
:
_ Allô ? Alison ?
_ Bonjour Sakura. Excuse-moi de te déranger,
comme ça en soirée, mais...
J'ai quelque chose à toi là...
_ Pardon ?
_ Je crois que c'est à toi
parce qu'il y a ton nom dedans.
_ Je l'ai oublié en classe
? Qu'est-ce que c'est ? se demanda
Sakura.
On parla derrière Alison et celle-ci
répondit vaguement à la personne.
_ Allô ? appela Sakura. Tu es là
?
_ Non, en fait... je l'ai trouvé
dans ma boîte aux lettres. C'est...
une sorte de livre. Avec un trou.
_ Un livre avec un trou ?!
Kero volait avec un morceau de cake et s'arrêta
net dans le couloir. Sakura fronça
les sourcils en apercevant le gâteau
et il le lâcha, la bouche ouverte,
figé.
_ Sakura, tu es là ?
_ Euh, oui... Attend ! Kero ? souffla-t-elle
en cachant le haut-parleur. Ta part de gâteau
!! Cochon.
Il flotta dans l'air en battant des
ailes de façon incohérente
et se posa à côté du
téléphone.
_ Tu te sens bien ?
_ Le livre de Clow... C'est le livre
de Clow.
Sakura se figea à son tour.
_ Alison. J'arrive !
_ Attends, je te donne mon adresse...
Episode 5.2 : Les gardiens.
_ Il existe encore, répéta
Kero, le museau au bord du sac. Il existe
encore.
Elle freina en arrivant au passage à
niveau dont les barrières étaient
baissées.
_ Tu ne peux pas changer de refrain ? Qu'y
a-t-il de si extraordinaire ?!
Il sortit son petit bras et la frappa sur
la nuque.
_ Réfléchis un peu ! Quand
vous avez affronté Yaln, tes cartes
ont décidé de vous protéger
toi et Anthony. Au prix de leur existence...
Elles se sont évanouies les unes
après les autres.
_ J'étais là, je te
rappelle, murmura-t-elle à son sac
alors que le train passait.
_ Les cartes formaient une unité,
un tout. Et elles étaient associées
à... ?
_ C'est une question ?
_ Ouiii !
_ A des pouvoirs magiques... Au sceau !
se rappela-t-elle. Elles étaient
les cartes du sceau sacré de Clow
Reed. Et il avait créé un
réceptacle pour les garder. Le livre
!
_ Exact. Et aussi les deux gardiens.
_ Yue et toi ?
Les barrières se levèrent
et Sakura traversa les rails et s'élança
sur la route.
_ Evidemment... souffla-t-il. En disparaissant,
les cartes ont anéanti toute la magie
que Clow avait utilisé. Donc plus
de cartes...
_ ...Plus de livre, donc plus de gardiens,
répondit-elle studieusement.
_ Or je suis là. Et Yue aussi.
_ Attends, l'arrêta-t-elle un
instant. Tu veux dire que les cartes existent
peut-être encore ?
_ Non, enfin, oui.. peut-être... rahhh
! J'en sais rien ! se tordit-il en
deux, dans le sac, les mains sur la tête.
_ Mais alors, ce sont peut-être les
cartes de Clow libérées que
je combats !
_ Ah ! Ca, non... bondit-il. Ces forces
qui attaquent sont sauvages. Elles sont
bien plus puissantes aussi.
_ Sauvages, se répéta Sakura
en repensant aux paroles de Lionel...
_ Oui, sauvages. Mais l'existence
du livre de Clow répond déjà
à bon nombre de mes questions. Je
sais pourquoi je suis encore en vie, notamment.
_ Je croyais que vous viviez selon mes pouvoirs.
D'ailleurs, Yue en avait souffert,
rappelle-toi.
_ Pour vivre, répondit-il, il nous
faut du sang et un cœur. Ton pouvoir
est notre sang, et le livre des cartes notre
cœur...
_ Et ton estomac ?
Il la cogna encore et elle éclata
de rire.
L'appartement indiqué sur
les notes qu'elle avait prises au
téléphone se trouvait au deuxième
étage de l'immeuble qui les
surplombait.
_ C'est là-haut. Kero, je ne
veux plus t'entendre, l'avertit
Sakura.
_ Mais, oui, je sais me tenir...
Elle ôta ses rollers et enfila une
paire de chaussures. Elle grimpa les escaliers
extérieurs et atteignit ainsi le
palier du second étage. Elle chercha
sur les sonneries le nom de son amie. Enfin,
à l'avant dernière porte,
elle trouva.
_ Sakura ! l'accueillit Alison. Si
je m'attendais.
_ J'ai été si rapide
? sourit Sakura.
_ Je ne comprends pas...
_ Je suis venue dès que j'ai
pu.
Alison ne comprenait réellement pas
et Sakura hésita un instant. Etait-ce
une blague ? La voix était pourtant
bien celle d'Alison.
_ Entre, je t'en prie, nous en discuterons
à l'intérieur.
Sakura soupira et accepta.
La salle qu'elle parcourut rapidement
du regard semblait être la plus grande
de l'appartement, les trois portes
cachant sûrement une salle de bain
et une chambre ou deux. Le coin cuisine
avait été nettoyé et
la vaisselle patientait sagement dans l'évier.
Alison sourit quand elle comprit qu'elle
était découverte.
_ Oui, je n'ai pas fini de laver les
couverts.
_ Tu as déjà mangé
?
_ On mange tôt, car Papa aime aller
sur le toit regarder les étoiles.
Le soleil va se coucher, et il m'a
dit qu'il voulait observait des planètes
bien particulières... je n'y
connais pas grand chose.
_ Il est sur le toit, là ?
_ Et oui, murmura Alison de sa petite voix.
Tu veux du café, du thé ?
_ Une tisane, si tu as.
_ Oui, chercha-t-elle avant de se retourner.
Je n'ai que cette marque.
_ Très bien.
_ Assieds-toi. Fais comme chez toi. Papa
m'a préparé un quatre-quart,
sur la table, sers-toi. Il est délicieux.
Sakura sentit son ami gigoter dans le sac
et le calma d'une tape sur le nez.
_ Donne un morceau... chuchota-t-il.
_ De quoi je vais avoir l'air, si
elle me voit fourrer une part dans mon sac
?
_ Egoïste !
Alison ne tarda pas à la rejoindre
avec les tasses.
_ Qu'est-ce qui t'amène
ici ? demanda-t-elle en servant deux parts
de gâteau.
Sakura vit son sac glisser sur le sol et
posa la main dessus. Elle fronça
les sourcils, prit le sac et le lança
doucement vers l'entrée.
_ Il sera mieux là-bas, sourit-elle.
En fait, commença-t-elle, j'ai
reçu un appel. Quelqu'un qui
s'est fait passer pour toi.
_ Ah bon ? Et de quoi était-il question
?
_ De quelque chose que j'ai perdu.
Kero ouvrit grand les yeux. Une légère
aura le fit frissonner de plaisir. Une aura
connue. Un pouvoir affaibli mais bien présent.
_ Alors, c'est à toi... mais
oui ! se frappa-t-elle soudain le front.
Gauthier... Que j'ai été
bête.
Elle se leva et Sakura la regarda pousser
la porte contre laquelle elle avait fait
glisser Kero. Alison s'accroupit et
avança dans le placard.
_ Il doit être là.
_ Tu sais de quoi je parle ? s'étonna
Sakura en se levant.
_ Quand on est arrivé, le facteur
a déposé un colis chez nous,
destiné à mademoiselle Gauthier.
Evidemment, je n'ai pas compris.
_ Quelqu'un l'a envoyé
par courrier... répéta Sakura,
abasourdie.
Quelqu'un avait voulu le lui faire
parvenir !
_ En fait, je ne l'ai pas ouvert.
J'étais loin d'imaginer
que ce colis t'était dest...
là ! le voilà...
La porte du placard se referma violemment
sur elle.
_ Sakura ?! Sakura, c'est toi qui
a fermé la porte ?
Celle-ci se leva et tenta d'ouvrir
le battant coulissant.
_ Ca a l'air coincé, dit-elle
après plusieurs essais infructueux...
_ Oh non... soupira Alison.
Kero sortit de sa cachette et se tapota
le nez avec sa patte.
_ Tu as senti quelque chose ? lui demanda
Sakura.
_ Pardon ? demanda Alison.
Sakura comprit aussitôt. C'était
une de ces forces...
_ Alison... ouvre le paquet. Et dis-moi
ce que c'est.
_ Il fait noir, tu sais, et ça ne
m'aidera pas... Va chercher papa,
plutôt.
_ Non, non, je crois savoir comment faire,
mais...
Kero lui fit signe de ne pas utiliser sa
clef devant la jeune fille.
_ Si tu veux, céda Alison. C'est
un... oh, c'est magnifique. C'est
un livre. Ah non, pardon, il n'y pas
de pages. C'est un petit coffret,
en fait ! C'est magnifique...
Sakura s'agenouilla et glissa une
main dans les interstices de la portes.
Elle savait que si elle récupérait
le livre, la carte se montrerait... ne serait-ce
que pour fuir.
_ Pourrais-tu me le donner ?
_ A travers la porte ? Il ne passera pas...
_ Donne, s'il te plaît.
Alison doutait mais elle consentit à
tendre l'épais livre à
Sakura. Ses doigts effleurèrent la
couverture et une forte lumière illumina
le placard. Un vent magique s'écoulait
par tous les espaces libres et envahit le
salon. Une silhouette se matérialisa
devant Sakura et elle aperçut un
relief dans l'ombre de lumière.
Elle sortit sa clef et la serra contre elle
en avançant sa main vers la lueur...
Sous ses doigts une poignée qu'elle
saisit fermement. La lumière se rassembla
au centre de l'appartement et reconstitua
le Bouclier. Celui-ci enveloppa le bras
de la jeune fille et elle sentit le sceptre
grandir dans sa main. Elle approcha simplement
l'extrémité de son sceptre
de l'enveloppe matérielle et
la carte se reconstitua.
Alison sortit et tendit le livre à
Sakura.
_ Elle se coince souvent, cette porte. Merci
de l'avoir décoincée.
_ De rien, sourit Sakura en voyant Kero
revenir dans son sac. C'est moi qui
te remercie... J'y tenais vraiment.
Et je le retrouve...
_ Eh bien, je suis heureuse pour toi, conclut
Alison de sa fine voix.
Episode 5.3 : Le piège du livre.
Kero virevolta au-dessus de la couverture
épaisse et se posa près du
pot de crayons de couleurs, songeur :
« Mais pourquoi diable ce livre n'a
pas disparu ? Il n'y a aucune logique
là-dedans. Clow avait clamé
haut et fort avant de disparaître
que les cartes, le sceau, le livre et nous
deux, désignés à vie
gardiens, étions liés par
le sort magique du sceau de Clow... Ce sceau
n'est plus. Et pourtant Yue et moi
vivons. Est-il possible que le sort nous
ait uniquement liés à la détentrice
du pouvoir de contrôle des cartes
? Est-ce que notre vie ne dépendrait
dès lors que de la vie de notre maîtresse
? »
Sakura poussa la porte d'un coup de
hanche et entra avec un plateau-repas.
_ Pousse-toi un peu, souffla-t-elle en approchant.
Il fit un bond sur le côté
et tira le livre avec lui.
_ Sakura, ce serait bien que tu t'occupes
un peu de ça ! ronchonna-t-il.
_ J'y viens. Mais j'ai préparé
un petit repas. Tu ne veux pas manger ?
_ Tu ne manges pas avec ton père
et Thomas ?
_ Non, ils sont sortis. Ils ont mangé
pendant notre petite promenade.
_ Où sont-ils allés à
cette heure tardive ?
_ Qu'est-ce que j'en sais, moi
?! Viens manger, c'est bien chaud.
Soirée pâtisserie, annonça-t-elle.
Kero sauta du bureau et s'assit en
face de Sakura.
_ Je te remercie pour ce repas qui a l'air
trop bon !
Elle haussa les sourcils en le voyant se
servir très modérément.
_ Toi, tu as fait une bêtise...
_ Mais non ! prononça-t-il alors,
avalant d'un coup un énorme
morceau de pancake.
_ Qu'as-tu fait, encore ? demanda-t-elle
en cherchant tout autour d'elle.
_ Beux pas Borler... indiqua-t-il, la bouche
pleine.
_ Non, Kero, c'est pas sérieux...
s'emporta-t-elle alors, craignant
le pire.
Elle se leva et jeta un coup d'œil
autour d'eux. Il avala et s'envola.
_ C'est sûrement pas grand chose,
commença-t-il. Mais... je n'arrive
pas à sortir les cartes du livre.
Elle recula et attrapa le volume d'une
main.
_ Il y avait des cartes dedans ?
Elle l'ouvrit et fronça les
sourcils.
_ Les tiennes, précisa-t-il.
_ Il n'y a rien, remarqua-t-elle en
tournant le livre vers lui.
_ Hein ?! s'étonna-t-il.
Mais les paroles de la peluche lui parvinrent
et elle fit pivoter le livre vers elle.
_ MES cartes ?!!
_ Je voulais juste voir si elles rentraient...
mais... Où sont-elles ?
_ Kero !! enragea-t-elle. Tu es impossible.
Mes cartes !!
_ Elles ne doivent pas être loin,
elles étaient coincées dans
le fond.
Elle s'assit sur le lit et le fusilla
du regard :
_ Eh bien, cherche ! Car je vais t'étrangler...
Il se mit à voler dans tous les sens
et chercha dans tous les recoins... Il souleva
le bureau, les peluches qui bordaient la
fenêtre, fouilla l'armoire.
_ Oui ! Et le frigo tant que tu y es...
_ Tu crois ? sourit-il.
_ NON !!! Et dire que tu es le gardien de
ce livre !
_ Oh, ça va ! Elles sont là,
je suis sûr, tout près...
_ Quand tu ne dors pas en laissant les cartes
s'échapper, tu les perds !
_ C'est pas drôle... lança-t-il.
_ Tu crois que je suis en train de me tordre
de rire ?
Elle le fixa et il s'arrêta
au milieu de la chambre.
_ Je trouve pas... conclut-il.
Sakura prit le livre et le lui lança.
La couverture se referma et Kero le prit
en pleine figure, tombant avec le livre
dans les peluches, sous la fenêtre.
Elle attendait qu'il se relevât,
mais plus rien ne bougeait entre le pingouin
et la girafe qui tirait la langue. Plus
un mouvement. Sakura se leva et l'appela.
Puis un doute s'empara d'elle
et elle se jeta dans ses poupées,
les écartant sans retenue. Elle trouva
le livre... Mais Kero avait disparu.
_ C'est pas drôle, articula-t-elle
sans trop y croire. Allez, montre-toi...
Kero.
Elle fit glisser le livre de Clow sur son
bureau et chercha une potentielle cachette.
Un détail. Un détail nouveau.
Elle chercha au fond d'elle. Ce n'était
pas comme ça, avant. La couverture
du livre avait changé... La couverture
du livre représentait désormais
Kerobero. Le gardien des cartes avait retrouvé
sa place au centre de la couverture épaisse,
resserrant ses deux ailes autour d'un
croissant de lune, enchaîné
à un soleil radieux aux rayons ondulés.
Kero... Sakura se mit à paniquer.
Le livre aurait-il avalé ses cartes
et son ami ? Elle eut l'idée
soudaine de sortir sa clef pour vérifier
qu'elle rentrait dans la serrure du
cadenas magique incorporé au livre.
Au bout de sa chaînette, le petit
objet tournoyait et elle la décrocha.
Se pourrait-il que ça libère...
son... ami ?
Le téléphone sonna. Qui pouvait
appeler à neuf heures et demi ?
Sakura céda aux nombreuses sonneries,
posa son livre et remit sa chaîne
et sa clef, pour courir vers l'entrée.
Un homme, dehors, sous la fenêtre
frappa le mur de rage.
« Encore Tiffany qui te sauve, Sakura.
Maudite sois-tu. Mes chances étaient
minces cette fois et tu t'en sors
encore... Ce n'est pas fini, je te
le jure. »
Il releva son col et disparut dans l'ombre
de la nuit.
_ Bien sûr que ça va, sourit
Sakura au téléphone.
_ J'ai eu un doute et j'ai préféré
appeler.
_ Un doute ?
_ Non, ce n'est rien, si tu vas bien
alors c'est le principal.
_ Mais ça tombe bien que tu appelles,
finalement. Car Kero a disparu et j'aurais
voulu avoir l'avis de Lionel... Tu
ne sais pas où il peut être
?
_ Non, Sakura, il ne m'a pas retéléphoné.
Mais si ça arrive, je lui dirai que
tu le cherches. Kero a fugué ?
_ Non, je crois que c'est très
sérieux, cette fois. Et c'est
un peu ma faute.
_ Tu veux que je vienne ? Nous le chercherons
ensemble...
_ Il est tard, Tiffany... Nous chercherons
Lionel demain.
Sakura et Tiffany se retrouvèrent
devant le temple. Elles reprirent leur souffle,
toutes deux éreintées par
la course à travers la ville.
_ Nous avons cherché partout, réfléchit
Tiffany. Où pourrait-il habiter ?
_ Je ne comprends pas non plus... souffla
Sakura en faisant des ronds avec ses patins.
Où se cachait-il ? Pourquoi tout
ce mystère... ?
_ Bonjour les filles...
Thomas les avait rejointes, en survêtement,
dans son jogging quotidien.
_ Tu cours le soir, maintenant ? nota Sakura.
_ C'est pour garder la forme, souffla-t-il.
Et ainsi j'élimine quelques
kilos superflus... Ca te dirait pas ?
Elle lui asséna un coup de coude
dans le ventre et il sourit, dans la douleur.
Il se tordit cependant en deux mais se releva
assez vite, tandis que Sakura se tournait
vers le temple où elle avait rencontré
Katya Moreau. Tiffany, elle, avait aperçu
la douleur vive qui avait paralysé
Thomas l'espace d'une seconde.
Elle voulut lui parler mais il lui fit un
signe de la tête.
_ Et toi, Sakura, approcha-t-il. Que fais-tu
là ? Tu ne devais pas faire les courses
?
_ Je... chercha-t-elle ses mots. Je voulais
revoir ce temple. Mademoiselle Moreau me
manque.
_ Ah, fit-il, peu convaincu. Elle me manque
beaucoup aussi. Si elle ne veillait pas
sur Anthony, elle serait revenue avec moi.
_ C'est pour ça qu'elle
n'écrit plus ?
Il sourit et posa une main sur son épaule
en orientant son regard vers l'allée
du temple.
_ Ce n'est pas parce qu'ils
sont loin, expliqua-t-il, que ceux qu'on
aime nous ont oubliés. La distance
permet au contraire de comprendre les liens
qui nous unissent.
_ Tu... tu parles de...
_ De toi, dit-il. Entre autres.
Tiffany sourit.
_ Katya est loin, cependant je ne crois
pas qu'elle t'ait oubliée.
Elle a pris conscience de ce qu'elle
ressentait pour toi et elle considère
que tu es toujours dans son cœur, à
défaut d'être dans son
présent.
Il recula et salua Tiffany.
_ Elle répétait souvent que
lorsque la lune n'est plus visible,
personne n'ose penser qu'elle
n'existe plus.
Et il reprit sa course.
_ Je crois que je comprends, sourit Sakura.
_ Moi, je me demande si le pouvoir de ton
frère est si mort que ça.
_ Pourquoi tu dis ça ?
_ Intuition féminine... ou bon sens,
murmura-t-elle.
