Je suis la CardCaptor
Episode 21.1 : L'ami de Gabrielle.
Une puissante racine s'éleva autour des deux frères et
Jonas lança un autre sort d'immobilisation. James préparait
une attaque. Il avait formé le triangle sacré sur le sol et il
ouvrit les bras face à la racine récalcitrante :
_ Que le pouvoir du Fléau reprenne ton contrôle, force ancestrale
!
_ Pourquoi s'est-elle rebellée ?
_ Force de l'Arbre, perds ta partialité et redeviens force de la
nature !!!
La racine s'immobilisa, hésitante, et Jonas et James la fixèrent.
Elle retomba soudain au sol et rentra docilement dans la terre.
_ L'Arbre est la plus neutre des forces, expliqua James. Elles est la
sœur de Earthy. Le Fléau n'a pas d'emprise naturelle
sur elle. C'est pourquoi nous devons l'ensorceler.
_ Ca explique pourquoi elle est le symbole de la nature chez les hommes... Mais
c'est dangereux de vouloir l'utiliser, alors ?
_ Oui, évidemment. Cependant, c'est un atout de poids : si le Fléau
s'approprie cette force, la balance penchera de notre côté.
Jonas observa les arbres du parc autour d'eux et soupira. L'Arbre,
une force neutre...
_ Si elle est neutre, les gardiens ont tous un contrôle sur elle ?
James éclata de rire.
_ Faudrait-il encore qu'ils le sachent. Rentrons... L'équilibre
sera bientôt rompu.
Il rit de plus belle et Jonas le suivit docilement.
_ Comment ?! s'écria Tiffany.
Le médecin haussa les épaules et les pria de l'excuser,
d'autres patients l'attendaient.
_ Gabrielle s'est enfuie... murmura Sandrine. Je ne comprends pas.
Les deux amies se dévisagèrent. Serait-elle partie pour protéger
Mist ? Etait-ce possible... ?
_ Ecoute, elle veut peut-être être seule.
_ Mais je voulais simplement l'aider...
Yvan les regardait de loin. Il serra les poings. Il n'aimait pas voir
Sandrine dans cet état. Quelle fille sans cœur devait être
cette Gabrielle pour se conduire ainsi ! Il sentait la colère monter
en lui, mais il se reprit vite. Cette réaction ne servait à rien.
Il devait simplement être là, près d'elle.
Les filles revinrent vers lui et il se força à sourire, en levant
un doigt.
Sandrine posa son regard malheureux sur lui et il baissa le bras et la dévisagea,
compatissant :
_ Tu veux que je te raccompagne ?
_ S'il te plaît.
Sakura et Tiffany les quittèrent sur le trottoir qui faisait face à
l'hôpital. Le soir tombait et elles devaient toutes deux rentrer.
Sakura retint quand même Tiffany par le bras et chercha un instant une
façon d'aborder le sujet :
_ Dis-moi, Tiffany. Tu suis tout ce qui m'arrive depuis le début.
Et.... Est-ce que... ça te semble possible ?
Celle-ci réfléchit et posa un doigt sur son menton en levant les
yeux au ciel.
_ Hmmm, se concentra-t-elle longuement. Quoi donc ?
Sakura sourit :
_ Qu'une carte protège une jeune femme, voyons !
_ Ah ! fit-elle. Je pensais à autre chose...
_ Alors d'après toi, c'est...
_ Eh bien, j'y réfléchissais hier en préparant ta
nouvelle tenue, expliqua-t-elle studieusement. En fait, quand on y repense,
Windy était un des quatre éléments et tu l'as retenue
entre tes doigts le premier jour. L'Arbre ne te voulait pas de mal, c'est
la pluie qui le faisait grandir. Le Silence protégeait un couloir du
musée. Et Flower : elle ne te voulait aucun mal. Elle voulait danser...
Sans parler de Voice ! Ou même de Light et Dark qui te testaient... Et
pour ne citer que cet exemple récent, Maze t'a fait découvrir
un nouveau gardien ! Elle t'a aidée.
_ Mais elles sont sauvages.
_ Les animaux sauvages n'en ont pas moins une vie tout à fait normale.
Ce qui est sauvage pour quelqu'un ne l'est pas pour un autre ! Alors
on peut bien penser que ces cartes sauvages aient peur de quelque chose. De
toi par exemple !! Tu tentes de les capturer...
_ Mais quand je les avais libérées, elles s'organisaient
pour lutter contre moi, comme Mirror. Là, ces forces différentes
sont manipulées par un homme !
_ Alors elles ont peut-être peur de lui. Il faut tout envisager : on a
vécu trop de choses extraordinaires pour laisser de côté
la moindre hypothèse.
_ Tu as raison. Si ça te dis, demain, après les cours, on retournera
à la boutique. Je demanderai à Lionel de nous accompagner.
_ Ca tombe, bien, je pense que mon nouveau modèle sera fini !
Sakura sourit tendrement et salua son amie.
« Une énième tenue » soupira-t-elle tout de même
en s'éloignant de son côté.
Sakura retrouva Kero sur son lit, exténué, endormi, les pattes
étendues sur le lit. Toute la maison était propre. Chaque meuble
brillait, le sol avait été ciré et la cuisine totalement
nettoyée. La panière de linge était vide, le casier à
journaux également. Le petit gardien avait sûrement travaillé
toute la journée !
Elle le souleva et le glissa dans ses draps. Elle déposa une bise sur
son front et il grogna en se retournant. Elle passa un doigt sous sa joue pour
le calmer et elle leva les yeux vers le bureau en sortant ses cartes de sa poche.
L'apparition de ce nouveau sceau traînait dans son sillage de bien
grands mystères. Longtemps elle avait voulu retrouver les pouvoirs qui
avaient agité sa vie durant près de deux ans. Et quand cette voix
l'avait conduite vers l'éveil du sceau Terrestre, elle avait
vu là un signe. En fait, rien n'était si simple. Quelque
chose se tramait dans ce quotidien presque normal mais quoi ?
Comment se faisait-il qu'une Force sauvage protégeât une
femme ? Et qui lui lançait ces forces ? Qui donc lui en voulait ? Pas
Yaln, c'était certain. Mais alors qui... ?
Qui...
Le soleil n'était pas encore levé. Thomas et Mathieu quittèrent
la salle de réunion des agents de sécurité. Thomas s'étira
et Mathieu sourit en avançant sur le trottoir désert :
_ Quelle nuit !
_ Si demain c'est aussi calme, lança Thomas, je ne tiendrai pas
le coup ! Je me demande a quoi on sert, quand même !
_ Si on n'était pas là, des cambrioleurs tenteraient de
pénétrer le dépôt ! Nous faisons de la prévention...
_ Ce serait tellement plus cool de courir après des vilains-vilains...
Ils rejoignirent la moto de Thomas et celui-ci enfila son casque en tendant
l'autre à Mathieu :
_ Les cafés vont ouvrir, ça te dis ?
_ Tu ne voulais pas te coucher ?
Thomas secoua la tête et s'installa.
_ Pas ce matin. Alors ça te dis ?
_ C'est un rendez-vous galant ? sourit largement Mathieu.
_ Oh que non ! Pas tant qu'on sera trois...
_ Ah, fit Mathieu en posant une main sur son torse. Je l'oublie de temps
en temps, Lui...
_ Grimpe !
La sonnerie du réveil retentit dans la chambre et Sakura sortit un bras
des couvertures pour l'éteindre. Ses doigts ne l'y trouvèrent
pas. Elle sortit la tête, Kero l'attendait avec l'objet à
la main, au bout du lit.
_ On se réveille, marmotte !
Elle fronça les sourcils et retomba en arrière :
_ C'est dur de se réveiller quand il n'y a ni Papa, ni Thomas
!
_ Merci pour moi...
_ Oh ! se réveilla-t-elle en pensant au ménage. Je suis désolé.
Ce n'est pas ce que je voulais dire...
Elle s'assit sur son lit et sourit :
_ Je voudrais te remercier pour ce que tu as fait...
_ Pour ce que j'ai fait... ?
_ Demande-moi ce que tu voudras !
Il croisa les bras et réfléchit. Elle se leva et se dirigea vers
la salle de bain.
_ Un paquet de gâteaux !
_ C'est tout ?
_ Chaque matin !
_ Ah, fit-elle en grimaçant devant son miroir. Je me disais bien aussi...
_ Jusqu'à la fin des temps.
_ C'est ça ! souffla-t-elle en attrapant son cartable. A ce soir
!
Thomas posa sa tasse et dévisagea Mathieu, songeur, le regard perdu
dehors.
_ Je sens que quelque chose te tracasse, Mathieu.
_ Un rêve, répondit-il alors.
_ Un rêve ?
_ Mais je crois que ce sont des souvenirs de Yue... Il y avait Kero et... deux
autres...
Thomas secoua la tête et prit sa main.
_ Oublie. Oublie tout ça. Laisse-le réfléchir seul.
_ Mais il fait partie de moi. Et j'ai de plus en plus l'impression
qu'il... qu'en fait...
Il recula sa main et s'assit au fond de la banquette.
_ Mathieu... Que crains-tu ? Je ne comprends pas ce qui te tracasse.
_ Moi non plus... Mais... Je crois que je vais suivre ton conseil et vivre ma
vie, sourit-il finalement.
_ Ah, je préfère ça ! Ce sourire est si réconfortant
qu'il me manquerait si tu venais à l'oublier.
Il sourit et prit sa tasse pour en boire une gorgée.
Thomas se tourna vers l'extérieur. Une voiture s'arrêta
sur le trottoir d'en face. Une jeune fille en sortit et salua l'homme
qui conduisait. Celui-ci lui tendit son cartable et il reconnut l'uniforme
du lycée Seijo. L'homme la salua et elle quitta la rue en direction
du lycée.
_ Un problème ?
_ C'est... non, rien. Une impression. J'espère me tromper.
Sakura éclata de rire quand Tiffany termina son histoire. Elles gagnèrent
leur place et Alison arriva en courant.
_ Juste ! lui lança Sonya. Tu n'es pas souvent en retard pourtant
!
_ C'est Papa qui a dû me laisser dans le centre pour aller au musée.
Alors j'ai pris le bus, mais j'ai raté le premier !
Tiffany lui fit signe et elle s'assit derrière Yvan. Sakura posa
son cartable à côté d'elle. Une impression bizarre
se rapprochait. La porte s'ouvrit alors et l'homme les fixa avant
d'entrer. Monsieur Davy se décida enfin et referma derrière
lui. Il posa sa serviette sur le bureau et salua les élèves.
_ Je... Je me sens toute chose, sourit Sakura.
Tiffany se pencha vers son amie et l'appela, en vain : Sakura avait les
yeux rivés sur leur professeur.
_ Il est vraiment super gentil, sourit-elle.
_ Sakuraaa... chuchota Tiffany. Ce n'est que monsieur Davy !
Sakura soupira de bonheur et l'homme annonça le début du
cours.
_ Sakura... qu'est-ce qu'il y a ?
Celle-ci tourna enfin la tête vers elle. Son air heureux surprit Tiffany
qui l'attrapa par la main pendant que Davy écrivait au tableau.
Elle la secoua modérément et puis plus fortement. Sakura revenait
peu à peu à elle.
_ Tiffany... ?
_ Que s'est-il passé ?
_ Rien, je me sens bien, c'est tout !
_ Le pouvoir de la lune ! souffla Tiffany. Ca ne peut être que ça
!
_ Mais je ne l'avais jamais senti avant, sourit largement Sakura.
_ Et c'est arrivé quand monsieur Davy est entré, réfléchit
Tiffany. Etrange.
Episode 21.2 : Neutre et invulnérable.
_ Patronne, vous avez reçu mon e-mail ? Sur.. sur... sur la vidéo
! C'est ce que vous vouliez...
_ En effet, souffla-on au téléphone. Tu sais, j'ai un étrange
pressentiment. Retournons-y, on ne sait jamais.
La journaliste sourit en reposant le combiné. On avait joué avec
leur mémoire. Si cela se vérifiait encore aujourd'hui, elle
aurait la preuve que le « sauveur » mystérieux agissait grâce
à la magie.
_ Quel scoop ! S'écria-t-elle en attrapant les clefs de sa voiture,
dans l'entrée.
A la sortie, Alison leur fit signe. C'était son tour de ménage et elle ne pourrait pas les accompagner à la boutique de Gabrielle. Contre l'avis de Sakura, Sandrine avait tenu à y aller et les autres avaient eu vite fait de se proposer en soutien ! Mieux valait être six que seule ! Tiffany n'avait pas réussi à les en dissuader.
Kero sortit son museau du sac et dévisagea Lionel :
_ Tu m'as ballotté exprès sur tout le chemin, je le sais
!
_ Qu'est-ce que tu vas imaginer ? On est là pour la force...
_ N'empêche que j'aurais pu me casser le cou dans ce sac,
avec toutes les affaires de Sakura.
_ Kerobero... souffla Lionel, impatient.
_ Oui, bon...
Il réfléchit en quittant discrètement le sac que Lionel
portait à l'épaule.
_ Je sens toujours la présence d'une force.
_ Bien, sûr ! C'est Mist !! Tu étais là ou pas, la
dernière fois... ? Rentrons !
Le petit groupe arriva dans la ruelle quelques minutes après.
_ C'est ouvert, non ? demanda Yvan.
_ Ca me fait toujours aussi froid dans le dos... nota Sonya.
_ Allons-y !
Une voiture s'arrêta brusquement contre la barrière de sécurité
qui bordait le trottoir. On klaxonna bruyamment sur l'avenue la femme
qui descendit et elle sourit en apercevant Sakura et les autres qui s'étaient
retournés, surpris. Un petit homme moustachu arriva avec une caméra.
Il tendit un micro à la femme et celle-ci s'avança vers
le groupe, en baissant d'une main ses lunettes sur son nez.
_ Tiens, tiens, sourit-elle.
_ C'est quoi ce bruit ? se retourna Thomas en posant le sac de course.
Mathieu arrivait avec le sac de légumes et ils aperçurent la voiture
de la journaliste.
_ J'ai l'impression que c'est pour la télé,
souffla Mathieu avant de jeter un regard vers son ami.
Celui-ci se tenait la poitrine, les yeux à demi-fermés.
_ Sakura est en danger...
_ Encore ? Mais on ne sait pas où elle est !
Thomas sentait la douleur le déchirer et il ouvrit un œil vers la
ruelle où disparut la femme et l'homme à la caméra.
_ J'aimerais vous interviewer, mademoiselle, sourit la journaliste en
faisant signe à son caméraman d'approcher et de la cadrer.
Tous dévisagèrent Sakura et celle-ci fit un pas en arrière,
surprise de revoir la journaliste.
_ Moi ? Mais... pourquoi ?!
_ J'ai quelques questions à vous poser pour un reportage que je
fais sur...
Lionel sortit de la boutique en courant, Kero entre les mains.
De l'autre côté de la rue, un homme jetait un sort. Le morceau
de papier se colla au sol et Thomas se tourna vers lui.
Une énorme racine émergea du bitume, fragmentant la route. Puis
une seconde et bientôt tout un mur s'érigea derrière
la journaliste. Tout autour de la ruelle, y compris à travers les bâtiments
qui cédèrent sous la pression des racines. Elles se refermèrent
toutes au-dessus du groupe qui avait réussi à échapper
aux débris de mur qui s'écroulaient.
_ Je crois que nous avons trouvé le danger, sourit Mathieu.
_ Change-toi ici... personne ne te regarde.
Yue apparut subitement sous ses traits, installa le sac de légumes sur
la moto et Yolis se posa tout près.
_ Tiens, murmura Yue. Tu viens nous aider ?
_ Non, nous n'y pourrons rien. Je viens en tant qu'observateur...
_ Pourquoi ça ?!! demanda Thomas.
_ Wood est neutre. Elle résistera donc à tous les pouvoirs. Même
à ceux de Sakura.
_ Mais alors...
_ Il faut qu'elle prenne le problème à la racine, éclata-t-il
de rire.
Sakura appela ses amies un par un et tous répondirent qu'ils étaient
intacts. Près des racines, la journaliste contemplait les plantes gigantesques
qui cachaient totalement le ciel. Tiffany tapota l'épaule de Sakura
et s'approcha de son oreille :
_ On est pris au piège. Comment vas-tu faire ?
_ Je n'en sais encore rien...
Lionel vint les aider à se relever et ils s'époussetèrent.
La femme fit volte face et les dévisagea. Son caméraman secoua
la tête devant les restes de son objet de travail. Elle serra le poing
et finit par lever un doigt vers le groupe :
_ Tu savais que ça se produirait ? Dis-moi !
_ Moi ? Mais... euh...
_ Comment aurait-elle pu ? s'interposa Lionel.
_ Je sais que c'est elle qui...
_ Ca bouge !! cria le caméraman en apercevant le mur de végétations
se resserrer vers lui.
Kero sortit du sac et se glissa jusqu'à la chasseuse. Elle l'aperçut
et le dévisagea, hésitante et déboussolée. Les racines
bougèrent encore un peu et des pans de murs s'écroulèrent
entre les adultes et les adolescents.
_ Je fais quoi... ? lui murmura-t-elle.
_ Je ne sais pas.
_ On va tous se faire écraser !
_ Oui, eh bien je ne sais pas quoi faire ! Je ne pensais pas que Woody pourrait
un jour attaquer ! C'était une carte de Clow si douce...
La femme tentait de balayer la poussière qui volait autour d'elle
et elle se mit à tousser.
Dehors, la foule se rassembla autour des racines qui continuaient de sortir
du sol pour mieux se refermer sur la zone. La police intervint et les fit tous
reculer. Le bitume se soulevait par plaques et quelques voitures glissèrent
dans la rue.
_ Je suis sûr que vous pouvez tenter quelque chose, souffla Thomas en
se laissant porter par Yue jusqu'à un toit.
D'en haut la vision était plus cauchemardesque encore. Une boule
de végétation s'était érigé autour
de cette ruelle.
_ Regarde, lança Yolis en levant son sceptre. Effacement, ouvre un passage
dans ce mur !!
Le sceptre brilla mais rien ne se passa.
Thomas chercha dans la rue, les deux hommes étaient partis.
_ Je suis presque sûr que celui qui a jeté ce sort est le professeur
de Sakura. Si on le retrouvait...
_ Tu penses ! Ils n'y pourront rien tous les deux. On ne peut agir. Voilà
tout.
_ Tous les deux... ? Tu les connais ?!!
Le mur de droite finit de s'écrouler et l'autre résista
encore un peu. Ils ne voyaient déjà plus la journaliste.
_ Sakura, qu'est-ce qu'elle te voulait, cette femme ?
_ C'est une folle, assura Lionel.
Sakura se leva. Peut-être qu'il était venu le moment de...
Elle fronça les sourcils et Kero se cacha dans le sac. Une main contre
elle, elle sentait la clef du sceau des sceaux. Comment tous les sauver ? Comment
pouvait-elle faire si elle ne se décidait pas à...
_ Ecoutez, se tourna-t-elle vers eux. J'ai quelque chose à vous
dire...
Lionel la dévisagea et secoua le menton. Tiffany, elle, sourit.
_ Il est arrivé des tas de choses étranges et il y a quelqu'un
que vous connaissez qui...
_ Ah ! je sais... lança Nadine. C'est Bianka !!! Je n'aurais
jamais pensé qu'il était si étrange !
_ Il avait l'air d'être un danseur tout à fait normal,
ajouta Sonya.
_ Comme quoi, les danseurs, grommela Yvan.
_ Qui pouvait se douter que... ?
Un craquement soudain attira leur attention. Le mur allait céder sous
la force des racines. La journaliste aperçut les débris pencher
vers elle et se serra contre la paroi végétale. Tout allait leur
tomber dessus ! Sakura attrapa sa clef et Lionel se leva.
_ Sakura... tu es sûre ?
La femme hurla alors que des pierres chutaient à ses pieds.
_ Fonce, chasseuse ! s'envola Kero. Tu dois faire quelque chose !
Tous le regardèrent et elle acquiesça. Son sceptre grandit entre
ses mains et elle lança une carte en avant en courant par-dessus le tas
de débris qui avaient coupé la ruelle en deux. Elle atterrit près
du couple et frappa sa carte :
_ Carte du Bouclier, protège-nous !
Une bulle s'arrondit au-dessus d'eux et les gravas s'amoncelèrent
tout autour. La femme retira le bras qu'elle avait placé devant
ses yeux et elle aperçut les trois cercles pivoter sous les pieds de
la fillette. Elle chercha le regard de son assistant, mais il était aspiré
par ce qui arrivait. Quand tout se calma, ils se trouvaient ensevelis.
_ Comment allons-nous sortir ?
Sakura sourit et jeta une seconde carte contre son sceptre.
_ Carte du Sable! cria-t-elle en lançant une dernière carte, écarte
les gravats !
Le sable s'amoncela sous les cailloux et la poussière et, d'un
coup, les parois de sable retinrent les morceaux de mur et Sakura leur fit signe
de passer. En sortant de l'autre côté, elle récupéra
ses deux cartes et les débris retombèrent contre les racines.
Les deux étrangers et le groupe d'amis ne surent quoi dire.
Sandrine, elle, jouait avec Kero et le serrait contre elle ; Yvan fronçait
les sourcils.
_ Tu nous expliques ? fit-il.
_ C'est un peu long...
_ Attends, Sakura... l'arrêta Lionel. Il y quelque chose qui me
gêne...
Il regarda les autres et haussa les épaules avant de continuer.
_ Car Mist voulait nous attaquer, Kero et moi. On a fui la boutique mais...
pourquoi ne se manifeste-t-elle pas ?
Gabrielle traversa le barrage de police et courut vers les racines. Les martelant
à pleine main, elle appela. Mais on ne répondit pas tout de suite.
Derrière le rideau, les gravas empêchaient le son de passer. Un
agent lui demanda de reculer et elle aperçut le mégaphone à
sa ceinture. Elle s'en empara et le posa contre les racines :
_ Ne faites pas de mal à mon ami !!! Je vous en prie !!!
Tous se tournèrent vers la rue. Cette voix...
_ C'est Gabrielle, s'écria Sandrine.
_ Alors, j'ai une idée, sourit Tiffany en leur tendant son portable.
_ J'ai le téléphone dans la voiture, avança la journaliste
qui sortait peu à peu de sa torpeur.
Derrière Gabrielle qu'on emmenait, le téléphone sonna.
Sur le toit, Thomas leva les yeux.
_ Il se passe quelque chose. Pourquoi la voix du mégaphone semble avoir
traversé le rempart ?
Il se tourna vers Yolis. Il avait disparu.
_ Yue, porte-moi jusqu'en bas. Et change-toi aussitôt.
En un clin d'œil, ils étaient rendu à la voiture. Mathieu
tenta de convaincre les policiers de relâcher la jeune femme et Thomas
ouvrit la portière et décrocha.
_ Ce sont les enfants qui sont coincés dedans, cria-t-il à l'intention
des forces de police.
Ils libérèrent Gabrielle qui approcha.
_ Sakura ? demanda Thomas. Ca va ?
_ Il n'y a aucun blessé. Rassure-toi. Yue et Yolis sont là
? Je les ai sentis...
_ Que dit-elle ? demanda un des agents.
Thomas ne répondit pas et Mathieu croisa les bras face à la barrière
végétale.
_ Non, Yolis nous a dit que ça ne servirait à rien.
_ Je crois que mon rêve... murmura Mathieu. C'est...
_ Attends, Sakura, lui lança son frère. Que dis-tu, Mathieu ?
_ C'est comme le rêve de Yue...
Episode 21.3 : Selon la volonté de Clow.
L'arbre avait encore grandi ; les racines, jointes au-dessus de la ruelle,
remontaient ensemble et se fondaient en un tronc qui s'élevait
peu à peu en répandant sur la ville ses branches gigantesques.
_ Oui, c'est comme dans mon rêve.
_ Explique, lança Thomas.
_ Eh bien...
Une silhouette floue s'avança dans l'obscurité presque
totale et Yue la suivit.
_ On ne se reverra pas, Yue. Clow te l'a peut-être expliqué.
_ Non, Tara. Je ne sais rien. Clow médite. Sa fin est pour bientôt.
Malheureusement... inclina-t-il la tête.
_ Je sais, Yue. Il a tant donné pour ce monde, et pour le sceau des sceaux...
Il est fatigué. Je crois qu'il ne se réincarnera pas en
une seule personne. Son âme ne le supporterait pas. Ses sentiments et
son pouvoir seront séparés. Toi, tu vas demeurer à jamais
avec lui, je suppose.
_ Pourquoi le quitterais-je ? C'est mon maître, mon ami. C'est
lui qui m'a insufflé la vie.
La silhouette s'arrêta dans le noir. Elle semblait frappée
par ses dernières paroles.
_ Alors, comme ça, Clow a déjà scellé ton esprit,
Yue. Je suppose donc que Kero s'est déjà endormi.
_ Oui, Clow tenait à l'endormir le premier, je ne sais pas pourquoi.
_ Pour fausser ses souvenirs, sourit-elle discrètement.
_ Et je rejoindrai Kero dès que Clow sentira son âme s'élever.
Il m'a parlé d'un dernier sort mais ce n'était
pas très clair... Es-tu au courant, toi ?
Elle leva une main vers lui :
_ Je ne dois pas passer outre les mesures de Clow. S'il a voulu que tu
oublies, alors qu'il en soit ainsi.
_ Que veux-tu dire ?
_ J'en dis déjà trop...
La silhouette s'éclaira faiblement et elle posa une main sur le
mur verdâtre contre lequel elle marchait.
Un être ailé apparut alors.
_ Un problème, Tara ? Pourquoi veux-tu me voir ?
_ Yolis, nous en discuterons quand Clow se sera éteint. Je veux que tu
accompagnes Yue jusqu'au livre sacré. Il te faudra une main pour
y reposer, dit-elle à Yue.
_ Adieu, Tara.
_ Adieu, mon ami...
Il la salua et s'éloigna.
_ Yue, attends ! l'appela-t-elle. Je veux pourtant que tu gardes cette
scène en mémoire. A jamais.
_ Quelle scène ?
Yolis sourit en dévisageant leur amie gardienne. Le mur qu'elle
frôlait des doigts s'illumina et il comprit qu'il s'agissait
de gigantesques racines. S'élevant au-dessus de lui, un arbre gigantesque
les surplombait.
_ N'oublie jamais que quelle que soit notre forme, nous les gardiens du
sceau, nous contrôlons l'Arbre qui est l'essence même
de notre existence. Ton nouveau maître te fera renaître dans un
combat gagné grâce à l'Arbre. Et tu jugeras ce nouveau
maître par la puissance de l'Arbre. Mais cette image devra te revenir
en premier, gardien. Ce sera alors à toi de l'aider...
Une violente pluie obligea les spectateurs à s'éloigner
et Yue put ainsi redevenir lui-même.
Thomas, assis sur le siège conducteur, à côté de
Gabrielle, releva la vitre assez pour ne pas se faire mouiller par l'eau
qui frappait puissamment la carrosserie :
_ Que se passe-t-il ?!
_ Yolis nous a mentis ! Nous contrôlons tous l'Arbre, évidemment.
Dis à Kero de se rabattre contre la paroi. Sous sa vraie forme. Nous
nous passerons des deux autres.
Thomas acquiesça et referma sa vitre :
_ Sakura ! Il faut que Kero reprenne sa vraie forme !! cria-t-il dans le téléphone
alors que la pluie battait la tôle. Lui seul peut lutter contre l'Arbre.
_ Ah bon ?! s'envola-t-il des bras de Sandrine.
Son enveloppe se déchira et le fauve s'envola vers la paroi qui
donnait sur l'avenue.
_ Je fais quoi ?
_ Concentre-toi, lui souffla Yue. En développant nos forces de l'eau
et du feu, on devrait contrer le sort...
_ Sakura, appela Gabrielle dans le téléphone. Je t'en prie,
ne fais pas de mal à mon ami...
Un doute envahit à cet instant l'adolescente. Elle fixa le plafond
et le sol, la boutique dans laquelle les débris glissaient. Elle approcha
le téléphone de son oreille :
_ Ce n'est pas moi qui lui veux du mal. Mais j'ai le sentiment qu'
« Il » ne survivra pas longtemps si je ne...
_ Pourquoi ?! Pourquoi ça... ?
Tiffany chercha en elle tandis que la chasseuse s'approchait de la porte
du magasin. Par le passé, le Brouillard avait attaqué les décors
de la pièce de la classe de Thomas. Pour la capturer... Il fallait...
elle leva les yeux vers le plafond. C'était ça.
_ Quelqu'un en veut à Mist, Sakura !!
_ Je viens de le comprendre.
_ Vous voulez de l'aide ? se proposa Nadine.
_ Non, non, merci, lui sourit amicalement Sakura en pénétrant
la boutique.
Sur le sol, le nuage vert, affaibli, rampait dans tous les sens, cherchant un
moyen de s'échapper.
_ Quelqu'un l'a affaibli, comprit Lionel. L'Arbre a recouvert
le Brouillard. Alors celui-ci n'a plus d'effet.
_ On dirait qu'il est en train de... mourir, signala Tiffany.
Sakura leva son sceptre.
_ Sakura, non... supplia Sandrine en mettant un pied dans la boutique. Si j'ai
bien compris, l'ami de Gabrielle, c'est cette chose...
_ Je dois le faire.
_ Et si on se trompait... ? avança Tiffany, en retournant la question
dans sa tête. Pourquoi considérer ces forces comme mauvaises ?
_ Enfin, Tiffany ! lança Lionel. Tu as bien vu ce qu'elles ont
fait jusqu'à présent!
_ Elles sont manipulées. Tu disais toi-même que quelqu'un
nous les envoyait.
_ Oui, on nous les envoie. Mais rien ne nous prouve qu'on les oblige à
nous attaquer ! Tout ceci ne pourrait être qu'une mise en scène.
Si quelqu'un avait orchestré cette peur de Mist pour vous apitoyer
sur son sort ?!!
_ Je ne peux pas me permettre de laisser une telle force dans la nature, soupira
Sakura.
_ Mais... s'avança Sandrine.
_ Non, Sandrine ! Ce sont des forces bien plus mauvaises que ce que vous avez
vu jusqu'à présent. Et je le dois !!!hurla-t-elle en abattant
son sceptre contre le Brouillard.
Mais elle ne prononça pas la formule de conversion des forces en carte.
Elle fixa la masse verte un long moment et finit par relever son sceptre :
_ D'accord, lança-t-elle à Mist. Si tu es une force bénéfique,
je ne devrais pas avoir besoin de te capturer.
La masse se redressa mollement et se décomposa sous leur yeux. Une carte
se créa au bout du sceptre et Sakura l'attrapa entre ses doigts.
Tiffany sourit et posa une main sur l'épaule de Sakura :
_ Elle a comprit seule quel était le meilleur choix.
Un grincement terrible survint alors et ils sortirent. Les racines allaient
en sens inverse et pénétraient le sol.
_ Nous avons réussi ! se retourna Kero. L'Arbre était ensorcelé
! Et nos seuls pouvoirs ont suffi à lever le sortilège. On est
les meilleurs, Yeah !!
_ Eh, mais je ne vais pas rater cette occasion, moi ! s'écria Sakura
en se ruant vers les racines alors que la pluie diluvienne commençait
à les arroser. Force de l'Arbre, cria-t-elle en frappant les végétaux
qui rentraient dans le sol. Quitte la forme qui est tienne. Deviens Carte, carte
de l'éternel !
Toute la végétation disparut en une fumée translucide qui
tournoya pour rejoindre la carte qui se créait. Sakura la vit s'envoler
et retomber aux pieds des deux gardiens qui reprenaient leur forme, la pluie
se calmant dans la rue. Elle accourut et la ramassa.
_ Si elle est venue vers vous, c'est en remerciements, sourit-elle, heureuse
d'avoir capturé deux autres de ces forces.
Kero se posa entre les mains de Mathieu et fit signe à Sakura :
_ Je dois parler avec Yue. On se voit plus tard.
Thomas arriva en courant, suivi de Gabrielle, et il vérifia que tout
allait bien.
_ Tout s'est bien passé, souffla Sakura.
_ Ah. Tant mieux, fit-il gêné d'avoir montré autant
d'inquiétudes. Hum, hum, toussa-t-il. Je vais suivre Mathieu.
Il se mit à marcher sur le trottoir et accéléra soudain.
_ Il était inquiet, c'est vraiment mignon, assura Tiffany.
_ Est-ce que... commença Gabrielle.
_ Je ne l'ai pas forcé. Il a choisi de venir à moi, expliqua-t-elle.
Sandrine a défendu tes idées et je l'ai écoutée.
Mais Il savait ce qui était le mieux pour lui. Je le protègerai
comme il t'a protégée.
_ Je... Je veux bien te croire. Remercie-le pour moi...
Sakura hocha la tête ; la journaliste époussetait sa robe et s'arrêta
près des deux amies. Les secours arrivaient et s'occupèrent
des enfants.
_ Je saurais me taire. Je crois que tout ceci n'est pas vraiment de mon
ressort, en fait.
Elle se pencha et attrapa la cassette écrasée sous un caillou.
_ C'est tout ce que nous avons filmé. Au revoir.
_ Au revoir, sourit Sakura. Merci !!
_ Elle passe à côté d'un sacré scoop, confia
Tiffany. Je me demande ce qui l'a réellement décidée.
_ Elle a peut-être eu vraiment peur.
_ Pour effrayer une journaliste, à mon avis, il en faut plus !
Le groupe s'approcha d'elles, tous emmitouflés dans des couvertures.
Yvan lui fit un clin d'œil et Sakura répondit par un simple
hochement de tête.
_ Ils sauront garder le secret, nota Tiffany.
_ J'en suis sûre ! Mais je vais avoir droit à toutes sortes
de questions dès demain !!
_ Ooooh, noooon !! s'écria soudain Tiffany alors qu'un aide-soignant
lui demandait de rejoindre l'ambulance.
_ Qu'est-ce qu'il y a ?! s'affola Sakura.
Elle comprit pourtant et sourit, lui jetant un regard compatissant :
_ Ce sera pour la prochaine fois !
_ J'espère bien !
Yue posa son sceptre et croisa les bras. Kero faisaient les cent pas entre
un poteau et un parterre de fleurs, dans un parc désert.
_ Et tu dis que c'est un souvenir ? répéta Kero.
_ Oui, une telle discussion ne pourrait être un rêve ! C'est
un souvenir.
_ Tara, Yolis... Ca voudrait dire que nous les connaissions bien avant tout
ça ?! Je ne me souviens de rien !!
_ Il faut en parler à Sakura.
_ Non, non. Pas la peine de l'alarmer pour rien. Elle va se faire du soucis
et cela pourrait la distraire. En plus, elle croit dur comme fer que ce Yolis
est bon.
_ D'un autre côté, réfléchit Yue, s'il
ne m'avait pas dit que nous ne contrôlions pas Woody, je n'aurais
peut-être pas repensé à ce rêve... L'aurait-il
fait exprès ?
_ S'il lisait dans tes pensées, peut-être, mais là...
! se mit à rire Kero. Voyons, Yue. Un peu plus de discernement. Ce gardien
est un faux...
_ Et Tara ?
_ Quoi Tara ?
_ Tara est le quatrième gardien. Celui qui contrôle les cartes
de la Terre. Mais on ne l'a pas encore vue...
_ Eh bien, si elle se montre, alors je te croirai, Yue. Mais jusque là,
laisse-moi douter de ce Yolis... il ne me plaît pas.
Yue décroisa les bras et hocha le menton.
_ D'accord, murmura-t-il. Attendons.
