(SAISON 2)
Vives les vacances (1/2)
Episode 23.1 : A la neige.
Lionel descendit de la rame et Pierre l'accompagna
sur le quai de la gare.
_ Je vais continuer seul, Pierre. La classe
est la-haut, dans le chalet des Elandres,
indiqua-t-il d'un mouvement de menton.
_ Bien monsieur. Mais je vais rester ici
et attendre la fin de vos vacances.
_ Tu n'es pas obligé, je peux
rentrer avec eux ensuite, tu sais.
_ J'y tiens, monsieur Lionel.
Il acquiesça et souleva sa valise.
_ Alors, d'accord, conclut Lionel.
On se voit bientôt.
_ Profitez de ces jours de calme.
_ Je vais y penser...
Le bus qui rejoignait le chalet perdu entre
les flancs des deux pics patientait près
des portes de la gare. Le train repartait
quand Lionel choisit une place. Pierre lui
fit signe et le véhicule ne tarda
pas à démarrer. Lionel posa
la tête contre le dossier de son siège
et soupira alors que le bus s'éloignait.
Le temps filait doucement. Tiffany avait
insisté pour qu'il vienne la
rejoindre en vacances de neige avec les
autres. Il n'avait pas su lui refuser.
Après tout, comme le disait Pierre,
ce serait un peu de repos bien mérité
!
Sakura avait téléphoné
dès son arrivée, trois jours
auparavant. Il ne s'était pas
trompé... Une force avait bien poursuivi
le vol de Sakura. Arrivée là-bas,
elle avait tenté de la capturer avant
qu'elle ne ravageât toute l'Europe.
Malheureusement, les dégâts
étaient déjà grands
et elle s'en voulait terriblement.
Sa tête pivota sur le côté
et il appuya son front contre la vitre.
Devant lui, la plaine s'étendait
à perte de vue en contre bas de la
route qu'ils empruntaient. La gare
s'éloignait et toute la région
apparaissait recouverte inégalement
par la neige argentée, donnant à
ce paysage un aspect cotonneux.
Ses sentiments étaient plus que troublés
par les nouvelles qu'on lui avait
adressées de Chine. Ling commençait
à voir le bout du tunnel : les manuscrits
de Clow seraient bientôt déchiffrés.
La vérité éclaterait
enfin au grand jour. Le véritable
dessein de ce magicien qui les manipulait
depuis le passé. La vérité
sur Tara. Sur la magie de Sakura... et sur
le Fléau. Clow n'avait pas
réellement « transmis »
son jeu et sa magie au maître suivant...
Il avait créé les cartes pour
Sakura. Parce que c'était elle
que le Fléau attendait, voilà
tout ! Et toute cette mise en scène
n'avait pour mission que de lui cacher
la vérité le plus longtemps
possible tout en lui permettant de prendre
le temps de s'améliorer et
de devenir une magicienne puissante. Mais
quand en prendrait-elle conscience ?
Quand... ?
En tout cas, il ne devait rien lui dire.
C'était la dernière
volonté et les derniers mots de Clow,
si longtemps incompris dans la langue qu'il
avait utilisée : « Que mon
sang ne se mêle pas à ma volonté
». Autrement dit... « Lionel,
ne fais rien qui puisse gêner ce qui
doit arriver. Malgré tes sentiments
»
_ Malgré mes sentiments...
Dans la salle de méditation, la
dernière bougie souffla son dernier
soupir et l'obscurité envahit
l'espace. Katya décroisa, les
bras, appuyée à l'entrée
et ôta ses lunettes dans le noir.
_ Il est temps, Anthony, murmura-t-elle.
_ Pas encore, souffla-t-il, assis en tailleur
au centre de son sceau. Elle n'est
pas prête.
_ Je parlais de toi...
_ Pour moi... commença-t-il en se
relevant.
Elle poussa la porte du bout des doigts
et la lumière réinvestit peu
à peu la salle de méditation.
Il inspira profondément et releva
une main qu'il porta devant ses yeux,
se concentrant sur le creux de sa paume.
_ Alors, c'est vraiment fini ? demanda-t-elle,
inquiète.
_ Oui. Vraiment... Clow est mort en moi.
Il marcha vers elle et prit sa main. Leurs
regards se croisèrent et elle sourit
timidement.
_ Ca ne change rien pour moi, dit-elle simplement.
_ Je sais.
Les nombreux skieurs glissaient sur la
piste et Lionel descendit ses lunettes de
soleil sur son nez. La neige l'éblouissait
fortement et il sourit en apercevant Monsieur
Terada. Il le rejoignit et le salua. Les
primaires avaient accompagné les
lycéens, cette année. Et le
professeur était ravi de revoir son
ancien élève.
Plus tard dans la matinée, Lionel
retrouva la joyeuse bande, autour d'un
chocolat chaud.
_ On est tous heureux que tu nous aies rejoints,
affirma Yvan.
_ C'est vrai, confia Sonya. On ne
savait pas ce que tu allais faire, sinon.
_ Tu n'as toujours pas de réponse
pour suivre les cours avec nous ? demanda
Sandrine. Depuis le temps...
_ Je ne voudrais pas que vous me considéreriez
comme un fainéant mais... je n'ai
rien demandé à mon lycée
en Chine.
_ Mais alors, tu ne suis même pas
des cours en particulier ?
_ En fait, je travaille avec Pierre. Mon
majordome, expliqua-t-il à Alison.
Mais c'est vrai, je ne vais pas en
cours du tout.
_ Mais ce n'est pas bon pour toi,
pour ton dossier.
_ Ce n'est pas ma principale préoccupation,
assura-t-il, s'entourant de mystère.
Tiffany sourit discrètement :
_ Pourtant, ils ont raison, ça laissera
une trace dans ton dossier scolaire. Et
ensuite pour...
_ Pour rentrer dans une université,
tu veux dire ?
Elle acquiesça et il détourna
le regard.
_ Je n'y pense pas. C'est...
Son regard s'assombrit et il se leva
:
_ Excusez-moi, je dois passer un coup de
fil, lança-t-il en les quittant.
_ Il est distant, fit remarquer Sonya. Ce
serait bien si on pouvait faire quelque
chose pour lui.
_ Je crois que c'est trop profond,
assura Tiffany, pour qu'on lui soit
d'une aide quelconque. Il pense énormément
à Sakura. Leur relation n'est
pas toute simple, je crois.
_ Ah... souffla Sandrine.
Elle prit la main de Yvan sous la table
et il sourit tendrement.
_ Cet après-midi, on skiera tous
ensemble, lança-t-il. Il pensera
peut-être à autre chose.
_ Tu as raison...
_ A propos de skis, lança soudain
Yvan, un doigt en l'air. Vous saviez
qu'à l'origine, ils étaient
ronds ? Et comme les chutes se multipliaient,
les montagnards ont eu l'idée
sublime de...
_ Mais bien sûr, le coupa Sandrine.
Tiffany sourit avec les autres, alors que
Sandrine tentait de le faire taire, et leva
les yeux vers le couloir dans lequel avait
disparu Lionel. Elle ne pouvait qu'espérer
que ces quelques jours le détendraient.
Il ferma la porte de sa chambre et un souffle
soudain le fit sursauter.
L'homme qui venait d'apparaître
rangea son sceptre et le dévisagea.
_ Brice, soupira Lionel. Encore toi ? Tu
m'as suivi jusqu'ici ?
_ Bien sûr que non. Je t'ai
cherché grâce à mon
pouvoir de Transfert.
_ Ah, c'est vrai. Et tu veux... ?
_ Que sais-tu du Fléau ?
_ Tu es venu là pour ça ?!!
Mais je suis en vacances !
L'homme le dévisagea en souriant
malicieusement et Lionel enragea :
_ Koaaaa, encore ? Pourquoi tu te poses
toutes ces questions ? Qu'est-ce que
tu veux à la fin ? cria-t-il en le
contournant pour s'asseoir sur le
lit. D'abord, tu viens chez moi, complètement
agité, pour me forcer à provoquer
Sakura alors que Clow ne désirait
le faire qu'une seule fois. Puis,
tu apparais ici ou là. Mais que cherches-tu
exactement ?
_ Des réponses. Le Cercle veut trouver
la solution.
_ Le Cercle... Encore, soupira Lionel en
se laissant tomber sur la couverture. Et
tu es encore leur petit chien-chien... ?
_ Non, ce sont mes propres réponses
que je recherche.
Lionel fronça les sourcils en se
redressant.
_ Tes réponses ?
L'homme leva un bras et son sceptre
apparut. Il l'inclina vers Lionel
qui ouvrit grand les yeux.
_ Puissance du Gel, paralyse ce gamin !
lança-t-il alors.
Lionel se figea, surpris, et ne sut quoi
dire. Le sceptre ne bougea pas d'un
pouce, rien ne se passa.
_ Que se passe-t-il ?
_ A toi de me le dire, enfant de Clow. Pourquoi
certains de mes pouvoirs s'éteignent
?! Est-ce que ça a un rapport avec
le Fléau ?
_ Tes pouvoirs... s'éteignent
? répéta Lionel, suffoquant
d'étonnement.
_ Tu as bien vu... Et le pire, c'est
que je l'ai compris quand j'ai
perdu lors du combat contre Fight ! Mon
pouvoir de Puissance s'est éteint.
Etrangement, Sakura ne semble pas affectée
par cette baisse de magie !
_ C'est vrai... Au... Au contraire
même, murmura Lionel.
_ Mouais, sourit Brice, tu n'as pas
de réponse, hein ?
_ Ben non !
_ Je vais rester dans les parages, cet endroit
me paraît louche !
Lionel fit la moue et Brice s'évapora.
Dans l'après-midi, les descentes
en skis se multiplièrent et Lionel
oublia peu à peu ses soucis au milieu
de ses amis. Alison le rejoignit et elle
lui proposa de choisir une piste plus sérieuse.
Il hésita. Tandis qu'ils arrivaient
en bas de la pente, Alison s'arrêta
près de lui et releva ses lunettes
:
_ Tu skies drôlement bien.
_ C'est Sakura qui m'a formé
!
_ Ma proposition tient toujours. Tu viens
skier avec moi ?
Devant son hésitation, elle haussa
les épaules :
_ C'était juste une proposition.
Pas une avance, tu sais.
Il rougit et Tiffany arriva doucement.
_ De toute façon, j'aime quelqu'un
d'autre, confia Alison en baissant
les yeux.
Il serra les poings sur ses bâtons
et les enfonça dans la neige.
_ D'accord, Alison. On remonte et
on choisit la troisième. Je l'ai
remarquée sur le panneau, là-haut.
_ Chouette ! sourit-elle finalement
_ Dommage que je ne puisse pas vous suivre
avec mon caméscope, pesta Tiffany
! A défaut de filmer Sakura, j'aurais
aimé te filmer, toi ! Enfin... Je
vais me faire une raison, à force,
soupira-t-elle les quittant. De toute façon,
j'en ai loupées plein, des
cartes de Cl...
_ Que dit-elle ? demanda Alison.
_ Elle réfléchit à
haute voix... Ca... ça lui arrive
de temps en temps, expliqua-t-il maladroitement.
_ Ah...
Episode 23.2 : Au coin du feu.
_ Ca ne vous dérange pas que je
reste avec vous, c'est sûr ?
redemanda Lionel.
Monsieur Corentin le prit par les épaules
et le conduisit à sa place au sein
du groupe.
_ Puisqu'on te le dit. Terada dit
le plus grand bien de toi, c'est que
tu es digne de confiance !
_ Et il nous manquerait, assura Tiffany.
_ Nous n'avons pas le cœur à
t'arracher à tes amis, clama-t-il
en prenant une pose dramatique qui fit rire
tous les autres.
_ J'ai l'impression de me faire
prier, maintenant, souffla Lionel, écarlate.
_ Bien, bien, bien ! lança le professeur
en rejoignant ses collègues.
Le feu crépita dans les deux foyers
de cheminées. La nuit était
tombée sur le village de montagne.
_ Ce n'est pas un énorme travail
que je vous demande, signala-t-il. Choisissez
un conte, une fable. Et réfléchissez
à la meilleure manière de
le rendre... effrayant, chuchota-t-il pour
donner de l'ampleur à ce mot.
On réagit dans la salle et Emilie
leva la main.
_ Est-ce qu'on doit inventer ?
_ Non, non, remémorez-vous ceux que
vous connaissez et par groupe cherchez à
comprendre le fond de l'histoire,
pour en cerner les détails intéressants.
Il ne vous restera plus qu'à
les améliorer et vous obtiendrez
la recette de l'horreur !!
_ Génial, s'écria Yvan.
J'ai des tas d'idées
!!
Sandrine se cacha derrière Sonya
et l'attira vers elle pour le rasseoir.
_ Tiens-toi un peu !
_ Je n'en doute pas, Yvan, sourit
le professeur. Avant d'aller tous
vous coucher, il faudrait que vous ayez
trouvé une histoire bien effrayante,
souffla-t-il en se rapprochant du feu pour
que son visage se colore de façon
lugubre. Mais que vous sachiez ensuite nous
en expliquer les ficelles ! Un très
bon travail de logique et de... courage...
_ Génial, s'écria nadine.
J'ai des tas d'idées
!!
_ Moi aussi, lui souffla Yvan.
_ On a de la chance d'être avec
ces deux-là, s'extasia Tiffany.
_ Une chance que Sakura ne soit pas là,
sourit discrètement Lionel. Elle
n'aurait pas beaucoup apprécié
!
Le feu crépitait de plus belle tandis
qu'un des professeurs remettaient
des bûches. Lionel se retourna vers
la porte-fenêtre devant laquelle il
se tenait. Dehors, la lune presque ronde
inondait la longue pente enneigée.
Tiffany s'approcha alors que leur
groupe écoutait les deux adolescents
divaguer. Il l'aperçue en reflet
dans la vitre et ne bouge pas. Elle posa
une main sur son bras et lui tendit un mot
imprimé.
_ C'est un message que j'ai
reçu avant de partir... C'est
de Sakura.
_ Mais je peux le lire, tu es sûre
?
_ Elle me le demande.
Il fixa la feuille et baissa les yeux sur
les quelques lignes, avant de relever le
visage vers elle :
_ Je ne suis pas allé skier avec
Alison, en fait.
_ Et puis même ? Rien ne te l'interdit...
Si tu es sûr de tes sentiments !
Il acquiesça et commença à
lire.
« Bonjour Tiffany, je tiens à
m'excuser du retard de ce premier
message. En fait, l'ordinateur portable
de papa a subi quelques dommages ici. Ce
fut un vrai problème, car Papa et
Linda travaillent au beau milieu de la rase
campagne. Nous sommes dans l'ouest
de la France, pour une halte dans la famille
de Linda. Tout le monde est très
gentil. La barrière de la langue
m'a un peu gênée et puis
j'ai appris quelques mots en Français.
« excusez-moi, s'il vous plaît,
bonjour, au revoir, ou est papa ».
Ce n'est pas une seule phrase, je
t'expliquerai ce que ça veut
dire quand je rentrerai. »
« Je tiens surtout à vous rassurer,
si vous avez vu ce qui nous suivait depuis
l'aéroport de Tomoeda. Je l'ai
capturée en France avant qu'elle
ne déclenche un terrible cyclone
sur toute l'Europe ! Je ne vous raconte
pas les dégâts ici !
_ Elle m'en a parlé au téléphone
rapidement, avoua-t-il. Seulement, elle
ne pouvait pas rester longtemps.
« Vous en avez peut-être entendu
parler aux informations. Mais ce n'est
pas le pire. Tenez-vous bien. Je pensais
que tout serait plus calme désormais.
Mais ici aussi, nous avons été
attaqués ! Rain s'est aussi
manifestée. J'ai cru devenir
folle. Je n'ai pas encore vraiment
réfléchi au « pourquoi
du comment », comme le dit Agathe,
ici (c'est la maman de Linda). Nous
verrons ça à mon retour, dans
une semaine.
« Vous me manquez terriblement.
« Bon, Kero, veut vous passer le bonjour.
Mais il se trouve bien pris, parce qu'avec
ce clavier, il a beaucoup de mal ! Alors
je vous transmets son salut. Il adore la
France et n'arrête pas de se
goinfrer ! Il est venu en sac, il va repartir
en malle, tellement il grossit à
vu d'œil. C'est vrai que
les plats que nous cuisine Agathe sont un
régal et tellement différents
de ce qu'on mange chez nous. Par exemple,
la viande n'est vraiment pas chère
!! J'aime bien leur crêpe, aussi.
Et j'ai goûté le cidre
! C'est drôlement bon !
« Demain nous partons pour l'Espagne
et c'est de là-bas ensuite
que nous reviendrons au Japon, tous ensembles
! Papa est très satisfait de ce qu'il
a découvert ici. Apparemment, il
a beaucoup avancé. Mathieu et Thomas
partent souvent pour des journées
entières d'expédition.
Pour tout vous dire je n'ai vu Yue
que deux fois depuis notre arrivée.
« Ce mail commence à être
long. Mais comme je ne sais pas quand je
pourrai t'écrire de nouveau,
Tiffany, je préfère m'attarder.
J'ai appris que le courrier mettrait
trop de temps à te parvenir, alors
ce moyen était le plus simple. J'espère
que tout le monde va bien. Passe le bonjour
à Suzanne de ma part. Et bien sûr
a tous nos camarades de classe. En espérant
mon petit secret bien gardé.
« Embrasse enfin très fort
Lionel pour moi. Pas trop quand même,
hein ?
Il sourit.
« Vous me manquez énoooormément
!
« Bon, je crois que c'est tout
pour le moment. Il y a tant de choses que
je voudrais vous dire. C'est surprenant
comme la distance est déchirante.
Dis à Lionel que les paroles de Katya
sont comme un petit rayon de soleil chaque
soir et qu'elles m'arrachent
à ma tristesse. Je pense fort à
lui. Et il est vraiment bête s'il
ne s'en doute pas ! Mais dis-lui quand
même, les garçons sont si tête
en l'air, parfois. Et quand je pense
à toutes nos discussions à
propos de...
Il releva le nez vers Tiffany qui le dévisageait,
les sourcils hauts. Il ne dit rien et se
replongea dans les lignes.
« Et quand je pense à toutes
nos discussions à propos de mes sentiments
un peu mélangés, je me dis
qu'il a besoin qu'on le lui
répète. Je le comprends très
bien. C'est quelqu'un qui est
sensible mais qui n'aime pas le montrer,
comme tu me l'expliquais. Quand j'y
réfléchis, je ne pense pas
que j'aurais pu aimer Brice, à
cette époque. Mais il me fallait
un électrochoc, comme tu le disais.
Il fallait une gifle, une claque, un coup
de balai dans ma tête. Brice en nous
éloignant a su me montrer à
quel point j'avais été
maladroite envers celui que j'aimais
plus que tout. Et nos discussions m'ont
également aidée à comprendre
que les agissements de Brice pourraient
se révéler bénéfiques.
_ Tout ce temps... murmura Lionel.
« Il m'a tellement reproché
de ne pas être assez avec lui, croyant
sûrement que j'étais
avec...
_ Brice, souffla Lionel en se tournant vers
Tiffany, une moue de gêne arrondissant
sa bouche. Tout ce temps, elle le passait
avec toi à discuter... de moi ?
_ Ben oui.
_ J'avais imaginé...
_ Je sais, Lionel.
« ...ou en tout cas que nous discutions
de Yaln et de mes sentiments pour lui. Je
ne veux pas le perdre une seconde fois.
Dis-lui. Dis-lui que je l'aime. Du
plus profond de mon cœur. Dis-lui.
Ou... Laisse-le lire ce message.
Lionel sentit les larmes humidifier ses
yeux, mais il les retint.
_ Tout ce que je pensais... tout ce qui
m'a éloigné... toute
la colère que je ressentais n'était
donc basé sur... rien !
_ Pas sur rien, lui confia Tiffany en posant
une main sur son épaule.
_ Si, sur rien. Je me suis imaginé
des choses et j'étais trop
buté pour ne pas lui en parler, articula-t-il
en frappant modérément la
vitre du poing. J'ai souffert de ça
durant trois années entières
et elle en a souffert aussi. Je suis le
seul fautif.
_ Vous n'avez pas discuté,
expliqua Tiffany. Et sans parler, comment
résoudre les problèmes ? Tu
es parti. Ca a mis toute cette histoire
en pause. Ton retour a permis de rouvrir
cette brèche et de l'aider
à cicatriser.
Il n'avais pas relevé la tête,
une larme longea son nez et s'écrasa
au sol.
_ Excuse-moi, je suis si...
Elle passa un bras dans son dos et prit
sa tête pour la poser contre son épaule.
Les différents groupes riaient chacun
de leur côté et elle les regarda
distraitement.
_ Si tu as encore du chagrin pour ça,
continua-t-elle. Il est normal qu'il
jaillisse à un moment ou à
un autre. Tu ne savais pas, lui murmura-t-elle.
Tu ne dois surtout pas t'en vouloir.
Ce serait élever un nouvel obstacle
devant vous. S'il y a quelque chose
que je sais, c'est que vous êtes
faits l'un pour l'autre. Même
Thomas l'a reconnu. Tu ne crois pas
que c'est déjà un sacré
signe ?
Il sourit et acquiesça timidement.
_ Peut-être.
_ Moi, je te le garantis !
_ Merci... Tu es une véritable amie.
Elle posa une main sur sa joue et le dévisagea.
_ Je ferais tout pour Sakura. Je te l'ai
déjà dit : son bonheur passe
par toi. Tu le sais. Elle le sait. Ne gâchez
pas cette chance.
Yolis s'avançait dans la salle
vide. Il chercha un instant une trace de
pouvoir, mais il ne restait rien. Il sortit
et retrouva sa forme d'emprunt. Katya
l'aperçut à l'autre
bout du jardin alors qu'Anthony était
accoudé au balcon en pierres à
l'étage. Il approcha et Katya
le désigna du doigt. Anthony lui
sourit et quitta la terrasse en hauteur
pour descendre.
Il arriva près du gardien et le salua.
_ Je suis heureux de te revoir enfin, mon
ami.
_ Je suis avec Sakura. Elle est de l'autre
côté de cette mer.
_ Je m'en doute...
_ Alors, ce que Clow avait prédit
est arrivé.
_ Tu as bien vu, je ne t'ai même
pas senti arriver.
_ Je suis triste pour toi, Anthony, confia
Bianka.
_ Non, non. C'est un repos bien mérité,
tu ne crois pas ? Et puis, il me reste sa
mémoire !
Katya les rejoignit avec un plateau qu'elle
posa sur la table qui trônait sur
la terrasse. Bianka leva les yeux vers elle
et elle croisa les bras. Il évita
de regarder l'objet et secoua la tête.
_ Non, Anthony. Je venais pour toi. Pour
savoir comment le maître allait.
_ Il ne vit plus en moi. Mais le nécessaire
a survécu, sourit Anthony. Ailleurs...
_ Bien. Nous nous reverrons quand j'aurais
besoin de ça, précisa-t-il
en jetant un coup d'œil à
Katya.
Ses cheveux fins et soyeux s'élevèrent
dans la brise et la brume envahit peu à
peu le jardin. Le jeune homme s'éloigna
et Anthony se tourna vers Katya. Elle acquiesça
en réponse à son regard.
_ Oui, il est parti, dit-elle en descendant
les marches. La vraie vie commence pour
toi.
_ En quelque sorte. Mais pour d'autres,
elle risque d'être mouvementée.
Dis-moi, ça te dirait un petit voyage
au Japon ?
Elle sourit.
_ Nos affaires sont déjà prêtes.
_ Et alors, conclut Nadine, l'ogre
dévora ses filles à la place
du petit Poucet. D'un coup, sans s'en
rendre compte ! Toutes !! rajouta la jeune
fille dans de grands gestes. Simplement
parce que le petit Poucet avait eu l'idée
de les coiffer des bonnets de ses frères
prisonniers !
_ Mais tout ça reflète de
façon évidente un rappel de
notre société de consommation,
s'élança alors Yvan.
_ Pourvu qu'il ne brode pas autour,
souffla Sandrine, je crains le pire !
_ ... qui, rappelons-le, pousse à
la consommation en dissimulant toujours
un peu plus les vrais aliments que nous
mangeons. « Je vous conseille de toujours
vous préoccuper de ce que vous mangez,
si vous ne voulez pas être trompé
par un emballage joli, coloré et
alléchant », c'est ce
que semble nous conseiller ce jeune garçon
génial qui s'enfuit grâce
aux bottes de sept lieues ! Voilà.
_ Bravo, applaudit le professeur.
_ Au fait, vous ignoriez peut-être
que les bottes de sept lieux étaient
en fait un...
Tous éclatèrent de rire et
il tira la langue :
_ Je plaisante !
Sandrine releva les yeux vers lui et il
lui fit signe. Elle le dévisagea
et lui sourit.
_ Tu vois, il était génial
! lui souffla Tiffany.
_ C'est le mien, lui confia-t-elle,
taquine. Pas touche !
Elles éclatèrent de rire et
applaudirent en même temps que les
autres.
Episode 23.3 : Tous les deux.
Le jour se levait et on frappa à
la porte de la chambre de Lionel. Il s'étira
et se redressa, encore un peu endormi. On
frappa de nouveau. Il haussa les sourcils.
_ Lionel ?
Alison ? Il poussa les draps et enfila sa
robe de chambre. Puis il alla ouvrir.
_ Bonjour. Je te réveille peut-être
?
_ Non, non, je... oui, en effet, sourit-il
finalement.
_ Je suis désolée. En fait,
voilà, dans la fin de la matinée,
la classe part faire du ski de fond sur
une des pistes. Alors on ne pourra pas skier
ensemble, comme prévu.
_ Ce n'est que partie remise, souffla-t-il
en passant sa main dans ses cheveux.
_ Est-ce que... commença-t-elle,
timidement, de sa petite voix. Est-ce que
ça te dirait qu'on y aille
maintenant ? Comme ça on serait revenu
pour le parcours avec la classe. Après,
qui sait si on aura le temps ?
_ Eh bien, je ne sais pas trop...
_ Mais si je te réveille, c'est
que tu étais fatigué, peut-être...
Je...
_ Non, non... la retint-il.
Elle le dévisagea sans émotion
et il se perdit un instant dans la pâleur
de sa chevelure.
_ Tu m'attends quelques minutes, j'enfile
ma combinaison et on va skier.
Son visage s'illumina d'un coup
et il en fut touché. Elle lui fit
un signe du menton et recula vers la large
baie vitrée non loin de sa chambre.
Lionel referma la porte et soupira. Il avait
beau faire pour se convaincre qu'elle
avait en elle quelque chose de louche, elle
le touchait de façon incompréhensible.
Il courut vers l'armoire et sortit
des affaires.
Ils étaient les premiers sur le
remonte-pente, sûrement. Ils survolèrent
les pistes désertes, rendues vierges
par la neige qui était tombée
durant la nuit. En quelques longues minutes,
ils longèrent la pente et aperçurent
le sommet.
_ Je n'ai pas regardé les pistes
en bas, avança-t-il.
_ Je crois qu'elles sont indiquées
là-haut. Et puis, j'ai pris
un plan du village.
_ Bonne idée.
Elle serra ses mains sur ses bâtons
et baissa les yeux un instant.
_ C'est gentil d'avoir accepté
de skier si tôt.
_ Tu avais l'air d'y tenir...
Et puis, ce sera calme. Toute la montagne
à nous deux !
Elle acquiesça et descendit la première,
arrivé au relais. En effet, un large
panneau indiquait les pistes et notamment
celle qu'ils avaient choisie la veille.
_ On est parti ? demanda-t-il.
_ Vas-y, je te suis.
_ Honneur aux dames...
Elle sourit et repositionna ses lunettes
avant de s'élancer.
Tiffany bâilla et se retourna dans
son lit. Dans la chambre, ses amies dormaient
encore. Elle tira vers elle l'appareil
photo et vérifia le nombre de photos
prises la veille. Sous l'objet gris,
la lettre de Sakura. Elle sourit en songeant
à ce couple si heureux, désormais.
Plus rien ne pourrait les éloigner.
Tout du moins, quand Sakura serait revenue
! Elle les revit se disputer les premières
cartes, dans la cour de leur école,
des années auparavant. Elle songea
encore à ce jeune garçon sauvage
et froid qui était venu pour capturer
les cartes et être jugé par
Yue. Le chemin parcouru par les deux enfants
étaient bien hors du commun, et désormais
ils en étaient là... Tous
les deux.
Une silhouette la traversa alors et elle
ferma les yeux pour la deviner sous ses
paupières. Le souvenir doré
était gravé en elle. Cette
chevelure blonde, presque incandescente.
Ce regard profond. Elle était folle.
Elle était folle de ressentir ce
genre de sentiment pour un... pour une peluche.
Mais comment se faisait-il que son cœur
pût s'émouvoir ainsi
au simple et innocent premier regard ? Etait-ce...
est-ce qu'elle l'aimait... ?!
Non, c'était impossible...
On ne peut aimer un être magique qui
n'a rien d'humain. Mais alors,
quelle était cette attirance mystérieuse
?
Elle tira les draps sur son épaules
et soupira de plus belle. « Tu es
folle, ma fille, se murmura-t-elle. Folle...
»
Lionel suivait sa partenaire de près.
Elle bifurqua soudain vers la droite et
commença à skier entre les
talus totalement vierges.
_ Alison ! C'est déjà
une piste sérieuse, reviens donc
par là.
_ On s'ennuie, tu ne trouves pas ?
Tu skies aussi bien que moi, non ? Tentons
notre chance par ici, lança-t-elle
dans un éclat de rire qui l'intimida.
Cette fille en qui il avait tant douté
semblait heureuse et comblée. Se
serait-il trompé durant tout ce temps
? Il se mordilla la lèvre, connaissant
les risques du hors-piste mais se résigna
à ne pas la laisser partir seule
à l'aventure. Il se dirigea
vers un talus et sauta en contre bas vers
le sous-bois. Alison n'était
pas très loin et en quelques efforts,
il la rattrapa.
_ Restons raisonnables, quand même,
conseilla-t-il.
_ Lionel, avec toi, je me sens tellement
en sécurité, se mit-elle à
rire gaiement, comme portée par ses
sentiments.
Il rougit un peu et détourna les
yeux.
Sandrine se pencha vers Tiffany au petit-déjeuner
:
_ Lionel n'est pas là non plus
?
_ Pourquoi « non plus » ?
_ Alison n'était pas dans la
chambre quand Emilie s'est réveillée.
Et il semblerait que ses skis aient été
retirés au club.
_ Une ballade en amoureux ? proposa Benjamin
qui avait écouté.
Tiffany sourit en haussant les épaules
:
_ En amis, le corrigea-t-elle.
_ C'est vrai, ajouta Nadine. Lionel
est fidèle à Sakura !
_ C'était juste une idée,
lança le garçon en se replongeant
dans son déjeuner.
_ Pas de craintes, si il est avec elle,
confia Tiffany aux autres. Sakura ne vous
l'a pas dit mais s'il est venu
au japon au départ, c'était
pour devenir le maître des cartes
que Sakura utilise. Seulement c'est
elle qui a été choisie ! Mais
il a des petits pouvoirs sympa lui-aussi
!
_ C'est quand même surprenant,
murmura Sandrine. Elle qui avait peur des
choses surnaturelles était en fait
celle qui nous en protégeait.
_ Et dire que nous avons raté tout
ça, soupira Nadine. Ca devait être...
effrayant !
Tiffany se redressa et se pencha vers elle
:
_ J'ai tout filmé !
_ C'est vrai ?!!
_ Ce doit être vraiment intéressant,
souffla Yvan. On pourra y jeter un œil...
à notre retour ?
_ Et comment ! Vous verrez toutes les tenues
que je lui ai préparée ! Sakura
est tout simplement divine, vous verrez
! J'en frémis d'avance,
s'excita-t-elle sur sa chaise, les
mains rejointes en prière et les
yeux inondés par les larmes de joie.
Elle est si belle !
_ En tout cas, lança Sonya, ça
a l'air de te plaire, à toi
!
_ Vouiiii...
Alison se pencha pour éviter les
branches mais l'une d'elles
se plia contre elle et se tordit en avant.
Elle sentit le bois se courber et quand
elle s'éloigna, le morceau
se détendit et gifla Lionel qui la
suivait de trop près, il trébucha
sur une racine saillante et roula dans la
poudreuse. Alison, se retourna pour vérifier
qu'il n'avait pas de mal et
s'entrava dans un tas de petit bois
et chuta en contre-bas, face contre terre.
Lionel se redressa, secoué. Sa joue
était en sang. Le coup cinglant lui
avait coupé la peau sur toute la
joue. Il prit un peu de neige pour refroidir
la plaie et stopper le saignement léger.
Quand il leva les yeux et qu'il chercha
autour de lui, il ne vit pas Alison. Il
l'appela et se leva. Il aperçut
la dénivellation et s'approcha
du fossé au fond duquel gisait la
jeune fille, inerte.
_ Alison, ça va ?!
Elle ne répondit pas. Il ôta
ses skis et les jeta en bas, avant de se
laisser glisser vers elle. Il la retourna
et chercha son pouls. Sous son épaisse
écharpe, il sentit les vaisseaux
sanguins frémir et il soupira. Il
fallait la réveiller et la ramener.
Quelle manque de chance !
_ Monsieur, Alison n'est toujours
pas revenue.
Monsieur Corentin dévisagea ses collègues
et réfléchit.
_ Nous allons annuler, suggéra mademoiselle
Humbert. Il faut les retrouver. Le jeune
Yvan est aussi parti tôt, à
ce qu'on m'a dit.
_ Je propose que par groupe de trois ou
quatre, vous fassiez le tour du village,
lança le professeur de Mathématiques.
Nous allons avertir les responsables et
ils chercheront le long des pistes avec
l'hélico. Ne vous éloignez
pas et prévenez-nous si vous avez
du nouveau !
_ Allez ! Allons-y, conclut Sally Humbert.
Les groupes se formèrent assez vite
et les lycéens partirent dans toutes
les directions.
Brice fit quelques pas dans la neige, devant
le chalet et sentit le sol gronder sensiblement.
Quelque chose se préparait. Mais
son pouvoir du Gel étant éteint,
il ne pourrait rien.
« Pourvu que ce ne soit pas cette
Force-là. Pas celle-là »
souffla-t-il en serrant un poing contre
son cœur.
_ Je peux vous aider, lança-t-il
aux professeurs qui se dirigeaient vers
le poste de garde.
_ Deux enfants se sont perdus, se retourna
monsieur Loren
_ Je sais, fit-il. J'ai un don de...
voyance.
_ Monsieur, nous ne plaisantons pas.
_ Moi, non plus, affirma sèchement
Brice. Je crois qu'ils sont sur la
troisième piste mais qu'ils
s'en sont écartés...
L'homme le dévisagea un instant
et rejoignit les autres.
Brice se tourna vers le sommet de la montagne
et aperçut le voile soyeux de neige
qui se dessinait sous l'effet des
vents d'altitudes à la cime
des monts. Le mauvais temps arrivait. Fallait-il
obéir au Cercle ? Leurs derniers
ordres étaient clairs mais...
Mais Clow, lui, qu'aurait-il fait
? Son ami et rival... cet homme droit et
sensé...
Qu'aurait-il choisi ?
