(SAISON 2)
Les Manuscrits de l'Apocalypse (1/2)
Episode 31.1 : L'exposé
Nathalie sourit en contemplant la mine
ravie de son fils. Cette discussion, il
en avait souvent rêvé. Sakura
arriva en trombe dans les escaliers, les
contourna et les salua finalement en quittant
la cuisine.
_ Je reste chez Tiffany, ce soir ! Salut
!
Thomas secoua la tête et Mathieu entra
avec le courrier.
_ J'ai croisé Sakura, sourit-il.
Il se figea en apercevant la silhouette
translucide.
_ Mon dieu... C'est...
_ C'est Maman, expliqua Thomas.
_ Ne crains rien, mon garçon, souffla-t-elle.
Elle rejoignit ses mains devant elle et
le salua avant de disparaître.
_ Je la vois ?! s'émerveilla
Mathieu. Comment cela se fait-il ?
Kero apparut, attiré par l'odeur
alléchante des beignets de Dominique.
Ce dernier l'accueillit avec une assiette
remplie et le gardien s'assit à
table. Yue reprit son apparence et chercha
le regard de son ami.
_ Je sais, Yue... je sais, souffla Kero
en lui lançant un regard de travers.
Mais il ne faut rien dire...
Il avait un court instant cessé de
mâcher sa pâtisserie et le gardien
juge ne comprit pas la fermeté dont
venait de faire preuve Kerobero.
_ Bien, souffla finalement Yue en redevenant
Mathieu. Ca devient agaçant, soupira
ce dernier. Il pourrait prévenir
au moins.
_ De quoi parliez-vous ? le coupa Thomas,
en fixant la peluche... Qu'est-ce
qu'il ne faut pas dire ?!
Dominique soupira profondément et
replaça calmement la photo de Nathalie
sur la table.
_ Si tu vois Nathalie, Mathieu, c'est
parce que cet être, Yue, a retrouvé
sa forme originelle et tous ses pouvoirs.
Mathieu posa machinalement une main sur
son cœur.
_ Il a...
_ Papa... grogna Thomas, en se levant. Tu
sais quelque chose ?
Dominique ne rentra pas dans son jeu et
ôta simplement le tablier.
_ Je dois y aller, fit-il simplement.
_ Papa... Dis-moi...
Kerobero leva les yeux vers le professeur
et celui-ci baissa les siens.
_ A ce soir.
_ Encore en retard, mademoiselle Gauthier,
remarqua le directeur en la voyant courir
dans le couloir.
_ Pas encore, monsieur Léfan. Mais
je suis désolééée
!
Sakura courait vers sa classe. Elle ne souhaitait
pas se morfondre en ce jour. Pas comme toutes
ces années où cette date n'éveillait
en elle que tristesse et douleur. Elle était
la CardCaptor et par ce choix, elle avait
pu retrouver celle qui lui manquait tant.
Elle l'avait vue, et l'espoir
grandissait en elle de la revoir encore.
Et peut-être même de la serrer
contre elle. Comme dans ses rêves.
Le cours commença très vite.
Elle regagna sa place juste à temps.
_ Que s'est-il passé ? lui
chuchota Tiffany.
_ Un sommeil trop lourd... Je t'expliquerai.
_ En tout cas, ça fait plaisir de
te voir si heureuse.
_ Oui, sourit-elle, aux anges.
Une magnifique journée commençait
assurément.
Anthony se tenait debout, dans le jardin,
une main sur la corde de la balançoire
pendue à la plus grosse branche de
l'arbre centenaire qui ombrageait
un côté de la bâtisse.
Gothar, sur son épaule, passa une
patte sur sa joue.
_ Tu es triste.
_ Je sais que j'ai mal agi. Tellement
de fois...
_ Pas par rapport à nous, en tout
cas.
Samantha sortit à ce moment-là
de la maison et aperçut le soleil,
déjà haut sur l'horizon.
_ Non, Gothar... J'ai fait bien du
mal à la personne qui me tient le
plus à cœur. Et ce parce que
je n'avais pas su prévoir les
sentiments. Pourquoi donc la part de Clow
qui était en moi n'avait-il
pas prévu les sentiments ?
_ Parce que c'est Dominique qui en
a hérité. Tu le sais bien.
_ Oui. Mais j'aurais pu éviter
ce qui va se produire...
_ De quoi parles-tu ?
_ De la douleur que je cause à Katya.
Elle n'en parle pas, mais elle souffre.
_ Je vois. Je crois comprendre. L'Affrontement,
c'est ça ? Mais qu'y
pouvais-tu, toi, Anthony ? Tu n'es
pas Clow. Ce grand sorcier avait surestimé
la force de sa descendance. Et Dominique
a reçu les sentiments de Clow. C'est
ainsi que ton cœur fut libéré.
Et libre d'aimer...
_ Et par devoir, j'ai fait souffrir
cette personne. Par devoir... uniquement.
Sans me préoccuper de ces sentiments
qui naissaient en moi. Simplement parce
que je le devais...
Samantha approcha doucement et s'assit
sur la balançoire.
_ Je peux vous aider ?
_ Ca va passer, murmura Anthony. Vous êtes
gentils, tous les deux, mais votre rôle
auprès de moi est terminé,
à présent.
_ Tu ne réussiras pas à te
défaire de nous ainsi, sourit-elle
en se balançant légèrement.
Lui a le pouvoir, tu as bien vu. A quoi
lui serviraient deux gardiens ?
Gothar acquiesça et Anthony esquissa
un sourire.
_ Protégez surtout Katya. Elle en
aura besoin...
Le soir, les six amies se dirigèrent
d'un pas résolu vers la bibliothèque.
Selon Sandrine, c'était l'endroit
que fréquentait le plus Yvan depuis
quelques jours.
_ Mais qu'y fait-il ? demanda Sonya.
_ Il travaille sur l'exposé
qu'on doit rendre dans un mois.
_ Il sait déjà de quoi il
va parler ? s'étonna Nadine.
_ Il ne veut pas en parler... soupira Sandrine
en poussant la porte du bâtiment.
Mais il manque tous ses cours de soutien
d'anglais pour travailler !
Quand elles approchèrent, il ouvrit
grand les yeux et referma un à un
tous les livres qui encombraient la table
qu'il monopolisait. Il les tira vers
lui et se posta entre la table et les filles
:
_ Qu'est-ce que tu veux, Sandrine
?
_ Tu travailles sur ton exposé, lança
Sonya. Déjà ?
_ Oui... oui, oui, oui... fit-il, gêné.
_ Sur quoi ?
Tiffany sourit.
_ Evidemment, nous sommes bêtes !
Sur Sakura !
Alison fronça une nouvelle fois les
sourcils :
_ Pourquoi sur Sakura ?! réfléchit-elle.
_ Euh... pour rien, répondirent Yvan
et Sakura en même temps. Non, pour
rien...
Sakura se retourna vers lui, surprise :
_ C'est ce que tu fais ?
_ Je fais quoi ? Hein ? noooon... enfin,
mais non.
_ C'est pas vrai !
_ Ben noon, je te dis...
Tiffany éclata de rire et les autres
ne comprirent pas l'agitation soudaine
qui animait les deux lycéens.
_ Excusez-moi, mais j'ai encore beaucoup
de travail, leur siffla-t-il bientôt,
en retournant à ses vieux livres.
Vous savez ce qu'il advenait des écrivains
que l'on dérangeait en pleine
inspiration ? Il restaient piégés
de leur propre imagination...
_ Oh là là... s'emporta
Sandrine. On s'en va ! Si tu nous
préfères tes bêtises
et tes livres...
Elle fit volte-face et s'éloigna.
Il leva le nez et avança timidement
une main vers elle mais retint finalement
son élan. Cela ne servait à
rien de la retenir... Il se rassit et les
autres le quittèrent à leur
tour, un peu gênés par l'ambiance
électrique qui s'était
installée. Tiffany, pourtant, lui
adressa un clin d'œil :
_ Je lui parlerai. Continue donc... Quand
quelque chose nous tient à cœur,
il faut toujours en venir à bout.
_ Merci, Tiffany.
_ Il m'éneeeerve !!! enragea
Sandrine.
Ses amies ne l'avaient jamais vue
ainsi. Sonya tenta de la calmer et Nadine
de la raisonner. En vain. Alison ne comprenait
toujours pas l'intérêt
de la discussion.
_ Jamais il ne m'avait délaissée
à ce point, soupira Sandrine en faisant
quelques pas sur le chemin qui bordait l'entrée...
Je ne comprends pas...
Tiffany les rejoignit et prit Sakura par
la main.
_ Il ne faut pas t'inquiéter.
Au moins, il ne t'agace pas avec ses
histoires ! Nous, on rentre ! lança-t-elle.
Bonne soirée !
Elle entraîna son amie dans sa course
folle et au détour d'une rue,
elles firent une halte, à bout de
souffle.
_ Que t'arrive-t-il ? Voyons...
_ C'est Yvan... Si tu voyais ce qu'il
a trouvé...
_ De quoi parles-tu... un objet ?
_ Non, simplement les livres qu'il
parcourait... Tu connais un certain «
Reading Clow Book » ?
_ Non, ça ne me dit rien...
_ « The Celtic Circle » ou encore
« Legends of French Three-Circle »
_ Attends, tu veux dire qu'il travaille
sur des livres anglais ?
_ Et très vieux. Je ne pense pas
qu'ils étaient dans les rayons
de la bibliothèque...
_ Mais que cherche-t-il ?
_ Nous le saurons ce soir. Il a dit qu'il
passerait à la maison !
_ Ah ? d'accord. Alors attendons.
_ Mère, elle, n'attendra pas
plus longtemps avant d'envoyer toute
sa garde à notre rencontre, si on
tarde trop... Elle trouve que c'est
un honneur que tu lui fais de passer cette
soirée avec elle. Ca la touche énormément.
_ Ca aurait fait plaisir à Maman,
je le sens.
_ Dépêchons-nous !
Episode 31.2 : Les Elémentaria
Pendant que la nuit tombait sur la ville,
dans une villa éloignée en
banlieue de Tokyo, un homme se préparait.
Au centre d'une salle simplement décorée
de symboles mystérieux, les bras
le long du corps, il murmurait des incantations.
Il ouvrit les mains et commença à
écarter les bras. Au sol, une étincelle
jaillit de nulle part et s'intensifia,
avant de filer dans la pièce, traçant
autour de lui, de nombreux signes inconnus.
Brice fit un pas dans la salle et l'homme
se retourna en projetant deux doigts dans
sa direction. L'étincelle se
figea dans l'air et fut propulsée
vers le magicien qui l'arrêta
d'un geste de la main.
_ Je n'en reviens pas... sourit-il.
Ils n'ont rien trouvé de mieux
qu'un tueur à gage ?!
L'homme balaya d'un souffla
la mèche qui encombrait sa vue et
sourit cyniquement :
_ Le Cercle trouve que tu es lent. Le travail
devrait déjà être fini...
_ Je fais les choses en douceur, c'est
pour ça qu'ils m'ont
envoyé... Que veulent-ils désormais...
?
_ Que la fin de l'enfant survienne
dans les jours qui arrivent.
_ Je vois...
Brice descendit vers le tueur et balaya
le visage noirci et tatoué de sa
main.
_ Un mort... Ils utilisent un mort. Le monde
des sorciers ne leur suffit donc plus.
_ Je ne suis pas un mort ordinaire... Tu
dois le savoir.
_ Tu me fais pitié !
_ Et toi donc... ! A ce qu'on raconte,
tu aurais des sentiments pour la gamine
?!
_ Tu parles de l'élue des gardiens...
_ Pff... Une élue... Ses gardiens
ne sont rien sans leur Elementaria...
Brice sourit, la victoire aux lèvres.
_ Voilà donc ta mission... les Elementaria
! Le Cercle a donc si peur qu'ils
pensent que leur sort céleste ne
suffit plus. Mais c'est d'un...
ridicule ! éclata-t-il de rire en
s'éloignant.
_ Tu peux rire, Yaln Erod, lui lança
l'homme. Tu as trahi ta parole, tu
as trahi tes maîtres. Tu as trahi
tout ce pour quoi tu servais !
Brice prit une profonde inspiration, son
sourire se crispa et il jeta une force vers
le tueur. La lumière douce et reposante
qui se dégagea de sa main enveloppa
l'homme qui s'agita de terreur.
Les particules de lumières flottèrent
autour de lui et Brice resserra le poing
en serrant les mâchoires. Les grains
se colorèrent de noir, disparaissant
dans l'obscurité de la pièce
et la silhouette disparut peu à peu
grignotée par le pouvoir de Brice.
_ J'ai perdu presque tous mes pouvoirs
à cause de Sakura, mais celui-ci,
elle ne l'a pas encore, sourit-il.
Que le Cercle aille en enfer. Qu'ils
tremblent de leur propre peur. Ils n'ont
pas compris qu'ils n'y pourront
rien. Si Sakura est l'élue
c'est qu'elle seule pourra faire
pencher la balance.
_ Yvan n'est toujours pas là...
bizarre !
Sakura posa le petit objet en plastique
et tout sauta.
_ Perdu, Sakura, se mit à rire Kero
la patte pointée vers la jeune femme.
Elle regarda s'écrouler le
cheval de plastique ainsi que tous les accessoires
qu'un par un ils avaient réussi
à faire tenir sur son dos. Le canasson
venait de ruer et Sakura perdait son tour
!
_ T'es nuuule!
_ Grrrr...
Tiffany éclata de rire et Suzanne
revint avec le thé, alors que Kero
se cachait sous la table.
_ Tu sais, Sakura, dit-elle en prenant un
air plus sérieux, pour l'anniversaire
de ta maman, je tiens à te rendre
les cassettes vidéo que tu as tenu
à m'offrir...
_ Mais c'était un cadeau, Suzanne,
je ne peux pas accepter !
Suzanne baissa les yeux et lui glissa la
photo de Nathalie qu'elle avait amené
sur le plateau.
_ Voici aussi la dernière photographie
de ta maman. Elle me l'a donnée
avant de disparaître.
_ Elle était jolie...
_ Sakura. Je ne peux accepter ton cadeau...
Il est à toi, elle... elle... bafouilla-t-elle,
la gorge nouée par les larmes. Elles
étaient pour toi toutes ses cassettes...
Tiffany posa une main sur celle de sa mère
et Sakura ne sut quoi dire.
_ Ton regard m'indique que tu ne les
as pas toutes regardées...
Un souffle au cœur étouffa Sakura
l'espace d'une seconde.
_ P... p... pardon... ?
_ Eh bien... Viens, lança-t-elle
alors en la prenant par la main.
Suzanne l'entraîna dans de longs
et interminables couloirs et finit par s'arrêter
en face d'une porte où un écriteau
représentait un petit lapin qui fronçait
les sourcils en demandant au lecteur de
ne pas entrer. Tiffany les suivait, Kero
en poche, sans savoir ce qui se passait.
Elle se tourna vers le gardien et l'aperçut,
songeur.
_ Un problème ?
_ Ma mémoire, murmura-t-il. J'aurais
tant voulu ne pas la retrouver.
_ Pourquoi ça ? demanda-t-elle en
rejoignant sa mère et Sakura.
Suzanne ouvrit la porte et demanda à
Sakura de s'asseoir sur les sièges
de la salle de projection pendant qu'elle
s'approchait du lecteur encastré
dans le mur. Elle prit la cassette et hésita
un instant. Puis elle inspira, avala sa
salive et poussa la cassette dans le lecteur.
Une ombre se faufila en silence vers le
centre du musée. Il tourna sa lampe
vers le plan qu'il avait dessiné
plus tôt dans la journée. Des
pas passèrent dans le couloir perpendiculaire,
il se colla au mur et éteignit tout,
retenant même sa respiration. Le faisceau
du garde parcourut la salle et se faufila
entre les statues. Les pas approchaient
lentement, claquant d'un écho
interminable sur la parquet de la salle
toute en longueur. La masse sombre passa
devant la cachette et fit une pause en pivotant
sur elle-même, balayant d'un
trait de sa lampe le visage crispé
du garçon.
_ Ouais, j'arrive, lança-t-il
à son collègue.
Yvan se laissa glisser au sol et souffla.
En face de lui, la cour.
« Le musée repose sur les bases
d'un ancien temple qui fut détruit,
car trop menaçant pour être
conservé, indiquait la coupure de
journal qu'il passa dans la lumière
de sa torche. Tout indique que la réputation
de maison hantée habitera ce lieu
durant des années. Gageons que le
public n'y prêtera qu'une
oreille distraite. »
Il se leva.
Il s'approcha de la porte fenêtre.
« Est-ce que ce sera le Jade, cette
fois ? »
Il apposa ses mains sur la vitre et ferma
les yeux...
« Allons, Yvan, du courage... Pierre
qui possède le pouvoir, éveille
ton esprit et appelles-en à la clémence
du Trois-cercle... Par le Feu, l'Eau,
l'Air et la Terre. Eveille-toiiiii
! » hurla-t-il dans le couloir silencieux.
_ C'est un peu plus loin, signala
Suzanne.
Sakura s'était peu à
peu relevée et accrochée au
siège qui la précédait
d'une place. De quoi parlait donc
Suzanne ?
_ C'est bientôt... là
! regarde, le film se coupe. Je me souviens,
très souvent je tombais en panne
de batterie. C'est bête, sourit-elle,
replongée dans ses souvenirs. Et...
en avançant, revint-elle à
la réalité, il y a quelques
jours, voilà ce que j'y ai
découvert...
Un rayon immense jaillit du centre du musée
et une vague de pouvoir fut libéré
tout autour, brisant d'un souffle
tous les carreaux qui cernaient l'espace
à ciel ouvert. La colonne de lumière
grandit encore et le sol se fissura, plongeant
tous les couloirs du musées dans
une lumière éclatante. Les
gardes qui accouraient furent éblouis
et tombèrent à genoux, en
protégeant leurs yeux du mieux qu'ils
le pouvaient.
Yvan ouvrit simplement la porte fenêtre
en morceaux et se laissa bercer par la puissante
luminosité qui le persuadait d'approcher.
_ Bonjour, mon enfant, sourit Nathalie
en gros plan sur l'écran. Je
suis heureuse de pouvoir enregistrer ce
message pour toi. Dominique, tu me promets
de ne pas lui montrer tout de suite ?
_ Evidemment, répondit une voix...
_ Je n'ai pas regardé la suite,
avoua Suzanne... C'est pour toi...
Elle appuya sur le bouton de pause et Sakura
sentit une grande force s'éveiller
en elle.
_ Ca recommence... se tourna-t-elle vers
Tiffany.
Son cœur n'en finissait plus
de battre. Un peu cette nouvelle ahurissante,
un peu cette puissance extrême qu'elle
avait déjà ressenti deux fois
ces derniers jours.
_ Sakura, ça va ? lui demanda Suzanne.
_ Oui... je... hésita-t-elle. Je
dois m'absenter. Je reviens... Je...
je reviens...
Elle se mit à courir dans les couloirs
et à peine arrivée dehors,
elle bondit dans les airs et s'envola
vers la colonne de lumière qui disparaissait
peu à peu.
Yvan venait de poser les doigts sur la
pierre surgie des entrailles de la terre
qui flottait dans la lumière éblouissante
et reposante. Le morceau de roc luisant
réchauffait sa main et quand les
gardes arrivèrent, Yvan disparut.
Sakura se posa sur le toit et constata les
dégâts et les quelques forces
qui émanaient encore de ce lieu.
Une puissance gigantesque venait de surgir
d'ici... Quelque chose d'effrayant
qui avait pris le pas sur ses émotions.
Comme si son instinct lui avait dicté
ses agissements. Kerobero la rejoignit,
sous sa vraie forme ; Yue ne tarda pas :
_ C'était toi Sakura ?
_ Non... C'était quelqu'un
d'autre ! Est-ce que vous savez qui
peut avoir ce pouvoir... ?
_ Un gardien, supposa Kero en lançant
un regard vers Yue.
_ Non. Impossible. C'était
trop puissant... mais si familier à
la fois ! Les quatre gardiens ne propagent
pas le même pouvoir.
_ C'est ce que j'ai ressenti...
Un de vos pouvoirs, avoua-t-elle.
_ Yolis, se rembrunit Kero. Ce doit être
lui...
_ Raté, chuchota Yolis en reprenant son apparence humaine, à quelques dizaines de mètres du bâtiment, alors que des gens sortaient de chez eux. Mais ce qui vient d'arriver est plus qu'étrange...
Lionel secoua la tête en ne sentant
plus la grande puissance qui venait de se
manifester. L'agacement s'empara
de lui. Pourquoi ne pouvait-il donc rien
faire ? Pourquoi donc devait-il rester le
spectateur de cette fin de monde ? Pourquoi
Clow avait-il pris cette décision
?! Anthony semblait bien dire qu'il
n'avait pas tout prévu... Mais
quelles pourraient être les répercutions
s'il lui prenait l'envie d'agir...
Quel choix lui avait laissé cet ancêtre
qu'il avait tant chéri... ?
_ Je te déteste, Clow !!! se mit-il
à crier en frappant sa fenêtre.
Je te déteste...
Coréane entra en catastrophe.
_ Que se passe-t-il ? J'ai entendu
un bruit...
_ Je le déteeeeste, hurla Lionel
à plein poumons. Il n'en avait
rien à faire de nos sentiments...
Rien...
Il glissa contre le carreau et s'agenouilla,
les yeux clos, les poings serrés...
_ Il... murmura-t-il en mêlant haine
et chagrin... Il s'en fichait... Sakura...
Prends garde...
_ Lionel...
Episode 31.3 : Secret de famille
Yvan réapparut au centre d'une
salle qu'il ne connaissait pas. Des
pas le firent sursauter dans l'obscurité
d'un coin.
_ Je suis surpris...
_ Qui êtes-vous ? demanda-t-il en
rangeant machinalement les trois pierres
dans sa poche.
_ Un ami...
Yvan avait du mal a le croire. Il fit un
pas dans la direction opposée.
_ C'est moi qui t'ai fait venir
à moi. Tu possèdes trois petits
talismans qui m'appartiennent, expliqua
la voix masculine plutôt aiguë.
_ Elles ne sont à personne.
_ Allons, s'avança progressivement
l'homme dont la stature se devinait
malgré le peu de lumière.
_ Laissez-moi partir. Je ne vous les donnerai
pas avant de les avoir toutes les quatre.
_ Yvan... sembla sourire l'homme encore
invisible. Tu t'appelles Yvan, c'est
ça ? Tu ne comprends pas quelle est
la portée de mon savoir et de mon
pouvoir... Je t'ai fait venir à
moi. Si tu quittes cette salle avec ce que
tu appelles des pierres, je te ferai revenir
quand tu auras découvert la quatrième...
Et je te tuerai... tout naturellement.
_ J'en doute, lança Yvan, peu
rassuré.
Il fit encore quelques pas en arrière
et se heurta à un mur auquel il s'adossa.
Les pas s'approchèrent et le
jeune homme discerna des reflets à
peine distinguables sur la tunique sombre
de celui qui prétendaient être
le propriétaire des pierres. Un bras
se tendit vers lui et une main s'arrêta
à quelques centimètres de
son cou qui se resserra sur lui-même.
_ Bien... souffla l'ombre, en relâchant
son emprise. Pars donc avec ton butin. Nous
nous reverrons lorsque tu auras réussi
à exhumer la dernière.
D'un geste souple de bras, faisant
plisser la combinaison soyeuse, tout disparut
et Yvan se retrouva seul au centre du parc
de l'empereur pingouin. Son cœur
avait failli lâcher. Mais il possédait
encore les talismans pour Sakura. Il se
massa la gorge et se mit à courir
vers chez lui.
Sakura se posa devant chez elle, la pochette
contenant les cassettes sous le bras. Elle
inspira profondément. Etrangement,
elle n'était pas si pressée
de retrouver le visage de sa mère.
Une crainte était née en elle
suite à cet incident au musée.
Une crainte plus grande que tout jusqu'à
présent. En l'espace d'une
seconde, au musée, avait lui une
force de toute sa puissance, de très
loin supérieure à celles qu'elle
avait rencontrées et capturées
jusque là... Comment une telle force
pouvait-elle exister ?
Elle poussa la porte et trouva Thomas et
Mathieu assis dans le salon, devant un film
qui semblait ne les intéresser qu'à
moitié tant ils riaient alors qu'un
couple se séparait devant eux dans
un ralenti qui soulignait le tragique de
la situation. Yue et Kero étaient
rentrés directement quand ils s'étaient
quittés sur le toit du musée.
_ Et c'est avec elle, expliqua Thomas
en mimant la scène des mains, qu'ensuite
j'ai réussi à monter
cette planche en haut de l'édifice...
_ Bonsoir les garçons, murmura-t-elle.
_ Sakura ? sursauta son frère.
_ Tu rentres déjà ? Nous discutions
de notre enfance, lui indiqua malicieusement
Mathieu.
_ Ah... fit-elle en fixant sans le vouloir
le magnétoscope. Le mien est en panne,
souffla-t-elle.
_ De quoi parles-tu ? demanda Thomas.
_ Tu n'as qu'à t'installer
ici, lui sourit tendrement Mathieu en se
levant.
Il passa une main dans ses cheveux et déposa
un baiser sur son front.
_ On monte, Thomas ?
_ Je pige rien...
_ Elle veut le magnétoscope, lui
chuchota Mathieu en l'attirant dans
le couloir.
_ Elle pouvait pas le dire... ?
_ Elle n'est pas bien, elle n'a
même pas tiqué quand j'ai
dit qu'on parlait de nos enfances...
Thomas acquiesça en recouvrant un
peu de son sérieux.
_ J'espère que c'est
pas le morveux qui la fait souffrir !
_ Tu l'appelles encore comme ça,
après ce que tu m'as dit de
lui... ? sourit Mathieu.
_ Si tu répètes quoi que ce
soit, toi...
Mathieu rigola et Thomas le coursa dans
l'escalier.
Lionel marchait lentement sur l'herbe
humide qui bordait le canal. Il ramassa
un caillou et le lança à la
surface de l'eau, alignant une dizaine
de ricochets.
« Tout est si confus... peut-être
aurais-je dû rester en Chine »
Il approcha de la rive et s'y assit.
Sakura sortit la cassette de sa pochette
de carton et la fixa, anxieusement. Finalement,
la soirée s'effaça de
sa mémoire pour ne laisser de place
dans son esprit qu'à ce message
venu du passé. Elle sentait les palpitations
de son cœur dans chacun de ses membres.
Elle n'osait pas pousser le rectangle
de plastique dans l'ouverture du magnétoscope.
Qu'allait-elle apprendre ? Quelle
était donc ce message qu'avait
voulu lui laisser sa mère... ?
« Pour Sakura. Quand ce sera nécessaire
» avait-elle lu sur le paquet qui
les dissimulait, sous le lit de son père.
_ Que fais-tu ici ?
Lionel ne bougea pas.
_ Je n'ai pas envie de batailler,
Brice.
_ Tant mieux, sourit l'homme. Moi
non plus.
Lionel remarqua qu'il avait revêtu
son habit de cérémonie quand
le sorcier s'assit près de
lui.
_ Tu es un peu perdu, me semble-t-il.
_ Et sans ton pouvoir de pensées,
que vois-tu ?
_ Un homme qui se noie dans des considérations
de devoir et de droiture alors que son cœur
voudrait hurler.
_ Tu aurais dû faire psy, Brice, pas
sorcier.
Celui-ci sourit encore.
_ La fin est proche, n'est-ce pas
? Tu es parti, te voilà de retour.
Je suppose que ton amie en a terminé
avec les manuscrits.
_ Voici donc ce qui t'intéresse...
_ J'ai changé, Lionel, lui
avoua l'homme dans sa longue toge
obscure. J'ai brisé mon lien
avec le Cercle.
_ Il est temps... Après ce que tu
as fait...
_ Je ne pense pas que tu puisses me juger
sur mes actes, Lionel. Alors que tu es venu
pour contrer cette gamine qui te volait
tes cartes. Celles qui devaient te revenir.
C'est exactement la même chose.
Tu as tout fait pour la gêner, pour
la blesser. Et puis tes sentiments ont changé.
_ Les tiens aussi ?
_ Clow ne maîtrisait en fait rien
dans cette histoire. Voilà pourquoi
tout le monde a souffert.
_ Il continue, au contraire, de tout maîtriser,
sourit cyniquement Lionel. Tu n'as
pas idée.
_ Bien sûr que si... je m'en
doute. Je l'ai connu. Et je sais ce
qu'avait prévu Tara. J'ai
vécu les décisions de l'époque...
Clow s'est trompé sur toute
la ligne. A ton propos, à son propos...
et à propos de Sakura...
Il se mit à rire nerveusement.
_ J'ai compris qu'elle n'aura
pas la puissance nécessaire. Le Fléau
grandit trop vite.
Lionel pencha la tête en arrière
et se laissa tomber dans l'herbe.
_ De toute façon, je n'ai pas
le droit d'intervenir.
Brice se leva et lui tendit une main amicale
que Lionel serra volontiers en guise d'au
revoir.
_ Je suis à présent persuadé
que si Clow avait su quelles douleurs il
entraînerait, il n'aurait pas
agi de la sorte. Demande donc à Anthony
ce qu'il en pense... Adieu.
_ Bonjour, mon enfant, sourit Nathalie
en gros plan à la télévision.
Je suis heureuse de pouvoir enregistrer
ce message pour toi.
Sakura s'empara d'un coussin
et le cala contre elle.
_ Dominique, s'arrêta un instant
la femme aux cheveux bruns, tu me promets
de ne pas lui montrer tout de suite ?
_ Evidemment.
Kero, dans sa vraie forme, descendit doucement
les marches et rejoignit Sakura. Il s'installa
près d'elle et soupira.
_ Voilà, Sakura, je voudrais te dire
que je suis malade... Je suis malade et
si tu as cette cassette c'est que
les choses sont finies. Je crois que ceci
est la chose la plus difficile que je n'ai
jamais faite. Je ne sais même pas
par où commencer. Sache tout d'abord
qu'à l'instant où
tu visionneras cette vidéo, je ne
serai peut-être pas si loin. Je ne
peux pas vraiment t'expliquer pourquoi
mais je sens que je ne vous quitterai pas.
Pas tout de suite. Pas tant que tu auras
besoin de...
Elle chercha ses mots un instant, abaissant
son visage puis le dirigeant sur le côté.
_ ... de mon soutien, continua-t-elle. Sakura,
reprit-elle d'une voix moins mélodieuse.
J'ai eu une vie magnifique. J'ai
su très tôt que cette maladie
s'emparerait de moi. J'ai longtemps
cherché un moyen d'y échapper.
Et puis... et puis, quand le destin abaisse
son doigt vers nous, c'est qu'il
est temps de quitter ce monde. En tout cas,
j'ai vécu des moments que j'aurais
aimé partager avec toi...
Dominique salua le collègue qui
l'avait ramené. La voiture
s'éloigna et il sourit.
Nathalie lui apparut, sur le pas de la porte.
_ Elle a trouvé la cassette, dit-elle
simplement en posant une main sur la joue
du professeur. Il est peut-être trop
tôt.
_ Non... Il est temps. Le jeune Anthony
commence à souffrir. C'était
le signe que j'attendais. Il est temps
que le Jade lui revienne.
_ Je te fais confiance.
_ Merci... Attends-la près du talisman,
elle ne va pas tarder à comprendre.
(A suivre)
