(SAISON 2)
La carte sans nom
Episode 36.1 : Mon cœur a choisi
Kero se posa sur le balcon et vérifia
que personne ne se promenait aux alentours.
Il fit quelques pas vers la fenêtre
et aperçut la silhouette qui s'occupait
à différentes tâches
dans la chambre. Tara eut un petit rire
derrière lui et il se tourna brusquement
vers elle comme pour la faire taire :
_ Que fais-tu ici ? lui murmura-t-il.
_ Je savais que tu n'oublierais jamais
vraiment ton ange.
_ De quoi parles-tu ?
Tiffany s'était figée
en apercevant le fauve sur son balcon. Elle
s'approcha lentement et Tara tendit
une main vers le rideau qui s'envola
entre eux, entrecroisant leur regard, les
plongeant dans un silence infini. Un souffla
tiède emplit la chambre et balaya
délicatement les cheveux sombres
que la jeune femme avait relâchés.
Dans la chaleur du dimanche après-midi,
l'air était si doux.
_ Mon ange... reprit-il à voix basse.
_ Kero ? Que fais-tu là ? lui demanda
Tiffany en retournant préparer une
petite mallette.
_ J... je... bafouilla-t-il, un peu perdu,
tandis que Tara disparaissait aussi silencieusement
qu'elle était apparue.
_ Tu es venu prendre des nouvelles de La
carte ? suggéra-t-elle, penchée
au-dessus de sa valise, les cheveux voilant
son regard.
_ Euh, oui...
_ Ah.
_ Du neuf ? demanda-t-il en entrant.
_ Je ne sens rien, tu sais...
_ Ah oui.
Il renifla faussement le coffre protégé
par son pouvoir du Bouclier et haussa les
épaules.
_ Je pense que ça va. Faut-il le
dire à Sakura... d'après
toi ?
_ Tu ne l'as pas fait ? s'étonna-t-elle
en s'asseyant sur ses draps.
_ Non. Je... Je craignais qu'elle
ne s'alarme.
_ Elle aurait raison, non ? Ce qui est arrivé
ici laisse présager bien des choses...
Je crois qu'il ne faut pas lui mentir.
Elle est celle que tu as choisie après
tout.
_ Tu as raison... avoua-t-il en se dirigeant
vers la porte-fenêtre.
_ Attends, Kero...
_ Oui ?
_ Je... Ca n'a peut-être pas
d'importance, le prévint-elle
en détournant les yeux, mais je fais
des rêves plutôt bizarres.
Il fronça les sourcils et elle croisa
les doigts, jouant nerveusement avec une
mèche :
_ Est-ce que moi aussi, je peux faire des
rêves... prémonitoires ?
Il inspira profondément et acquiesça
:
_ Tout être a cette capacité.
Faut-il encore avoir la possibilité
de s'en souvenir au réveil.
Il la salua et passa le rideau.
_ Et quand ce rêve me hante jour et
nuit, murmura-t-elle en posant une main
sur son cœur. Si je ne peux même
pas l'oublier...
Il leva les yeux au ciel, le rideau se refermant
derrière lui et il poussa un profond
soupir.
Lionel lui tendit la main et elle sourit
tendrement, y déposant la sienne.
Il la tira contre lui et un courant d'air
balaya le parc. Le gazon frémit autour
d'eux ainsi que dans les allées.
_ Tu sais que je t'aime ? lui demanda-t-il
encore.
_ Ah bon ? feignit-elle. Je l'ignorais.
_ Alors je te le répète :
je t'aime. Au-delà de tout
ce qu'on m'a imposé,
au-delà de tout ce que Je me suis
imposé.
Elle passa une main sur sa joue et il répéta
les trois mots sans parler.
_ Qu'est-ce qui a changé ?
demanda-t-elle alors.
Il haussa les sourcils et la fixa :
_ Entre nous ?
_ Oui. Je tenais tant à t'en
vouloir, Lionel.
_ Je n'ai rien fait pour nous aider...
_ Et maintenant, je suis si...
_ Comblée ? ce serait normal avec
un gars comme moi, affirma-t-il en gonflant
le torse.
_ Vantard, souffla-t-elle en le frappant
gentiment à l'épaule.
L'herbe se mit à scintiller
entre eux sans qu'ils ne le vissent.
_ Que se passe-t-il ? s'étonna
Katya, une main sur l'écorce
faiblement luisante. Est-ce que ça...
commence ?
Anthony secoua la tête, mais l'homme
qui arrivait le devança :
_ C'est trop tôt.
_ Papa...
Le coffre de Tiffany se mit à grésiller
et de pâles lueurs filtraient ici
et là sur tout le pourtour. Kero
se retourna, les ailes déployés
et se jeta vers Tiffany pour la protéger.
Alors qu'ils roulaient au sol, le
coffre explosa.
L'homme en longue toge ouvrit grand
les yeux et aperçut la figure de
l'adolescente se crisper, une lueur
étrange se décomposant sous
les traits de son visage. Un fantôme
translucide semblait se débattre
avec son enveloppe charnelle et l'homme
recula, prit de frayeur.
_ Quel spectacle, éclata de rire
Yolis en se recomposant derrière
l'homme affaibli.
_ Qui es-tu... ? Le gardien exécuteur,
c'est ça ?
_ Ta protégée semble avoir
un sommeil agité, non ? s'exclama-t-il
en s'approchant du lit.
_ Ce n'est pas normal... Elle dépasse
ce qui était prévu.
Yolis fronça les sourcils en se retournant,
bras croisés.
_ Attends ! Toi, immense puissance de l'éternel,
puissante force parmi les puissantes, tu
es... effrayé ? se mit-il à
rire.
_ Je ne suis pas encore moi-même,
gardien.
_ Ah oui, je préfère ça...
_ Comment l'apaiser ?
_ Apaiser cet agent ?!! Ah ah ah... éclata-t-il
franchement de rire en disparaissant.
La porte s'ouvrit et un homme poussa
la porte pour s'approcha du lit :
_ Que se passe-t-il, ma chérie...
Qu'y a-t-il ? demanda-t-il de sa voix
douce en passant une main sur son front.
Dans un doute il releva les yeux sur l'obscurité
de la chambre et revint vite à sa
fille :
_ Alison... prends un peu de ma force...
Il faut que tu luttes contre cette chose,
lui susurra-t-il en levant une main au-dessus
d'elle.
Un violent éclat de lumière
passa de sa paume à la poitrine de
l'adolescente et elle se calma.
L'homme caché dans l'ombre
recula en apercevant le flot mystérieux
se répandre sous le lit et sur le
sol de la chambre. Le père d'Alison
y baigna la main et secoua la tête.
_ Trop tard...
Tiffany se releva, étourdie ; Kero
s'était figé face à
la carte étincelante.
_ Tu n'es pas évanouie. Comment
se fait-il que personne ne soit venu ?
_ Je suis seule à la maison. Je devais
préparer des affaires pour Maman
pendant qu'elle réglait les
dernières affaires d'un dossier
en cours.
_ Ce n'est pas normal, ce comportement,
affirma-t-il en pivotant vers la carte en
lévitation devant lui. Je ne peux
même pas la toucher. Il faut pourtant
qu'on l'amène à
Sakura.
La jeune femme s'avança et
posa les doigts dessus.
_ Ca a l'air d'aller, je peux
la tenir.
_ Alors, grimpe sur mon dos, on y va...
Je suis vraiment inquiet, cette carte semble
ne pas obéir à Sakura...
_ Pourtant Sakura l'a capturée,
non ?
Il haussa les épaules pendant qu'elle
s'installait sur lui.
_ Accroche-toi, Tiffany.
Une lueur envahit le parc et Sakura et Lionel se regardèrent sans comprendre.
Thomas releva le nez, plutôt fier
de lui. Dans la rue, les passants les longèrent
sans se rendre compte de rien.
_ Ca va mieux ? s'inquiéta
Mathieu.
_ Oui... J'ai appris à me contrôler...
Grâce à... songea-t-il, mystérieux.
Mathieu sourit et posa sa main sur la sienne.
_ Tu sais, ça ne me gêne plus
vraiment que Yue soit trop présent.
_ Comment ça ?
_ Je tenais à te le dire... J'ai
une drôle d'impression. C'est
tout.
Thomas fronça les sourcils et il
s'arrêta sur le trottoir, retenant
son ami par la manche.
_ Que veux-tu dire ?
_ Il y a quelque chose que je dois t'avouer,
Thomas.
_ Une chose...
_ Oui. Une chose que j'ai un peu honte
de t'avoir cachée. Voilà,
j'ai des souvenirs de Yue.
_ Tu veux dire... d'avant ?
_ Non, des souvenirs de ses faits et gestes
quand il redevient lui-même.
Thomas le dévisagea sans comprendre
la douleur qui se lisait derrière
le sourire qu'il affichait
_ Et je sais ce qu'il ressent... continua-t-il.
Thomas se décrispa d'un coup
et éclata de rire.
_ Qu'y a-t-il ?
_ Ce qu'il m'a dit est donc
bien vrai.
_ Je ne comprends pas...
_ Lui se perd parmi tes sentiments, lui
assura-t-il un doigt pointé sur son
torse. Ce sont les tiens qui l'envahissent.
Ne te méprends pas, tête de
linotte.
_ Mais... essaya Mathieu, en proie à
des souvenirs flous d'une discussion
sur un quai.
_ Et tu sais ce qui me plaît le plus
en lui ?
Mathieu baissa la tête et délaissa
son regard, plongeant le sien vers les pavés
du trottoir. Thomas le rattrapa d'un
doigt sous le menton :
_ C'est toi.
_ Moi...
Episode 36.2 : Quelques notes
Kero atterrit dans l'aile du parc,
déserte, et Tiffany posa un pied
dans l'herbe.
_ Ils ne sont pas là, remarqua-t-elle.
_ Je ne comprends pas, c'est ici que
j'ai senti leurs deux auras...
_ La carte est si chaude, pourtant. De plus
en plus, même.
_ Je ne comprends pas... c'est impossible
qu'ils aient disparus.
_ Une force ?
_ Non... c'est... impossible : si
elle venait de les attaquer, elle ne serait
pas loin.
_ Serais-tu seulement capable de la sentir
?
_ Evidemment, souffla-t-il, préoccupé.
Depuis que le Feu a retrouvé sa véritable
puissance j'ai recouvré la
mienne.
_ Ah, fit-elle. Attendons, donc.
_ Moui... soupira-t-il, inquiet.
Dominique referma le livre qu'il
replaça sur l'étagère.
Le jeune ami de sa fille avait trouvé
et emprunté tous les livres intéressants.
Alors il n'y avait qu'une explication.
Il sourit intérieurement.
_ Un problème, professeur ? l'interrompit
Linda dans sa rêverie.
_ Pas du tout. Pas du tout. Tu as trouvé
ce que tu cherchais ?
_ Non... mais... j'ai pris une décision,
Dominique, avoua-t-elle en baissant les
yeux.
Après un silence pesant, elle entrouvrit
les lèvres et...
_ Tu pars, n'est-ce pas ?
Elle releva la tête, étonnée,
mais soulagée de ne pas avoir à
le lui annoncer.
_ Oui. J'ai mis trop d'espoir
dans un sentiment qui n'était
pas le mien.
Il posa une main sous son menton et releva
son visage :
_ Linda, ce qui te hantait n'a rien
à voir avec ton ambition de devenir
archéologue.
_ Mais... et si cet esprit avait désiré
ça pour moi, uniquement pour me rapprocher
de toi et de ta fille ?
_ Ne sois pas sotte, Linda. Ton cœur
te dicte ton chemin depuis bien plus longtemps
que cette force ! Elle a dû prendre
possession de toi à ton arrivée,
ou plus tard encore. Ne renonce pas pour
ça.
Elle haussa les épaules.
_ A moins que ce ne soit pour autre chose
? continua-t-il.
_ Hein ? Euh... hésita-t-elle.
_ Alors tu serais prête à renoncer
à ton plus grand projet d'avenir
pour... un amour déçu ?
Elle se mordilla les lèvres et recula,
gênée qu'il lût
si facilement en elle. Elle s'éloigna
sans rien dire.
_ Elle est délicate, survint une
voix derrière lui, belle, intelligente
et sensible. Elle m'aurait plu.
_ Nathalie...
L'apparition angélique sourit
et déploya ses ailes avant de se
poser au sol près de lui.
_ Ou devrais-je dire... Tara ?
_ Nous ne formons plus qu'une désormais.
Mais ma personnalité a pris le pas
sur la sienne.
_ Alors tu as tout dit à Sakura.
_ Non, pas tout... Le plus important ne
lui est pas destiné. Moi, je n'ai
pas voulu partir pour pouvoir veiller sur
elle. Tara, elle, avait d'autres ambitions.
_ Je suis tout de même heureux qu'elle
sache enfin qui tu es.
_ Moi aussi. C'était si...
pesant, avoua-t-elle dans un souffle.
_ Tu es si belle, Nathalie, fit-il alors
remarquer. Alors que je me fais vieux.
_ Ne dis pas ça.
_ J'ai en moi tant de pouvoirs que
je ne veux pas utiliser. Mais tout ce qui
arrive m'y contraint.
_ Je le sais, s'avança-t-elle
en passant sa main translucide dans ses
cheveux. Quand Tara m'est enfin apparue,
un jour où je souffrais beaucoup,
elle m'a expliqué à
quel point ce serait surtout dur pour vous
tous. Pour Sakura, pour Thomas et pour toi...
_ Tout est bientôt fini. Nous nous
rejoindrons peut-être.
_ Peut-être.
La main de Sakura se resserra sur celle
de Lionel alors que le paysage s'étendait
progressivement devant leurs yeux. Une prairie
verdoyante se trouvait baignée dans
la lueur d'un matin déjà
bien avancé, le soleil se dévoilant
à travers l'épaisseur
nuageuse qui habillait l'horizon.
Des oiseaux s'envolèrent ensemble,
balayant le ciel dans un mouvement fluide
et circulaire, le vent bruissant dans les
branches d'une forêt non loin
d'eux.
_ Où sommes-nous ?
_ On dirait une province du Nord, réfléchit
Sakura.
Un flot de lumière remplit la campagne
et le paysage se modifia peu à peu,
le soleil accélérant sa course
dans le ciel, le traversant à plusieurs
reprises. Quand tout se calma, une chambre
se reconstitua autour d'eux. Avant
même qu'ils ne comprissent ce
qui leur arrivait, une femme s'avança
à travers eux avec une bassine d'eau
chaude et la posa près du lit où
une femme mourante respirait difficilement.
A son chevet, un homme et une petite fille.
_ Mamaaaan... !!! se mit à hurler
l'enfant quand les yeux de la malade
se figèrent dans le vide du plafond.
La petite fille pleurait et son père
la prit contre elle. La main de la femme
glissa dans celle de son mari et sa tête
se coucha sur le côté. Les
pleurs aigus de la petite fille pénétrèrent
Sakura qui sentit les larmes monter en elle.
Lionel la prit contre lui et elle se mit
à sangloter tout en le frappant modérément,
comme pour refuser le sentiment qui l'étreignait.
_ Sakura, murmura Lionel.
_ C'est... C'est comme ça
que maman... hoqueta-t-elle sans se redresser,
blottie entre les bras du jeune homme.
L'homme se leva et ferma les yeux
de sa femme. Sa fille entre les bras, il
se dirigea vers le piano et referma le clavier
lentement.
_ Plus personne ne jouera désormais,
annonça-t-il. Plus personne...
Il se perdit dans l'ombre du couloir
et la petite fille se serra contre lui en
cherchant un dernier regard de celle qui
venait de s'éteindre.
_ Que faisons-nous là ? se demanda
Lionel.
_ C'est si douloureux, murmura Sakura
tandis que le paysage changeait encore autour
d'eux. Et je ne sais même pas
pourquoi j'ai si mal maintenant que
je sais...
_ Parce que la douleur grave en nous un
sillon qu'on ne peut jamais combler,
lui indiqua Lionel.
Un carillon résonna et les jeunes
élèves se précipitèrent
vers la classe qui venait d'apparaître
autour d'eux.
_ Dans un sens, je suis heureuse de savoir
qu'elle n'est jamais vraiment
partie... Mais je n'y peux rien. Je
ne peux rien retenir de ce chagrin, tenta-t-elle
de se calmer.
_ C'est étonnant que tu ne
t'en sois jamais douté, sourit-il
pour la détendre. Un si grand pouvoir.
Juste à côté de toi.
C'était presque évident.
Elle fit la moue en le fixant :
_ Tu te moques de moi, là, sourit-elle
finalement. Tu veux parler de Yue en Mathieu...
Je crois que les personnes les plus insoupçonnables
sont celles qui sont les plus proches de
nous. Maman ne pouvait être que maman...
_ Tu possèdes une part de Clow et
de Tara en toi, en fait. Depuis le début,
tout était décidé.
Le livre de Clow, le jugement, l'affrontement
de Clow, la séparation des pouvoirs,
le Fléau, et le sceau terrestre.
Tu sembles même née pour ça.
Et moi dans tout ça ? s'assombrit-il.
Elle posa une main sur sa joue et leur lèvres
se frôlèrent.
_ Alison, allez, viens... C'est l'heure.
_ Oui, madame, répondit une toute
petite voix.
Les deux amoureux se figèrent, tournant
la tête ensemble vers l'écolière,
seule dans son coin qu'on venait d'appeler
et qui courrait vers la classe. Alison ?!!
Gabrielle serra les poings devant le grand
portail. La force n'était plus
là.
_ Mademoiselle ? l'interpella une
femme en tailleur en descendant de sa voiture.
Je peux vous aider ?
Gabrielle la dévisagea brièvement
et secoua la tête avant de repartir.
_ Etrange, grommela Suzanne, il se passe
de bien étranges choses en ce moment
à la maison.
_ Que faisons-nous madame ? demanda une
de ses garde du corps.
_ Comme d'habitude, indiqua-t-elle.
Ce n'était rien.
Tiffany observa le petit garçon
qui les avait approchés et qui s'éloignait
désormais et elle sentit la peluche
gigoter nerveusement. Quand plus personne
ne fut en vue, il réapparut dans
sa forme de fauve dans une déflagration
sourde.
_ Puf puf puf, souffla-t-il difficilement.
Je n'arrive plus à rester sous
cette forme.
Tiffany lui sourit et baissa les yeux vers
le chemin, en contrebas.
_ N'y aurait-il pas... c'est
un peu fou, comme idée, le prévint-elle.
_ A quoi penses-tu ? Dis.
_ N'y aurait-il pas une... une autre...
forme où tu te sentirais plus à
l'aise encore ?
_ Autre qu'en fauve ? Non, assura-t-il.
Mieux vaudrait aller se cacher en attendant.
Je vais essayer de me faire plus discret.
Alors que Lionel s'avançait
sur la cour d'école, un mur
s'éleva entre lui et Sakura.
_ Lionel ?
Quand il se retourna en sursautant, il n'aperçut
qu'un vaste désert chaud et
sec. Un paysage morcelé, composé
de terres séchées. Tout autour
de lui, tout avait changé.
_ Sakura ?!!
_ Ah !! s'écria Tiffany en
lâchant la carte qui se mettait à
chauffer encore plus.
Kero lança une boule de Feu qui retint
la carte au sol et la fixa grâce au
Bouclier.
_ Ca va ?
_ Oui, oui... la carte a un peu brillé
et...
_ De plus en plus bizarre !
Gabrielle sourit en sentant l'appel. Elle n'était plus très loin...
Sakura recula encore un peu et le paysage
se modifia une nouvelle fois. La cour du
lycée...
_ Sakura ! l'appela Lionel en accourant.
Tu étais là !
Elle courut vers lui et se jeta à
son cou :
_ J'ai eu si peur un instant. Que
s'est-il passé ?
_ C'est une force. Elle a essayé
de nous séparer. Mais pourquoi ?
_ Quelle force ?
_ Je me le demande...
Une mélodie au piano les surprit
dans leur réflexion et ils levèrent
la tête vers les fenêtres de
la salle de musique.
_ Qui joue, un dimanche ?
_ Allons voir, proposa-t-il.
Episode 36.3 : Nos mamans
_ Tu es sûre ? demanda Sandrine.
_ Je lui ai téléphoné,
expliqua Nadine, et c'est son père
qui me l'a dit. Elle est au lit avec
de la fièvre.
_ En tout cas, c'est une bonne idée
de passer la voir.
Sonya serrait contre elle le cadeau qu'ils
comptaient lui offrir.
_ Je ne sais pas trop, moi, avança-t-elle
tout d'un coup.
_ Quoi donc ? lui demanda Yvan.
_ Si ceci est une si bonne idée,
souffla-t-elle en désignant le paquet
du menton. Après tout, si elle est
si nostalgique lorsqu'on parle de
piano... ce n'est pas forcément
parce qu'elle aime en jouer... Je
ne voudrais pas la blesser si ses sentiments
se rapportent à une douleur passée...
_ Une douleur ? reprit Nadine. Oui, c'est
vrai.
_ Vous savez quoi ? clama Yvan en levant
un doigt. J'ai découvert il
y a peu que les cadeaux qu'on offrait
contenaient un peu de nous-même !
Chacun de nous s'offre en quelque
sorte lorsqu'un cadeau est préparé
avec amour !
_ Allons bon, murmura Sandrine.
_ Et quand nous offrons un présent
de « tout notre cœur »,
c'est pour signifier que la personne
à qui il est destiné reçoit
une part de notre affection. Donc cela lui
fera vraiment plaisir même si tu as
raison, Sonya.
_ Ce n'est pas si bête, lui
sourit Sandrine en le prenant par le bras.
C'est un peu comme les chocolats de
la Saint-Valentin.
_ Non, à la Saint-Valentin, tu essaies
toujours de m'empoisonner !
Elle le cogna derrière la tête
et fit mine de bouder. Elles éclatèrent
de rire.
Kerobero tournait en rond à l'abri
des regards :
_ Je me sens inutile. Où peuvent-ils
être ?
_ Ca devient inquiétant, tu as raison.
Les autres gardiens pourraient-ils nous
aider ?
Gabrielle courait sur le chemin sentant
les appels de plus en plus proches.
_ Une force ! bondit Kero, toutes griffes
dehors. Il y a une force qui arrive !
_ Une force ?
La porte de la salle de musique glissa
sur le côté et Alison releva
le nez entre deux mesures, suspendant la
mélodie qu'elle jouait. Elle
ne tourna pourtant pas la tête vers
eux. Elle tremblait doucement et Sakura
s'approcha :
_ Alison ? ça va ?
_ Non, répondit-elle entre deux sanglots.
Non, ça ne va pas... j'ai perdu
ma maman...
Sakura se figea, le souffle court et le
cœur gros.
Lionel la prit subitement par les épaules
et il se jeta avec elle dans le couloir
alors qu'une puissante vague de pouvoirs
envahissait la salle. L'onde les poursuivit
dans les couloirs et il grimpèrent
jusqu'au toit, fuyant l'énergie
dévastatrice qui lézardait
les murs à son passage.
_ Qu'allons-nous faire, Lionel ?
_ Fais-moi confiance !
Gabrielle ralentit sur le chemin et tourna
la tête vers le fourré où
se cachaient Tiffany et Kero.
_ Je t'ai trouvée, enfin...
susurra-t-elle pour elle-même.
La carte clouée au sol se défit
de ses liens et s'envola vers Gabrielle
qui tendit une main pour la recevoir.
Dans une grand flash sonore, Lionel apparut
entre la carte et la jeune femme, atterrissant
sur la carte sans nom et roulant au sol.
_ Lionel ! accourut Tiffany. La carte !
Ramasse-la !
Il leva le nez vers la carte et s'en
empara alors que le sol se mettait à
trembler, des arcs électriques circulant
dans l'air instable. Un bord du canal
céda et Kerobero et Tiffany glissèrent
vers l'eau. Lionel ne lâcha
pas son attention, face à cette femme
qu'il ne connaissait pas.
_ Ca va ? leur lança-t-il, en position
de défense.
Tiffany s'agrippait aux ailes du fauve
qui ne pouvait plus voler, suspendu à
la rive fragile, plusieurs mètres
au-dessus de l'eau.
_ Tiffany, essaie de remonter... lui souffla-t-il.
Tu me... paralyses.
_ Ca va aller ?!! leur demanda Lionel.
_ Donne-moi ça, petit idiot, c'est
à moi, enrageait Gabrielle.
_ Ces cartes sont celles de Sakura, lui
répondit-il en reculant prudemment,
rejoignant le bord du canal.
Tara sourit en volant silencieusement au-dessus
des habitations qui bordaient l'autre
rive du canal et Yolis croisa les bras :
_ Vas-tu le faire ? sourit-il. Tu sais à
quoi tu l'exposes, Tara. Alors que
tu pourrais simplement soulever la Terre
sous eux.
Elle haussa les épaules dans un petit
rire coquin et leva la main vers eux :
_ Que mon pouvoir de Create te redonne ton
apparence, Gardien du Feu éternel.
Kero haussa les sourcils en sentant ses
sensations de lui-même se modifier.
Entre les mains de Tiffany, les ailes disparurent
peu à peu et elle n'eut bientôt
plus rien à quoi se retenir. Elle
chuta.
Une main la rattrapa et elle demeura un
instant pendu à ce bras sauveur.
Quand elle releva la tête, elle le
vit.
_ Ca va aller ? demanda-t-il, sa chevelure
blonde envahissant son visage. Maintenant,
remonte...
_ Oui...
_ Vous n'êtes que des idiots,
s'écria Gabrielle. Un jour
je la possèderai de nouveau et je
vous balaierai d'un coup ! s'écria-t-elle
en désignant le petit groupe de l'index
avant de disparaître.
_ Elle... elle est partie ? s'étonna
Tiffany en rejoignant le bord.
_ Qui c'était ? demanda Lionel.
Kero observa son corps et fronça
les sourcils.
Sakura courait dans les escaliers et déboucha
sur le toit. Une colonne sombre traversa
les plafonds successifs et la silhouette
réapparut en son centre sur le recouvrement
du toit.
_ Alison... Mais pourquoi fais-tu ça
?
_ Parce que j'ai perdu ma maman...
Lionel fit passer Sakura derrière
lui et leva son épée face
à la lycéenne. Sakura fronça
les sourcils :
_ Quand t'es-tu changé, Lionel
? nota-t-elle en observant le sigle sur
le dos de sa tunique.
_ Vite, utilisons Fly pour partir, la brusqua-t-il.
_ Mais... On ne va pas laisser Alison dans
cet état...
_ Elle n'a que ce qu'elle mérite.
Elle a voulu m'utiliser contre toi.
Alors que tu m'aimes tant... je te
dois tant Sakura.
_ Pardon ?
Chez Alison, Maxime les fit entrer et Sonya
lui tendit le cadeau :
_ Si elle dort nous n'allons pas la
déranger.
_ Je ne sais pas... je vais aller voir.
_ Ce ne sera pas la peine, intervint un
homme en toge sombre, en sortant du couloir,
sa capuche rabattue sur son visage.
_ Qui êtes-vous ? Que lui voulez-vous
?! lui cria le père, comprenant qu'il
sortait de la chambre de Alison.
_ Son âme est à moi, désormais,
tu peux disparaître !
Il leva une main vers le père d'Alison
et Yvan le poussa sur le côté.
_ Encore toi... petit rat. Soit ! Je te
le laisse, mais sa vie est finie, elle va
le quitter petit à petit, je ne voulais
que lui abréger de longues souffrances
!
Et dans un éclat de rire diabolique,
un passage s'ouvrit dans le néant
et se referma sur lui.
_ Monsieur Gauthier...
_ Qui était-il ? Qu'a-t-il
fait à... ma fille.
L'homme s'effondra à
terre et les filles s'approchèrent.
Yvan, lui, chercha le téléphone
pour prévenir Sakura.
_ Comme je devenais trop gênant,
j'ai été expulsé
de ce monde d'illusions, expliqua
Lionel en cherchant un moyen d'y retourner.
Il faut que je le réintègre,
pourtant. Pour Sakura.
_ Est-ce qu'on ne pourrait pas plutôt
la faire revenir ? réfléchit
Tiffany.
_ Tu as une idée ? la fixa-t-il.
_ Peut-être... Ton compas magique.
Il vise les cartes de Sakura, non ?
Kero croisa les bras et secoua la tête,
le regard sceptique :
_ Ce ne sera pas suffisant. Un simple objet
magique ne suffira pas.
_ De toute façon, il est resté
en Chine !! les prévint Lionel.
_ Kero a raison, les surprit Tara, accompagnée
par Yolis.
Elle tendit une main vers eux, paume vers
le ciel et Yolis y fit apparaître
l'objet.
_ Alors nous allons lui rendre sa liberté
à elle aussi.
Tiffany observa la femme aux cheveux longs
et se mordilla la lèvre... Une idée
venait de la traverser... Une idée
de cadeau pour... Mais elle chassa cette
idée saugrenue. Ce n'était
pas le moment d'y penser...
« Plus tard » se dit-elle alors.
_ De quoi parlez-vous ? demanda Lionel.
_ Tu ne le savais donc pas ? Tout comme
le Cercle a réussi à enfermer
les Elementaria dans des talismans, ta mère
a su capturer une force. La seule qui lui
suffisait pour trouver les autres. La seule
qui garde un lien avec toutes les forces
du monde. Et c'est une force sauvage
qui m'est affiliée, sourit-elle
en passant la main au-dessus du compas magique.
_ Vous voulez dire que mon compas est une
carte créée par ma... mère
?
_ Par le sceau terrestre, je défais
le lien qui te retenait parmi nous, clama
Tara. Maintenant, cette force va retourner
à son état sauvage, elle va
se fondre dans le corps électromagnétique
de cet univers.
_ Et pour Sakura ?
_ Eh bien il n'y a qu'une solution,
lui indiqua Yolis tandis que Tara créait
un petit objet au creux de ses mains. Capture-la.
_ Que je la capture ? Avec quoi ?
_ Une clef du Sceau ! lui tendit Tara. Fais
de ton mieux...
_ Je ne comprends pas, souffla Sakura,
pourquoi dis-tu cela, Lionel ?
_ Hi hi hi... je ne suis pas Lionel, ricana
presque joyeusement le jeune homme.
_ Nooon ! se mit à hurler Alison
en tombant à genoux. Ne libère
pas... cette force-là !
_ Elle ne va pas me libérer, lui
cria le garçon. Je vais me libérer
tout seul.
_ Tu vas... mourir, lui confia Alison, le
visage entre les mains, si tu me quittes...
_ Alison, s'approcha Sakura. Que t'arrive-t-il
?
_ Je suis fatiguée, avoua-t-elle.
Je suis fatiguée de tout ce mal.
Je suis fatiguée de te jalouser,
Sakura. Alors que j'aimerais vivre
en paix, avec mon père... et ma chère
mère qu'Il a tué !
_ Qui ça ?
Une puissante lumière sombre l'enroba
et elle disparut sans un bruit.
_ N'aie crainte, Sakura, tout ceci
n'est qu'un rêve.
_ Mais qui es-tu ? se retourna-t-elle. Si
tu n'es pas...
Il écarta les bras et un flot de
particules l'enveloppa pour lui rendre
sa forme originelle qui se posa au sol.
Sakura s'en approcha. C'était
un miroir. Son reflet cligna de l'œil
et lui fit signe.
« Je ne te voulais pas de mal. Je
crois que tu ne le mérites pas, Sakura.
Ton frère a su me donner tant d'affection.
Même si je n'étais alors
pas moi-même... Je ne l'oublierai
jamais. A présent, capture-moi. »
Elle tendit une main vers le miroir.
_ Force du Miroir, quitte la forme qui est
tienne !! Deviens Carte. Carte de l'éternel
!!
L'objet magique partit en lambeaux
de lumière pour se recomposer dans
sa main. « Mirror, lut-elle. Merci
à toi»
Une particule virevoltait encore sur le
toit et Sakura fronça les sourcils
devant la pureté de l'aura
sombre qui semblait chercher son chemin.
Elle approcha doucement de la force nouvelle.
_ Qu'est-ce que c'est...?
Elle s'agenouilla à côté
de la particule sombre qui se posa au sol.
_ On dirait...
Dans son dos, une myriade de cette même
poussière magique venait de s'élever
et approchait dans le silence le plus total.
Le corps de Sakura tomba sur l'herbe,
inconscient. Tiffany s'approcha d'elle
alors que le sceptre s'allongeait
entre les mains de Lionel.
_ Elle... Elle est... Je ne sens plus son
pouls, se tourna-t-elle vers Lionel.
_ Il n'est pas trop tard, leur confia
Tara. Les chemins de la mort sont longs
et sinueux et elle peut encore faire un
pas vers nous. Guide-là.
_ De la.. mort ?! s'étouffa-t-il.
_ Aide-la ! lui cria Yolis.
_ Oui...
Il leva le sceptre terrestre au-dessus de
lui.
« Sakura... Ne meurs pas »
Elle tourna la tête vers la silhouette
qui s'était formée derrière
elle alors que la fine particule avait filé
entre ses chaussures.
_ Qui êtes-vous ?
_ Alors te voilà donc, Sakura...
_ Cette voix... Je l'ai déjà
entendue...
_ Qu'importe !
_ Au parc d'attraction... C'était
vous ?
_ Non, c'était ma sœur...
Tu vas devoir mourir, Sakura, lui annonça-t-elle
en leva un doigt vers elle.
_ Sakuraaaa !!! hurla Lionel, revieeeeens
!
Il abattit le sceptre au-dessus du corps.
Le rayon de lumière noire finit
sa course dans le sol et la silhouette sourit.
Sakura venait de disparaître.
_ N'est-elle pas à la hauteur
? demanda une autre femme très lumineuse
en apparaissant à ses côtés.
_ Non. Elle n'a pas agi seule. Il
faudra encore la tester.
_ Mais ma sœur... La fin est proche
et tu sais que nous serons l'équilibre
ou le déséquilibre dans le
balance du Destin...
_ Justement, pesta la silhouette sombre.
L'issue de ce test mettra un terme
à cette longue attente... Elle décidera
pour nous. Le Destin est entre ses mains
depuis le début des temps. C'est
ainsi. Retournons à la sphère.
Nos places ne sont pas ici.
_ Tu as raison, avoua la silhouette lumineuse
en inclinant la tête.
_ Cesse de t'apitoyer. Light et Dark
ont eu trop d'égards pour cette
enfant. Nous devons la juger avec plus de
sérieux. Il en va de l'avenir
de tout ce qui est, en ce monde.
_ Je le sais, et cela m'attriste encore
plus.
_ Rentrons.
Quand elle ouvrit les yeux, Lionel se laissa
tomber près d'elle et la serra
contre lui de toutes ses forces. Tiffany
essuya une larme et sentit une main posée
sur la sienne. Elle releva les yeux sur...
_ Kero ?
_ Tu nous été bien utile,
Tiffany. Sakura peut être fière
d'avoir une amie comme toi.
_ Merci... c'est gentil... Je...
De larges ailes poussèrent dans son
dos et il fronça les sourcils.
_ Kero... tu... lança-t-elle sans
oser continuer.
Et dans un grand éclat, son corps
redevint félin. Elle s'agenouilla
à ses côtés et le serra
simplement contre elle pour le remercier.
_ Maman ? s'étonna Sakura.
Que s'est-il passé ?
_ N'aie crainte. C'est fini...
_ Pour l'instant, murmura Yolis en
se tournant légèrement.
_ Ah...
_ Et tu es en vie, lui murmura Lionel en
posant ses mains sur ses joues.
Il lui sourit de tout son cœur et déposa
un long baiser sur ses lèvres, alors
qu'elle passait une main dans son
cou. Tant de choses auraient pu se dérouler
autour d'eux dans cette seconde. Sakura
sentait un tel bien-être la parcourir...
Elle savait désormais quel était
le droit chemin. C'était celui
du cœur. Celui qu'elle avait
toujours suivi, s'opposant parfois
à trop de gens qui voulaient la raisonner.
Mais tout ce temps, elle avait raison. On
ne vit réellement qu'en étant
soi-même. Et de tout son cœur,
c'est Lui qu'elle réclamait.
Et il était là.
Quand il prit un peu de recul, il ouvrit
les yeux et la dévisagea tendrement.
_ Je ne sais pas ce qui adviendra désormais,
avoua-t-il. Mais c'est moi qui décide
pour moi. Et je sais que je veux rester
à tes côtés.
_ Je le veux aussi...
