Disclaimer : Le personnage de Leslie Van Liempd m'a été prêté par elle-même. Le personnage de Julie Martinez, c'est moi, et il me semble que je m'appartiens à moi-même (non ?). Les autres, eh bien, il s'agit des personnages du film, et peut-être en inventerai-je de nouveaux, on verra.

Résumé : Fic écrite à quatre mains, par ma cousine et moi-même. Elle vient de partir en vacances, la suite ne viendra donc pas avant quelques semaines. En allant voir POTC 3, nous nous retrouvons elle et moi projetées dans l'univers du film... mais après la fin dudit film. Ne tient pas compte de la scène postgénérique. Je sias, le titre comme le résumé sont pourris, j'ai toujours du mal à en trouver... mais le contenu de la fic est mieux, promis.

Chapitre 3 : Haleine, charme et rapière !

Cela faisait déjà quatre jours que Julie était sur le Black Pearl, en compagnie d'un équipage qui commençait sérieusement à l'agacer. Si dans les films l'équipage de Jack était toujours assez… gentil, faute d'un meilleur terme, dans la réalité il en allait tout autrement. Elle avait vivement refusé la cabine de Jack. En effet, il semblait penser que ses yeux se trouvaient dans son décolleté, qu'il reluquait de façon éhontée. Ces regards ne lui ayant pas inspiré confiance, elle avait préféré donc dormir avec l'équipage. Mauvaise idée. Elle n'arrivait jamais à dormir bien longtemps, angoissée qu'elle était à l'idée que ces marins en manque visible de femme ne viennent jouer au docteur durant son sommeil. Seuls deux hommes sortaient du lot : Mr Gibbs - mais cela n'avait rien d'étonnant, vu son âge, il ne devait pas s'intéresser aux gamines de son genre – et un charmant jeune homme, dont l'haleine ne sentait ni le rhum, ni aucune sorte d'alcool, et qui ne la regardait pas comme si elle était une vulgaire catin. Jack était très gentil, bien sûr, mais il ne prenait jamais la peine de regarder son visage, préférant la vue plongeante de son décolleté ; et son haleine était insupportable. Bon sang, mais comment est-ce qu'Elizabeth a pu supporter ça ? Comment a-t-elle pu aller jusqu'à l'embrasser ? Bref, Julie tombait de fatigue. Accoudée au bastingage, regardant défiler l'océan, elle maudissait tout ce qui lui passait par la tête, à commencer par Calypso. Foutue déesse, qui n'est pas fichue de faire le travail elle-même ; foutus pirates, qui me prennent pour une fille de joie ; et foutu Sparrow qui se croit irrésistible !« Tout va bien, mademoiselle Martin ? »
Encore une raison de maudire l'idée de Calypso : elle avait dû déguiser son nom et se faire passer pour une française, afin de justifier son ignorance totale des coutumes du Nouveau Monde. Elle se retourna et fit un sourire au jeune homme. Celui-ci était typiquement asiatique : des cheveux noirs, des yeux assortis, une peau mate…et surtout, il avait un sourire à tomber.
« Tout va très bien, je vous remercie. J'admirais l'océan…
- Oui, la mer des Caraïbes est magnifique en cette saison.
- Je réalise que ça fait quatre jours que je vous ai rencontré, et je ne connais même pas votre nom, ou votre âge.
- Thânh. Thânh Trinh. Et j'ai 19 ans.
- Taï-neuh, prononça-t-elle avec difficulté. C'est un beau prénom. Etrange, mais beau. Comme son propriétaire, faillit-elle ajouter, mais elle se retint : elle n'était pas là pour faire du gringue.
- Julie est aussi un très beau prénom. J'aimerais l'utiliser plus souvent. »
L'adolescente eut un sourire. C'était une mauvaise tentative de drague, mais son prénom, prononcé à la française avec un accent asiatique, était terriblement craquant dans la bouche du jeune homme.
« Je suis désolée, Mr Trinh, mais si je vous permets d'utiliser mon prénom, les autres membres de l'équipage se le permettront aussi, ainsi que d'autres familiarités.
- Oui, bien sûr, je comprends. Ces vieux loups de mer n'ont pas eu de la fraîcheur depuis longtemps. Ils sont trop vieux pour avoir autre chose que les catins, et votre vue leur rappelle leur jeunesse… Alors, avez-vous réussi à convaincre notre capitaine de changer de cap, et de préférer Port-Royal à Tortuga ?
- Non, grimaça-t-elle. Chaque fois que j'en parle du bout des lèvres, il me réplique : Pourquoi devrais-je aller à Port-Royal, où j'ai toutes les chances de me faire capturer, plutôt qu'à Tortuga où je suis libre de boire du rhum et courtiser des femmes ? »
Le jeune homme éclata de rire. C'était un rire chaleureux, et communicatif : l'adolescente se joignit bientôt à lui. Soudain, un éclair de génie la traversa. Mais bien sûr ! Il est évident qu'il est amoureux d'Elizabeth Swann… je veux dire Turner ; il me suffit donc de lui faire remarquer qu'elle est seule, dans une grande maison vide, et condamnée à ne revoir son mari que dans une dizaine d'années. S'il ne saisit pas le sous-entendu, c'est qu'il est vraiment plus bête que je ne le croyais…« Vous voulez bien m'excuser ? Je crois que j'ai une idée…
- Mais je vous en prie. »
Elle s'éloigna en quête de Jack, qu'elle trouva négligemment appuyé sur le gouvernail, se donnant l'air nonchalant, égal à lui-même. Elle réprima un rire moqueur devant tant de comédie.
« Capitaine Sparrow !
- Ah… Mademoiselle Martin, fit-il avec un sourire. Que puis-je pour vous ?
- Tout d'abord, cesser de regarder mon décolleté, il n'y a aucune carte ou trésor caché dedans. Ensuite, accepter de me conduire à Port-Royal.
- Et qu'aurais-je à y gagner ?
- Vous pourriez retrouver Elizabeth Turner. Une belle jeune femme… seule… séparée de son époux pour les dix ans à venir… La proie idéale pour un homme tel que vous.
- Qui vous a parlé d'Elizabeth ? »
Julie faillit éclater de rire, mais c'était prendre le risque d'un refus, et elle ne pouvait pas se le permettre.
« L'important n'est pas de savoir qui m'en a parlé, mais à qui je vais en parler, moi. La plupart des membres de cet équipage cesseraient de vous suivre, j'en suis sûre, s'ils savaient que vous avez peur de revoir une femme, et que c'est la raison pour laquelle vous fuyez Port-Royal comme la peste.
- Je n'ai absolument pas peur de la revoir. Elle n'a pas un physique effrayant, bien au contraire.
- Vous avez peur de souffrir. Parce que vous savez qu'elle vous a préféré un forgeron, et parce que vous êtes amoureux d'elle. »
Jack approcha son visage tout près du sien, faisant grimacer la jeune fille subissant son haleine. C'était répugnant, et que dire de ses dents gâtées sinon qu'elles dégageaient elles aussi une odeur infâme ?
« Je ne suis absolument pas amoureux d'Elizabeth.
- Tiens donc. Je me demande si l'équipage serait du même avis, en entendant la façon dont vous prononcez son nom. Quoi qu'il en soit, il y a un moyen tout simple de prouver la véracité de vos paroles. Conduisez-moi à Port-Royal et allez rendre visite à Elizabeth. Que vous soyez amoureux ou non, cette femme vous attire. Et comme je l'ai déjà dit, elle est seule. »
Voyant que Jack n'était toujours pas convaincu, elle ajouta :
« Je vous harcèlerai avec ça jusqu'à ce que vous cédiez, de toute façon. Si vous voulez avoir la paix, vous savez quoi faire.
- Oh, très bien, capitula Jack. Puisque vous y tenez tant que ça… CAP SUR PORT-ROYAL ! lança-t-il à l'équipage. Vous avez intérêt à ce que ça en vaille la peine, menaça-t-il l'adolescente.
- Oh, ça en vaudra la peine, murmura-t-elle tandis qu'il s'éloignait. Vous risquez d'être surpris… »

La vie de Leslie au sein du foyer d'Elizabeth – elle était effectivement maîtresse du manoir de feu son père, ainsi que de toutes les dépendances associées – prit un tournant considérable une fois son initiative prise de faire la lecture à la jeune femme en échange de leçons d'escrime. La jeune fille n'avait pas beaucoup d'endurance, mais elle avait de la force et de la volonté, et au bout de quelques heures son maniement de l'épée devint acceptable, ainsi que sa capacité à mener le combat plus longtemps. Elle fut ravie de ce résultat rapide, présentant la suite de son apprentissage sous un jour favorable. Elizabeth elle-même, peu encline aux compliments, y alla d'un mot gentil, lâché du bout des lèvres. Leslie se demanda ce que la Reine des Pirates pouvait bien avoir à être si taciturne et si peu aimable. Peut-être ses hormones… Cette idée la fit sourire fugitivement.
« Excusez-moi, intervint Elizabeth qui cousait encore dans son fauteuil. »
Leslie interrompit sa lecture et releva la tête avec une expression interrogatrice sur le visage.
« Oui ?
- L'écriture de ce livre est si différente de ceux que j'ai lus !
- Cela ne vous plaît-il pas ? s'inquiéta Leslie qui voyait déjà ses espoirs s'envoler.
- Comment ? Au contraire, je trouve cela tellement exaltant ! »
Leslie hocha la tête et sourit. Elle avait entrepris la lecture du premier tome de La Reine Celte de Manda Scott, racontant l'histoire de Breaca, la femme ayant mené la révolte contre les Romains en Bretagne au premier siècle.
« Je suis ravie que cela vous plaise, fit Leslie, sincère.
- C'est comme si nous vivions ce qu'ils vivent, qu'on ressentait ce qu'ils ressentent, et leurs aventures sont tellement intéressantes, pleines d'amour, de chagrin… »
La jeune femme fut interrompue par des coups frappés à la porte de sa demeure. Elles entendirent le majordome ouvrir la porte et prendre un air affecté à l'entrée du capitaine – certes peu gradé mais courageux - chargé de la protection de Madame Turner lors de l'absence de son époux. Autant dire qu'il était assuré d'une bonne paie durant un bon bout de temps. Le capitaine était assez jeune, dans les 25 ans, de taille moyenne, les cheveux clairs et les yeux d'un bleu comme délavé par le soleil. Chacune de ses joues était barrée par une affreuse cicatrice qu'il disait avoir reçues lors de traques d'esclaves, en tentant de protéger les fugitifs. De cela il ne se vantait pas devant ses supérieurs, mais le simple fait qu'il l'ait avoué à Elizabeth – une noble, en définitive – le rendait sympathique aux yeux de l'adolescente. Et même… intéressant. Toutefois, il était d'une ignorance désopilante, ne sachant ni lire ni écrire, ce qui évidemment constituait un défaut sans pareil, même si le malheureux n'y pouvait absolument rien.
- Madame et Mademoiselle Elizabeth, fit-il avec une courte révérence en pénétrant dans le salon.
Leslie et Elizabeth eurent toutes deux un demi sourire. Lorsqu'elle avait dit son prénom, tout le monde avait cru que Leslie était un diminutif d'Elizabeth, alors qu'en fait c'était un dérivé. Du coup, tout le monde l'appelait Elizabeth par jeu. Elle n'en disait rien. Peu lui importait, et Elizabeth correspondait mieux à cette époque que la modernité de son propre prénom.
L'homme portait une longue boîte en bois de cerisier dans sa main droite. Lorsqu'il l'ouvrit, l'intérieur en feutrine bleue dévoila une épée d'une jolie simplicité, qu'il montra à Elizabeth, recevant un hochement d'assentiment en échange.
« Capitaine Joke, montrez son arme à Elizabeth. »
Leslie ouvrit de grands yeux, affreusement gênée, quand Joke lui tendit l'épée. Elle balbutia des remerciements en insérant sa main dans la poignée de l'épée.
« Que puis-je faire pour vous remercier ? demanda-t-elle à Elizabeth qui maintenant s'épanchait et souriait franchement, la première fois depuis son arrivée. »
La jeune femme transformée fit mine de réfléchir.
« Capitane Joke, que croyez-vous qu'Eliza puisse faire pour me remercier ? »
Pris au dépourvu, le Capitaine lâcha, sans réfléchir.
« Vous accompagner au bal auquel vous êtes invitée samedi prochain ? »
Leslie l'aurait tué. Elle le transperça de part en part avec toute la force de son regard, qu'elle savait effrayant lorsqu'elle le voulait. Joke s'en aperçut et recula d'un pas, car il se trouvait dans la trajectoire directe de l'arme que tenait l'adolescente. Elizabeth les regarda tour à tour.
« Vous parlez du bal qu'il me tarde de voir fini tant je n'ai pas envie d'y aller ? demanda-t-elle, de façon rhétorique.
- Vous y êtes pourtant forcée ! »
Ce fut au tour d'Elizabeth de transpercer l'homme du regard, le plongeant dans la confusion. Leslie fut prise d'une crise de rire, que reprirent en chœur les deux autres.
« Vous me traîneriez jusque là-bas, Joke ?
- Sans doute, Madame, puisqu'en y allant vous défendez le pouvoir de votre père. Certes vous n'êtes pas gouverneur mais vous en conservez le pouvoir.
- Vous êtes bien informé stratégie politique pour quelqu'un d'illettré, lâcha Leslie, railleuse.
- Je tiens à préserver la réputation de ma Maîtresse, Mademoiselle.
- Quitte à la faire languir d'ennui ?
- De deux maux choisir le moindre, comme dit le philosophe. »
Elizabeth et Leslie se turent, soufflées par les paroles du capitaine, qui prit un malin plaisir à savourer leur surprise.
« M'auriez-vous trompée, Joke ? s'enquit Elizabeth.
- Je ne sais ni lire ni écrire, Madame, mais je sais écouter. Et j'ai de la mémoire.
- Sans doute, fit Leslie.
- Je disais donc, qu'entre vous faire mal aux pieds et supporter les assauts de nobles à perruques, ou subir l'opprobre de par votre absence, il me semble que les pieds feront mieux l'affaire.
- Le pire est sans doute le fait que je sais que vous avez raison, soupira Elizabeth, qui se tourna vers Leslie. Cependant, je crois que ce sera parfait pour me remercier de ce menu cadeau. Ne savez-vous donc pas que mon époux détient la forge, si bien que cette épée ne m'a rien coûté ?
- Ce n'est pas tant le prix que le geste que je souhaite remercier, répondit Leslie.
- C'est très aimable à vous. Accepteriez-vous de m'accompagner, ainsi que Joke, à ce funeste bal où je dois me rendre ? »
Leslie eut une moue exprimant son embarras.
« Evidemment… Toutefois, je ne sais pas danser.
- Oh…, firent ensemble Joke et Elizabeth.
- Encore quelque chose à vous enseigner, fit Joke.
- Dites que je ne connais rien à rien !
- En tout cas vous ne connaissez pas l'essentiel, répliqua-t-il.
- Joke, vous apprendrez la danse à Eliza. Puisque vous tenez tant à ce que je m'y rende, je n'irai que si elle m'accompagne en sachant parfaitement ce qu'elle devra faire. »
Leslie et Joke eurent un soupir commun.
« Nous minimiserons les leçons d'escrime pendant quelques jours, le temps que vous appreniez, dit Elizabeth. Merci à vous, Capitaine, vous pouvez vous retirer. »
Joke s'inclina de nouveau face aux deux Elizabeth, leur adressa un regard d'au revoir, et sortit.
« Bien bien, marmotta Elizabeth en prenant l'épée des mains de Leslie pour la remettre dans son coffret de bois. Voulez-vous bien reprendre où vous vous étiez arrêtée ?
- Bien sûr, approuva Leslie. »
Elle posa ses yeux sur la page et recommença sa lecture. Elle avait conscience que si Elizabeth ne s'était pas confiée à elle plus tôt, c'est qu'elle n'avait pas confiance en elle. Cependant, maintenant que Leslie se révélait ne rien cacher – du moins qui puisse causer un tort irréparable à Elizabeth – la jeune femme paraissait prompte à la plaisanterie et à la détente. Elizabeth reprit sa couture en écoutant d'une oreille passionnée. Leslie ressentit une joie enfantine à l'idée de vivre toutes ces aventures dans un faux 18ème siècle. Elle se pelotonna dans son fauteuil et, tout en lisant, laissa son esprit vagabonder partout à la fois, vers sa cousine, vers son époque, vers celle de Breaca, et vers celle où elle se trouvait…