Chapitre 5 : c'est ton tour !

Jack haussa les sourcils.

« Allons, Lizzie, est-ce là une façon d'accueillir un vieil ami ? A peine vous me retrouvez que vous me menacez d'appeler la garde…

- Je vous ai demandé ce que vous faisiez ici, Jack. Je n'attendrai pas longtemps.

- Je suis venu vous faire une offre, répondit le pirate en réfléchissant à toute vitesse. Une offre dont je préfèrerais discuter à l'abri des oreilles indiscrètes…ajouta-t-il en regardant autour de lui.

- Ne l'écoutez pas, madame Turner, intervint Joke. Ce pirate cherche encore à vous embobiner, comme toujours !

- Joke, est-ce que vous êtes là pour me protéger ou pour me donner des ordres ? Le capitaine Sparrow affirme avoir une proposition à me faire, à l'abri des oreilles indiscrètes. Je le recevrai donc chez moi, accompagné uniquement par la cousine d'Eliza. Il aura ensuite 5 minutes pour me convaincre d'accepter. Si à la fin du temps imparti, il n'a pas réussi, alors vous serez libre de vous battre avec lui, et de le tuer, si vous y arrivez. Cela convient-il à tout le monde ?

- J'accepte, répondit Joke de mauvaise grâce. Mais si ce pirate fait un seul geste brusque, je considèrerai comme mon devoir de dégainer mon épée et de le tuer.

- C'est l'évidence même, répondit Sparrow en s'inclinant à nouveau. Mlle Martin, suivez-nous, je vous prie. Mr Gibbs, reconduisez l'équipage au Black Pearl, et veillez cette fois à ce qu'aucune mutinerie n'ait lieu. »

Leslie tiqua en entendant le pirate appeler sa cousine Mlle Martin au lieu de Martinez. Celle-ci lui fit cependant signe de ne rien dire.

« Je t'expliquerai plus tard, articula-t-elle en silence. »

La jeune fille acquiesça, tout en songeant qu'elles avaient beaucoup de choses à se dire…

« La Fontaine de Jouvence ? fit Liz d'un ton incrédule. Vous me demandez de quitter ma maison, ma ville, et de partir avec vous poursuivre un mythe ? Décidément, Jack, votre séjour dans l'antre de Davy Jones a achevé de chambouler votre esprit.

- Des mythes ? Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il s'agit de mythes ? Vous avez vu tellement de choses incroyables ces trois dernières années, Elizabeth ! argumenta Jack. Vous avez vu des hommes transformés en morts-vivants à cause d'une malédiction aztèque. Vous avez vu des pirates qui s'étaient tous plus ou moins métamorphosés en créatures marines. Vous avez vu une sorcière ramenant Barbossa d'entre les morts. Vous avez vu battre un cœur arraché de la poitrine de son propriétaire, vous avez vu un monstre soi-disant légendaire me couler avec mon navire. Vous vous êtes rendue dans l'antre de Davy Jones, d'où vous m'avez ramené avec le Black Pearl. Vous avez vu Tia Dalma se révéler être en réalité la déesse Calypso, vous avez vu votre époux mourir puis revenir à la vie alors qu'on lui avait arraché le cœur. Si quelqu'un vous avait raconté tout ce que nous avions vécu, n'auriez-vous pas dit, incrédule, qu'il s'agissait de mythes et de légendes ?

- Des bêtises, tout ça, grommela Joke dans son coin.

- Mon cher… Joke, c'est bien ça ? Je vous prierai de laisser Mme Turner décider elle-même de ce qu'elle doit faire. Réfléchissez, Lizzie, ajouta-t-il en sentant faiblir la jeune femme. Ces cartes montrent bien le chemin pour accéder à la Fontaine de Jouvence, commes elles ont indiqué le chemin pour venir me chercher et me ramener d'entre les morts. Et imaginez ce qui vous arrivera si vous refusez cette opportunité. William Turner est un homme bien bon, mais c'est un homme. Croyez-vous qu'il voudra toujours de vous, lorsque vous serez vieille et ridée alors qu'il sera jeune et beau ? Supportera-t-il de revenir un jour et d'apprendre que son épouse est morte ? Maintenant, supposez que nous trouvions la Fontaine. Vous aurez la vie éternelle, comme lui. Vous serez toujours jeune et jolie, même dans cent ans. Vous pourrez peut-être un jour trouver le moyen de contrer la malédiction qui vous sépare pendant dix ans…

- Les cinq minutes sont largement écoulées, annonça Joke.

- Très bien, Jack. Je viendrai avec vous à la recherche de cette fameuse Fontaine. Mais je ne resterai pas longtemps sur le Black Pearl. En effet, je suis toujours reine des pirates, et capitaine de l'Empress. Mon navire et mon équipage sont à Tortuga, c'est donc là que nous ferons escale, et c'est là que je changerai de navire. Vous serez assez bon en attendant pour m'offrir votre cabine, et dormir avec l'équipage, n'est-ce pas ? »

Jack ouvrit des yeux interloqués tandis que les deux cousines ricanaient discrètement.

« Elle l'a bien mené en bateau, sur ce coup, murmura Julie.

- Elle est très rusée, quand elle veut, répondit Leslie sur le même ton. Mais toi, tu as beaucoup de choses à me dire ! Je veux que tu me racontes tout ce qui t'est arrivé depuis… tu-sais-quand.

- Oui… Mais avant tout, j'aimerais aller me laver et me changer…

- Pas de problème… Madame Turner ? Ma cousine aimerait se laver et changer de vêtements.

- Mais bien sûr, voyons ! Où donc avais-je la tête ? »

Elle frappa dans ses mains et deux domestiques apparurent.

« Préparez un bain chaud pour Mlle…

- Martin. Julie Martin.

- Un bain chaud pour Mlle Martin, donc, et des vêtements convenables. Eliza, accompagnez donc votre cousine, vous en mourez d'envie ! »

Avec un sourire ravi, Leslie s'empressa d'obéir. Julie ne lui laissa pas le temps d'en placer une.

« Allez, dis-moi, je veux tout savoir. C'est qui ce Joke ? Depuis quand tu t'appelles Eliza ? Caly… quelqu'un m'a dit que tu avais été agressée par une foule en colère à cause de tes vêtements, et qu'Elizabeth t'avait sauvée…

- Très bien, alors, une question après l'autre. Joke, c'est un capitaine, sans doute de piraterie, que Will a envoyé à sa femme pour la protéger de Jack. Voilà la version officieuse. La version officielle, Joke est un capitaine que Will a envoyé à sa femme pour la protéger durant son absence. Il se trouve que quand j'ai annoncé mon prénom, tout le monde a cru qu'il s'agissait d'un diminuitif pour Elizabeth. Pour nous différencier, la vraie Elizabeth a pris l'habitude de m'appeler Eliza. Et oui, en effet, j'ai été agressée par une foule en colère quand je suis arrivée à Port-Royal habillée comme une pirate. Toi et tes idées géniales ! »

Leslie fit donc à sa cousine le récit de tout ce qui lui était arrivé. Celle-ci n'en revenait pas.

« Waouh. Eh ben, tu en as vécu des choses ! lança-t-elle depuis son bain. Tu joues les lectrices, en échange tu apprends l'escrime, et tu vas apprendre à lire à ce charmant jeune homme…

- Je t'arrête tout de suite, fleur bleue ! Il n'y a rien, rien, l'adolescente insista sur le mot, entre moi et Joke. Il se pourrait qu'il devienne un ami, mais pas ce que tu sous-entends. En plus, je le trouve terriblement agaçant. Et toi, alors ? Raconte-moi tout, et pour commencer, qui t'a dit que la foule m'avait agressée…

- Tu ne vas pas me croire, prévint Julie en grimaçant.

- Tiens donc ? Tu sais, je suis prête à croire pas mal de choses, depuis quelque temps…

- Très bien… C'est Calypso.

- Caly… Tu veux dire la Calypso du film, la Tia Dalma géante ?

- Oui, à part qu'elle avait sa forme de Tia normale. Je l'ai rencontrée sur une île bien familière : des cocotiers et des bouteilles de rhum calcinés, ça ne te dit rien ?

- Qu'est-ce que… NON ! L'île de Jack ?

- L'île de Jack. Me demandant ironiquement s'il n'allait pas débarquer pour m'aider, j'entends Calypso qui me répond. Et juste après, ou presque, elle me sort qu'elle a une mission pour nous… »

L'adolescente déballa tout ce que la déesse lui avait dit sur Lizzie, Jack et William. Sa cousine secoua la tête, effarée.

« Je rêve. Je t'en prie, dis-moi que je rêve… »

Julie secoua la tête, navrée.

« J'ai bien peur que non. On est censées réunir Jack Sparrow et Elizabeth Turner pour pouvoir repartir dans notre époque. Et moi j'ai eu droit au sauvetage du siècle… »

Flash-Back L'adolescente se débattait pour ne pas couler, entraînée vers le fond par sa lourde robe. Non seulement elle était dans une mauvaise posture, mais pas de Black Pearl à l'horizon. Ça allait drôlement arranger les plans de cette pseudo-déesse si elle mourait noyée avant même d'avoir rencontré Jack ! Finalement, elle aperçut un navire se profiler à l'horizon… Plissant les yeux, elle tenta de le distinguer. Elle s'efforça de nager jusqu'au Pearl - en espérant que c'était lui… - mais avant d'avoir pu appeler au secours, elle se sentit définitivement entraînée par le poids de sa robe… Quelques secondes plus tard, elle était sous l'eau, essayant désespérément de se débarrasser de ses vêtements… Mais elle sombra dans l'inconscience avant d'avoir pu défaire sa robe. Elle s'éveilla brusquement lorsque quelqu'un se mit à la gifler frénétiquement. « Bon, apparemment les gifles ne marchent pas, fit une voix qu'elle identifia comme celle de Jack. On va essayer une méthode un peu… plus douce. - Vous pouvez pas vous empêcher d'embrasser toutes les jolies filles que vous voyez ? - Mr Gibbs, occupe-toi de tes affaires. » Julie attendit, pensant qu'un baiser de Jack ne devait pas être désagréable… jusqu'à ce qu'elle sente sur son visage une odeur de rhum et de dents gâtées. Elle ouvrit aussitôt les yeux. « Si vous approchez encore d'un centimètre, capitaine, je vous jure que je vous mets une baffe dont vous vous souviendrez. » Jack se recula brusquement sous les ricanements de l'équipage. « Une fille de caractère, j'apprécie… Puis-je savoir votre nom, mademoiselle ? - Je m'appelle Julie…Julie Martin. Et j'aimerais que vous m'emmeniez à Port-Royal. - Rien que ça ! Nous suivons le cap opposé à Port-Royal, ma belle. Il vous faudra donc attendre une escale pour trouver un autre navire…qui vous conduira où vous le voudrez. Cela dit, je peux peut-être vous apporter… une autre forme de satisfaction… » Outrée, l'adolescente lui mit une gifle. « Vous ne pourrez pas dire que vous ne l'avez pas méritée ! » Fin du flash-back Leslie était pliée de rire. « Il est vraiment comme dans les films ! - Oui… avec l'haleine et les dents pourries ! C'est gerbant… - Ah, au fait, je t'ai pas dit, j'apprends la valse et l'escrime ! La valse pour un bal auquel Elizabeth doit se rendre bientôt, on ne pourra partir qu'après ça… » Les deux cousines passèrent ainsi des heures à discuter pendant que Julie se lavait et s'habillait convenablement. « Tu crois que ce Joke accepterait de me donner des cours à moi aussi ? - De quoi ? De valse ou d'escrime ? - Les deux, en fait… - Je suis sûr qu'il sera d'accord, si tu lui demandes… »