Si ce chapitre-là ne vous amuse pas, c'est que vous êtes le clown triste !
Chapitre 11 : Envies bizarres, vous avez dit envies bizarres ?
Rapidement, le chagrin d'Elizabeth fit place à une colère froide. Will allait lui payer cet affront. Elle ignorait encore comment, mais il paierait, c'était une certitude. En attendant, elle devait retourner sur le pont, afin que l'équipage ne s'imagine pas que leur capitaine était une femme faible. Avant de sortir, elle se planta devant le miroir, se recoiffa rapidement (C'était l'avantage des cheveux dénoués, un coup de brosse suffisait) et se passa de l'eau sur le visage pour effacer les traces de larmes.
Sur le pont, Julie prenait une leçon d'escrime. Depuis que Thânh n'était plus là pour la distraire, elle progressait très rapidement et pensait bientôt atteindre le niveau de sa cousine. Joke, d'ailleurs, partageait cet avis et songeait à les faire combattre côte à côte prochainement. A la fin de la leçon, il eut un sourire approbateur.
« C'est très bien. Vous avez été vaincue, mais vous avez réussi à infliger de graves blessures à votre adversaire. D'ici une semaine maximum, je pense que vous pourrez combattre aux côtés de votre cousine. En attendant… » Il claqua dans ses mains. « En piste, mesdemoiselles ! Montrez-moi ce que vous valez quand vous luttez l'une contre l'autre !
- Duel d'élèves, ou comment trouver une excuse pour jouer les feignasses… murmura Julie, au grand amusement de Leslie. En garde ! lança-t-elle sans attendre que l'autre ait dégainé pour attaquer.
- Hé, tu triches, là ! fit Leslie en parant tant bien que mal.
- Qui a dit que c'était un combat à la loyale ? repartit Julie en souriant. Joke, qu'en dites-vous ?
- Joker ! répondit celui-ci. »
Cette réponse lui rappelait tellement son père que Julie ne put s'empêcher d'éclater de rire… et Leslie en profita pour attaquer à son tour.
« Ah, tu veux jouer à ça ? Tant pis pour toi ! »
L'adolescente se lança alors dans une série d'attaques, de bottes et de feintes qui manqua de laisser sa cousine sur le carreau. Cependant, celle-ci ne se laissa pas faire et finit par la désarmer et lui mettre sa lame sous la gorge.
« Tu es morte, fit-elle avec un sourire. Mais c'était une belle tentative.
- Vous avez bien combattu toutes les deux, félicitations, approuva leur entraîneur.
- Si vous voulez bien attendre que je me change, Joke, nous pourrons passer à la leçon de lecture et… »
Elle s'interrompit. Elizabeth venait vers eux, sourire aux lèvres.
« Tout va bien, madame ? demanda Joke.
- Parfaitement, bien, Joke, je vous remercie. Sauriez-vous quelle heure il est ?
- Eh bien, d'après la position du soleil, il doit être environ neuf heures.
- Neuf heures seulement ? Pourtant je meurs de faim…
- Tiens donc ? fit Julie, goguenarde. Envie de chocolat, peut-être ?
- De chocolat fondu, oui… sur une plâtrée d'huîtres, ou de moules… avec, peut-être, des œufs de poisson ?
- Voulez-vous des mûres pour accompagner le reste ? demanda Leslie avec amusement.
- Non, pas de mûres… plutôt des framboises… avec du sel, naturellement.
- Naturellement, approuva Joke, qui tentait de garder son sérieux. Autre chose, avec ça ?
- Une tourte aux potirons serait parfaite pour accompagner l'ensemble. »
Cette fois, le trio n'y tint plus, et éclata de rire sous les yeux de la jeune femme.
« Puis-je connaître la cause de cette hilarité ? »
Le ton, semblable à celui de Fiona dans le film Shrek, redoubla les rires de Julie, tandis que Leslie hoquetait :
« Vos… vos envies de… de femme enceinte… Elles sont tellement détonantes que ça en devient presque cliché… »
Haussant les épaules, Liz les ignora et transmit ses souhaits à son second. Impassible, celui-ci répondit :
« Malheureusement, capitaine, nous n'avons pas de potiron en cuisine, et la saison n'est pas bonne pour les œufs de poisson. Désirez-vous autre chose ?
- Non, merci, Huang. Faites au mieux. »
Du Black Pearl, Jack observait la scène avec un sourire amusé. Il avait rarement eu l'occasion de fréquenter des femmes enceintes, mais il savait une chose. Une chose dont tous les pères se félicitaient : à partir d'un certain stade de grossesse, les envies insatiables de la femme enceinte se détournent de la nourriture pour se reporter sur les plaisirs de la chaire… Et quand elle en sera là, je serai présent pour la satisfaire… Oui, encore quelques mois, et elle tombera dans mes bras… L'un de ses avatars miniatures se manifesta et lui demanda :
« Mais qui te dit qu'elle y restera ? »
Jack l'ignora, et son sourire s'élargit quand il s'imagina élever le fils de Will à sa place, ainsi que la frustration de l'ancien forgeron le jour où il s'en apercevrait… Après tout, ce n'était pas très naturel pour un eunuque d'avoir un enfant. Aussi ne voyait-il pas grand inconvénient à ce que ce fût lui – qui était tout sauf un eunuque à n'en pas douter – qui élevât l'enfant, avec tous les avantages qu'il y aurait à côtoyer la mère. De l'Empress, il remarqua que l'une des filles le regardait avec un sourire goguenard, aussi salua-t-il avec grandiloquence, avant de crier :
« Admireriez-vous la vue, très chère ?
- Disons que je m'imagine votre corps dans d'autres situations, répondit Leslie avant de se rendre compte que sa phrase avait un double sens.
Elle se mit à pouffer et à rougir tandis qu'un sourire satisfait s'étalait sur le visage de Jack.
- Vraiment ? Vous m'en voyez très… honoré.
- Ce n'est pas ce que vous croyez.
- Non, non, j'imagine que ce n'est pas du tout ce que je crois.
- Parole, je vous imaginais vous, habillé autrement…
- Jusqu'ici…
- Laissez-moi finir ! Et non plus pirate mais en … autre chose.
- C'est très sibyllin, ma chère. »
Evidemment, comment voulait-il qu'elle lui explique qu'elle se le figurait en train de jouer dans d'autres films ?
« Je ne peux expliquer mieux.
- Cessez d'essayer de cacher votre embarras sous des explications douteuses. Votre attirance est naturelle. »
Elle éclata de rire.
« Mon attirance pour un pirate qui n'a pas vu un bain depuis sa naissance, dont les vêtements sont durcis par le sel, et dont l'haleine empeste autant l'alcool qu'un bidon de rhum, et même pire ? »
Après tout, l'alcool ne sentait généralement mauvais qu'une fois avalé. Et le moins qu'on puisse dire, c'était que Jack aimait en avaler.
« Pour qui me prenez-vous ? ajouta-t-elle.
- Est-ce que c'est le pirate qui vous gêne en moi ?
- Non, tous les qualificatifs qui ont suivi.
- Je ne peux donc rien faire pour vous. »
Elle sourit.
« C'est vraiment dommage. »
Avec un clin d'œil, elle s'en alla en laissant Jack plutôt perplexe.
