Chapitre 12 : L'attaque
Durant les mois qui suivirent, l'Empress et le Pearl se virent obligés de multiplier les escales, afin d'éviter que Lizzie et ses envies insatiables ne finissent par entraîner un manque de ravitaillement. La mauvaise humeur de la jeune femme augmentait proportionnellement à son tour de taille. Seule la présence des cousines et de Jack parvenaient à la dérider. Même Joke évitait désormais sa protégée. Sparrow, courageux mais pas téméraire, avait cessé de faire des avances à sa Reine et donnait l'impression de se contenter de son amitié. En réalité, il attendait son heure. Néanmoins, une question le taraudait : Pourquoi Lizzie n'était-elle jamais tombée dans ses bras ? Il se souvint alors du nombre de fois où on lui avait reproché son odeur et son hygiène corporelles…
Flash-back
« Nous nous ressemblons tellement, vous et moi, moi et vous, nous…
- Ah oui. Excepté notre conception de l'honneur et de la décence et…et nos valeurs morales. Sans parler de l'hygiène… »
Fin du flash-back
Oui, il y avait eu cette fois-là. Et puis, il y avait eu…
Flash-back
« Vous savez, se changer, fit Julie devant l'air ahuri de Jack.
- Oui, enlever des vêtements pour en mettre de propres. Vous devriez essayer, un jour, approuva Leslie. »
Fin du flash-back
Sans parler de…
Flash-back
Lizzie fronça le nez à l'approche du pirate.
« Jack, vous m'indisposez. »
Fin du flash-back
Et, naturellement, très récemment, ça avait été le tour de la petite Eliza…
Flash-back
« Mon attirance pour un pirate qui n'a pas vu un bain depuis sa naissance, dont les vêtements sont durcis par le sel, et dont l'haleine empeste autant l'alcool qu'un bidon de rhum, et même pire ? »
Fin du flash-back
Jack se lissa les moustaches, songeur. Ce serait donc cela, la solution ? Prendre un peu plus de bains, et boire un peu moins ? A méditer… En attendant, il profitait de la présence de sa Lizzie, que la grossesse rendait encore plus belle qu'avant, si c'était possible. La voix de la jeune femme interrompit ses réflexions.
« Jack, vous êtes avec moi ou vous rêvez ?
- Vous disiez, trésor ? demanda-t-il avec une grimace d'excuse.
- Vous êtes impossible, soupira Lizzie en secouant la tête avec amusement. Je demandais, n'est-ce pas inquiétant que… Oh ! »
Elle s'interrompit, et posa les deux mains sur son ventre.
« Tout va bien, ma belle ?
- Le bébé, fit-elle avec émerveillement. Il… il bouge ! C'est la première fois ! Tenez, mettez vos mains là, vous devriez le sentir !
- Mettre mes mains sur votre ventre ? Moi ?
- Eh bien, oui, vous, vous voyez quelqu'un d'autre à qui je pourrais m'être adressée ? »
Ne lui laissant pas le temps de protester, elle plaqua avec autorité les mains du pirate sur son ventre. En effet, Jack sentit de légers coups sous ses paumes. Il sourit, attendri. Est-ce que c'était ça, ce dont parlaient tous les pères qu'ils connaissaient ? L'émotion de sentir l'enfant bouger pour la première fois ? En tout cas, il se sentait brusquement euphorique.
Lizzie, de son côté, était plus troublée par ce contact qu'elle ne voulait bien l'admettre. Croisant le regard de Jack, elle ne put résister à l'émotion qu'elle lut dans ses yeux. Elle approcha son visage du sien, si près que le pirate put sentir l'haleine fraîche de la jeune femme sur sa figure. Le cœur battant à se rompre, il allait franchir les quelques centimètres les séparant quand…
« On nous attaque ! Tout le monde, sur le pont, on nous attaque ! »
Revenant soudain à la réalité, la Reine fit un bond en arrière et marmonna :
« Je savais bien que c'était inquiétant, ce navire qui nous suivait ! »
Suivie par Jack, elle se précipita à l'extérieur de la cabine, abandonnant l'étude des cartes de navigation que Feng lui avait léguées.
Séparant l'Empress et le Black Pearl, se dressait un navire aux voiles rouges, avec un pavillon qui faisait trembler tout pirate digne de ce nom : sur fond noir, un diable blanc tenait une lance dans la main gauche, lance avec laquelle il transperçait un cœur rouge dont jaillissaient trois gouttes de sang, et dans la main droite, un sablier également blanc.
« Oh, par les monstres des abysses, pas lui… murmura Jack…
- Quoi ? A qui appartient ce pavillon ?
- Ce pavillon, Lizzie, est celui du Queen Anne's Revenge, naviredu célèbre Edward Thatch, un pirate sanguinaire plus connu sous le nom de Barbe Noire. Il est réputé pour ne jamais faire de prisonniers, et ne laisser qu'un seul survivant à chacune de ses attaques, un survivant destiné à répandre la nouvelle du naufrage, en supposant qu'il survive aux requins et soit recueilli par un autre navire… Et dans un combat naval, votre statut de Reine des pirates ne nous sera d'aucune utilité… Il risque même de nous porter préjudice, car quiconque parvient à tuer la Reine des pirates en combat naval, hérite du titre et de la fonction… Cachez bien votre médaillon, Sérénissime… »
Sur le pont du Black Pearl, Gibbs et les autres luttaient déjà contre les hommes de Barbe Noire, qui commençaient d'ailleurs à envahir l'Empress. Jack s'excusa auprès de Lizzie : il ne pouvait pas se permettre de laisser son navire tomber aux mains de Thatch. Saisissant une épée, la jeune femme se jeta dans la mêlée, ne songeant pas une seconde à se cacher dans sa cabine. Elle chercha Joke du regard, et finit par le trouver aux prises avec trois autres pirates. Renonçant à trouver de l'aide, elle se résolut à défendre elle-même sa vie et celle de son bébé.
Julie, de son côté, avait fort à faire : en effet, si les marins de l'Empress avaient appris à la respecter, ceux de Barbe Noire la voyaient comme de la chair fraîche dont il fallait profiter. Deux hommes s'avançaient déjà vers elle, sourire gourmand aux lèvres. Elle sortit alors la rapière qui ne quittait jamais sa ceinture, et se prépara à défendre son honneur et sa vie. Sans doute ses assaillants furent-ils surpris qu'une jouvencelle comme elle sache se défendre, car elle les désarma assez facilement. Cependant, ils revinrent bientôt à la charge, décidés à profiter de l'occasion qui s'offrait à eux sur un plateau. Une idée germa alors dans son esprit.Rengainant son arme, elle adressa aux deux hommes un sourire engageant.
« Tout doux, messieurs, tout doux ! Si vous m'effrayez, je ne serai plus en mesure de vous satisfaire, pétrifiée que je serai par la peur que vous m'aurez infligée. Approchez, ne soyez pas timides ! Il y a si longtemps que je manque de compagnie virile… »
Echangeant un regard ravi, les deux comparses s'avancèrent vers elle.
« Bien, je vois que nous nous comprenons ! Lequel d'entre vous sera le premier à chevaucher le joli poney ?
- Moi, répondirent-ils à l'unisson.
- Ah, je suis désolée, messieurs, je ne puis en accueillir qu'un à la fois ! Allons, montrez-moi ce que vous valez au combat. Celui qui tuera l'autre sera celui qui me chevauchera. La récompense du guerrier, en somme… »
Ces deux imbéciles se mirent alors à se battre sous ses yeux. Le combat ne dura pas longtemps, et un soûlard à la bouche édentée s'approcha d'elle en souriant.
« Alors, beauté, fit-il en se collant contre elle, tu avais parlé d'une récompense, me semble-t-il…
- Mais bien sûr, approuva-t-elle avec un sourire. »
Sortant discrètement un poignard de sa manche, elle le planta dans la poitrine de l'homme, qui s'écroula sur elle, raide mort. Le repoussant, elle ramassa sa rapière et se lança à la recherche de sa cousine… qu'elle finit par trouver en bien mauvaise posture : son épée jetée hors de sa portée, Leslie était encerclée par une demi-douzaine d'hommes. Julie se saisit de l'arme et, s'approchant du groupe, elle lança :
« Leslie ! Attrape ! »
Le cri fit se retourner plusieurs hommes, ce qui permit à l'adolescente de lancer l'arme à sa cousine, qui l'attrapa au vol. Se jetant dans la mêlée, Julie finit par se retrouver dos à dos avec Leslie, avec quatre hommes encore debout prêts à se jeter sur elles.
« Tu te souviens du premier film ? Le combat final, pour faire évader Jack ?
- Oui, eh bien ?
- Je crois qu'on va devoir les imiter !
- Mais ils se sont retrouvés vaincus !
- Eh bien il faut espérer qu'on arrivera à se montrer meilleures qu'eux !
- Mais…
- Tu préfères te faire violer ?
- Bien sûr, c'est exactement ce que j'allais te proposer, fit Leslie sur un ton sarcastique à la limite de la méchanceté. »
Puis elle se tut et se mit à combattre, toujours dos à dos avec Julie. Elles réussirent finalement à en faire tomber un, mais elles étaient désarmées et se trouvaient en fâcheuse posture quand Thânh arriva à la rescousse, accompagné, à leur grande surprise, de Pintel et Ragetti.
« Vous pouvez pas trouver un adversaire à votre taille ? lança l'asiatique. »
Les assaillants se retrouvèrent bientôt au sol, au grand soulagement des deux adolescentes.
« Vous nous avez sauvé la vie, fit Julie, incrédule. Vous nous avez…
- Oui, ça va, coupa Leslie. Je crois qu'ils ont compris ! Merci, messieurs, dit-elle, allant jusqu'à embrasser Pintel et Ragetti sur la joue. Je vous embrasserais bien, Mr Trinh, mais j'ai peur que ma cousine ne se fasse des idées et ne me fasse des reproches. »
Le vietnamien éclata de rire tandis que Julie piquait un fard.
« Je vous plais tellement, mademoiselle Martin ?
- Je… je pense que vous pouvez m'appeler Julie, marmonna l'adolescente, mal à l'aise. »
Thânh sourit et déposa un léger baiser sur ses lèvres.
« Je suis désolé, je dois retourner au combat. Je vous conseille d'aller vous cacher, et d'emmener la Reine avec vous, si vous parvenez à la retrouver.
- « Je vous plais tellement, mademoiselle Martin ? » singea Leslie d'une voix geignarde. Non à peine ! »
Mais en effet, Elizabeth semblait avoir disparu.
« Tant pis pour elle, trancha Julie. On doit aller se mettre en sécurité !
- Mais si elle meurt, comment veux-tu retourner dans notre époque ?
- Je préfère être coincée ici que morte, tu vois !
- Mouais, à voir. »
Mais devant l'exaspération de sa cousine, l'adolescente fut bien obligée d'approuver, et de la suivre.
Barbe Noire, voyant que ses hommes tombaient comme des mouches, finit par ordonner :
« On s'en va ! Tout le monde à bord ! »
Voyant le Queen Anne's Revenge s'éloigner, les marins survivants poussèrent des exclamations de joie. Jack ne participait pas à la liesse : il cherchait Elizabeth avec frénésie. Il finit par la découvrir, inconsciente, sur le pont. Elle était de toute évidence gravement blessée. L'équipage du Pearl et celui de l'Empress se turent quand ils virent le capitaine Sparrow soulever leur Reine inconsciente dans ses bras. Sans prêter attention aux regards, ni à Julie et Leslie qui le suivaient, mortes d'inquiétudes, il alla déposer Lizzie sur son lit et ordonna d'une voix blanche :
« Cap sur la terre habitée la plus proche. Qu'on trouve un médecin et qu'on me l'amène, enchaîné s'il le faut ! »
Ne vous en faites pas, Lizzie. Je ne vous laisserai pas mourir, vous avez ma parole.
VI
