Bon, je m'étonné de n'avoir pas reçu de reviews au dernier chapitre, mais vous êtes peut-être en vacances…Auquel cas, vous avez de la chance…
Je ne suis pas là demain, alors je vous mets le chapitre aujourd'hui…
Chapitre 18 : Le chagrin
Quand Jack se décida à relâcher Elizabeth, des sifflements admiratifs se firent entendre sur le Pearl et l'Empress, ainsi que des gloussements nerveux. Sourire aux lèvres, Jack se tourna vers son équipage et appela :
« Mr Gibbs ! »
Silence. Le sourire de Jack s'effaça tandis qu'il réitérait en vain son appel.
« Jack ! fit soudain Elizabeth. Regarde ! Là, sur l'eau… »
Suivant des yeux la direction indiquée, le pirate aperçut un corps flottant au gré du courant. Un grand froid s'abattit sur lui lorsqu'il reconnut son ami. Liz murmura :
« C'est…Est-ce que c'est…
- Oui, c'est Gibbs. »
Les larmes perlèrent au coin des yeux de la jeune femme. Gibbs mort, non, c'était impossible… Julie n'était pas loin de penser comme elle. Gibbs, c'était un de ces personnages si particuliers : ils ne sont que des personnages secondaires, mais ils sont éternels et indispensables à leur façon. Gibbs, c'était celui qui survivait à tout et fêtait ça avec du rhum. Elle s'attendait presque à ce qu'il se redresse brusquement et demande à Sparrow quel était le cap à suivre. D'une voix atone, Jack ordonna :
« Des volontaires pour mettre une chaloupe à la mer et aller chercher le corps de Mr Gibbs. »
Toutes les mains des marins du Pearl se levèrent, ainsi que celles de quelques marins de l'Empress, Leslie, Julie et Elizabeth. Jack abaissa la main de cette dernière.
« Je ne prendrai pas le risque d'envoyer une femme enceinte dans une chaloupe sur ces mers.
- Je m'en doutais, murmura Lizzie.
- Je n'enverrai pas non plus deux gamines, ajouta-t-il à l'adresse de Julie et Leslie, pas plus qu'un gamin, Trinh. Pintel, Ragetti ! Vous serez les rameurs dans la chaloupe. Il me manque encore quatre hommes, deux pour vous aider à ramer et deux pour récupérer le corps. »
Son choix se porta sur le nain dont Julie oubliait toujours le nom, ainsi que sur Cotton et deux marins enrôlés à Tortuga. Il annonça au reste de l'équipage :
« Dès que nous aurons passé le coin dangereux, nous organiserons des funérailles de pirate à Mr Gibbs. »
Quand la chaloupe fut revenue, le capitaine alla s'enfermer dans sa cabine, suivi par Elizabeth. Quand celle-ci entra dans la pièce, Jack était assis, les bras sur la table, la tête dans ses bras. Il ne pleurait pas, mais il avait une de ces mines qui font de la peine rien qu'à les regarder. S'asseyant à côté de lui, elle murmura :
« Je suis désolée… je me doute de ce qu'il représentait pour toi… A ce que j'ai pu voir, tu étais plus proche de lui que tu ne l'es de ton père…
- Il a été mon mentor. Mon meilleur ami. Pendant toutes ces années, il est le seul qui ne m'ait jamais laissé tomber…
Il eut un petit sourire amer en constatant combien il pouvait être ridicule. Il s'efforça d'avoir l'air plus gai.
- De toute façon, que puis-je faire. Gibbs est mort et lui nous ne parviendrons pas à aller le rechercher…
Elizabeth le prit dans ses bras, partageant son chagrin, un peu étonnée de son manque d'expressivité. Quand, finalement, il la repoussa, il était de nouveau lui-même, et il l'enlaça avec un sentiment de vide et de plénitude étrange.
Le soir même, sur l'Empress, Leslie déclara :
« Je ne resterai pas une minute de plus dans ce monde de fous ! Je contacte Calypso, je lui dis qu'on a rempli la mission et qu'elle nous ramène chez nous sur-le-champ !
- Non ! protesta Julie. On ne peut pas partir maintenant !
- Et pourquoi pas ? Ils sont ensemble, non ? »
Un doute envahit soudain Leslie. Et si… Et si Julie refusait tout simplement de rentrer chez elles ?
« Il est hors de question qu'on parte avant l'enterrement de Gibbs ! »
Le soulagement envahit l'adolescente, ce n'était que ça ! Enfin, on ne savait jamais, parce que Julie avait un talent particulier pour les coups tordus.
« Un enterrement implique une mise en terre, or nous sommes sur un navire.
- Tu sais très bien ce que je veux dire ! Est-ce que tu n'as donc aucun sentiment ? Elizabeth est ton amie, je te le rappelle ! Et elle adorait Gibbs ! Tu ne peux pas l'abandonner comme ça ! »
Leslie soupira. Sa cousine, elle le savait, n'en démordrait pas. Elle était aussi tête de mule que dans la réalité. Hélas.
« Très bien, capitula-t-elle. Mais juste après les funérailles, on contactera Calypso et on retournera dans notre monde. »
Comme elle s'en doutait, Julie n'acquiesça même pas. Qu'est-ce qu'elle mijote celle-là…
Il fallut quelques jours au Pearl et à l'Empress pour s'éloigner de la zone dangereuse. Quand le jour des funérailles arriva, l'Empress fut laissé vide : tout l'équipage s'était précipité sur le Black Pearl afin d'assister à la cérémonie. Gibbs avait été allongé sur un radeau, faute d'avoir un cercueil. On avait en outre disposé à ses côtés des bouteilles de rhum, certaines vides, d'autres pleines, ainsi que son nounours. Leslie avait failli éclater de rire devant ce spectacle, mais malheureusement c'était mal vu. Remarquant ce détail également, Julie ne put s'empêcher de sourire à travers ses larmes. Jack fut le premier à prendre la parole :
« Matelots, miladys, nous sommes ici réunis pour rendre un dernier hommage à Joshamee Gibbs, second du navire de piraterie nommé le Black Pearl. Il était un bon second, et un bon pirate. Mais plus que tout, il était un ami, loyal et dévoué.
- Personne ici ne doit jamais oublier que la dernière action de Gibbs fut une action héroïque, continua Lizzie. Il a combattu le Kraken, il a été jusqu'à le poursuivre sous l'eau pour me sauver la vie. Je veux que partout où vous irez, tous, vous répandiez l'histoire de Joshamee Gibbs. Un pirate, mais avant toute chose, un héros. »
Tout l'équipage défila ainsi pour rendre un dernier hommage à leur vieil ami. Puis le radeau fut mis à l'eau. Quand il fut suffisamment loin du navire, Jack lança une torche qui enflamma cadavre et reliques.
Dès que ce fut possible, Leslie entraîna Julie à sa suite dans la cabine et les y enferma.
« Bien. Maintenant, donne-moi ta pince de crabe. »
La jeune fille, toujours bouleversée, lui tendit sans un mot.
« Bien. On va essayer ta méthode pour rameuter Calypso, et ensuite on rentre chez nous.
- Si tu veux.
- Calypso, ramène-toi ! On a réussi notre mission, alors on veut rentrer chez nous !
- Ça n'a pas l'air de marcher, s'amusa Julie.
- Et ça te fait rire ? C'est une catastrophe ! Me, Julie, on peut plus retourner à la maison, on est coincées ici !
- Mais non ! Si ça se trouve c'est parce qu'on est dans l'autre monde. Si ça se trouve ici elle est impuissante. »
Se levant avec indolence, elle récupéra sa pince de crabe et la remit à sa cachette habituelle, entre ses seins.
« Allez, c'est pas si terrible ! On n'est pas si mal, ici !
- Pas si mal ? On a failli mourir, Julie ! Et c'est la deuxième fois ! Non, la troisième, en tout. Le kraken, Barbe Noire, et notre arrivée dans ce monde. Trois fois, on a failli mourir ! Et toi, tu trouves qu'on n'est pas si mal ? Je commence à me poser des questions sur ta motivation pour revenir dans notre monde, et à notre époque ! Et surtout sur ta santé mentale ! »
Julie se figea comme si Leslie l'avait giflée. Puis elle riposta.
« Je suis folle, c'est ça ? Je n'essaie pas de résoudre un problème insoluble, alors je suis folle et je ne veux pas retourner chez nous, c'est ça ? C'est ça que tu es en train de me dire ? Tu penses que je suis folle ?
- Je pense qu'il y a peut-être une partie de toi qui préfère rester ici, en effet ! Tu es amoureuse, alors tu n'as pas les idées claires !
- C'est bien ce que je dis ! Tu penses que je suis folle ! Tu peux présenter ça comme tu veux, y donner les causes que tu veux, ça ne change rien au fait qu'à tes yeux, je suis folle ! Eh bien, je vais te dire, ajouta-t-elle en se rapprochant de sa cousine. Puisque c'est ton opinion, je m'en vais ! Je ne veux pas t'imposer la compagnie d'une folle !
- Mais où vas-tu ?
- Dormir avec Thânh ! Et je dis bien dormir ! »
Sur ces paroles, elle partit en claquant la porte. Après son départ, Leslie dut s'asseoir. C'était la première fois qu'elles se disputaient ainsi. Oh, elles avaient eu des querelles, bien sûr, mais pas au point de partir en claquant la porte… tout ça, c'est ta faute, Calypso ! Si tu ne nous avais pas amenées ici, Julie et moi n'aurions jamais eu de raison de nous disputer !
De son côté, Julie fonça droit dans la direction de son amoureux, et s'effondra dans ses bras en pleurant. Thânh, surpris, la serra contre lui en lui caressant les cheveux.
« Allons, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Je ne veux pas en parler.
- C'est ta cousine ? insista-t-il, intrigué.
- Je ne veux pas en parler ! C'est si dur à comprendre ? »
La jeune fille s'était mise à crier. Levant les mains en signe de paix, Thânh répondit :
« D'accord, je comprends. Calme-toi, inutile de s'énerver. Tu m'en parleras quand tu voudras.
- Jamais.
- D'accord, jamais. Ça me va, du moment que tu ne hurles pas… ou que tu ne chantes pas. »
En effet, il était présent la dernière fois que sa compagne s'était mise à chanter, et avait pris l'habitude de la taquiner à ce sujet. Il reçut en réponse une bourrade sur l'épaule, accompagnée d'un « Hé ! » mi-indigné, mi-rieur.
« Ça va aller, murmura-t-il. Ne t'inquiète pas, je suis sûr que ça s'arrangera. »
