Chapitre 22 : Les sirènes
William Turner était mélancolique. Assis dans sa cabine, il contemplait un portrait à l'encre de sa femme. Elizabeth… trois mois à peine après leur séparation, il l'avait retrouvée sur l'Empress. Un quart d'heure seulement, et il avait trouvé le moyen de se disputer avec elle, au lieu de se réjouir de la venue d'une nouvelle génération Turner…
Rageusement, il donna un grand coup dans le mur. Aussi, pourquoi fallait-il toujours qu'elle prenne tant de risques ? N'importe quelle femme enceinte douée de raison serait restée au chaud et en sécurité chez elle ! La fontaine de jouvence avec Jack, mais bien sûr, quelle bonne idée ! Au moins, il y avait un point positif. Sa vengeance s'approchait à grands pas : dès que sa femme aurait succombé aux assauts de ce maudit pirate, Joke le préviendrait et il pourrait enfin tuer Sparrow, éliminant ainsi son dernier rival auprès d'Elizabeth. Il se souvint de l'arrivée de Gibbs sur le navire. Le jour où il avait appris que Jack et sa femme étaient plus proches que jamais…
Flash-back
Il était, comme à son habitude, en train de jouer de l'orgue quand son père était venu frapper à la porte de la cabine.
« Entre, papa.
- Fils, je crois que tu devrais venir voir sur le pont…
- Si c'est pour une nouvelle âme à guider, vous savez ce qu'il faut faire.
- Oui, mais il s'agit d'une personne que tu connais, et elle a des choses à raconter, qui devraient t'intéresser… »
Intrigué, l'ancien forgeron s'était dirigé vers le pont…et s'était immobilisé aussitôt. Gibbs, le vieux second de Jack, qui avait une véritable vénération pour son capitaine, qui était toujours prêt à lui obéir, Gibbs était mort. Le jeune homme serra les dents pour ne pas pleurer. Il était censé être impitoyable.
« Gibbs ? Qu'est-ce que vous faites là ?
- Bonjour, Will. Je suppose que si je suis ici, ça veut dire que cette sale bête m'a croqué…
- Qu'est-ce que vous racontez ? Quelle sale bête ?
- Un Kraken. L'autre monde en est infesté…
- Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi le Pearl serait-il dans l'autre monde ?
- La fontaine de Jouvence. Jack et Elizabeth la cherchent ; d'ailleurs, elle devrait être plus prudente, le Kraken a failli l'avaler. J'ai dû plonger pour la sauver, et empêcher Jack de le faire. Il est fou amoureux de ta femme.
- Jack amoureux, ricana Will. C'est aussi plausible que Beckett charitable.
- Si tu le dis, jeune homme… Si tu le dis. Tu sais, je n'ai pas tellement envie d'arrêter de naviguer. Je pourrais peut-être me joindre à ton équipage ? »
Flash-back
Le jeune capitaine avait accepté, à la condition que Gibbs lui fournisse le plus de renseignements possible sur le navire d'Elizabeth. Il connaissait déjà le Pearl aussi bien que possible, mais souhaitait "imaginer sa femme dans la vie de tous les jours", prétendait-il. Ainsi, il rassemblait des informations sur ses ennemis, car ne pouvant mettre pied à terre, il serait obligé de livrer bataille en mer…
Sur le Pearl et l'Empress, chacun tendait l'oreille avec méfiance. En effet, un chant semblait retentir dans l'air. Un chant dont on ne comprenait pas les paroles… Anamaria fut la première à entrapercevoir les silhouettes des créatures escortant les navires. Elle fut également la première à comprendre de quoi il s'agissait.
Des sirènes… Alerte ! hurla-t-elle. On approche de l'île aux Sirènes ! »
Entendant cela, les cousines se levèrent d'un bond. Julie, saisissant une corde, s'empressa de ligoter Thânh tandis que Leslie et Anamaria tentaient de ceinturer Joke pour l'empêcher de se jeter à l'eau et de rejoindre les créatures.
« Je suis bien vert, mes beautés ! Je suis tout à vous ! criait-il.
- Grr, les hommes ! s'agaça Leslie. Hé, Joke, on se réveille ! »
Jack, lui, promettait aux sirènes des mots d'amour si elles venaient le voir. Lizzie, plus amusée qu'autre chose, lui lança en l'enfermant dans sa cabine :
« Je doute qu'elles se contentent de mots, mon cœur ! »
Tai Huang, lui, avait arraché sa chemise, et délaissé la barre… que Julie s'empressa de reprendre, évitant de justesse un écueil. Ana, Leslie et Lizzie couraient d'un marin à l'autre. La dernière ne put s'empêcher de pouffer en voyant Marty chanter « Bella, Bella, Bellissima » en chœur avec le perroquet, ou Cotton luttant avec un autre marin pour les faveurs d'une sirène.
Julie, cependant, luttait pour maintenir le cap, tout en devant parfois arracher un marin à l'étreinte mortelle d'une créature. Leslie, sans savoir comment, se retrouva avec la bouche de Joke collée sur la sienne, et la langue du pirate dans son palais. Troublée, elle s'abandonna à ce baiser…avant de se ressaisir et d'appliquer la "méthode Lizzie" : enchaîner le pirate au mât puis se détourner. Finalement, les navires purent distancer les sirènes derrière eux, ce qui permet de réveiller les marins. Ceux-ci, beaux joueurs, acceptèrent les moqueries des quatre femmes.
Le soir, épuisée, Julie s'endormit comme une masse tandis que les pensées tourbillonnaient dans la tête de Leslie, l'empêchant de trouver le sommeil. Combien d'horreurs va-t-on encore devoir affronter avant de revenir ? Est-ce que Julie voudra seulement partir ? Elle avait l'air tellement dans son élément, à la barre, tout à l'heure... Et si elle refuse ? Qu'est-ce que je ferai ? Ce baiser avec Joke… NE PENSE PAS A ÇA ! Si Julie ne rentre pas de son plein gré, eh bien elle rentrera contrainte et forcée. J'y veillerai, même si après cela elle ne doit plus jamais m'adresser la parole. Elle finit par s'endormir, d'un sommeil agité, peuplé de rêves où apparaissaient tour à tour Joke, Julie et des créatures indescriptibles…
