°O¤ FIDELITAS ¤O°
Spoilers: De nombreuses informations sont récoltées dans les 7 tomes. Cependant, se doutant bien que tout le monde n'ait lu le septième, si le chapitre comporte un SPOILER, vous en serez immédiatement prévenus;)
Disclaimer: Pratiquement tous les personnages et lieux appartiennent à JKR. Toutefois, l'histoire et toute autre folie nous appartiennent pleinement –malheureusement:p
Personnages centraux: Les Maraudeurs, et plus précisément Remus pour ce chapitre
Résumé général: Les Maraudeurs ont quitté Poudlard... Mais après, que s'est il passé? Que leur est il vraiment arrivé? De leurs premiers pas chez les Aurors jusqu'au tricentenaire du mariage des Potter, nous allons vous raconter la vraie histoire cachée par JK!
Chers amis, laissez-nous vous conter la véritable histoire des Maraudeurs…
Résumé des chapitres précédents: Petit à petit, les Maraudeurs se font une place au milieu de la société. Et cela commence par Remus…
Note à Pierre de lunece n'est pas un peut-être:)! Harry fera son apparition, et si tout va bien, cette apparition sera vraiment loooooooooongue;)!
Remerciements: à tous nos lecteurs et lectrices et surtout à ceux qui nous encouragent ;)
Auteur du chapitre: Jeanne
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Chapitre 5: Can't fight the moonlight
Remus commençait à se faire aux charnières mal huilées de la porte et au petit cliquetis de la cloche indiquant l'arrivée d'un nouveau client. Mais s'il y avait bien une chose à laquelle il ne s'habituerait sans doute jamais, c'était le grand sourire édenté que lui adressait Mr Slipper, le vieux libraire. Jamais dans toute sa courte vie quelqu'un d'autre que ses amis ne lui avait offert un sourire aussi sincèrement chaleureux, sans poser de regard curieux sur ses cicatrices ou ses cernes.
- Bonjour, Monsieur…
- Ah! Remus! Tu tombes bien, aide-moi à ranger cet ouvrage, veux-tu?
La voix chantante du petit homme avait le don de faire sourire Remus sans raison aucune. Elle résonnait dans la petite librairie en mille éclats de petits rires. Remus se demandait même parfois si les livres ne se moquaient pas gentiment de son employeur. Il était vrai que sa manie de tirer sur les deux touffes de cheveux blancs qui s'épanouissaient derrière chacune de ses grandes oreilles quand quelque chose le contrariait, ou encore les immenses lunettes qui décuplaient la taille de ses yeux pâles avaient de quoi faire rire le premier venu. Ces petites manies, couplées à la fragilité apparente du vieil homme et à sa bonne humeur, ne le rendaient que plus adorable et dès leur première rencontre, Remus l'avait porté dans son cœur.
Les deux hommes échangèrent quelques mots. Le temps au dehors commençait à se rafraîchir, quel idiot ce Premier Ministre, une nouvelle collection venait d'arriver…
Jamais le lycanthrope n'aurait pensé trouver un emploi si rapidement après sa sortie de Poudlard. Mais il faut dire que jamais il n'avait songé sérieusement à travailler chez les Moldus. Dire que sa propre mère était professeur d'anglais dans le collège local!
Il avait écumé la Gazette à la recherche d'un emploi, s'était présenté à une série incalculable d'entretiens d'embauche… Avant de passer devant cette petite librairie qui avait si longtemps fait partie de son paysage qu'il ne la voyait même plus. La petite affiche avait surgi dans son champ de vision et la réponse lui avait paru évidente: jamais chez les Moldus on ne lui refuserait un emploi, car jamais ils ne sauraient qu'il est un loup-garou. Il suffirait d'inventer une histoire pour expliquer ses disparitions mensuelles et c'était dans la poche.
Et il avait eu raison. Une tante dans un établissement spécialisé où les visites ne sont permises qu'une fois par mois, et Mr Slipper l'avait accueilli à bras ouverts.
Cela faisait maintenant trois semaines que Remus était devenu l'assistant du libraire, ou plutôt son aide personnel. Mr Slipper ne savait plus grimper sur un escabeau ou porter les cartons remplis de livres depuis longtemps. Il considérait l'arrivée de Remus comme un don du ciel et le laissait ranger les ouvrages pendant qu'il s'installait confortablement dans son fauteuil, à étiqueter les nouveaux arrivages. Ils faisaient une très bonne équipe, tous les deux, et Remus passait de très bons moments, oubliant parfois jusqu'à l'arrivée de la Pleine Lune.
Mais aujourd'hui, toute la douceur et la chaleur de la petite librairie ne semblaient pas suffisantes pour apaiser les pensées du jeune homme; ce soir serait le soir de sa transformation mensuelle. Il le sentait dans chacun de ses muscles, chacune de ses veines. Déjà ses sens étaient plus développés et sa force décuplée. Ses traits étaient tirés, ses pupilles dilatées, et la couleur de sa peau s'était faite plus pâle au fil des jours. Mais il avait tenu à venir une dernière fois avant de passer toute une journée au lit, à grimacer sous la douleur des plaies à vif…
- C'est demain que tu vas rendre visite à ta tante, je me trompe? demanda Mr Slipper en trottinant jusqu'à son fauteuil.
- Non, c'est bien ça…
- Elle va bien?
- …je vous dirai ça vendredi.
Remus retourna dans l'arrière-boutique et ouvrit l'un des nouveaux cartons. Il fut étonné d'y voir une multitude de petits livres d'histoires à faire peur. Sur les couvertures des livres, on voyait des créatures toutes plus effrayantes les unes que les autres… « La Vipère et le Vampire », « Le Cri du Crapaud », « Lizelda à Loup-garouville »… Amusé par les titres qu'il lisait, il s'empressa d'aller les ranger dans l'immense rayon jeunesse de la librairie.
- On voit qu'Halloween approche… commenta-t-il avec un sourire en coin.
- Oui… Ces petits hooligans vont encore venir dévaliser ma boutique histoire de se donner des frayeurs… Et leurs parents vont encore m'accuser d'être la cause des cauchemars de leurs pauvres bambins… S'ils arrivent à s'épouvanter devant la première sorcière en papier-mâché, je me demande comment ils arriveront à vaincre leurs démons une fois qu'ils seront devenus adultes…
Sans qu'il le veuille, les pensées de Remus se tournèrent sur le massacre du Chemin de Traverse… Deux mois s'étaient écoulés depuis, rajoutant aux cauchemars habituels du loup-garou des visions de corps en feu et de mares de sang… Ils avaient tous les cinq eu énormément de chance… Voir James et Sirius allongés dans leurs lits, incapables de bouger, eux qui, d'ordinaire, étaient les deux jeunes hommes les plus vifs et actifs de la Création, lui avait fait prendre conscience de tout le danger qui attendait sorciers comme Moldus dans ce monde incertain.
- C'est normal qu'ils aient peur, dit-il au libraire. Ces créatures sont les incarnations de ce qui les effraient, une déformation de ce qu'ils devront affronter plus tard, dans leur vie. Ces contes sont là pour les prévenir des dangers qui peuvent arriver dans la vie, pour qu'ils ne soient pas perdus au moment où ils surgiront… Halloween est une fête où justement, on se moque de ses peurs et de ses cauchemars en en prenant l'apparence…
- Peut-être, bonhomme. Peut-être… Encore faut-il qu'ils apprennent que leurs vraies peurs, ils les auront face à un accident de voitures ou un huissier, et certainement pas devant un vampire ou un loup-garou…
Remus ne put réprimer un sourire sans joie. S'il savait… Le souvenir de ce qui allait arriver le soir même lui revint en mémoire et un frisson lui parcourut l'échine. Encore une fois, la douleur serait aux limites du supportable… il croirait devenir fou… et tout se ferait flou jusqu'à ce que Remus disparaisse pour faire place à la bête.
Mais il y aurait Patmol. Il y aurait Cornedrue. Ce soir Queudver ne serait pas là... Le cerf et le chien l'aideraient à maîtriser l'appel du sang et l'homme arriverait à cohabiter avec l'animal. Et encore une fois, encore une nuit, ils passeraient cette épreuve tous ensemble. Au petit matin, il redeviendrait ce fragile être de chair, d'os et d'amertume qu'il était vingt-sept jours sur vingt-huit. Ils l'aideraient à panser ses plaies, et pour eux, il serrerait les dents.
Qu'est-ce qu'ils avaient été courageux… devenir des Animagi, juste pour lui. Pas étonnant qu'ils aient tous les deux réussi le concours d'entrée chez les Aurors, et haut la main, qui plus est. Remus voyait encore les visages ravis de ses deux amis lorsqu'une lettre leur avait annoncé qu'ils étaient désormais des apprentis officiels. Il avait toujours su que ses deux amis, brillants comme ils l'étaient, réussiraient sans grand problème le concours qu'ils espéraient tant avoir.
Sirius Black et James Potter deviendraient deux grands Aurors et sauveraient de nombreuses vies. Et lui, Remus Lupin… Vendait des livres. Il fallait bien trouver un moyen de gagner son pain; son père ne serait pas toujours là pour l'aider financièrement, et il n'avait qu'une envie; prouver au monde magique qu'il pouvait s'intégrer. Mais il devait nier jusqu'à ses pouvoirs magiques pour pouvoir travailler…
Greyback, je te hais…
L'après-midi s'écoula paisiblement. Une vieille femme vint acheter le dernier roman à l'eau de rose, Remus et Mr Slipper discutèrent tranquillement autour d'un thé bien chaud. Et quatre heures sonnèrent sur le vieux carillon du libraire. Remus se redressa alors et alla se poster derrière le comptoir, un nouveau sourire sur les lèvres.
De toutes les choses qu'il voyait depuis qu'il travaillait ici, elle était l'éclat de vie qui illuminait ses journées. Tous les jours, à quatre heures dix, elle poussait la porte de la librairie, et ses grands yeux bleus croisaient le regard doré du lycanthrope. Il trouvait chez elle une douceur et une tolérance qu'il n'avait encore jamais vues chez quelqu'un de son âge. Sa voix était calme, douce et feutrée, comme si elle chuchotait sans cesse des dizaines de secrets, et des taches de rousseur couvraient ses joues toutes rondes. A chaque fois qu'elle pénétrait dans la petite boutique, Remus était pris d'une affection proche de celle que ressent un père en voyant ses petits gamins grandir.
Son nom était Sarah Miller, elle habitait le quartier depuis peu et était en primaire dans l'école municipale.
C'était une petite fille curieuse et éveillée qui n'hésitait pas à poser des questions, et Remus essayait toujours de lui répondre avec toute la gentillesse dont il était capable.
Et elle était à l'heure, comme toujours. Chaque soir, quand elle rentrait de l'école, la petite Sarah avait l'habitude de passer par la librairie. Elle avait une livre cinquante, et achetait le petit quotidien jeunesse.
Quand son visage apparut dans la librairie, il se fendit d'un adorable sourire.
- Bonjour, Sarah.
- Bonjour, Remus! Bonjour, Mr Slipper.
Elle était accompagnée d'une amie, une fillette dodue aux longs cheveux bruns. Toutes les deux se dirigèrent vers le rayon jeunesse que Remus avait passé l'après-midi à décorer aux couleurs d'Halloween.
- Je fais une fête pour Halloween, ma grande sœur va nous emmener aller chercher des bonbons, ensuite on dort tous chez moi! s'exclama la fillette qui était venue avec elle. Tu crois que tu pourras venir?
- Je ne pense pas…
Pour se justifier, Remus vit Sarah sortir une petite boîte en fer de sa poche. Elle était en forme d'étoile, et quand la petite blonde l'agita, il entendit ce qu'il savait être de petites pilules cliqueter contre les parois. Souvent, il avait vu Sarah ouvrir la boîte et prendre l'un de ces petits médicaments colorés. Remus avait d'abord pensé à un bonbon dont elle était friande, avant de comprendre que sa fragilité et son teint pâle n'étaient pas communs; Sarah était sans aucun doute victime d'une maladie qui exigeait un traitement draconien et qui l'empêchait de faire beaucoup de choses.
Un peu comme lui…
Les deux demoiselles s'approchèrent du comptoir. Sarah demanda poliment à Remus le Childish Daylish. Son amie, quant à elle, souhaitait acquérir trois ouvrages sur les vampires parmi ceux que Remus avait rangés sur une étagère un peu trop haute pour elle.
- Est-ce qu'ils disent comment les faire fuir? demanda-t-elle d'une voix un peu inquiète tandis que Remus se saisissait des livres qui l'intéressaient.
- Et bien je vais te dire ça tout de suite, d'accord?
Il feuilleta quelques pages, un sourire rassurant aux lèvres, avant de reprendre la parole.
- Alors, selon ce livre, il suffit de mettre des gousses d'ail au bord de chaque fenêtre et au pied de la porte d'entrée… Tu peux aussi demander un peu d'eau bénie à l'église mais ça m'étonnerait qu'ils t'en donnent…
La fillette sembla écouter attentivement les propos de Remus et paya ses livres.
- Tu penses que des vampires se montreront dans le quartier, à Halloween? demanda Remus en souriant.
- On ne sait jamais… Ma sœur n'arrête pas de me dire que si je ne fais pas ce qu'elle dit, ils viendront me mordre pendant mon sommeil.
- Parce que ta sœur a des amis vampires?
Remus fut très étonné d'entendre clairement du sarcasme dans la voix calme de Sarah et ça le fit rire. Son amie vira au cramoisi.
- Tu n'as pas peur des vampires, Sarah?
- Non, répondit-elle toujours aussi doucement. S'il y a encore des vampires en Angleterre, ça m'étonnerait qu'ils se montrent dans une ville. Il y a tellement de lumière la nuit qu'ils n'y mettraient jamais un orteil.
Ce fut au tour de Mr Slipper d'éclater de rire.
- Reste à savoir si les vampires ont des orteils!
- Faites quand même attention, le soir d'Halloween, parmi les citrouilles et les sorcières, il y aura peut-être de vrais monstres… ajouta Remus avec mystère.
Le sourire sur le visage de Sarah ne fit que s'élargir, mais son amie sembla se liquéfier sur place.
Remus vit Sarah ouvrir discrètement sa boîte en forme d'étoile et y prendre deux pilules qu'elle porta furtivement à ses lèvres. Elle sembla se détendre et prit une grande inspiration.
- Sarah… Sarah, on devrait y aller, dit nerveusement la petite brune. Ma mère va s'inquiéter…
Il était clair que Remus l'avait pétrifiée de terreur. Merlin, était-il possible d'être aussi peureuse?
Mais la petite Sarah acquiesça patiemment.
- Au revoir Mr Slipper… Remus, ajouta-t-elle avec un petit sourire.
Son amie balbutia quelques politesses et les deux petites filles quittèrent la librairie. La voix de Mr Slipper s'éleva de nouveau quelques instants plus tard:
- Une bien étrange petite fille, cette Sarah… Tu as remarqué les médicaments qu'elle prend toutes les cinq minutes?
- Oui… Je me demande vraiment ce qu'elle a.
La jeune Moldue demeura un petit moment dans l'esprit de Remus. Ses amis avaient-ils ressenti cette même tristesse, cette compassion en le voyant disparaître une fois par mois pour des raisons de santé? Etait-ce pour cela qu'il se sentait proche d'elle…?
La fin de la journée lui sembla très courte. Le ciel s'obscurcissait. Plus le temps passait, et plus la gorge de Remus se nouait. Mr Slipper dût se rendre compte que quelque chose n'allait pas car il lui proposa de rentrer chez lui plus tôt, mais Remus refusa vivement. Le plus longtemps il resterait dans la librairie, plus longtemps il aurait la vague impression d'être un jeune homme comme les autres…
Mais bien vite – trop vite – il fut l'heure de la fermeture. Et malgré son désir de vouloir rester aussi longtemps possible, il fut obligé de rentrer.
oO°OoO°Oo
Sa mère l'attendait dans la cuisine. Elle semblait corriger un paquet de copies, mais Remus devina facilement qu'elle avait la tête ailleurs; ses yeux restaient fixés sur l'entête de la feuille de papier, immobiles.
- Bonsoir, Maman…
Mrs Lupin sursauta. Quelques boucles s'échappaient de son chignon grisonnant et ses quelques rides semblaient plus profondes à la faible lueur du couchant.
- Remus… Tu n'es pas encore à Pré-au-Lard?
- …j'y serai dans dix minutes.
Il régnait un silence pesant dans la maison. La petite horloge de la cuisine semblait narguer Remus en indiquant bruyamment dans ce silence chaque seconde qui passait.
Mrs Lupin se leva. Elle essaya de retenir un soupir qui sonna comme un hurlement dans la pièce.
- Je t'ai préparé un sac… Il y a des vêtements propres et de quoi manger, demain matin…
Sans un mot, Remus ôta son manteau, son pull et ses chaussures. Il porterai le moins de vêtements possible; ça ferait moins de lambeaux à ramasser le lendemain matin.
- Ramène-moi tout demain, j'arriverai peut-être à repriser quelques-uns de tes…
- Oui, Maman.
Sa voix avait été plus sèche qu'il ne l'avait voulu. Le regard triste qu'il avait croisé dans les yeux de sa mère lui donnait l'impression d'être un sans-abri auquel on offre une pincée d'attention pour se donner bonne conscience.
Il y eut soudain le bruit de quelque chose qui s'enflamme et un éclat vert illumina l'embrasure de la porte donnant sur le salon.
- Je suis rentré, Betty!
John Lupin poussa la porte et pénétra dans la cuisine. Il portait encore sa longue cape marron sur laquelle était épinglé le symbole de son Département. Son sourire disparut sous sa moustache grise dès qu'il posa les yeux sur Remus.
Le père et le fils se jaugèrent du regard quelques instants. Mr Lupin détourna la tête.
- J'avais oublié que c'était ce soir…
Sa voix, si claire à peine quelques secondes plus tôt, s'était muée en un murmure. Il ferma les yeux, ses traits crispés en une expression de douleur. Sa culpabilité semblait lui avoir sauté une nouvelle fois au cou. Remus se sentait de plus en plus mal. Lui qui voulait à tout prix rester avait envie de partir tout de suite.
- Je vais y aller, réussit-il à dire d'une voix plus grave que d'ordinaire.
Ses parents restèrent immobiles. Il aurait aimé quelques petits mots d'encouragement, un baiser de sa mère, une petite tape sur l'épaule, deux sourires tristes mais rassurant… Il n'eut qu'un regard inquiet. Son père semblait ne plus oser le regarder dans les yeux.
Sans un mot de plus, il leva sa baguette et transplana.
oO°OoO°Oo
Il y avait du vent à Pré-au-Lard. Serrant ses bras autour de lui, pieds nus, son sac posé sur le plancher du sombre couloir, il guettait le moindre bruit suspect. James et Sirius auraient déjà dû être là… Que fabriquaient-ils?
D'un pas las, les sourcils froncés, sentant déjà quelques unes de ses articulations se mettre à picoter, il se dirigea vers ce qui aurait pu être un salon si les meubles n'y avaient pas été éventrés. Et par la fenêtre au verre brisé, il aperçut les mille fenêtres de Poudlard s'allumer dans la nuit tombante. Que ne donnerait-il pas pour redevenir le préfet de Gryffondor… Il serait désormais condamné à revenir assister de loin à l'insouciance de dizaines de jeunes sorciers tandis que lui, cloîtré dans sa sombre cachette, devrait endurer des souffrances imposées par un destin moqueur…
Deux crack résonnèrent dans la maison, ainsi qu'un juron fleuri.
- Remus?
- Je suis dans le salon!
Deux paires de pieds dévalèrent les escaliers et ses deux amis se précipitèrent dans la pièce, haletants. James faisait une grimace, tenant sa main contre lui.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé? demanda Remus en écarquillant les yeux.
- Lily ne voulait pas nous laisser partir, répondit Sirius à la place de son ami. On a dû lui inventer une histoire pas possible pour qu'elle nous laisse y aller…
- Elle m'a agrippé le poignet quand on a transplané, continua James en montrant sa main. Pas assez fort pour qu'elle vienne avec nous, mais assez pour que ça ait quelques conséquences.
Une blessure encore à vif entourait le poignet de sa main droite comme un bracelet rouge sang.
- Première fois de ma vie que je suis désartibulé… Heureusement que je ne suis pas trop naze en sortilèges de soin.
- J'espère que Lily n'a rien eu… s'inquiéta Sirius.
Non, Lily ne savait encore rien de l'existence de Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue… Avec un pincement au cœur, Remus se sentit coupable de la garder dans le secret. Après tout, Lily avait toujours été présente pour lui, et il devait bien être le seul des quatre Maraudeurs à n'avoir jamais subi ses foudres. Elle aurait dû savoir, depuis longtemps…
Oh, elle devait bien avoir quelques doutes. Elle était intelligente. Mais l'imaginer apprendre que Peter, Sirius et James étaient devenus de parfaits hors-la-loi à cause de lui… Il y avait de fortes chances pour qu'elle ne le prenne pas bien.
- On a encore combien de temps, à ton avis…?
La voix de James lui sembla lointaine. Sa vue s'était faite trouble… Il sentit James s'approcher de lui, tandis que Sirius prenait son sac et le mettait en sécurité en haut d'une armoire.
Une main se posa sur son épaule.
- Je d-dirais… Cinq… ou d-dix min-nutes…
Ça commençait.
James et Sirius échangèrent un regard entendu. Remus tomba à genoux sur le plancher. Ses deux amis s'accroupirent face à lui.
Secoué de spasmes et de tremblements, il fut pris d'une terreur sans nom. La perspective de la souffrance à endurer le tétanisait. C'était une chose à laquelle on ne pouvait jamais s'habituer. Sa respiration s'était faite saccadée et ses yeux, écarquillés par la peur, se posaient sur tout ce qu'il y avait dans la pièce, comme en quête d'une improbable issue.
Et il croisa le regard noisette de James. Mais lui ne tourna pas la tête. Il ne ferma pas les yeux.
Il était là.
Remus tenta de lui faire un sourire… Mais c'était peine perdue, sa peur était trop grande.
- Allez, Lunard… On est avec toi.
Sirius posa une main dans son dos.
Pendant un instant, il ne se passa rien. Remus tremblait sur le sol, ses deux amis près de lui.
Puis soudain, sans prévenir, le monstre qui vivait en lui se mit à hurler.
- MAINTENANT! s'écria-t-il d'une voix qui n'avait plus grand chose d'humain.
Un cerf majestueux et un énorme chien noir venaient d'apparaître à la place de James et Sirius. Comme à chaque fois, le cerf baissa la tête.
Remus s'agrippa à son cou. Et les insupportables douleurs recommencèrent.
Ses entrailles semblaient vouloir sortir de son ventre, et son cœur battait douloureusement dans sa poitrine. Sa voix, un hurlement entrecoupé de râles, se fit rauque et grave jusqu'à devenir bestiale. Ensuite, ce furent ses yeux qui roulèrent dans ses orbites, et sa vue se fit plus nette, plus sombre. Et quand son corps commença à se métamorphoser, des torrents de larmes accompagnaient son cri.
Chaque parcelle de sa peau semblait s'être enflammée. Il ne pensait plus qu'à cette douleur, cette souffrance intolérable qui ne lui donnait qu'une envie… en finir avec tout. Les craquements de ses vêtements furent noyés parmi ses cris. Certains de ses os s'allongeaient, malmenant la chair qui les couvrait, tandis que de ses doigts sortaient de longues griffes comme des couteaux déchirant la peau pour sortir de ses mains… Il s'agrippait au cou du cerf avec autant de force qu'un naufragé à son radeau. Ses nouvelles griffes s'enfonçaient dans le coup de l'animal, qui pourtant ne poussa pas un seul gémissement.
Une petite boîte en forme d'étoile…
Et puis, Remus disparut.
Lunard libéra Cornedrue, poussa un long cri, et s'élança de toutes ses forces par la fenêtre de la pièce.
oooooooooo
Quand Remus revint à lui, il savait qu'il était allongé sur le lit défoncé de la chambre poussiéreuse de la Cabane Hurlante. Son premier mouvement fut de serrer les dents sous la douleur lancinante que lui infligeait chacun de ses membres.
Quelqu'un lui avait bandé un bras et l'avait appuyé contre une confortable pile d'oreillers. Il sentit à travers ses paupières closes la lumière du jour pénétrer par l'une des fenêtres cassées. Il y avait du mouvement, pas très loin de lui. Au prix d'un effort surhumain, il réussit à ouvrir les yeux.
- Mais tu me fais mal, Sirius!
- Excusez-moi, Mademoiselle…
James était torse nu et tournait le dos à Sirius qui tentait de panser cinq plaies parallèles creusées dans le dos de son ami. Lui-même avait une belle égratignure sur la joue, mais ça ne semblait pas le faire souffrir outre mesure.
- Arrête de bouger, je n'arrive pas à viser…
- Et ça se veut Auror!
- J'peux te faire un trou de plus dans le dos, aussi, si tu veux.
James grogna une suggestion d'endroit où Sirius pouvait s'en faire un autre, de trou, mais il fut coupé par Sirius qui venait de voir que Remus s'était réveillé.
- Mumus!
Il se précipita presque sur lui et s'assit au bord du lit. Remus remarqua qu'il boitait un peu mais il n'eut pas le temps de lui poser la moindre question.
- C'est la première fois que tu reprends ta forme normale en pleine forêt… Tu nous as fait une de ces frousses! T'as failli t'ouvrir le crâne en tombant, on t'a porté jusqu'ici…
- Je t'ai porté jusqu'ici, corrigea James en s'approchant à son tour. On n'a pas dû voir le temps passer…
- On a croisé quelqu'un?
Cette question, Remus la posait à chaque fois. La peur de mordre quelqu'un à son tour le tenaillait chaque mois.
- Hagrid, répondit Sirius, et devant l'air paniqué de Remus, il ajouta aussitôt: mais il ne nous a pas vu, lui, et tout s'est bien passé.
- On est tombés sur de grosses araignées juste après, par contre… Les mêmes que celles qu'on avait vues en sixième année, nan?
- Oui… Celles qui parlent…
Sirius frissonna. Leur dernière rencontre avec les araignées géantes s'était assez mal terminée, et il avait dû passer deux semaines à l'infirmerie pour que Madame Pomfresh puisse extraire tout le venin que ces créatures lui avaient injecté.
- Y'en a deux qui m'ont suivi sur un bon kilomètre, continua James. Je crois que j'étais assez appétissant…
Comme à chaque nuit, Remus ne se rappelait plus de rien.
- Ça va, toi, Remus?
Remus eut un petit sourire fatigué devant l'air inquiet de James.
- Ça devrait aller… Par contre je vois que je t'ai encore… Je…
James l'interrompit tout de suite d'une voix ferme.
- Ce n'est rien du tout. C'est juste que comme ma blessure à l'épaule n'est pas encore tout à fait guérie, ça l'a un peu relancée… Mais ça ira! insista-t-il. Le vrai problème c'est la tête que va faire Lily quand elle va voir les marques…
- Dis-lui que tu as une maîtresse! s'exclama Sirius.
James et Remus éclatèrent de rire.
- Je préfère encore lui dire que j'ai violé l'une des règles fondamentales du monde magique. Les conséquences en seraient moins graves…
- Il faudra lui dire.
James et Sirius se tournèrent en même temps vers Remus, l'air interdit.
- Il faudra lui dire, répéta Remus. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais elle a le droit de savoir… Je ne pense pas qu'elle compte sortir de nos vies de si tôt, surtout pas de la tienne, James, alors continuer à lui cacher quelque chose d'aussi important…
Les deux autres continuèrent de le regarder un instant, puis Sirius acquiesça d'un signe de tête.
- Tu as raison…
- Ouais, bah pas aujourd'hui! s'exclama James en passant une main sur son épaule. Elle va déjà passer la semaine à me demander ce que j'ai fait en voyant ce que j'ai dans le dos… Elle ne gobera pas encore une histoire comme quoi tu es une grosse brute, Sirius.
- On trouvera quelque chose. En attendant… Petit-déj!
Sirius brandit comme un trophée le sac que la mère de Remus avait préparé et en sortit la grosse brioche et la bouteille de jus de fruits qu'elle avait prévues pour son fils. D'un coup de baguette, il y en eut assez pour tout le monde et les trois jeunes hommes mangèrent un repas bien mérité.
- Le plus dur c'est de réussir à rester éveillé en rentrant, commenta James. Pour vous c'est tranquille, vous pouvez roupiller, mais moi…
- Tu as intérêt à te reposer, on commence dans deux jours!
Un grand sourire éclaira le visage fatigué de James. La perspective d'enfin entrer chez les Aurors semblait presque aussi belle que celle d'assister au prochain match de Quidditch de son équipe préférée.
- Tout se passe bien, à la librairie? demanda Sirius.
Remus leur raconta alors son nouveau rythme de vie. Mais il aurait pu se contenter de regarder ses deux amis discuter, leur présence seule l'aidait à oublier la nuit qui ne lui avait laissé que des douleurs en guise de souvenirs. Il n'avait encore jamais réussi à leur exprimer toute sa gratitude. Il n'y avait qu'eux qui l'acceptaient comme il était, peut-être même que Dumbledore lui-même n'aurait jamais osé passer les nuits de pleine lune avec un loup-garou… Il y avait eu Sirius, James et Peter, et il était prêt à tout pour pouvoir un jour réussir à les remercier.
- …Peter m'a écrit, au fait, s'exclama James tout d'un coup. Il est en Roumanie avec son père, en ce moment, et dans dix jours ils partent pour la Grèce… Il vous passe le bonjour.
- Le veinard, grogna Sirius. J'aurais bien aimé qu'on m'emmène autour du monde pour mes ASPIC, moi aussi… Surtout que je les ai toutes eues, pas comme lui.
- A la place tu gagnes le droit de me filer la bouteille de jus d'orange.
Remus termina sa brioche en souriant.
