Enfin le chapitre 4 ! J'espère que je ne vous ai pas trop fait attendre et qu'il sera à la hauteur de vos attentes. Il est beaucoup plus long que d'habitude, de quoi me faire pardonner ^^" Ici, Lloyd reprend sa place de personnage principal et se remet de ses blessures. Mais de nouveaux adversaires l'attendent de pied ferme. Ce chapitre a une grande importance, il marque un tournant dans l'histoire, c'est le noyau de la première partie de la fiction, le centre de tous les problèmes. Même s'il n'y a pas de révélations, il ouvre les portes aux première hypothèses. Sur ce, je vous souhaite beaucoup de plaisir à le lire ! On se retrouve en bas de page !

Attention ! Ce chapitre contient des scènes qui pourraient en choquer plus d'un !

Tales of Symphonia, Angelus

4. Angelus

Angelus… transcendance… pouvoir absolu…

Lloyd respira pleinement l'air frais et lui trouva un goût agréable de liberté. Erika était à ses côtés et restait silencieuse alors qu'ils arpentaient tranquillement le chantier d'Ozette. Des ouvriers s'affairaient ci et là, faisant de nouvelles fondations ou transportant du bois. Des maisons déjà reconstruites abritaient d'anciens habitants ou de nouvelles familles dont les jeunes enfants couraient joyeusement en tous sens.

Erika avait passé son bras autour du sien et l'entraînait dans des magasins pour se préparer au voyage. Ils allaient quand même essayer de contacter les Renégats, savoir ce qu'il se passait et ce qu'ils avaient à voir avec cette institution. C'était leur seul plan, s'il s'avérait qu'ils étaient les auteurs de sa captivité, lui et Erika ne pourraient que fuir. Oui, la jeune fille avait déclaré, alors qu'ils séjournaient encore chez Altessa, qu'elle était bien déterminée à le suivre.

Il avait fallu quelques jours pour que Lloyd se remette de leur mésaventure de la rivière souterraine et reprenne un peu du poil de la bête. Lors de sa fuite, le garçon avait utilisé toutes les forces qu'il lui restait et, une fois allongé sur un lit, il y était resté longtemps avant de recommencer à marcher. En cette belle matinée ensoleillée, il semblait plus heureux et moins maigre, avec le temps, il arrêterait de trembler sous l'effort et les creux de ses joues redeviendraient comme avant.

Une heure plus tard, ils étaient assis sur énorme tronc couché, un peu à l'écart du village, parlant de la route qu'ils allaient devoir parcourir. La première étape serait de joindre Sybak en traversant la forêt de Gaoracchia. Ensuite, ils se renseigneraient sur les bateaux faisant la navette jusque Flanoir. A partir de là, atteindre la base des Renégats serait un jeu d'enfant.

Soudain, Erika se leva d'un bond.

- Qu'y a-t-il ? Demanda Lloyd.

- J'ai un cadeau pour toi ! Dit-elle en souriant.

Elle lui tendit alors un tissu enroulé autour d'objets faisant un bruit métallique. Il défit rapidement l'emballage et découvrit ses nouvelles armes. Et ce n'étaient pas des épées… Dans ses mains, il tenait deux dagues. Leur lame était droite sur une dizaine de centimètres avant d'amorcer une longue courbe tranchante. Les deux armes étaient identiques. Lloyd les prit, chacune dans un de ses poings.

- Euh… Merci, bafouilla-t-il, mais… D'habitude, je me bats avec deux épées…

- Oui, c'est bien ce que je pensais, ça te correspond parfaitement… Dit-elle, faisant quelques pas en arrière pour jauger l'ensemble. Oublie les épées, ce sont des armes de barbares sanguinaires et ce serait bien triste que tu finisses ainsi !

- Mais ! Je ne sais même pas m'en servir !

- C'est pour ça qu'on va s'entraîner, enchaîna-t-elle.

- Mais… Erika !

Elle pointa vers lui un doigt accusateur.

- Tu n'as pas le droit de refuser, c'est un cadeau !

Pris au piège, il ne pu qu'accepter, il aviserait plus tard.

Désormais, ils étaient face à face. Lloyd fut étonné de voir apparaître des griffes au bout des doigts d'Erika, en plus de son étrange et minuscule arc. La jeune fille se mit en position de combat, féline. Lloyd décontracta ses muscles et se pencha un peu en avant, ses dagues brandies de chaque côté, prêt à bondir.

- Prêt ?

Lloyd acquiesça et l'entraînement commença.

Après deux heures, Lloyd finit par s'avouer que ce nouveau style de combat lui plaisait. Les coups d'estoc bannis, les attaques, essentiellement tranchantes, se faisaient par des mouvements plus rusées et fluides que celle à l'épée : se glisser sous la garde de l'adversaire au lieu de la briser, feinter pour attaques de tous les côtés, se battre autant avec les lames qu'avec le corps, faire des acrobaties, … Ses pensées allèrent jusqu'à son père, Kratos, qui lui avait aussi dit que les épées n'étaient pas faites pour être utilisées en duo… Déconcentré, il en oubliait presque l'entraînement. Il n'avait jamais osé le dire, quand il était rentré à Isélia, après que son père de sang se soit exilé sur Derris-Kharlan, mais il lui manquait. La sensation de vide en lui avait réapparu, plus anéantissante encore que lorsqu'il n'imaginait même pas son existence. Il aurait voulu le revoir, à ce moment même, courir et lui sauter au cou, ce qu'il n'avait jamais fait. Si seulement il était resté… Pourquoi était-il parti sur cette planète, que comptait-il y faire à part y… ? Lloyd secoua la tête. Sur quelques années d'existence, il avait trop perdu, il ne laisserait pas les choses en arriver là. Ses erreurs avaient coûté la vie à des innocents et ça n'arriverait plus. Son père avait beau être écrasé par la culpabilité, il n'avait pas le droit de lui faire ça.

- Lloyd ? S'inquiéta Erika qui avait arrêté le combat, tu es sûr que tu vas bien ? Tu es tout pâle. Ce n'est pas fini mais on peu stopper là si tu veux…

Une vague de mélancolie qui couvait à l'intérieur de lui fit surface. Le jeune garçon frissonna. La vérité était là : son père était parti sur Derris-Kharlan pour mourir. Anna morte, le poids de son crime, il s'était sûrement dit qu'il pourrait enfin mourir en pensant que son fils avait une vie heureuse avec le père qui l'avait élevé, sans lui.

- Lloyd, Lloyd, qu'y a-t-il ?

Soudain, elle arrêta de respirer. Lloyd leva les yeux vers elle, figée, puis dirigea son regard dans la même direction. Ils n'étaient plus seuls. Une jeune femme et un homme leur faisaient face. La jeune femme, vêtue de couleurs pâles allant du blanc au doré en passant par le bleu ciel, portait une robe à longues manches d'aspect militaire, plus longue derrière que devant, le col remonté, des collants sombres, mais, à la main, elle avait une étrange hallebarde équipée d'une exsphère, comme les Désians. Elle releva le menton, hautaine, et ses longs cheveux blonds, presque blancs, dansèrent avec le vent avant de reprendre leur place. L'homme, dans les mêmes couleurs que sa collègue, était un véritable géant dont la carrure valait au moins trois fois celle de Lloyd. Il était terrifiant. Il semblait que ses armes étaient des gants de métal et son épaisse armure ne recouvrait que ses épaules. Avec surprise, Lloyd vit deux oreilles pointues sortir horizontalement de sa chevelure. Un Elfe ! Lloyd avait mis sa peine de côté, mais ces deux-là, les poids de leur regard gris, hostile, ce n'était pas vraiment plus agréable. Lui et Erika se redressèrent. La jeune femme fit un pas en avant et leur adressa enfin la parole d'une voix froide et dure.

- Nous sommes ici pour récupérer le fugitif nommé Lloyd Aurion, le regard vrillé sur le garçon, elle poursuivit. S'il se rend sans opposer de résistance, il n'y aura ni morts ni blessés, mais s'il se défend, nous emploierons la violence et ne garantissons pas son bon traitement à son retour en cellule.

Les ennuis commençaient. Le garçon serra ses armes dans ses mains, à côté de lui, Erika était déjà en garde.

- Alors ? Demanda la jeune femme.

- Dans tes rêves ! Dit Lloyd avec rage en se préparant à son tour au combat.

Sur sa main, l'exsphère de sa mère se mit à briller. L'heure de défendre sa vie était arrivée.

La jeune femme fit un bond en arrière pour préparer un sort et son collègue la dépassa pour foncer sur eux comme un boulet de canon.

- Je peux prendre le grand, dit Erika, on va y aller de face, toi tu passeras entre ses jambes et tu t'occuperas de la magicienne, ça va ?

- D'accord.

Aussitôt dit, ils filèrent droit vers leurs adversaires. Le colosse semblait faire trembler le sol à chacun de ses pas et, avec la rage peinte sur son visage, il était encore plus terrifiant. Erika courait un peu derrière lui mais, au dernier moment, elle sauta, tourna sur elle-même. « Clé du poison ! » Elle dirigea sa main vers la tête du géant qui se prit un nuage toxique en plein visage et stoppa net. Sur ce temps-là, Lloyd s'était laissé glisser sous lui et était désormais lancé à pleine vitesse vers la magicienne. Il n'était plus qu'à quelques mètres d'elle quand elle finit son sortilège. Il n'entendit pas lequel et soudain, une puissante flèche de vent se dirigea vers lui. Un vieux réflexe lui ordonna de s'arrêter pour se préparer à encaisser le choc, ce qu'il n'aurait pas dû faire, car sa piètre garde ne l'empêcha pas d'être gravement touché et propulsé beaucoup plus loin. Malgré cela, il réussit à retomber sur ses pieds. Malheureusement, la jeune femme était déjà sur lui. Elle fit une attaque circulaire que Lloyd évita de justesse en se baissant et, toujours dos courbé, il tourna pour avoir plus de force et donna un coup de pied dans le ventre de son adversaire qui, le souffle coupé, lui laissa le temps d'utiliser sa nouvelle technique. Il recula rapidement d'un pas. « Lame démoniaque ! » Avec une de ses dagues, il fit à son tour une attaque circulaire qui projeta une lame en arc de cercle lumineuse vers son ennemie. Cette dernière la bloqua quelques secondes avec sa hallebarde puis la dévia. La lame démoniaque échoua vers un arbre dont la cime fut retaillée.

De son côté, Erika s'en sortait sans trop de mal. L'homme tentait péniblement de l'attraper ou de la toucher tout en toussant à cause du poison, alors que la jeune fille lui filait entre les doigts comme de la fumée en faisant mille et une acrobaties les plus folles. Ils restaient tout de même en mauvaise posture. Désormais, Lloyd se battait au corps à corps avec la fille aux cheveux blonds qui maîtrisait ce type de combat aussi bien que la magie. Il leur fallait un plan, et vite !

Finalement, il tenta de parler.

- Pourquoi faites-vous ça ? Dit-il en parant une de ses attaques.

- Tu oses me demander cela ? Répondit-elle furieusement. Tu as tué Seigneur Mithos et tant d'autres de nos frères ! Chien ! Nous te réservons le même sort que ton humaine de mère !

- Ah ! Si ce n'était que ça ! Ironisa-t-il. En attendant, vous vous amusiez bien à me découper en morceaux, pas vrai ?

Envoyant chacun une attaque plus puissante, ils se repoussèrent et rompirent le combat, marchant comme sur le bord d'un cercle, gardant la même distance entre eux, tel des prédateurs. La jeune femme, quoique en colère, paraissait déstabilisée.

- Ca faisait quoi de me torturer ? Tes amis avaient l'air d'y prendre tellement de plaisir, continua Lloyd, corrosif.

- Te torturer ? Cesse donc de te plaindre, cette mort est trop douce pour toi. Etre simplement enfermé dans un tube, sans même souffrir, ne faire qu'attendre qu'on vienne te retirer ton exsphère. Pauvre enfant, tu préférais peut-être qu'on te tue dans ton sommeil, comme ce nain puant qui te servait de père ?! Cracha-t-elle.

- Je n'ai pas d'exsphère ! Pourquoi l'avez-vous tué ? Pourquoi ?!

- Je ne te crois pas, dit-elle, ignorant la fin de sa réplique.

Elle fonça vers lui, d'un mouvement rapide et vicieux comme un serpent, accrocha sa chemise et le jeta au sol. La jeune femme fit quelques pas en arrière, horrifiée. Lloyd, à genoux, le vêtement ouvert, déchiré, lui lançait un regard des plus noirs. Il n'avait aucune exsphère mais son abdomen portait une monstrueuse cicatrice dans le sens de la longueur, interceptée par une deuxième qui coupait latéralement son torse. Epaisses et violacées, elles témoignaient de la souffrance qu'il avait endurée et de la véracité de ses propos. Sa respiration saccadée les faisait bouger sur sa peau pâle et son adversaire ne les quittait pas des yeux, tétanisée, alors que le garçon la fixait en y mettant toute sa haine.

- C'est vous… Les monstres… Dit-il finalement.

- Je… Balbutia la jeune femme. Tu n'as pas d'exsphère… Nous avons été trompés !

Son regard apeuré quitta Lloyd pour capter celui de son collègue. Le géant tenait par le bras une Erika qui ne touchait plus terre, s'apprêtant à planter ses griffes dans la main du malheureux. Ils avaient arrêté de se battre depuis quelques secondes, observant avec stupéfaction la joute de leurs compagnons respectifs. Le colosse posa la jeune fille sur le sol et suivit du regard son amie qui couru vers la forêt et disparu derrière la lisère. Il lâcha le bras d'Erika et s'enfuit dans la même direction. Avant de disparaître, il se retourna, gêné.

- Euh… Désolé… Articula-t-il.

Pendant un instant, ils fixèrent l'endroit où leurs ennemis s'étaient évaporés. Puis, Erika s'approcha lentement de Lloyd, toujours à genoux sur le sol. Elle s'accroupit et il tourna la tête vers elle, des larmes commençant à inonder ses joues. Silencieuse, elle entoura les épaules du garçon de ses bras. Il prit les bords déchirés de sa chemise, les referma et se recroquevilla sur lui-même en sanglotant.

- Ce sont eux… Les monstres…

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Lloyd calmé, ils retournèrent au village et s'achetèrent à manger et de nouveaux vêtements avec de l'argent que Erika avait volé à un aristocrate véreux. Ils s'étaient assis sur une poutre vétuste, abandonnée là, et, depuis presque une heure, le garçon fixait sans envie le fond de son verre, intact, alors qu'Erika avait vidé le sien en deux minutes. Elle lui avait bien proposé du chocolat pour lui remonter le moral mais il était incapable d'avaler quoi que ce soit. Ils n'avaient presque pas parlé après le combat, mais ça ne déplaisait pas à Lloyd qui préférait ne penser à rien, ni à ses cicatrices, ni à son père adoptif. Malgré le mutisme de son compagnon, Erika décida de briser le silence.

- Lloyd… Tu dois reprendre des forces et te reposer, commença-t-elle, demain, nous allons traverser la Forêt de Gaoracchia, ça ne va pas être facile, tu sais…

- Je sais, je l'ai déjà traversée, dit-il enfin avec un rire amer, une fois que nous aurons trouvé le bon chemin, il nous suffira de le suivre en évitant autant d'autochtones que possible, nous ne sommes que deux.

Un nouveau silence s'installa. Le temps était devenu plus frais à Ozette. Le vent faisait bruisser le feuillage des arbres sans interruption, tous les habitants étaient rentrés chez eux. Lloyd leva les yeux pour observer le ciel, quand il baissa la tête, sa voix brisa la sérénité du lieu, empreinte de tristesse.

- Ils… Ils ont tué mon père… Ce n'était que mon père adoptif mais, depuis qu'il m'avait recueilli, je n'avais jamais manqué de rien. Parfois, on se disputait… Oh ! C'est injuste ! Finit-il par s'écrier en prenant son visage entre ses mains.

Erika lui pressa l'épaule.

- A cause d'eux, je ne me souviens même pas de la dernière fois que je l'ai vu ! Je ne sais même pas si nous étions en bons termes ou pas…

- Tu n'as aucun souvenir de tes vrais parents ? Je veux dire, Anna et Kratos.

Lloyd secoua tristement la tête, les yeux trop secs pour pouvoir encore pleurer, puis se redressa.

- Juste quelques uns, en particulier avec mon père… Euh… Kratos !

- Tes parents, ils étaient dingues de toi, il faudrait que tu revoies Kratos comme il était heureux… Soupira-t-elle, ailleurs. Anna, elle était magnifique… Mais ils avaient très peur pour toi et toi, les attaques des Désians t'avaient, disons, un peu traumatisé, tu te réveillais souvent en hurlant qu'ils venaient t'enlever.

- Et ça me poursuit toujours, avoua-t-il, étonné et curieux d'écouter quelqu'un qui avait connu ses parents.

- La seule personne qui savait te calmer, c'était ton père. Une fois que tu étais dans ses bras, une guerre pouvait éclater juste à côté que tu continuais à dormir !

Lloyd, sentit le rouge lui monter aux joues. Il s'efforça de s'en souvenir mais tout restait trop flou, inaccessible.

Un frisson lui parcouru l'échine. Il était tard, le soleil avait déjà commencé à se coucher.

- Allez, debout, dit Erika en se levant, j'ai réservé deux chambres à l'auberge et pour fêter le début de sa reconstruction… Nourriture à volonté !

Il bondit sur ses pieds et la suivit, se rendant enfin compte à quel point il était affamé et fatigué. La jeune fille sautilla autour de lui puis l'entraîna par le bras à travers le village.

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Le lendemain matin, Lloyd se leva à l'aube et, étrangement, sans problèmes : il se sentait reposé. Il se débarbouilla en vitesse et enfila les vêtements qu'Erika lui avait achetés avant de rejoindre cette dernière dans le couloir.

- Waouh ! S'écria-t-elle en le voyant arriver. Ca te va vraiment bien dis donc ! On a vraiment l'air d'un frère et d'une sœur comme ça !

- Ah, non, tu ne vas pas remettre ça !

Elle rit. Il était vrai que leurs habits se ressemblaient, même si, en plus de ça, un étrange esprit de complicité régnait entre eux. Ce lien s'était formé rapidement. Désormais, c'était comme s'il avait été là depuis toujours, en attente de leur rencontre. Comme à son habitude, elle glissa son bras en dessous du sien.

Elle était vêtue d'un short noir à bords bleus lui arrivant au-dessus des genoux et d'un débardeur dans les mêmes tons. De sa taille jusque sous sa poitrine, elle était entourée d'une sorte de très large ceinture de cuir brun. A ses mains, elle portait des mitaines, et aux pieds, de grosses et solides chaussures, le tout toujours de couleur noire. C'est en la détaillant qu'il remarqua que ses vêtements étaient identiques, aux différences près qu'il avait un pantalon, une veste par-dessus un haut sombre dont le bout des manches était un peu ouvert, laissant voir un bracelet de cuir brun à chaque bras, et que les bords n'étaient pas bleus mais rouges. De plus, à la place d'une grosse ceinture, deux plus fines, auxquelles, dans son dos, pendaient ses dagues, lui cinglaient les hanches. Ils s'étaient arrêtés dans le couloir et Erika lui tendit une paire de mitaines qu'il enfila. La jeune fille riait dans la barbe qu'elle n'avait pas. Lloyd soupira et elle bondit devant lui, l'air morose tout à coup.

- Tu n'aimes pas ?

- Si.

Elle enlaça sa taille et, presque aussi grande que lui, posa sa tête sur son épaule. Le garçon l'entoura de ses bras et ferma les yeux, touchant sa chevelure de sa joue.

- Ne te changes pas, tu es trop beau avec.

- Je te jure, je les adore.

Se détachant de lui, elle lui ébouriffa les cheveux, à nouveau joyeuse.

- Je les aurais bien pris en bleu mais le rouge s'accorde mieux avec tes yeux et tes cheveux.

- Hein ?

Ils se figèrent. Lloyd chercha un miroir des yeux, brusquement affolé. Il en trouva un, à l'autre bout du couloir, pouvant englober son reflet tout entier. Il couru jusque là, Erika sur ses talons, et se pétrifia. A côté de lui, la jeune fille l'observait, ne comprenant pas sa réaction. Le fait était là, il avait énormément changé. De plus, il semblait plus jeune, plus petit… Il pensa vaguement qu'il devait ressembler à Kratos à cet âge. Il se toucha le visage. Ses traits étaient beaucoup plus fins, sa peau plus douce et délicate, même ses mains étaient transformées. Ses cheveux carmin foncé, n'ayant même plus un centimètre marron, lui tombaient légèrement plus bas que les épaules, lisses, un peu en arrière, et une mèche lui revenait presque devant l'œil gauche. Décontenancé, il pointa l'index vers son reflet.

- Je… Je ressemble à mon père, bafouilla-t-il.

- Eh, oui, tu es son fils, dit Erika, amusée. Allez, viens, on va déjeuner !

Elle le prit par le bras et ils s'engouffrèrent dans l'escalier.

- Erika ! Ce n'est plus moi !

- Ah, oui ? Demanda-t-elle en levant un sourcil, taquine. A quand remonte ta dernière rencontre avec monsieur miroir ?

- Je ne plaisante pas ! Je peux te jurer que j'ai rajeuni d'au moins deux ans !

- Héhé, tu en as de la chance, des tas de gens tueraient pour pouvoir dire ça, ajouta-t-elle en riant.

Ils arrivèrent dans la salle à manger et Lloyd abandonna la partie.

--

- Erika ?

- Mh ? Fit la jeune fille en dévorant un pain au chocolat.

Après quelques secondes, elle se redressa en avalant ce qu'elle mâchait, lançant un regard suspect au garçon qui retournait sa nourriture dans son assiette sans grand appétit.

- Qu'y a-t-il ? Lui demanda-t-elle.

Il releva les yeux vers elle.

- Je voulais te demander quelque chose…

- Je t'écoute.

- Quand tout ça sera fini, est-ce que tu voudrais m'aider à ramener mon père de Derris-Kharlan ?

Sur le visage d'Erika, un immense sourire s'étira jusqu'à ses oreilles.

- Bien sûr ! Répondit-elle avec enthousiasme.

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Après leur repas, ils prirent la route de la forêt, équipés léger. Le garçon restait perturbé par son reflet. Cet événement avait au moins eu pour bon côté de lui faire un peu oublier la veille. Ce jour-là, le ciel était gris, orageux, mais n'enlevait rien à l'euphorie de Lloyd. Ils marchaient tranquillement, traversèrent un pont. Ils seraient sous le couvert des arbres avant que la tempête n'éclate. Erika jeta un coup d'œil à son compagnon qui affichait un grand sourire.

- Que nous vaut une telle joie ? Demanda-t-elle.

- C'est vrai ? Dit-il après hésitations. Tu me trouves pas mal ?

Erika soupira puis, tout à coup, se mit à paniquer.

- Attention ! Cria-t-elle.

- Quoi ?!

- Là ! Là !

- Où ça ?! S'inquiéta-t-il.

- Tes pieds !

- Quoi mes pieds ?

- Oh, non ! Tes chevilles !

- Quoi ?! Quoi ?! Qu'y a-t-il ?

Il se pencha pour observer ses chevilles et Erika lui frappa gentiment la tête. La jeune fille, moqueuse, finit par ajouter calmement :

- Elles sont en train d'enfler.

Le temps que le garçon comprenne, elle avait déjà filé et criait en riant :

- Le dernier dans la forêt est un égocentrique !

Hilare, il tenta de la rattraper, en vain.

Un sourire en coin, elle l'attendait, les bras croisés, appuyée contre un arbre, même pas essoufflée alors que lui était hors d'haleine. Faisant mine de regarder ses ongles, elle lui parla, mi-fière mi-amusée.

- J'ai gagné, égocentrique.

- Tricherie, tu es partie avant.

- Disons plutôt que c'est toi qui as compris après.

- Un jour, j'aurai ma revanche, jura-t-il.

- Un jour…

Alors, elle lui sauta au cou et déposa un baiser sur sa joue avant de se mettre en route en sautillant dansant, ouvrant la marche en faisant des roues, des pirouettes,… Tout à sa fantaisie !

Aussi sombre et lugubre que dans ses souvenirs, la Forêt de Gaoracchia restait un endroit que Lloyd n'aimait définitivement pas. Les arbres qui semblaient l'observer, les bruits étranges, les voix, les ombres et tout le reste le rendaient nerveux, ce qui n'était pas le cas de la jeune fille qui essayait de trouver le bon chemin. Eternellement souriante, même lorsqu'un citrouiller les avait poursuis en leur lançant ses fruits ou encore quand une joyeuse famille de revenants avait tenté de les dévorer. Son humeur était peut-être déplacée, mais elle faisait chaud au cœur.

Après une heure, Lloyd commençait à désespérer de revoir la lumière du jour, cachée par le feuillage trop dense. A cet instant, le tonnerre gronda et la pluie se mit à marteler le toit de feuilles qui les protégeait. Lloyd finit par se réjouir d'être à l'abri. Les mains dans les poches, il suivait Erika sans rien dire. Il était si profondément plongé dans ses pensées qu'il manqua de se heurter à la jeune fille. Il leva les yeux vers elle qui était immobile comme une statue.

- Quoi ? Demanda-t-il bêtement.

- Regarde, là ! Dirent des voix inconnues.

A sa gauche, deux hommes portant des habits de Renégats, ou de Désians, couraient vers eux, épées tirées. Lloyd et Erika partirent à leur rencontre, dégainant les dagues et sortant les griffes. Prenant plus de vitesse, le garçon évita adroitement leurs armes et se glissa entre eux en faisant une attaque circulaire, tranchant profondément dans leurs flancs. Le soldat de droite s'écroula et la jeune fille sauta à pieds joints sur son dos avant de l'égorger. Lui, prenant sa deuxième dague, d'un coup dans la colonne vertébrale, acheva son ennemi plus discrètement. Celui de sa coéquipière gargouilla encore dans son sang avant de s'éteindre. Ils se regardèrent droit dans les yeux : ils ne devaient pas faire un bruit. Ils se relevaient à peine que quatre autres soldats apparaissaient. « Par ici ! » Crièrent-ils. Et d'autres arrivèrent par tous les chemins.

Alors, Erika lui prit la main et ils quittèrent les sentiers pour s'enfoncer dans un véritable enfer. En tout, il devait y avoir une trentaine de personnes à leurs trousses qui apparaissaient partout autour d'eux. Ils ne surent eux-mêmes combien de temps ils tentèrent de fuir. La tempête faisait rage, on n'entendait plus que l'orage et des ordres criés. « Par là ! » Disaient les chasseurs, « Il faut les acculer ! » Ils ne savaient plus où aller, ils n'avaient plus aucun repère. Epuisés, apeurés, ils finirent par trébucher et rouler dans le fond d'une cuvette. Ils tentèrent de remonter mais leurs pieds dérapaient sur les racines humides. Puis, relevant la tête, ils virent les soldats arriver et les encercler.

Ces ordures riaient, ils savaient ce qui attendait les deux enfants. A un endroit, ils s'écartèrent pour laisser passer deux personnes. Quand ils apparurent enfin, Lloyd cru que son cœur allait cesser de battre. Tout vie le quitta et il fit un pas en arrière. Geste futile, il se savait condamné : c'étaient eux. Ces deux personnes faisaient partie de ses bourreaux. D'abord l'homme aux cheveux couleur neige et ensuite le monstrueux colosse aux yeux noirs. Ce dernier affichait un sourire carnassier en ne fixant que lui, avec une telle intensité que Lloyd put lire sur ses lèvres : « Tu es à moi. » Tous deux descendirent dans la cuvette, mais l'homme aux cheveux de couleur neige s'arrêta avant, les laissant aux soins de son collègue. Il s'approcha jusqu'à n'être plus qu'à deux mètres d'eux, acculés.

L'homme, encore plus grand que leur précédent agresseur, avait des cheveux et des yeux noirs comme le charbon. Une armure saillante de métal brut dessinait sur son torse les muscles d'un géant et une intolérable cruauté émanait de chaque pore de sa peau. Cet homme faisait le mal par plaisir, c'est cela qui terrifiait Lloyd. Il avait rencontré beaucoup de personnes profondément mauvaises, mais elles avaient toujours eu une raison d'être ainsi. Kvar, Forcystus, Magnus, Pronyma, Rodyle, Mithos,… C'était la vengeance ou le pouvoir qui animaient leurs esprits. Mais pour ce monstre, rien que la peur dans les yeux d'autrui provoquait sa jubilation.

- Oh ! Mais ça nous en fait deux pour le prix d'un, dit-il d'une voix enjouée, euphorique d'avoir attrapé sa proie. Alors, mon petit Ange, prêt à revenir t'amuser avec nous ? Ton retour sera mémorable, crois-moi…

- Ordure ! Cria Erika en se jetant sur lui.

Indifférent, il l'envoya violemment contre un arbre en la balayant du bras gauche. La jeune fille retomba au sol, inerte. Se saisissant de sa première arme, Lloyd fonça vers le monstrueux géant, mais ce dernier se retourna et l'attrapa par le crâne du même bras qui avait balayé Erika. La stupeur fut telle qu'il lâcha son poignard. Le chasseur serra sa prise et força pour la faire se prosterner. Soumis, humilié, le jeune garçon ne put désobéir et tomba à genoux dans la boue.

- A genoux devant moi ! Jubila-t-il, ne se départant pas de son cauchemardesque sourire. Misérable créature…

- Baruch… Dit celui resté en arrière.

- Ah ! Laisse-moi donc rigoler un peu, nous ne sommes pas pressés, ces crétins sont de l'autre côté et rester enfermé m'a ouvert l'appétit…

Terrifié, le garçon ne pouvait se détacher du regard de Baruch qui savourait sa victoire. Mais Lloyd refusait d'abandonner si rapidement, il se battrait autant que le lui permettraient ses capacités. Il devait bien ça à Erika. Elle l'avait défendu jusqu'au bout et était peut-être morte par sa faute. Se rendre, ce serait souiller sa mémoire et il n'en était pas question. Elle l'avait sauvé, soigné et remis sur pied. Sa dette envers elle était éternelle, alors, il était obligé de vivre, même si son existence lui pesait et qu'il aurait voulu à tout prix y mettre fin. « Je suis lâche… »Pensa-t-il. « Si j'étais mort, tant de souffrances auraient été épargnées à des innocents…Je dois mourir… Je vais mourir…Mais pas tout de suite, pas avant d'avoir brûlé toutes mes cartes, pour elle. » Il prit son deuxième couteau et le planta avec rage dans le poignet du colosse qui hurla. Le monstre le lâcha, mais sa main droite vint, implacable, et le saisit à la gorge. Sa poigne était si grande qu'elle se refermait autour de tout son cou, l'emprisonnant dans un étau de fer bien que laissant de l'air à sa victime, poupée de chiffon désarticulée entre les mains d'un démon. D'un coup de dent, il s'arracha la lame et la recracha sur le sol. Lloyd se débattit, griffa son bras de ses ongles et se tortilla pour lui échapper, vainement. Cela fit rire ledit Baruch.

- Ah, la petite saleté ! Tu crois peut-être pouvoir m'échapper ?

- Dépêche-toi, nous n'avons pas que ça à faire, dit l'homme aux cheveux de couleur neige, visiblement agacé.

- Regarde ça, Gerrius, c'est écoeurant comme il ressemble à son faiblard de père… Ajouta Baruch d'un air dégoûté. Mais heureusement, ce sera tellement plus plaisant de le faire souffrir…

Alors, il souleva Lloyd, l'amena à sa hauteur, les yeux dans les yeux.

- As-tu peur, mon Ange ?

Seul un grognement étouffé lui répondit.

- Je le vois dans tes yeux, mais tu n'as pas encore assez peur, chuchota le géant diabolique.

Ses lèvres s'étirèrent en une grimace victorieuse. Lloyd ne vit pas, mais il sentit avec horreur l'autre main de Baruch passer sous sa tunique. Les yeux du garçon s'agrandirent. De son énorme paume, il glissa sur sa peau en une abominable caresse jusqu'à son flanc droit. Emporté par une montée de haine et de rancœur, Lloyd tenta de hurler, il n'y parvint pas mais un grondement de rage monta de sa gorge, furieux, presque animal, étant au plus bas au point que les instincts primitifs de défense revenaient avec force du plus profond de son être. Laissant libre court à cette sauvagerie ancestrale, il essaya à nouveau de crier, se débattit, tel un fauve, le regard fou.

- Mais qu'est-ce que tu es en train de faire ? L'interrogea Gerrius, soudain inquiet.

- Je lui apprends les bonnes manières… !

La monstrueuse poigne brisa ses os, l'autre se serra brutalement, coupant la voix du jeune garçon. Quelle douleur ! Si seulement il avait pu hurler ! La plainte de son squelette torturé résonna encore longtemps en lui. Mais le pire était que, en plus de ses côtes cassées, une puissante morsure d'origine magique lui brûlait le flanc, comme une marque au fer rouge. Le géant le laissa alors respirer.

Gerrius n'avait pas remarqué ce que venait de faire son collègue. Les sourcils froncés, ne voyant de Baruch que le dos, il fixait pourtant Lloyd. Il commença à paniquer en voyant le regard terrifié qu'il lui lançait et la grimace de douleur qu'il fit en fermant les yeux, se mordant la lèvre inférieure jusqu'à ce que du sang vienne couler sur son menton. Les gouttelettes pourpres glissèrent lentement, tachant le poing de Baruch, parcourant son poignet, y dessinant des courbes et des arabesques. L'éclair et le tonnerre, simultanément, illuminèrent leurs trois visages. Enfin, une jeune lèvre se déchira, une pluie carmin tomba alors sur un sol noir de pourriture qui l'absorba, avide, perfide, et un orphelin ouvrit une bouche muette, des larmes couleur désespoir inondèrent des yeux innocents et coulèrent sur des joues pâles et creuses, souillant une peau délicate d'une peur innommable.

- Je ne ferai pas deux fois la même erreur, Gerrius, dit Baruch, terrifiant comme le Diable en personne. Vois-tu, le tout, c'est la peur. S'il nous avait vraiment craint, il n'aurait jamais osé s'enfuir…

L'homme aux cheveux couleur de neige fit un pas en avant et vit avec horreur ce que faisait le monstrueux Demi Elfe. La paume de ce dernier avait recommencé ses abominables caresses. Elle passait avec lenteur sur le dos du garçon qui, les bras le long du corps, avait abandonné toute résistance et se résignait avec effroi.

- A cet âge, continua-t-il, la chair est encore tendre et chaude… Malléable… C'est comme pour les animaux ! C'est quand ils sont jeunes qu'il faut leur apprendre à obéir…

- Mais qu'est-ce que… ?

- Ah, depuis le début, je sais que ta foi en notre plan est faible, ricana Baruch en sentant Lloyd commencer à trembler entre ses doigts. La peur, oui, la peur, c'est ainsi qu'il faut s'occuper de lui, le marquer à vie pour que même dans mille ans il nous craigne toujours. Lui faire peur c'est garantir son obéissance… Son impuissance s'il tente encore de nous faire face… Le plan d'Elliane était parfait, mais tu t'es ramolli, c'est bien dommage. Ce n'étaient que des enfants d'humains, quelle différence qu'ils meurent rapidement ou lentement ? C'est tout ce que ces stupides créatures méritent.

- Nous avons mené notre mission à bien, lâche-le maintenant, dit Gerrius, une tension dans la voix.

Baruch se tourna vers lui et leva un sourcil, désinvolte et diabolique. Profitant de l'inattention de son adversaire, le jeune garçon envoya son pied dans le coude de son bourreau. Ce dernier le remarqua à peine mais lui rendit un sourire carnassier. Violemment, ses mains se refermèrent une fois de plus, l'étouffant et lui cassant les os, le marquant. Du sang monta de la gorge de Lloyd et, quand le géant le laissa remplir ses poumons, vint s'ajouter à celui qui coulait déjà de ses lèvres. Gerrius s'avança vers eux d'un pas furieux et on put en tendre son sabre glisser hors de son fourreau. Se contentant de rire, le colosse amena alors le garçon à lui, le serra et fit courir sa langue sur sa joue, captant la liqueur pourpre qui fuyait son corps et son affreux goût métallique. Son énorme poigne brisa ce qu'il restait de Lloyd et il le jeta négligemment au fond de la cuvette. Gerrius rengaina son arme mais toisa Baruch d'un regard haineux.

Agonisant, mais heureusement tombé sur le flanc gauche, intact, Lloyd remarqua Erika, non loin de lui. Elle ne saignait pas et semblait respirer. Il pria pour qu'elle s'en sorte indemne. Douloureusement, il releva la tête. Trois morsures magiques le dévoraient, il avait l'impression de brûler de l'intérieur. Gerrius s'avançait vers lui et le garçon se laissa retomber sur le sol. Alors, l'homme aux cheveux couleur de neige s'agenouilla près de lui. Lloyd pensa qu'il avait l'air affligé, il n'arriva pas à le haïr bien qu'il soit un ennemi et, qui plus est, qui l'avait regardé être torturé sans réagir. Etrangement, il lui rappelait son père génétique.

Gerrius passa son bras sous ses épaules et pris le jeune garçon contre lui.

- Que vais-je devenir ? Demanda faiblement Lloyd.

- Ca ne va plus durer longtemps, je te le promets, dit le Demi Elfe, presque avec douceur.

- Et Erika ?

- Ne t'inquiète pas, tout ira bien pour elle.

Lloyd se laissa aller contre Gerrius. Celui-ci caressa la joue du garçon puis sortit une seringue de sa poche. Il l'enfonça délicatement dans son bras puis la retira. Ne connaissant que trop ce calmant, Lloyd ferma les yeux. L'homme aux cheveux de couleur neige le posa doucement sur le sol. Le jeune garçon quittait petit à petit le monde éveillé, mais pas pour sombrer vers celui du sommeil…

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Lloyd rouvrit lentement les yeux. Il n'était ni dans la forêt ni dans sa cellule. Autour de lui, des épaules s'entrechoquaient, se balançaient mécaniquement de gauche à droite. C'étaient des enfants de plus ou moins son âge, garçons et filles. Ils étaient des dizaines, voire des centaines. Leur peau était d'un gris bleu désagréable, tous étaient vêtus de haillons et murmuraient des paroles presque incompréhensibles. Se considérant, il constata qu'il était comme eux : l'épiderme cadavérique et le vêtement déchiré. Ses oreilles captèrent le nom d'Angelus. Ils étaient serrés les uns contre les autres, mais il faisait froid, trop froid. Sa respiration faisait des volutes blanches dans l'air glacé. Tous les regards étaient dirigés vers une même source de lumière. Là, sur un tertre de pierres. Etait-ce… Un Ange ? Soudain, il fut projeté à toute vitesse devant les enfants, à deux mètres à peine de l'être céleste qui lui tournait le dos. Lloyd jeta un regard aux autres, derrière lui. Des larmes noires comme de la suie coulaient sur leurs joues. Pleurant, gémissant et frigorifiés, leurs paroles étaient un appel au secours. Un frisson qui n'était en aucun cas la conséquence du froid lui parcoura l'échine.

L'Ange était paré d'ailes de plumes blanc cassé démesurées, chacune d'elle étant encore plus grande que lui. Ses longs cheveux blonds descendaient jusqu'à la moitié de son dos et ses vêtements étaient blancs et couleur or. Une puissance brûlante émanait de lui, irradiante comme le soleil. Et tel l'astre, elle était à la fois chaude et vitale mais aussi agressive et orgueilleuse, intouchable dans sa grandeur. Lentement, l'Ange se tourna. Lloyd en resta bouche bée. Il ressemblait tellement à… Son visage était un improbable mélange de Kratos, mais avec certains traits d'Yggdrasill, ce qui finit de le bouleverser.

Comme hypnotisé, le garçon avança vers lui. Quand il arriva à sa hauteur, il fut plongé dans ses prunelles dorées et bienveillantes, contrastant vivement avec la mort qui régnait sur les lieux. Elles avaient une belle couleur de miel et tout son être respirait la sérénité, si bien que, lorsqu'il tendit la main vers Lloyd, ce dernier y glissa la sienne sans même y réfléchir, immergé dans les yeux de l'Ange qui referma les doigts sur les siens. Angelus… A son geste, Lloyd hoqueta. La vie renaissait en lui, passant d'Angelus à lui, au contact de sa peau avec la sienne. Les yeux grands ouverts, le garçon vit la chaleur de l'Ange se répandre en lui, colorant son épiderme marmoréenne par de douces ondes qui finirent par l'engloutir. Alors, il ferma les yeux et inspira profondément, avant de soupirer d'aise. Possédé par une étrange euphorie, il revint à Angelus avec un sourire au bout des lèvres. Lui aussi semblait heureux, en paix.

Mais soudain, la main de Lloyd fut emprisonnée dans celle de l'Ange et, quand il tenta de le faire lâcher prise de force, sa poigne se resserra encore. Alors que le doute et la crainte se lisaient sur le visage du garçon, celui d'Angelus n'avait pas bougé. Petit à petit, l'Ange l'attirait à lui. Les pieds de Lloyd glissèrent sur le sol poussiéreux, y laissant des traces. Se débattant, il ne pouvait pourtant que fixer les iris dorés de la créature dont le faciès était désormais plus altier que bienveillant. Quand il fut à moins d'un mètre de lui, la main de l'Ange attrapa son épaule avec douceur et glissa lentement sur sa nuque, puis son dos. Lloyd se retrouva alors contre lui. Angelus lui caressait tendrement les cheveux et son autre bras enserrait sa taille, l'empêchant définitivement de lui échapper. Une larme coula sur la joue du garçon avant que, se serrant à son tour contre la divine créature, il n'enfouisse son visage dans le creux de son torse.

- N'aie crainte, murmura Angelus, laisse-moi te protéger…

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Un rugissement de tonnerre fit revenir Erika dans le monde éveillé. Doucement, elle prit appui sur son bras et se releva en grimaçant. Il n'y avait plus un bruit. La première personne qu'elle vit fut Gerrius et, au fond de ses yeux écarquillés, elle put lire un mélange de peur et de surprise avec un brin de ce qu'on pourrait voir dans le regard d'une personne qui se tiendrait en face de Martel en personne. Un peu plus loin, Baruch, le sanguinaire despote, fixa la même chose, avec plus de crainte, et prit la fuite, comme poursuivit par le Diable. « Courez… Courez pour vos vies… » Murmura l'homme au cheveux de couleur neige à ses soldats qui restèrent pétrifiés. Toute leur attention rivée vers une source de lumière. A son tour, la jeune fille tenta d'y poser son regard. Mais quand elle le vit, elle vacilla. Que se passait-il ?

A quelques mètres de là, Lloyd semblait être en suspension dans les airs, entouré d'une colonne lumineuse. Dans les contours blancs et flous de sa silhouette, on ne distinguait que ses cheveux carmin et ses yeux dont les iris écarlates englobaient presque entièrement les pupilles, réduites à de vulgaires gouttes d'encre noire dans un océan de sang.

Gerrius posa une main sur son épaule.

- Ne reste pas là, dit-il.

- Que lui avez-vous fait ? S'emporta Erika en se dégageant.

- Cours, petite idiote ! Ce n'est pas en mourant que tu l'aideras !

Erika se mordit la lèvre. Elle ne voulait surtout pas abandonner Lloyd.

- Et vous, qu'allez vous faire ?

- J'ai quelque chose à régler.

La jeune fille vrilla ses iris bleu sombre dans les yeux pâles de Gerrius.

- Fais-moi confiance, je ne lui ferai aucun mal !

Erika serra les dents. Lui faire confiance ? Elle se tourna vers Lloyd. Soudain, leurs regards se croisèrent. Pendant une fraction de seconde, une étincelle de peur passa sur son visage. Il gémit. C'est alors que le Demi Elfe aux cheveux de couleur neige la poussa brutalement et qu'ils se mirent à courir dans la forêt. Derrière elle, le garçon, toujours enfermé dans la colonne de lumière, hurla de douleur.

Etait-ce une explosion ? Que s'était-il passé ? Erika avait entendu Lloyd crier mais le Demi Elfe l'avait tirée par le bras pour l'empêcher de ralentir. Après un moment, Gerrius s'arrêta.

- Ici, il ne peut pas nous atteindre…

- Qu'est-ce qui ne peut pas nous atteindre ? S'enquit la jeune fille.

- La Transcendance…

- La quoi ?

- La Transcendance d'Angelus…

Elle l'interrogea du regard mais il resta silencieux. La tempête s'était arrêtée. Au loin là où ils avaient laissé Lloyd, une sphère lumineuse s'éleva au-dessus des arbres.

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La taille de la sphère diminua et on put distinguer les contours d'une forme humaine. D'immenses ailes se déployèrent, des ailes de plumes. La lueur s'éteignit doucement, laissant place à une énergie brûlante qui irradiait d'un être céleste. Lloyd était Angelus. C'était comme si l'Ange s'était adapté au garçon, ou le garçon à l'Ange. Il portait les mêmes habits blanc et or et de longs cheveux blonds flottaient devant ses yeux dorés, autour de son visage, le visage de Lloyd. Il n'y avait plus de grande et puissante créature, juste Lloyd. Désormais, lui et Angelus ne faisaient qu'un.

D'un geste gracieux, il leva le bras et tendit la main vers les cieux. Il y eut un son, unique, comme venant du Paradis lui-même. Peut-être un chant, peut-être un instrument… Un éclair blanc déchira le ciel juste au dessus d'Angelus et quelque chose tomba des nuages. Tournoyante, dans toute sa splendeur, l'Epée Eternelle revenait vers son porteur. Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui puis se glissa doucement entre ses doigts. L'Ange leva alors l'autre bras et saisit la garde de l'arme absolue à deux mains. Lentement, il plia ses genoux et tendit ses ailes au maximum en renversant la tête en arrière. Il sentait la présence des soldats en bas, il lui suffisait de prononcer un mot, juste un mot, et leurs vies leur seraient prises par le divin, par la lame vengeresse du nouveau fléau de l'humanité. L'Epée était dirigée vers le ciel, sa lame violette gorgée de mana. Angelus se sentit enivré par son pouvoir. L'heure de la vengeance avait sonné.

- Transcendance !

Sa puissance explosa. Le corps entier d'Angelus brillait de mille feux et c'est de lui que parti l'onde, l'absolu de la magie des Anges. Un vague d'or se répandit dans l'air, entourant l'être céleste, filant vers ses ennemis. Le vent lumineux passa au travers des soldats, il ne leur infligea aucune blessure, mais arracha leur âme. Leurs esprits s'envolaient à son passage, des silhouettes bleutées qui restaient quelques secondes dans la Transcendance avant de s'évanouir. Aucun n'en réchappa, tous gisaient sur le sol fangeux, face contre terre.

Mais alors, Angelus dirigea sa lame vers le sol et ce fut au tour de la forêt de payer. Un brasier de flammes blanches submergea les bois aux alentours. Quand il ne resta plus rien, ni hommes ni plantes, Angelus disparu. Toute l'irridescence de l'Ange, tout son pouvoir brûlant, fut comme aspiré à l'intérieur du garçon, car Lloyd avait repris sa place. Inconscient, il chuta et seul le destin déciderait de son arrivée fatale ou salvatrice.


Alors, c'était comment ? Bien j'espère ^^ J'ai deux-trois trucs à écrire avant de me remettre pleinement dedans mais sachez que le chapitre 5 est déjà entamé, il faut juste prier pour que l'imagination ne me fuie pas ! Laissez-moi vos impressions sur le chapitre, qu'elles soient bonnes ou mauvaises ;-)

A bientôt !