Enfiiiin ! X'D Je suis vraiment désolée, je m'excuse à genoux devant ceux qui suivent ma fanfiction ! Je n'en reviens pas du temps que j'ai mis pour l'écrire. En fait, j'ai eu un job de vacances grâce auquel j'ai pu m'acheter l'ordi portable dont je rêvais. Désormais, je n'ai donc plus besoin de toute écrire sur papier, puis de toute dactylographier sur mon vieux pc, plus rapide, non ? Je travaille aussi sur une autre fanfiction sur les livres de Pierre Bottero. J'alterne mon travail, une fois un chapitre ToS, une fois un sur ses livres. C'est dingue, je bloquais à la moitié de ce chapitre et j'ai écrit l'autre moitié en trois jours. J'espère que je vais continuer comme ça, je m'en voudrais de vous faire attendre trop longtemps pour le chapitre 6 !
Donc, dans ce chapitre 5, intitulé "La dernière vengeance", on passe au groupe de l'élue ( Kratos, Yuan, Colette, Génis, Raine et Régal ) qui va être rejoint par deux autres. Le chapitre 4, avec le groupe de Lloyd, ouvrait des hypothèses sur l'intrigue du récit et disons que celui-ci suit aussi cette ouverture aux hypothèses. J'espère qu'il vous plaira et je m'excuse encore de cette longue attente, normalement, ça ne devrait plus se reproduire...
Tales of Symphonia, Angelus
5. La dernière vengeance
Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable plutôt que de condamner un innocent.
- Voltaire
- Une fiancée ?! S'exclama Sheena.
- Oui, et… Commença Yuan.
- Pff, elle était jolie au moins ? L'interrompit l'invocatrice, un peu sous le choc, et surtout curieuse.
- Là n'est pas la question…
Aux alentours de midi, les sept compagnons étaient attablés dans l'auberge de Luin. Une heure plus tôt, Kratos les avait rassemblés, porteur de nouvelles de son fils. Après quelques explications qui les avaient joliment surpris, comme l'existence de Jellyn et la nature de sa relation avec leur ami, Yuan mettait l'assemblée au courant des nouvelles moins plaisantes de la journée.
- Il semblerait que ce Consortium de Kharlan ait rassemblé d'anciens Désians et de nombreux Anges échappés de Derris.
- Alors les ennuis recommencent ? Demanda Génis, la gorge nouée.
- J'en ai bien peur, confirma le Demi Elfe.
Le jeune mage soupira alors que ses compagnons observaient un silence lourd de sens. Une fois de plus, ils se lançaient dans une entreprise délicate en cherchant simplement à aider un de leurs proches.
- Jellyn ne détenait malheureusement que peu d'informations. Selon elle, même Lloyd ignorait l'emplacement de leur quartier général et leurs véritables intentions. Mais ils en avaient après lui.
- Ca ne devrait pas nous étonner, fit remarquer Raine. Ils veulent se venger de lui.
Yuan baissa solennellement la tête.
- Alors nos chances de le retrouver s'amenuisent de jour en jour, conclut Régal.
L'Ange aux cheveux bleus se leva.
- J'ai des informations et des ordres à donner, on se retrouve ici dans trois heures.
Rapidement, il les quitta et disparut au dehors.
Un à un, les compagnons repoussèrent leurs chaises. En passant à côté du mercenaire, Régal posa une main compatissante sur son épaule. Durant toute la discussion, Kratos n'avait pas bronché, il était resté de marbre en écoutant les menaces de mort qui planaient au-dessus de son fils, son regard froid suivant placidement les interlocuteurs, sans dégager la moindre émotion. Il ne leur avait pas adressé la parole depuis qu'ils avaient rejoint Luin et c'était Yuan qui s'était chargé de leur parler de Jellyn, la jeune femme que le Séraphin avait rencontrée par hasard, la fiancée de Lloyd. Son comportement avait changé depuis qu'il était revenu de Derris-Kharlan. Si autrefois il faisait des efforts pour être accepté, désormais, il s'écartait volontairement des autres et ne manifestait aucune volonté à chercher son propre fils. En temps normal, personne ne se serait inquiété, mais le fait était là, les chances de survie de Lloyd étaient trop faibles pour rester stoïque, surtout pour un père.
--
Près de la fontaine à l'effigie de leur ami, Colette, Sheena et Régal s'assirent sur le bord de pierres, la mine déconfite. Seul le président de Lézaréno semblait garder son flegme. Mais ce fut finalement la jeune élue qui détourna leurs pensées du jeune homme.
- Yuan avait l'air préoccupé quand il est parti.
Sheena eut un petit sourire en coin.
- C'est normal d'être préoccupé par une telle nouvelle.
A son tour, Régal prit la parole, éclairant un peu plus la situation.
- A mon avis, il craint surtout que des Désians se soient infiltrés chez les Renégats, que la situation se soit retournée contre lui. Dans ce cas-là, il ne pourrait faire confiance à personne s'il tient à garder un effet de surprise contre nos nouveaux ennemis.
- Et il risque aussi de se faire poignarder dans le dos, ajouta Sheena qui avait suivi son raisonnement avec la plus grande attention.
Régal acquiesça.
- Bien, fit-il en se levant. Je dois y aller. Génis m'a demandé de vérifier l'inventaire.
Il tourna les talons, laissant Sheena et la jeune élue assises au bord de la fontaine.
Un peu plus loin, au port, des marins nettoyaient le pont de leur navire et veillaient à ce que tout soit prêt pour le prochain départ. Des ordres étaient criés, du haut des mats au fond des cales, les voiles blanches étaient repliées et les filets réparés. Tout allait pour le mieux dans un monde propre et presque entièrement régénéré. On pouvait dire que la paix régnait même si les deux continents commençaient à peine à se connaître. Personne ne semblait craindre le retour d'une quelconque menace. Par ailleurs, eux, les compagnons qui avaient ressuscité l'Arbre de Kharlan, étaient là pour veiller sur cette paix. Ils ne laisseraient personne entacher leur dur labeur ni attenter à la vie de leur ami.
Après quelques secondes, Sheena remarqua l'air abattu de l'élue. La jeune fille avait baissé la tête et ses grands yeux pétillants s'étaient faits plus ternes. Sheena passa un bras autour d'elle et lui frotta affectueusement le dos.
- Ne t'inquiète pas, Colette, on va le retrouver, lui dit-elle doucement.
L'élue releva la tête, laissant une larme solitaire glisser sur sa joue. Le cœur de la jeune femme fit un bond dans sa poitrine. Jamais elle n'avait vu l'élue pleurer, sinon alors qu'elle se croyait sacrifiée, à la Tour du Salut, des années auparavant. Colette avait toujours été forte et avait toujours sur relever la tête pour sourire dans les moments difficiles et état actuel en était d'autant plus surprenant.
Colette releva le menton en renflant.
- Je… je ne peux pas m'empêcher de penser que tout est de ma faute. Je lui avais promis de l'aider à retrouver toutes les exsphères, mais je n'étais jamais là. Je voulais vraiment être avec lui, mais on me demandait partout, je n'ai même pas eu le courage de lui dire non alors que, lui, il a tout fait pour moi. Quand j'étais en danger, il venait directement à mon secours et maintenant, c'est lui qui est en danger, et je me sens tellement inutile !
Déchirée, la jeune fille éclata en sanglots.
- Si j'avais été là, peut-être qu'il ne se serait rien passé ! Il ne serait pas parti seul et n'aurait pas rencontré Jellyn et… et…
Sheena prit Colette dans ses bras et la serra contre elle alors qu'elle fondait en larmes. Lentement, elle a berça contre elle jusqu'à ce que ses pleurs cessent.
- Ne t'inquiète pas, murmura-t-elle à son oreille. Je suis certaine qu'il va bien, on le retrouvera bientôt.
La jeune femme s'écarta et dégagea une mèche blonde du visage de l'élue.
- Yuan nous a donné quelques heures de liberté, et si on allait faire les magasins ? J'ai l'impression que ça fait des années que je porte les mêmes vêtements !
Sheena bondit lestement du bord de la fontaine, s'étira et invita la jeune fille à la suivre.
Les deux amies, bras dessus bras dessous, se dirigèrent vers le centre ville. Sheena croisait les doigts pour que son plan fonctionne. Elle n'était pas friande d'accessoires de mode mais avouait volontiers qu'il n'y avait pas mieux pour se changer les idées. Peut-être Colette oublierait-elle leurs problèmes le temps de quelques courses. Si c'était le cas, ça en aurait valu la peine, non ? Et puis, il était vrai que les deux amies avaient besoin de se refaire une toilette convenable.
Depuis que les mondes avaient été réunis, Luin était devenue la plus belle ville de Sylvarant. Il y avait même des rumeurs qui circulaient selon lesquelles elle deviendrait bientôt la capitale du continent. D'ailleurs, depuis la destruction de Palmacosta, Lui était devenue le centre économique du pays. Des tas de boutiques poussaient un peu partout, comme des champignons, et les armureries, quoique toujours prisées par les voyageurs, se voyaient obligées à faire face à deux nouvelles concurrentes : la mode et le tourisme. Des habitants de Tesséha'lla venaient en effet souvent de ce côté du monde, à la recherche de simplicité et d'intégrité. A l'inverse, la grandeur et le prestige de leurs voisins attiraient souvent les jeunes et leurs rêves de richesse, de magnificence et de gloire. Deux anciens amants se redécouvraient lentement de longues années de séparation.
--
- Bon, je suis prête. Je te montre ? Demanda timidement Colette derrière le rideau de la cabine d'essayage.
Son amie était assise sur un pouf, non loin de sa cabine, et piaffait d'impatience de voir sa nouvelle tenue.
- Je crois que je vais prendre celle-là ! Lança l'élue en se montrant au grand jour.
Sheena ne put retenir un « waw » d'éblouissement en regardant Colette tourner sur elle-même avant d'esquisser une révérence.
La jeune fille était vêtue d'une robe blanche sans manches à boutons, bordée de bleu ciel, lui arrivant un peu au-dessus des genoux. Sous la robe, elle portait une large chemise bleu marine dont le col dépassait et dont les manches bouffantes étaient nouées au niveau des poignets par de fins rubans blancs. Elle portait également un pantalon collant de la même couleur que sa chemise.
Sheena lui apporta une paire de petites chaussures blanches puis se posta devant elle, la mine soucieuse.
- Attends ! S'exclama-t-elle soudainement. Il te manque quelque chose, ne bouge pas !
La jeune femme disparut dans le dédale de rayons et revint promptement, armée d'un nouvel accessoire qu'elle s'empressa d'utiliser.
- Voilà, c'est encore mieux comme ça ! Se félicita-t-elle, gratifiant Colette d'un clin d'œil complice.
Elle avait ceint la taille de la jeune fille d'une ceinture de cuire brun avec une fine boucle dorée.
- Comme ça, tu pourras aussi y accrocher tes chakrams.
- Merci, Sheena.
Une étincelle espiègle s'alluma dans les yeux céruléens de l'élue.
- Maintenant, à ton tour !
- M… m… moi ? Bredouilla Sheena.
Le sourire de Colette s'élargit.
--
- Tu vois, il n'y avait pas de raison d'avoir peur, tu es toujours Sheena, sourit Colette.
La jeune femme acquiesça.
- Ca me va, ça ne me change pas trop. Qu'est-ce que tu en dis ?
- C'est parfait, confirma l'élue.
Sheena avait simplement retiré ses gants pour enfiler un haut sur sa tenue. Le vêtement était d'une couleur violet sombre et ne couvrait son abdomen qu'à partir de sa poitrine. Les manches, elles, étaient longues et évasées. Autour du cou, Sheena avait choisi un large collier de tissu rose pâle auquel elle avait attaché le grelot de Corinne.
La jeune femme sourit.
- On y va ?
Colette marqua un temps d'arrêt et se tordit les mains.
- Sheena ?
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'aimerais rencontrer Jellyn.
Sheena écarquilla les yeux.
- Tu es certaine de vouloir faire ça ?
- Oui, je crois que ça m'aiderait beaucoup. Tu veux bien m'accompagner jusque là ?
Sheena la détailla longuement avant d'acquiescer d'un hochement de tête.
D'accord, si ça peut t'aider.
--
Les deux amies payèrent leurs achats puis quittèrent la boutique. Jellyn habitait dans une agréable partie de la ville. Là, les maisons étaient de taille modeste, mais confortables, leurs habitants n'étaient pas riches mais ne manquaient de rien. Après quelques minutes de marche, Sheena et Colette s'engagèrent dans une rue bordée par un canal où de petites embarcations flottaient paisiblement, accrochée à de petite jetée de bois, rendues grises par l'eau et le temps. Le parfum salé de l'océan avait remonté le fleuve et se mêlait aux odeurs des vastes plaines du continent pour envahir la ville. Dans le ciel, le soleil à son zénith se reflétait sur l'eau fraîche en mille éclats aveuglants.
Colette s'arrêta devant une maisonnette fleurie, devancée par un petit jardin garni d'un portail de bois. Elle se tourna vers Sheena.
- Ça va, lui assura-t-elle en la gratifiant d'un sourire. Je vous rejoindrai plus tard.
Un peu à contrecœur, Sheena tourna les talons, regardant Colette frapper timidement à la porte par-dessus son épaule. Elle soupira. Elle ne devrait pas s'inquiéter, elle savait que Colette était plus forte et courageuse qu'elle n'y paraissait, mais elle savait également que la jeune élue était très sensible, surtout lorsqu'il s'agissait de Lloyd.
Sheena décida d'aller attendre les autres à l'auberge.
--
Après quelques secondes, Colette entendit des bruits de pas dans la maisonnette, puis la porte s'ouvrit sur Jellyn. La jeune femme devait avoir deux ou trois ans de plus qu'elle. Elle était de taille et de corpulence moyenne, élancée, la peau légèrement hâlée, de longs cheveux bruns, couleur chocolat, lisses et brillants, ondoyaient le long de son dos, encadrant un visage aux traits harmonieux où des yeux aux prunelles noisette observaient l'élue avec un brin de surprise.
- Oui ?
- Excusez-moi, je m'appelle Colette, je suis une amie de Lloyd et… est-ce qu'on pourrait parler ? Demanda nerveusement Colette, en se tordant les doigts.
- Oui, bien sûr, entrez.
Jellyn s'effaça pour laisser entrer l'élue, puis la guida à l'intérieur jusqu'à un petit salon ouvert sur la cuisine et, à l'arrière de la maisonnette, on pouvait voir une terrasse en pierre bordée par un autre petit canal.
La jeune femme la fit asseoir dans un fauteuil avant de s'installer à son tour, en face d'elle.
Colette tourna la tête de gauche à droite.
- Vous vivez seule ?
- Oui, mes parents sont décédés il y a quelques années, répondit Jellyn avec calme.
- Oh… Je suis désolée…
- Dans une ferme humaine. Ce n'est rien, ça fait longtemps.
Un silence pesant s'installa.
Colette était nerveuse. Au départ, c'était simplement la peur de rencontrer la jeune femme et d'apprendre ce qu'elle et Lloyd avaient partagés ensemble, ce qu'il avait vécu loin d'elle. Mais, désormais, elle comprenait toute l'ampleur de la situation. Jellyn était sa rivale, la fiancée du garçon qu'elle aimait, celle qu'il avait choisie, qu'il aimait. Même si elle savait Lloyd en danger, Colette n'avait jamais perdu l'espoir de le retrouver et, peut-être, de fonder un avenir avec lui. Et Jellyn lisait tout ça dans les yeux de l'élue, avec une facilité déconcertante, elle analysait sa nervosité. Finalement, la rencontrer n'était peut-être pas une bonne idée. Mais, en même temps, Colette était rongée par la curiosité, ce qu'elle ne s'avouait pas entièrement… Malheureusement, Jellyn était en position de force, et elle ne manquerait pas de l'insinuer dans toutes ses paroles. Oui, Jellyn était très forte, ses yeux brillaient d'une ardeur nouvelle et Colette avait conscience de ne pas être de taille. Cette discussion aurait de quoi combler la curiosité de l'élue, mais lui rappellerait également sans vergogne que les sentiments de Lloyd avaient changés. Et, ça, c'était en partie de la faute de la jeune fille.
Colette reprit la parole.
- Comment vous êtes-vous… ?
- Pourquoi vous a-t-il quittée ? La devança Jellyn, plantant son regard dans le sien.
- Oui, répondit Colette, soutenant difficilement le regard de la jeune femme.
- Il y a un an, il est arrivé en ville, son sac sur l'épaule. A l'époque, je voulais reprendre la parfumerie de ma mère, mais je travaillais dans une auberge pour gagner assez d'argent pour me lancer. C'est là que je l'ai rencontré pour la première fois. Je n'oublierai jamais ce jour, je peux me souvenir du moindre détail. Il portait un pourpoint de cuir sur une chemise avec un pantalon de toile de des bottes de marche.
Jellyn sourit.
- Comme n'importe quel voyageur en fait. Mais je n'oublierai jamais comme il m'a regardée. Ses yeux brillaient comme des rubis. Lorsqu'il m'a sourit, je crois bien que j'ai été touchée en plein cœur. Et quand j'ai été prendre sa commande, je n'ai pas osé lui dire un mot, je n'ai pu que l'observer timidement. Malheureusement pour moi, le lendemain matin, il était déjà reparti ! Le soir, alors que je rentrais chez moi, deux hommes se sont mis à me suivre dans la rue. Après un moment, ils se sont mis à me héler, puis ils ont couru et m'ont rattrapée. J'avais peur et je n'osais même pas imaginer ce que j'allais devenir… jusqu'à ce qu'il arrive. Il n'avait qu'une simple épée à la main et ne portait même pas d'armure, mais ça ne l'a pas empêché de les envoyer dans le décor…
--
Le jeune homme donna un coup de pied dans le derrière proéminent du dernier agresseur debout, qui atterrit tête la première dans le caniveau.
D'une démarche souple, il s'avança vers Jellyn, se baissa pour ramasser son panier tombé là et le lui tendit en souriant.
- J'espère que ces deux brutes ne vous ont pas fait de mal.
La jeune femme reprit son panier, esquissant un timide merci, les joues teintées d'une couleur rosée qui passa inaperçue dans la faible lumière du jour déclinant.
- Je m'appelle Lloyd, vous êtes Jellyn, c'est ça ? On s'est rencontrés à l'auberge du coin, vous vous souvenez ?
Elle s'apprêtait à répondre quand elle remarqua son pourpoint entaillé et sa chemise imbibée de sang.
- Oh ! Mais vous êtes blessé !
Lloyd sembla à peine remarquer la coupure.
- Ce n'est pas grave, ne vous inquiétez pas !
- Laissez-moi vous aider, vous m'avez sauvé la vie.
Les épaules du jeune homme s'affaissèrent de résignation.
- Venez, j'habite un peu plus loin.
--
La jeune femme le fit asseoir dans le salon et posa une chaise en face de lui. S'éclipsant quelques secondes, elle revint d'un pas rapide avec une boîte de soins.
- Enlevez votre chemise.
Le jeune homme s'exécuta, dévoilant sa musculature fine sous sa peau hâlée, et la blessure faite par le poignard d'un des deux agresseurs, au-dessus du nombril, s'ouvrant sur une vingtaine de centimètres, mais heureusement peu profonde.
Jellyn fit couler un peu de lotion désinfectante sur un bout de tissus, puis l'appliqua sur la coupure. Lloyd tressaillit au contact piquant du liquide sur sa blessure, mais se hâta de reprendre contenance. Sans relever la tête de sa tâche, la jeune femme ne put s'empêcher de sourire.
- Quel âge avec-vous ? Demanda-t-elle pour détourner son attention.
- J'ai… euh… dix-neuf ans.
- Ah oui ? Moi aussi. Vous êtes jeune pour voyager seul !
- Et vous, vous êtes jeune pour travailler dans une auberge et vivre seule ! Rétorqua Lloyd en riant.
Un ange passa.
- Bon, je suppose que nous n'avons pas besoin de nous vouvoyer alors, Lloyd, lui sourit-elle en se redressant.
Le jeune homme lui sourit en retour.
- Absolument !
Il renfila sa chemise et se releva.
- Vous… tu vis vraiment seule ? S'enquit-il sur un ton embarrassé.
Jellyn acquiesça.
Mes parents sont morts il y a quelques années.
--
- Ma mère faisait des parfums qui se vendaient à travers tout Sylvarant, mais je pense que j'ai peur de reprendre son travail…
- Tu ne devrais pas t'inquiéter, je suis certain que tu t'en sortiras à merveille ! L'encouragea Lloyd avec véhémence.
- Tu crois ?
- Bien sûr ! Et puis, puisque je voyage beaucoup, je pourrais te ramener tout ce dont tu as besoin !
Lloyd lui fit un clin d'œil et la jeune femme ne put s'empêcher de sourire.
- Si tu m'aides, je suis sûre d'y parvenir.
Jellyn éclata de rire en le voyant s'empourprer.
--
Quand, l'un après l'autre, ils entrèrent tous dans l'auberge où ils s'étaient donné rendez-vous quelques minutes plus tôt, Yuan les attendait déjà, faisant nerveusement les cent pas en jurant.
- Vous voilà enfin, s'exclama-t-il. Dépêchez-vous, il s'est passé quelque chose de grave.
Tous se concertèrent du regard. Yuan poursuivit.
- Il y a eu un incident à Tesséha'lla. Une explosion, très puissante, a dévasté une partie de la Forêt de Gaoracchia. C'est sûrement une attaque.
- Une attaque de ce Consortium de Kharlan ? S'enquit Raine.
- C'est fort probable. J'ai fait amener des ptéroplans pour aller jusqu'à Sybak. Il ne faut pas perdre une minute.
L'ordre était sans appel. Il prirent tous un ptéroplan, quittèrent la ville et, une fois à l'abri des regards, ils enfourchèrent les engins et partirent à toute vitesse sans un mot.
--
Un à un, ils atterrirent en douceur sur la plage proche de Sybak. Là, des Renégats les attendaient déjà. Habillés de la même armure et du heaume caractéristique des Désians, ils récupérèrent les ptéroplans et invitèrent les compagnons à les suivre, Yuan à leur tête.
- Nous n'allons pas à Sybak ? L'interrogea Sheena en observant la ville en haut, alors qu'ils longeaient une falaise.
Ils marchaient sur une plage de gros galets à seulement une vingtaine de mètres de l'océan.
- Non, nous avons une base reliée au sous-sol de l'université, c'est là que nous allons écouter le rapport qu'ont fait mes hommes.
Le passage devint plus étroit. La piste suivait un chemin qui montait le long de la falaise, sans garde-fou, large de seulement deux mètres. En contre-bas, des vagues dévastatrices s'écrasaient avec fracas sur la paroi rocheuse, des gouttelettes salées pleuvaient sur les marcheurs déjà assaillis par le vent violent de l'océan.
Enfin, le chemin s'enfonça dans la falaise. Des lumières artificielles éclairaient le tunnel épargné par les éléments déchainés, débouchant sur une cavité plus large où une porte blindée, ouverte par leurs guides, donnait sur un couloir métallique qui ne leur rappela que trop les fermes humaines.
Un Renégat les interpela.
- Seigneur Yuan, le docteur Anielle vous attend dans la salle de réunion.
- Bien, nous n'avons pas de temps à perdre.
Après un dédale de couloirs, le Séraphin les guida d'un pas rapide vers une large pièce où trônait une grande table ovale entourée de hauts sièges. Une femme les attendait avec d'autre Renégats derrière elle. Le Docteur Anielle.
La Demi-Elfe était de taille moyenne avec des cheveux châtains mi-longs. Physiquement, elle devait avoir une trentaine d'années. Elle portait la blouse blanche caractéristique de ceux qui vouaient leur vie aux sciences et le regard fixe et sérieux de ceux qui avaient des mauvaises nouvelles. A leur arrivée, elle remit convenablement ses petites lunettes rectangulaires sur l'arrête de son nez.
Elle leur fit signe de s'asseoir autour de la table.
- Ils ne sont pas au courant Anielle, fait d'abord un récapitulatif des événements.
La jeune femme acquiesça.
- Ce matin, aux alentours de neuf heures et demi, dans la Forêt de Gaoracchia, est survenue une très puissante explosion de mana d'origine inconnue. Le souffle de l'explosion a dévasté près de la moitié de la Forêt.
Anielle jeta un regard à Yuan qui l'incita à continuer.
- Après analyse, il s'est avéré que l'explosion s'apparentait à une attaque de type « Jugement » surpuissante. Apparemment, un ancien projet du Seigneur Yggdrasill s'est éveillé, sûrement lorsque le lien avec Derris Kharlan a été coupé.
Elle prit une grande inspiration et repositionna correctement ses lunettes du bout de l'index.
- Le projet dont il est question a pour nom « Angelus ». Quand les Renégats sont devenus une trop grande menace pour lui, le Seigneur Yggdrasill a créé une arme pour nous éradiquer. Angelus est un Ange dénué d'âme, une poupée tueuse qu'il a modelée à son image avec l'Épée Éternelle. Il lui a donné des pouvoir dévastateurs grâce à un objet appelé la Gemme de Destruction qui est un artéfact extrêmement rare et comparable à ceux que nous utilisons pour améliorer nos exsphères.
Yuan tourna brusquement la tête vers Kratos qui venait de sursauter. Le Séraphin fixait la scientifique, les yeux écarquillés.
- Tu connais cet objet ? S'enquit Yuan.
- Oui...
Kratos ravala sa salive et s'enfonça sans un mot dans son siège en inspirant profondément. Yuan vit ses poings se refermer avec force sur ses accoudoirs, les jointures blanchies.
- Seigneur Yuan, dois-je continuer ?
- Oui, oui, continue, la rassura le Chef des Renégats.
Il jeta un dernier regard inquiet à son ami avant de se retourner à nouveau vers Anielle.
- Le Seigneur Yggdrasill aurait donc utilisé cette Gemme de Destruction avec une exsphère ou possiblement avec un cristal du Cruxis pour obtenir de meilleurs résultats. Sauf qu'il devait être le seul habilité à contrôler Angelus. Quand le lien s'est coupé avec Derris Kharlan, Angelus s'est activé et a désormais l'intention de faire le travail pour lequel il a été créé. Il va nous détruire. Nous, ainsi que les derniers Séraphins.
Les compagnons se lancèrent des regards effrayés où la surprise se disputait à l'appréhension. Il s'apprêtaient à se concerter quand Anielle intervint une dernière fois, la voix moins assurée.
- J'ai cru comprendre que le jeune Lloyd, le fils du Seigneur Kratos, n'avait plus donné signes de vie depuis plusieurs mois. S'il était en voyage, je crains qu'il ait rencontré la route d'Angelus.
- Mais Lloyd n'est ni un Renégat ni un Séraphin ! S'exclama Génis en se levant brusquement.
- Je sais, mais il s'avère qu'il dégage la même odeur de mana que le Seigneur Kratos et...
- Non...
Le jeune Demi-Elfe se laissa tomber dans son siège. Sa soeur ainée posa une main rassurante sur son épaule.
- Attendez, ce n'est pas... Commença Raine.
- Je ne voudrais pas m'avancer, mais Angelus n'avait pas encore attaqué depuis son éveil. Il est possible qu'il ait traqué votre ami pendant tout ce temps.
Anielle ne jugea pas utile de continuer. La gorge nuée, ce fut Colette qui s'exprima.
- Professeur, ça veut dire qu'Angelus avait trouvé Lloyd ?
Une larme coula le long de la joue de l'élue avant qu'elle n'éclate en sanglots. Sheena se précipita pour la réconforter alors que les mêmes larmes inondaient son visage.
Yuan se leva.
- Je vais appeler des hommes pour vous mener à l'aire de repos pour que vous vous remettiez de vos émotions.
--
Génis plaqua son dos contre le métal froid de la coursive et heurta volontairement le mur d'un coup de tête. Le couloir était vide à cette heure, la plupart des Renégats étaient partis à la cantine et les autres étaient concentrés sur leurs écrans de surveillance ou en mission à l'extérieur. Le Demi-Elfe ferma les yeux. Cette histoire commençait à virer au cauchemar. D'ailleurs, il n'était pas le seul à avoir quitté la pièce puisque Kratos s'était également éclipsé après la réunion.
- Salut !
Génis sursauta. Sorti d'une des pièces donnant sur le couloir, un jeune Demi-Elfe lui faisait signe.
- Salut ! Répondit le jeune mage.
Le garçon s'approcha.
- C'est la première fois que je rencontre quelqu'un de mon âge ici. Je m'appelle Glow et toi ?
- Moi, c'est Génis !
Glow devait avoir une quinzaine d'années. Il avait les yeux et les cheveux d'un beau vert tendre, ces derniers repris en catogan, et quelques mèches lisses encadraient son visage doux et avenant fendu d'un large sourire. Il portait des habits de couleur blanche, attachés ci et là par des boucles dorées et une ceinture de cuir à laquelle pendait une courte épée ceignait sa taille.
- Enchanté, Génis ! Je ne voudrais pas paraître curieux, mais qu'est-ce que tu fais ici ?
La voix du garçon n'était empreinte d'aucune animosité et ses yeux écarquillés marquaient clairement son étonnement.
- Je suis avec euh... Yuan, Kratos et des amis.
- Waouh ! S'exclama soudain Glow. Tu es le Génis du groupe de l'élue !
- Oui, c'est ça ! Avoua le jeune mage en s'empourprant devant l'admiration de son nouvel ami.
- C'est dément !
- Oui, heu... et toi, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu travailles ici ?
- Moi ? Non... Disons que je suis là à cause de mes parents.
- Ah, ce sont eux qui travaillent à la base alors.
- Oui, c'est à peu près ça !
- Dis, elle est grande cette nouvelle base ? J'ai entendu dire qu'elle était reliée à la partie souterraine de l'université.
- Bien sûr ! Viens, je vais te faire visiter !
--
- Vous êtes certains de vouloir continuer ? Demanda Yuan.
Les compagnons se concertèrent du regard et acquiescèrent. Raine prit la parole.
- Nous ne pouvons pas laisser un monstre comme Angelus dans la nature. Hors de contrôle, qui sait de quoi il est capable. S'il a détruit la moitié de la Forêt d'une seule attaque, nous craignons le pire pour le reste du monde.
- Je vois.
Le Séraphin les jaugea tous du regard avant de lancer la suite des opérations.
- La première étape sera de nous rendre sur les lieux de l'attaque. Angelus n'est plus sur place mais ce qu'il a laissé derrière lui nous sera utile pour comprendre comment il fonctionne et peut-être planifier quelle sera sa prochaine cible. Nous irons là-bas à pied, le trajet prendra entre une et deux heures de marche. Rassemblez votre équipement et ensuite partons sans perdre une minute.
Ils se dispersèrent.
--
La Forêt de Gaoracchia aurait pu être aussi ténébreuse que dans leurs souvenirs. Mais le désastre qui s'étalait devant leurs yeux clamait trop réellement la puissance destructrice de leur nouvel ennemi. Angelus. La fin du monde. C'était ce à quoi ressemblait cette partie de la forêt.
Sur des kilomètres, le sol n'était que terre brûlée, arbres déracinés, calcinés dans le feu de la vengeance. Certains troncs étaient encore enflammés, dévorés par des flammes blanches et avides. Ci et là, on pouvait également observer des sortes de cratères dans le sol et d'énormes morceaux de roche, témoignant de la force terrifiante de la créature à l'origine de l'explosion.
- Par Martel... Fit Colette en faisant un pas en avant.
Elle manqua de trébucher, mais Sheena la rattrapa de justesse. La jeune femme se pencha et attrapa l'objet qui l'avait presque faite chuter. Ses amis se rassemblèrent autour d'elle. C'était un heaume, un heaume de Renégat, brûlé et fendu dans presque toute sa longueur. Sheena tendit la relique à Yuan.
- Il y avait des Renégats sur place, dit-il solennellement. Pas un n'a survécu.
Les six compagnons ne firent pas de commentaires et progressèrent dans un silence presque religieux vers le centre de l'explosion.
L'attaque avait creusé un énorme trou dans le sol. Large d'une trentaine de mètre, profond de quinze et même vingt par endroits, la terre à cet endroit était d'un noir d'encre. Aux alentours, rien n'avait survécu, ni arbre, ni roche, ni carcasse...
Ils se tournaient tous vers Yuan au moment où les deux Séraphins tiraient leurs épées. Alertés par l'attitude de leurs compagnons, ils sortirent tous leurs armes, jetant des regards à gauche et à droite en quête d'un quelconque danger.
- Des Anges ! Les avertit Yuan. Ils ont sûrement été attirés par le mana d'Angelus ! Préparez-vous au combat !
Le Demi-Elfe finissait à peine sa phrase que leurs premiers assaillants apparaissaient. Trois d'entre eux apparurent à l'orée de la forêt, armés de longues lances, volant droit vers eux, le regard vide. Les deux mages commençaient à peine à incanter leur premier sort quand cinq autres Anges sortirent de l'énorme trou, tenant à la main épées et sceptres, accompagnés de trois autres qui étaient cachés dans des cratères proches.
- Génis, Régal, aboya le chef des Renégats, vous prenez les trois premiers ! Sheena et Colette, vous prenez les trois autres ! Moi et Kratos, nous prendrons le groupe de cinq. Raine, tu restes en arrière, tu nous aides, mais tu soignes les blessés en priorité.
Ils acquiescèrent avant de s'élancer.
Régal, suivit de Génis, bondit sur son premier ennemi qu'il envoya dans le décor d'un puissant coup de pied. Pendant qu'il ferraillait avec le deuxième et que le premier reprenait péniblement ses esprits, le jeune mage prépara son sort. L'Ange sonné eut à peine le temps de voler quelques secondes vers l'humain qu'une épée foudroyante le cloua au sol en déversant son énergie. Génis s'apprêtait à commencer une deuxième attaque quand Régal prit soudain l'avantage sur son adversaire. Pourtant, la longueur de la lance ennemie aurait dû l'handicaper, mais, maintenant que ses mains étaient libres, l'issue du combat était évidente. L'Ange reçu un coup de pied à l'estomac qui le plia en deux, suivit d'un uppercut qui lui brisa la mâchoire. Il alla rejoindre son compagnon sur le sol.
De l'autre côté du champ de bataille, Sheena évita de justesse un coup d'épée destiné à la décapiter. Elle s'aplatit au sol, glissa sous son ennemi et remonta en tournoyant, une carte de feu à la main, enflammant les ailes plumeuses de l'Ange. Le laissant choir à terre, elle jeta un coup d'œil à Colette, à quelques mètres d'elle. Satisfaite de voir l'élue se débrouiller assez bien face à son ennemi, elle fila comme une flèche vers le troisième qui s'approchait dangereusement de la jeune fille. Il tendit son bras pour abattre sa lame quand Sheena lui brisa douloureusement le poignet en frappant du tranchant de la main. L'Ange la regarda sans réagir à la douleur. Ce fut la seconde qui lui coûta la vie. Elle bondit sur lui, se hissa sur son dos pendant qu'il gesticulait vainement. La jeune femme attrapa sa tête entre ses mains et lui brisa fermement la nuque avec un bruit écœurant. L'Ange s'écroula, mort avant d'avoir touché le sol. Elle se relevait à peine qu'elle vit Colette tomber, moribonde, la chemise imbibée de sang.
- Raine ! Cria Sheena en se précipitant vers l'Ange qui s'apprêtait à finir son oeuvre.
Elle courut, se ramassa sur elle-même et bondit, son genou percutant violemment la mâchoire de son ennemi. Sheena se posta devant Colette que Raine s'affairait à soigner. L'Ange tituba, se redressa, et fonça droit sur elles. A bout de souffle, la jeune femme se préparait mentalement à encaisser le choc quand un pieu de glace se ficha en plein cœur de son adversaire. Elle fixa quelques secondes le cadavre empalé de l'Ange avant de se tourner vivement vers l'autre côté du champ de bataille où Génis, aussi épuisé qu'elle, lui faisait de grands signes. Elle eut tout juste le temps de sourire que son premier ennemi se relevait, le dos gravement brûlé, incapable de voler. Il leva son épée et s'avança vers elle. Sortant une de ses cartes, elle la fit léviter devant elle pendant que ses doigts prenaient des poses différentes à une vitesse fulgurante. Elle attrapa ensuite sa carte et l'envoya vers l'Ange qui était presque sur elle. La carte ensorcelée explosa, envoyant leur denier ennemi s'écraser dix mètres plus loin. Derrière elle, Colette se relevait douloureusement en s'appuyant sur le bras de Raine, fatiguée, mais en vie. Sheena s'autorisa enfin à respirer.
- Raine ! Hurla Yuan de l'autre côté du champ de bataille.
Tous leurs regards convergèrent brusquement vers les deux Séraphins. Kratos était au sol et Yuan ferraillait désespérément avec les trois Anges restants en protégeant son ami. Raine se précipita vers eux, suivie de Régal et Sheena, les deux seuls encore capable de mener un autre combat.
La Demi-Elfe s'agenouilla immédiatement auprès du mercenaire alors que Régal bousculait violemment un des adversaires, donnant l'occasion que Yuan attendait pour les repousser loin de Raine et Kratos. L'humain se chargea d'un ennemi de son côté, laissant les deux autres au Séraphin et à Sheena.
La jeune femme attrapa l'épée de Kratos abandonnée là et se posta aux côtés de Yuan. Les deux combattants se lancèrent un long et profond regard avant de reprendre le combat, en harmonie, complémentaires. Sheena bloqua le coup d'épée du premier alors que Yuan plongeait la sienne dans la poitrine du deuxième qui s'affaissa. D'un même geste, leurs épées croisées, ils bloquèrent l'attaque du dernier, le mirent au sol d'un coup de pied et l'achevèrent simultanément, leurs lames plantées dans son abdomen. A bout de souffle, l'un contre l'autre, il s'observèrent longuement, comme ensorcelés par une étrange alchimie. Yuan, le premier, se redressa et lui tendit une main dans laquelle elle glissa la sienne.
A cet instant, le cœur de l'adversaire de Régal cessa de battre pour toujours, achevé d'un coup de poing dévastateur à la tempe.
Raine aida Kratos à se relever.
- Ça va ? S'inquiéta Yuan.
Le mercenaire opina du chef et s'en alla, suivit par les autres membres du groupe, préférant quitter la zone qui n'était plus sure. Seuls Sheena et Yuan restèrent en arrière.
- Tu as l'air soucieux, observa la jeune femme.
- Je ne comprend pas, ce combat n'aurait dû être qu'une formalité pour lui, il a toujours été meilleur que moi. Je ne comprend vraiment pas...
- Ce genre d'incident peut arriver à n'importe qui, tenta-t-elle de le rassurer en posant une main sur son bras. Et puis, tu sais, Kratos a dû être ébranlé par les révélations d'Anielle, ça l'a perturbé. A cet instant, toutes ses pensées doivent être tournées vers Lloyd.
Le Séraphin plongea son regard dans les prunelles noisette de la jeune femme.
- Tu as sûrement raison, soupira-t-il. Viens, rejoignons les autres.
--
En début de soirée, les sept compagnons, encore fatigués de leur dernière bataille, atteignirent les portes de Meltokio. Sheena s'était imperceptiblement raidie à leur arrivée en face du manoir des Wilder. La grande bâtisse était comme dans leurs souvenirs, montée sur deux grands étages, avec des briques claires et un immense jardin de fleurs exotiques de couleurs vives, parfois trop criardes, mais qui ravissait le regard par son faste et son extravaguence.
- Allons-y, soupira Yuan en s'engageant dans l'allée pavée qui menait à la porte.
- Vous croyez qu'il a changé ? Demanda désespérément Génis à ses amis.
Aucun n'osa lui répondre. Les épaules du jeune mage s'affaissèrent alors que le Séraphin frappait trois coups distincts sur le battant de bois. A leur grande surprise, ce ne fut pas Sébastien le majordome, ni même Zélos qui les accueillit.
- Bonsoir, dit simplement Préséa.
- Préséa ! S'écrièrent-ils tous, sauf Yuan et Kratos.
- Oui, c'est moi.
- On peut rentrer ? Fit Yuan.
Ce n'était même pas une question. La jeune fille s'effaça pour les laisser passer et les guida jusqu'au salon où Génis put avoir une réponse à sa question.
Zélos, allongé sur un divan, habillé de son habituelle tunique rose et de son pantalon blanc bouffant, tendait lestement le bras vers une coupe de fruits, attrapait un raisin et le gobait sans leur accorder la moindre attention.
Raine s'éclaircit la gorge, faisant sursauter l'élu. Comme un ressort, il bondit de son divan et se dirigea vers eux avec un sourire avenant.
- Mes amis ! S'écria-t-il en ouvrant les bras comme pour les étreindre.
- Oui, bon, hum, nous sommes là pour une histoire sérieuse, fit timidement le jeune mage en évitant son regard.
- Je sais, lâcha Zélos en baissant les bras, on m'a raconté.
Il désigna les autres fauteuils d'un geste ample. Les compagnons s'installèrent, accompagnés de Préséa. Seul Kratos resta debout, à l'écart, regardant distraitement par une fenêtre. En quelques minutes, ils se racontèrent les derniers événements, la mise en garde d'Anielle et ses doutes à propos de Lloyd. Zélos soupira en s'enfonçant dans son siège.
- On dirait que ce bon vieux Yggy n'a pas fini de faire parler de lui !
- Yggy ? Demanda Colette.
- Yggdrasill, lui souffla Préséa à l'oreille.
- Oh...
Le jeune homme éclata de rire.
- Je ne vois pas ce que la situation a de si drôle, élu, l'invectiva Yuan.
- Alors comme ça, on repart à l'aventure ? Rit-il.
Ses amis soupirèrent.
- C'est reparti... Lança Génis.
- On va retrouver Lloyd, donner un coup pied au derrière de ce Consortium de Kharlan et, en plus, on va bien s'amuser ! Je ne vois pas ce qui vous met dans un tel état !
- Je jurerais presque que nous t'avons manqué, observa Raine.
- Évidemment que vous m'avez manqué ! La vie est tellement fade sans nos aventures ! Et surtout sans ma petite Sheena adorée !
- Parle pour toi, espèce de pervers imbécile, l'insulta la jeune femme d'une voix dure et incisive.
L'intervention jeta un froid. Sheena fusilla l'élu du regard et tourna les talons, quittant la pièce d'un pas rageur.
- On a loupé un épisode ? S'enquit Génis.
- C'est pas grave, les rasséréna Zélos. Racontez-moi plutôt ce que vous avez fait pendant tout ce temps.
--
La nuit s'était posée depuis longtemps sur le manoir Wilder. La jeune chef de Mizuho, assise sur un banc du jardin, était perdue dans ses pensées. Elle avait regardé le jour décliner, le ciel bleu s'enflammer de couleurs rosées, puis virer vers l'orange pour enfin s'assombrir, dévoilant une myriade d'étoiles sur un ciel de velours presque noir. Les oiseaux s'étaient tus et l'agitation de Meltokio s'était calmée, les habitants regagnant leur domicile pour la nuit, les lumières s'éteignant, plongeant la métropole dans un sommeil irréel compte tenu de ses journées grondantes d'activité.
- C'est là que tu te cachais, fit une voix dans son dos.
Sheena se leva brusquement pour faire face à Zélos, posté dans l'embrasure de la porte du jardin. Elle gratifia l'élu de regard meurtrier.
- Je ne me cachais pas, élu.
- Arrête, tu sais bien que je ne suis plus l'élu.
- Non, mais tu restes toujours le même coureur de jupons ! Décidément, tu n'évolueras donc jamais ! Cracha la jeune femme avec animosité.
Zélos descendit les marches qui menaient au jardin et s'arrêta à quelques mètres d'elle qui lui tourna vivement le dos. Le jeune homme tendit une main indécise vers elle, avant de laisser tomber mollement son bras.
- Écoute, je... je suis désolé.
Sheena ne broncha pas.
- Je n'aurais pas dû faire ça, je me suis comporté comme un imbécile.
La jeune femme se tourna vers lui, les yeux brillants, la voix brisée.
- Là tu l'as dit ! Un véritable imbécile ! Tu m'invites pour qu'on passe quelques jours ensemble, tu restes avec tes petites idiotes de groupies, tu les laisses m'insulter et tu te moques de moi avec elles ! Oui, un véritable imbécile !
- Je suis désolé, Sheena.
- « Je suis désolé », c'est plutôt facile à dire, tu ne trouves pas ?
- Je... je n'aurais pas dû faire ça, Sheena ! Je t'en prie ! Oublions ça et repartons de zéro.
- Non, lâcha-t-elle froidement.
Zélos resta pensif quelques secondes. Quand il lui adressa la parole, ce fut d'une voix douce, amicale et résignée.
- Il y a quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ?
Sheena l'observa silencieusement. Sans un mot, sans un regard, elle se détourna, laissant l'élu seul aux portes du jardin.
- Je suis désolé... Murmura-t-il une dernière fois pour lui-même.
Dans l'obscurité de la nuit, la jeune femme essuya rageusement les larmes qui inondaient ses yeux.
--
Jellyn s'éveilla avec les premiers rayons du soleil. Quelques uns, un peu trop curieux, étaient passés entre les volets fermés de la chambre pour faire pleuvoir leur lumière sur les deux endormis. La jeune femme chercha ses vêtements des yeux. Elle observa avec un sourire toutes leurs affaires que, dans leur précipitation, ils avaient éparpillés un peu partout dans la pièce. Elle passa une main dans ses cheveux et se leva en douceur, de crainte de réveiller Lloyd qui dormait encore profondément. Elle récupéra ses vêtements et se dirigea vers la salle de bain pour se rafraîchir de sa nuit agitée, coulant un dernier regard brûlant vers son amant.
Rêveuse, elle se lava et s'habilla. Se glissant sans un bruit hors de la maison au bord des canaux, elle repensa au tournant que sa vie avait pris depuis sa rencontre avec lui. Ils étaient encore jeunes, certes, dix-neuf ans pouvait sembler trop tôt pour déjà vivre avec quelqu'un et préparer des projets de vie. Mais ce qui les liait était aussi fort et solide que du diamant. Être ensemble, rester ensemble, jusqu'à la fin vouloir être ensemble, ce n'était plus un projet mais une certitude, depuis des mois.
Jellyn acheta de quoi faire un petit déjeuner puis rentra chez elle. Le silence régnant dans la maisonnette indiquait clairement que Lloyd dormait toujours. Elle prépara la table en chantonnant puis se risqua dans la chambre.
Le jeune homme dormait sur le ventre, la tête sur le côté et les bras autour de son oreiller, les draps remontés jusqu'aux reins. Le soleil, en partie arrêté par les volets, baignait de lumière sa peau hâlée et douce comme le velours. Serein, son visage avait été épargné par les rayons capricieux, protégé par ses longues mèches sauvages couleur chocolat qui lui auraient donné l'air de sortir des fourrés s'ils n'avaient pas été aussi brillants et soyeux. Jellyn soupira, le sang d'Ange qui coulait dans ses veines lui garantissait une éternelle bonne santé... et une beauté à couper le souffle, même si, quand elle avait évoqué ce détail, il lui avait garanti que la transformation n'était que très récente. Il n'en avait pas conscience, et c'était peut-être mieux ainsi. Lloyd était à elle, les autres filles n'avaient que le droit de regarder, et sans trop d'insistance, hors de question de partager. La jeune femme se moqua de sa propre jalousie et la balaya de son esprit.
Doucement, elle s'allongea à ses côtés et avança la main vers lui. Ses doigts caressèrent ses larges épaules, suivirent la ligne de son cou, le contour de ses omoplates. Sa paume glissa le long de sa colonne vertébrale, descendit, remonta, s'arrêta là où naissaient ses ailes. Le jeune homme frissonna.
- Je connais ton point faible, murmura-t-elle à son oreille endormie avant de déposer un baiser sur sa joue.
Ses doigts se posèrent sur sa nuque, avancèrent à pas lents, coururent encore une fois sur la partie sensible de son dos. Lloyd se tortilla et grommela quelque chose d'incompréhensible, déclenchant les rires de la jeune femme qui se mordit le pouce pour ne pas faire de bruit. Se penchant au-dessus de lui, ses lèvres effleurèrent la naissance de ses ailes, puis s'y posèrent.
- Mh... Jellyn...
La jeune femme pouffa.
- Comment va mon bel endormi ?
Pour toute réponse, Lloyd se retourna sur le dos, la tête de Jellyn sur son torse.
- Parfaitement bien, surtout depuis que tu es là.
Leurs lèvres se cherchèrent, se trouvèrent et s'unirent.
- Je t'aime, murmura-t-il entre deux baisers.
- Je t'aime aussi, ne me quitte jamais.
-Je ne te quitterai jamais, mon amour.
--
Alors ? C'était à la hauteur de vos attentes ?... Non ? T_T
Laissez une petite review si vous avez aimé où si vous avez une remarque à faire ! A bientôt !
