Un lion d'éclair se forma alors au dessus d'eux, arrêtant du même coup pluie, vent, grêle, nuages, et le combat de Naruto et Kakashi qui se déchainaient face à Konan. Itachi sourit encore. Ce jutsu était puissant. Hélas, la lenteur des mouvements de Sasuke par rapport à lui lui avait suffi à préparer ses propres coups. Réglé comme sur un jeu d'échec maitrisé par Shikamaru, Itachi déclencha un arcane du Mangekyô Sharingan, son œil gauche devenant soudainement vitreux. L'instant suivant, il tournait son autre œil vers Lee et lançait une distorsion de dimension, le fauve de jade immobilisé par un clone sorti de personne ne savait où.
« Tu es devenu fort, Sasuke. »
Et sur ces mots, le second jutsu atteignit Lee de plein fouet, tordant comme dans une illusion d'optique son corps et son visage, le jeune homme disparaissant peu à peu tandis que Kakashi reconnaissait la technique et écarquillait les yeux au moment où Naruto hurlait. L'éclair s'abattit, Lee disparut totalement et Itachi resta debout au milieu de l'espace dévasté, protégé par un immense dôme aux airs de cage thoracique. Konan saignait abondamment et ne s'était toujours par remise d'un Katon placé à la source de son pouvoir de déplacement. Naruto, sous la colère et le désespoir, s'anima tout à coup sans que personne ne comprenne et, sans qu'aucun regard ne puisse le suivre, lança un Rasen Futon Shuriken sur la kunoichi. Le vent dont elle se servait était également sa faiblesse, les papiers se déchirèrent en mille morceaux et tombèrent au sol, éteints.
Itachi regarda son frère. Sasuke semblait en état de choc, dépossédé de tous ses moyens. L'œil presque aveugle de l'homme cilla un peu, du sang en coulant encore, puis il se détourna de la pathétique scène de désespoir qu'offrait l'autre Uchiha et disparut après quelques signes, Naruto toujours déchainé le ratant de son poing d'un pas à peine. Sasuke tomba à genoux, un air d'incompréhension totale sur son visage. Il serra les dents, planta ses poings au sol, faisant trembler et s'effondrer ce qui restait de la forêt, les sourcils froncés en un rictus de colère prononcé à l'extrême :
« Mais qu'est-ce qu'il cherche à la fin ? Qu'est-ce qu'il attend de moi ? »
La question ne trouva pas de réponse, le silence revenu sous le soleil à présent haut et trop brûlant, Sasuke s'effondra sans prendre le temps de verser une seule larme.
« Neji, tu l'as senti aussi, n'est-ce pas ? »
Neji ne répondit pas, trop choqué par l'impression de vide qui s'était emparée de lui.
« Neji, Lee est… hésita la jeune fille en cessant de ranger ses kunai, prête à partir.
– Il est mort ? s'enquit Sai sans l'ombre d'une idée de ce que pouvait représenter ce constat pour ses coéquipiers.
– Sai ! »
Le brun sursauta. Tenten s'était complètement figée et regardait toujours le Hyûga qui venait de hurler, attendant sa confirmation.
« On est un peu plus concerné quand on parle de la mort d'un proche, même lorsque ça touche quelqu'un d'autre que soi-même !
– Oh… constata le jeune homme, intrigué.
– Tenten, tu le sais bien non ? J'ai moi aussi l'impression que je ne rirai plus jamais de toute ma vie. C'était pareil lorsqu'il s'est battu contre Gaara, même si je ne voulais pas le reconnaître ou m'en rendre compte à cette époque. On va rentrer très vite, je vous préviens, acheva Neji d'un air inquiet et déterminé, je ne m'arrêterai pas. »
Le retour à Konoha avait été long et pénible. Sasuke n'avait pas prononcé un mot de tout le trajet, Naruto non plus, Sakura avait été prise de crises de larmes régulières, Kakashi n'avait pas levé le nez de son paradis du batifolage sans pour autant tourner une seule page, personne n'avait dormi.
Mais ce qui était pire que ce silence oppressant, de l'avis général non exprimé, était le regard dolent que Sasuke affichait en permanence. Eux se sentaient mal, eux en étaient malades, Naruto avait détruit tous leurs points de repos pour faire passer sa colère, son impuissance et sa tristesse. Sakura n'avait pas cessé de tenter de soutenir tout le monde, elle considérait que c'était son rôle et que malgré sa propre douleur, elle devait supporter la leur, parce qu'elle savait qu'ils avaient assez souffert comme cela, qu'ils avaient pour une fois peut-être besoin de soutien.
Les ninjas ont tendance à se renfermer sur eux mêmes par habitude. En combat, ils sont toujours réduits aux plus effrayantes extrémités et ils savent qu'au bout du compte, ils peuvent parfaitement se retrouver seuls face au danger. Ils adoptent donc la même réaction pour tout événement de leur vie. Ils se taisent, intériorisent tout sentiment parce qu'au final, au bout de toute chose, ils sont seuls au monde. Chacun doit porter sa propre douleur pour ne pas blesser les autres, chacun la partage de loin et personne, d'ordinaire, ne se permet de consoler autrui. Parce que les ninjas sont sensés être forts et ne pas se laisser aller aux sentiments. Parce qu'un ninja ne doit pas pleurer.
C'est étrange d'ailleurs que Sasuke ait estimé que déroger à la règle pour cette fois n'était pas si dramatique. Il avait versé trois larmes. Trois. Une lorsqu'il s'était réveillé sous un chêne et qu'il avait réalisé que Lee n'était plus là et ne le serait plus jamais. Une autre lorsqu'il avait vu son équipe avoir mal sans le lui cacher. Une dernière, et certainement la plus importante, lorsque, après que Sakura avait enfin osé regarder dans ses yeux flous et comme absents, elle l'avait pris dans ses bras et qu'il avait enfoui sa tête dans son cou.
L'équipe sept mentalement décimée rentra à Konoha un jour magnifique où le soleil illuminait le monde. L'équipe huit les attendait, anxieuse, folle d'espoir de voir Lee, soutenu par un Sasuke a l'air contrarié, arriver en leur adressant un immense sourire et leur déclarer triomphant que la fougue de la jeunesse avait encore vaincu.
Mais l'équipe sept revint en deuil.
« Sai, chuchota Neji. Lorsque l'on constate la mort d'un proche, on peut se renfermer sur soi-même, mais s'il y a quelqu'un dont on accepte la proximité, on peut lui demander de le soutenir un peu ou le lui signifier par une expression faciale. »
Les yeux larmoyants de Tenten, sous le regard un peu déconcerté de Sai, se noyèrent complètement et elle sauta au cou de son coéquipier pour pleurer tout son soul. Neji grimaça, c'était sa tristesse et la sienne qu'il devait supporter, c'était trop pour lui. Il s'agissait de Lee. Le Hyûga, tandis que Gai restait bouche bée à leurs côtés, les yeux écarquillés, des gouttes d'eau tombant depuis longtemps sur ses joues, se tourna vers Sai, attrapa son épaule d'une main tout en gardant Tenten dans ses bras et le tira vers eux, le forçant à les étreindre.
« Tu n'es pas triste, tu peux bien porter la douleur des autres », déclara-t-il pour justifier sa tête posée sur le bras du jeune homme et sa main s'enfonçant toujours dans l'épaule tandis que Sai essayait de ne pas se troubler et serrait également Tenten contre lui.
Sasuke s'arrêta quelques mètres avant les portes. Les autres l'imitèrent par réflexe, puis le brun, tel un mort vivant, tourna son regard perdu aux sourcils froncés vers eux, ouvrit la bouche difficilement et dit simplement avant de disparaître :
« Je vais m'entraîner. »
Sakura sursauta.
« Sasuke-kun att… commença-t-elle avant de sentir une main l'arrêter.
– Sakura-chan, laisse-le. »
Naruto avait la tête baissée et le poing serré. Ses dents crissaient dangereusement lorsqu'il se décida à approcher du groupe de Neji qui semblait avoir parfaitement compris la situation. Il ne s'étonna même pas de trouver Sai à cet endroit et affichant un visage étrangement peiné.
« Je… bafouilla-t-il. Je suis désolé. »
Et Naruto étant ce qu'il était, ce fut lui qui serra tout ce petit monde dans ses bras, se nourrissant de leur peine et la canalisant en lui, les soulageant de sa chaleur, incroyable muraille de flammes réconfortante de vie et émouvante d'espoir. Parce que contrairement à tout être humain, Naruto n'avait pas besoin d'être consolé. Naruto n'avait pas besoin de tomber pour aller mieux. Naruto, parce que sa force à lui était différente, exprimait sa tristesse en accueillant celle des autres en son sein. Naruto allait mieux comme cela. Parce que soulager les autres de leur mal était sa façon à lui de guérir aussi. Sakura jeta un regard attendri au groupe, quelques larmes coulant de nouveau de ses yeux, puis elle saisit la main de son maître qui avait enfin daigné ranger son livre et regardait Gai d'un œil désolé et compatissant.
Kakashi savait que ce genre d'événement devait arriver un jour ou l'autre. Il savait que certains chûnin mourraient avant lui et qu'il devrait supporter cette triste réalité lui aussi. Mais la présence de Naruto changeait toujours ce genre de données courantes et noires. Naruto avait toujours été le déclencheur de l'impossible. Naruto donnait une dimension tellement positive aux choses que Kakashi avait oublié que la mort d'un équipier pouvait encore exister.
La kunoichi à côté de lui le tira en avant. Elle attrapa également le bras de Gai et les traina tous les deux jusqu'à un petit bar où elle les avait déjà aperçus flanqués d'Asuma, Kurenai, et quelques autres jônin. Les adultes vivaient les choses différemment. Les passions de Naruto et Sasuke ne se guérissaient que par leurs propres actions et pensées, avec le temps. Les deux hommes étaient différents en cela que Kakashi et Gai semblaient à ses yeux des enfants en bas âge qui ne pouvaient pas bien se rendre compte des choses et les assimiler entièrement, parce qu'ils s'étaient déjà complètement fermés à tout cela, même Gai, parce qu'ils y étaient habitués, mais que c'était toujours un peu douloureux quand même. Ces deux gosses d'âge mûr avaient besoin de boire pour oublier. C'était une loi adulte qu'elle avait apprise de Tsunade, elle allait pouvoir vérifier si l'alcool était véritablement un bon onguent à la douleur sentimentale. Elle même était certaine qu'elle boirait jusqu'à plus soif, indépendante et déjà adulte, elle devait réagir en tant que telle. L'alcool était temporaire, mais il fallait bien canaliser la douleur en attendant qu'elle s'atténue.
Dans un appartement de fonction, un jeune homme brun vomissait tout ce qu'il avait pu avaler sans s'en rendre vraiment compte durant les jours précédents. Son nez coulait sans qu'il ne puisse y faire quoi que ce soit, ses yeux le piquaient atrocement et sa gorge était en feu. Une pensée, une seule, un prénom, trois lettres, et ses yeux noirs se brouillèrent davantage pour laisser couler ce qu'il n'aurait jamais cru pouvoir encore produire. La bouche ouverte au dessus du lavabo, un filet de salive continuant de couler de ses lèvres ouvertes vibrant au rythme de sa respiration saccadée, étouffant, ses doigts se crispant sur le miroir auquel il s'appuyait, Sasuke tremblait de tous ses membres, fiévreux et le visage ravagé de tristesse. Le corps secoué d'incontrôlables spasmes, l'Uchiha s'affala sur le bord du lavabo, sanglotant toujours, puis se laissa glisser lentement au sol, ses bras devenus loques tombant lourdement sur ses genoux et se balançant jusque sur ses pieds pas même déchaussés.
Les sanglots redoublèrent sans qu'il puisse les arrêter. De toute façon, il ne voulait pas. Il voulait s'emplir de cette douleur atroce qui le ravageait et en faire la seule chose pour laquelle il vivrait. C'était cela qui était si extraordinaire. Pleurer. Pleurer juste pour tous ces sentiments qui s'étaient accumulés à la suite de la disparation de Lee. Pleurer, parce que c'était rendre hommage et se libérer. Pleurer, parce que c'était la seule chose qu'il pouvait faire dans son état. Pleurer, parce que ça le tuait.
Sasuke réalisa vaguement où il se trouvait au travers de l'océan de désespoir dans lequel il se noyait. Il n'en fut soudain que plus blessé, plus malade, cela faisait mal, c'était horrible. Le hurlement silencieux de sa bouche, toujours ouverte pour pouvoir respirer, se transforma en cri déchirant, sa voix brisée au milieu des pleurs, ses mains venant enserrer sa tête, ses doigts passés dans ses mèches qu'il tenait fermement. Il allait devenir fou. Il le sentait, cette douleur infâme, cette torture inhumaine, cela ne pouvait pas continuer sans qu'il en perde la raison, il fallait que cela s'arrête. Mais Sasuke ne pouvait que continuer à sombrer, seul, c'était ce qu'il voulait pour pouvoir pleurer en paix, mais seul, et avoir tellement mal qu'il en deviendrait fou.
« Sasuke ! »
Le cri de surprise provenant de la porte ne fut qu'un bourdonnement pour l'Uchiha que Naruto, inquiet, venait de retrouver prostré en position fœtale, le dos appuyé sur le carrelage de sa baignoire, la tête ancrée dans ses bras se resserrant sur ses genoux.
« Merde ! Sasuke ! »
Naruto n'avait jamais vu Sasuke comme maintenant. Il s'était toujours demandé comment le brun avait réagi le jour où il avait proprement réalisé ce qu'il était arrivé à sa famille, mais il aurait pu trouver la réponse facilement si avant cela il avait pu penser que Sasuke savait vraiment pleurer. Sasuke ne pleurait pas. Du moins Sasuke ne pleurait-il que seul et cela n'avait pas dû lui arriver depuis des années. Le blond se précipita sur le brun, s'accroupissant devant lui, paniqué par l'attitude complètement anormale de son rival.
« Sasuke ! Bon sang ! Arrête ça ! »
Deux yeux rouges furibonds lui répondirent tandis que les sanglots redoublaient d'intensité. Un poing rageur vint rencontrer la joue du blond importun qui se cogna la tête à l'évier avant de se relever tandis que Sasuke, malade de chagrin, pleurait de plus belle sous le regard abasourdi de Naruto. Les lèvres du brun tremblaient toujours mais elles n'empêchèrent pas Sasuke de hurler en plaquant violement son ami sur un mur :
« Je l'aimais, Naruto ! Tu le croiras jamais mais j'aimais cet imbécile ! J'étais amoureux de lui, tu comprends ? »
Naruto, surpris tout d'abord, s'adoucit devant l'air enragé et impuissant de Sasuke qui lui en voulait juste de le voir aussi désarmé et lui hurlait à la figure une confession en elle-même bien pire. C'était son rival, une partie de lui qui ne devait pas s'effondrer sinon lui tomberait également. Naruto partageait la douleur de Sasuke. Les yeux bleus brillèrent légèrement tandis que la tête du brun continuait de s'abaisser, l'homme marmonnant toujours, comme hypnotisé par cette idée :
« Moi… Amoureux... Je hais ce mot, usuratonkachi ! » explosa le brun, ses poings se fixant avec fureur sur le col du blond qui décida que la meilleure chose à faire, hésitant un peu malgré tout, était de serrer Sasuke dans ses bras et de ne plus le lâcher, glissant le long du mur pour garder son meilleur ami détruit, étouffant toujours de larmes, cramponné à son col.
Naruto n'en croyait pas ses yeux, mais pour une fois, pour la première fois depuis des années, en réalité depuis le massacre de son clan, Sasuke avait vraiment besoin de quelqu'un. Il était fier et soulagé que ce soit lui qu'il accepte.
Lorsque Sasuke, le miracle chaleureux de Naruto opérant, fut un peu calmé et se contenta de renifler en sursautant en rythme, Naruto l'aida à trainer son corps épuisé par l'entrainement jusqu'à son lit et s'y allongea avec lui. Le blond s'était senti seul, Sasuke s'était poussé physiquement à bout exprès pour pouvoir se permettre de craquer. Naruto songea qu'il lui faudrait faire venir Sakura plus tard pour qu'elle vérifie que l'Uchiha ne s'était rien cassé en forçant au point d'être incapable de marcher tout seul.
Lorsque Sasuke ouvrit ses paupières douloureuses et gonflées le lendemain matin, il se sentait incroyablement apaisé. La première chose qu'il vit fut une tache orange, puis il discerna un visage endormi et sentit le bras que Naruto avait gardé toute la nuit sur lui en guise de couverture. Sasuke ne put s'empêcher de sourire légèrement en se tournant sur le dos, laissant la main de Naruto sur son ventre. Il se sentait presque heureux. Soulagé.
Lee était mort, c'était un fait. À présent, comme il le lui aurait recommandé, il fallait aller de l'avant, même si Sasuke savait qu'il ne pourrait jamais complètement passer à autre chose. Mais la reprise en main commençait par un petit déjeuner et un entrainement intensif. Un autre. Un de plus. Parce qu'à présent Sasuke avait de nombreuses idées pour battre son frère. Et à présent, surtout, il allait s'enfoncer à mort dans sa progression. Pas pour venger Lee, mais pour atteindre cet objectif que Lee avait accepté, aussi pour se sentir un peu moins coupable peut-être, mais cette fois pour ne pas avoir à recommencer, et surtout, pour que Lee ne soit pas mort pour rien.
Naruto apparut à la porte de sa cuisine et vint se servir de ce qu'il trouvait. Maintenant que Sasuke était calmé, frais et dispos, si l'on ignorait ses yeux toujours gonflés et son regard toujours un peu flou, il n'avait pas intérêt à lui parler de la veille. De toute façon, c'était un cas de force majeure. L'un de ces rares moments où tous deux s'acceptaient en face l'un de l'autre comme des frères à part entière. Naruto savait que Sasuke aurait été là de la même façon.
« Dis, Sasuke, tu as dit à ton frère que tu savais ce qu'il voulait, et pourtant, il n'a visiblement pas essayé de le prendre. C'était quoi ? Tu m'expliques ? »
Sasuke soupira. Il n'avait jamais vraiment eu envie d'en parler et il considérait que ce n'était pas les affaires de Naruto. Mais après ce qu'il s'était passé, le brun lui devait bien cela.
« Il veut mes yeux. Enfin, c'est du moins ce qu'il m'a fait comprendre. Il est en train de devenir aveugle à force d'utiliser ses dojutsu de haut niveau. Son œil droit doit déjà être mort avec l'invocation de la semaine dernière. S'il prend mes yeux, il s'assure le pouvoir pour l'éternité. Mais je ne comprends pas pourquoi il a supprimé Lee au lieu de faire une réelle tentative de me capturer. Il m'aurait eu facilement, dans l'état où je me trouvais. Au lieu de ça, il est parti en me laissant plus pitoyable que jamais, ajouta Sasuke en serrant le poing et les dents, fissurant sa tasse de café.
– Et toi ? Qu'est-ce que tu comptes faire ? » demanda Naruto, la bouche pleine de brioche.
Sasuke mit du temps avant de répondre, mais lorsqu'il le fit, ce fut en regardant Naruto droit dans les yeux.
« M'entraîner. Étudier les façons de le battre. Devenir toujours plus fort et ne vivre que pour ça en attendant de le retrouver. Et ce jour là, il paiera, parce que je l'écraserai.
– Héhé, Sasuke… sourit Naruto, ses yeux se plissant amicalement, je dois pas représenter grand chose par rapport à Lee, mais moi aussi, je veux devenir plus fort. Comme ça, pendant que tu vaincras ton frère, je pourrai protéger tous les autres. Alors, je sais que tu veux t'entraîner tout seul, mais si on jour ça te dit, on pourra s'offrir une belle bagarre…
– Tch… Crétin », articula Sasuke, un sourire au coin des lèvres, ses sourcils légèrement froncés en un air un peu désolé qui lui donnait une expression inquiète mais déterminée.
« Oh. Neji.
– Sai, salua l'interpelé en retour.
– J'ai demandé à être muté définitivement dans votre équipe. Il vous manque un membre et je pense que nous devrions bien nous entendre.
– Hm. Bien. »
Un silence s'installa. Neji n'aimait pas l'idée d'avoir craqué devant les autres, mais il devait être celui qui avait pris les événements le mieux possible. Gai s'était fait porter pâle et Tenten avait demandé à être assignée à quelques missions de rang D pour se changer les idées. Neji n'avait donc rien à faire, il s'ennuyait, il avait, lui, besoin d'action pour faire passer le tout. Sai et lui avaient été les deux seuls, avec Kakashi qui était un adulte à part entière, à ne pas pleurer Lee. Pourtant, Sai semblait avoir été étrangement affecté par les choses.
« Comment va l'équipe sept ? s'enquit Neji qui n'avait pas eu le courage d'aller voir qui que ce soit.
– Sakura-san et Kakashi-san sont chez Gai-san en train de décuver. Je suppose qu'ils vont bien, puisque lorsque je les ai enfin trouvés elle m'a donné un coup de poing…
– Elle était sous la douche ? ne put s'empêcher de ricaner Neji.
– Non, à moitié nue dans le même lit que Kakashi-san. »
Neji écarquilla les yeux et finit par rire un peu, il ne s'était certainement rien passé d'autre entre eux qu'une bataille du plus alcoolique.
« Et Naruto et Sasuke ?
– Eh bien… hésita le jeune homme. Sasuke-kun s'épuise sur un terrain d'entraînement Naruto-kun a élu domicile sur celui d'a côté et d'après ce que j'ai vu, il fait pareil et veille.
– Ça ne m'étonne pas d'eux… murmura Neji, soulagé de savoir que tout le monde allait plus ou moins bien. Euh, et… Et toi ? bafouilla-t-il.
– Je me demandais pourquoi j'avais eu l'impression que le monde s'écroulait quand je t'ai senti contre moi, sourit le ninja. Et Tenten-san, et quand Naruto-kun nous a… réconfortés, articula-t-il, incertain, c'est ça ? »
Après avoir rougit légèrement au souvenir de cet épisode, Neji sourit tendrement. Non seulement Sai devenait humain, mais en plus Naruto grandissait toujours et devenait celui qui pouvait supporter le monde. C'était cela dont un Hokage avait besoin, au delà de toute responsabilité ou puissance, c'était cette force, cette capacité à pouvoir soutenir son univers tout entier malgré sa propre chute.
« Sai, on s'emmerde tous les deux, on va demander une mission. »
Neji saisit le poignet de l'autre brun et le traîna à sa suite d'un pas paisible vers le bureau de l'Hokage qu'ils trouvèrent en train de perdre au solitaire, presque soulagée. Sasuke, sur son terrain d'entraînement, venait de baisser son bandeau frontal sur ses yeux.
À suivre
