Itachi était guéri, sans séquelles ou presque. Il trônait à présent sur le canapé du minuscule salon de Lee, sirotant un thé. Sasuke, dans le fauteuil en face de lui, faisait exactement la même chose depuis un quart d'heure. Lee, à côté de Sasuke, craqua complètement, se leva et donna un énorme coup de poing à Itachi. Sasuke, nerveux, fit de même sur l'autre joue et se rassit, calme comme les pierres.

L'ainé des Uchiha donnait l'impression de ne rien avoir senti. C'était peut-être le cas mais cela avait soulagé les deux autres.

« Bon, je récapitule, lança finalement Sasuke, les sourcils froncés. Tu as sacrifié ton temps de vie en entrainant Lee pendant un an dans une dimension parallèle. Tu as vieilli dix fois plus mais pas lui. Qui plus est, ton Mangekyô Sharingan te rendait malade et si le génie de Sakura n'était pas intervenu, tu perdais la vue et mourait sur le champ.

– C'est exact, Sasuke, acheva l'autre, impassible.

– Et tu as fait tout ça pour moi ?! cria alors le cadet, trop en colère pour se contenir.

– C'est ça.

– Mais Itachi, tu n'as jamais pensé que je pourrais devenir fort tout seul ? Regarde-moi ! Je suis faible, aujourd'hui ?

– Tu es fort, Sasuke, répondit Itachi en baissant les yeux, un sourire doux s'étalant sur son visage. Mais tu n'es pas seul. »

Les yeux rouges regardaient Lee. Lee lui même rappela à Sasuke tout ce qu'il avait vécu ces dernières années et la façon dont jamais il n'avait pu devenir fort seul, ayant toujours besoin d'un rival, d'un maître, d'un adversaire, d'un ami ou d'un amant.

« Hum… Itachi… hésita alors le brun, se décontractant.

– Je t'écoute.

– Je… Merci.

– Ce n'est pas à moi que tu dois dire ça Sasuke… » commença Itachi.

Lee émit un grognement de protestation, coupant le brun, se leva et se plaça entre les deux.

« Vous êtes stupides ! L'un comme l'autre. Sasuke essaie juste de te dire qu'il comprend, qu'il te pardonne et qu'il t'aime toujours comme son grand frère, Itachi. Itachi est en train de te dire que ça lui fait plaisir de te voir heureux, Sasuke », acheva Lee, se rasseyant, croisant les bras en une moue boudeuse qui aurait fait exploser de rire Sasuke s'il n'avait pas été en présence d'un tiers.

Le brun se contenta de ricaner, Itachi décida de les laisser se retrouver pour de vrai et partit s'installer dans son nouvel appartement de fonction.

Lee soupira, Sasuke demanda :

« Il lui reste combien de temps ?

– Quelques années encore, je suppose. Mais il ne dépassera pas la trentaine.

– Hm… grogna Sasuke, tentant de se contenir.

– Ne t'inquiète pas, il a bien l'intension de vivre, maintenant », rassura Lee en s'agenouillant devant le brun, toujours assis sur le fauteuil, et en prenant ses joues dans ses mains.

Sasuke resta de marbre puis décida de poser ses poings sur les phalanges de Lee en un geste possessif.

« Lee, je sais que si Naruto n'avait pas existé, tu aurais abandonné depuis longtemps. Tu n'aurais jamais pu faire changer mon frère. Alors je te remercie d'y croire. J'irai le voir tout à l'heure. »

Le fauve de Jade sourit. Uchiha Itachi avait fait des sacrifices de lui même parce qu'il avait sa propre vision de l'avenir. Lee, avec ses gros sabots, suivant les idéaux stupides d'un certain ninja blond, avait éventré ses théories et détruit ses idées. Itachi avait compris. Itachi promettait encore beaucoup, surtout si, comme il l'avait laissé entendre à Lee, il prenait Naruto sous son aile.

Dans un bureau de fonction encore flambant neuf, trois ninjas de haut rang écoutaient attentivement la mission que leur donnait leur Hokage. L'homme brun à l'air sévère recevait les papiers détaillés calmement tandis qu'une jeune femme aux cheveux roses rougissait légèrement et que le dernier homme serrait fermement son poing, semblant bouillonner.

« Bien, j'attends la visite de Hyûga-san, vous pouvez disposer », acheva le Hokage d'un air parfaitement calme.

Sasuke inclina légèrement la tête et se dirigea vers la porte, la voix soufflant encore :

« Tu devrais passer par chez toi avant de partir, Sasuke. »

Le brun ne sembla pas relever mais accéléra subrepticement le pas. Le troisième resta sur place le temps que ses coéquipiers sortent et planta son regard bleu furieux dans les yeux de l'autre.

« Itachi ! Si tu continues à faire de l'œil à Sakura-chan, prof ou pas, je te jure que je te mets la raclée du siècle ! »

Le Sharingan tournoya légèrement dans les pupilles du Hokage qui sourit doucement et marmonna :

« Le jour ou tu y arriveras, tu prendras ma place. Encore un peu de patience, Naruto. Tu sais très bien que je fais exprès de te titiller. »

Naruto se mit à bouder, croisant les bras sur son torse. Ce n'était pas comme si Itachi n'avait pas adopté le réflexe de séduire toutes les femmes d'un simple coup d'œil. Jamais kunoichi n'avait été plus avide de réussir ses missions que celles de Konoha.

« Naruto… continua soudain Itachi, redevant sérieux. J'ai encore un peu de temps. Laisse-moi en profiter comme je l'entends. »

Le blond sembla un peu surpris de la gravité des propos du brun mais ne sembla pas lui en tenir rigueur, souriant en se grattant la tête :

« Bah, c'est pas plus mal, on est de force égale, mais ça me permet de me consacrer à autre chose aussi en attendant !

– Tch… siffla Itachi avec un sourire en coin. Allez, dépêche-toi d'aller voir Tenten au lieu de faire traîner mon emploi du temps. »

Quelques rues plus loin, Sakura avait décrété que, comme elle était prête, elle pouvait se promener un peu.

« Oh ! Sakura, bonjour ! »

La jeune femme se retourna, Chôji et Ino lui faisant signe de la main. Lorsque l'homme parvint à l'inviter à déjeuner, Ino ricana et s'éclipsa en entendant dire que Sasuke était rentré chez lui.

Dans le bureau du Hokage, Hyûga Neji croisait un Naruto bondissant sortant en trombe, souriait doucement et saluait Itachi du ton révérencieux de chef de clan. Fermant la porte, il perdit un peu de sa superbe et tendit une main chaleureuse.

« Comment vas-tu ? demanda l'Uchiha en réponse.

– Sai m'emmerde de plus en plus, soupira le brun. Depuis qu'il se fait une personnalité au contact du groupe, il devient possessif… Comme si gérer le clan n'était pas assez de travail… ajouta-t-il en se passant une main sur le visage.

– Tu comptes te séparer de lui ?

– Je pense, oui. Il influe trop sur mes objectifs. Ma priorité est de transformer le clan.

– Donc, ça avance.

– Les membres du conseil me trouvent un peu arriviste, mais ils aiment mes idées et pensent que je m'en sors très bien.

– Parfait. Hiashi et moi attendions beaucoup de toi et visiblement, nous ne nous sommes pas trompés. Tu pourras dire merci à Lee. C'est lui qui m'a parlé de toi. Je te trouvais effectivement hautain et parvenu.

– C'est gentil de me le dire, commenta Neji d'un air blasé.

– Plus sérieusement, continua le Rokudaime. Combien de temps ? »

Neji fronça les sourcils, composa quelques signes et se concentra, faisant apparaître de pâles pupilles dans ses yeux.

« Environ trois ans, tout au plus. Mais ça devrait suffire pour ce que tu veux faire. Ça m'étonne toujours, tu sais.

– J'ai compris que s'ils n'étaient pas formés à coups de préjugés et d'aveuglement, ils pourraient vivre sans être dangereux.

– Alors je ne vois pas où est ton problème, continua Neji, sceptique.

– Connais-tu une seule femme assez gentille et courageuse pour porter les enfants d'un Uchiha et les élever en supportant la disparition de leur père peut-être même avant leur naissance ? demanda le brun, indifférent.

– D'autant plus que tu comptes l'aimer, d'après ce que j'ai compris… marmonna Neji, trouvant une solution étrangement évidente, pour lui du moins. Figure-toi que j'en connais une ! »

Itachi lança un regard assassin à son vis-à-vis.

« Je refuse de toucher à ta cousine.

– Je ne vois toujours pas où est le problème, répéta le brun. Ce n'est pas une question d'honneur de clan de toute façon.

– Elle est… hésita Itachi pour finalement achever, trop pure. »

Neji sourit en regardant la tête du brun se baisser légèrement. Cette justification était ridicule. Il ricana :

« Je sais que tu sais que tu lui plais. Je sais aussi qu'elle sait qu'elle te plaît. Tu ne vas quand même pas te la jouer Sasuke à repousser les avances de son mec pour mieux les accepter ensuite parce que c'est lui qui maîtrise ! »

Itachi ouvrit un peu les yeux, surpris, puis se mit à sourire sincèrement et congédia Neji, le remerciant et ajoutant un « Ne fais rien. » que l'autre brun comprit parfaitement.

Dans un appartement de fonction flambant neuf, Uchiha Sasuke fusionnait fièrement avec son amant, le corps s'enfonçant dans le matelas, les jambes entourant les hanches de son amant et ses bras l'attirant à lui pour l'embrasser passionnément.

Quelques minutes plus tard, le souffle court, les joues rouges et l'âme encore en feu, Lee exprimait à l'autre toute son affection, caressant encore les muscles saillants sous la peau pâle couverte de cicatrices, appréciant les pommettes du faciès et les lèvres encore ouvertes du bout de ses doigts, le regard glissant sur les yeux presque toujours clos qui avaient daigné s'ouvrir sous la jouissance.

« Je suis dingue de toi, Sasuke… »

Lee avait murmuré comme un constat, une évidence. Sasuke ne se rendait compte de ces choses que lorsqu'il les lui disait. Sasuke prenait dans ces moments-là conscience que Lee l'aimait à en devenir fou.

« Moi aussi, Lee, statua le brun en retour, arrêtant la main vagabonde dans son cou, se tournant vers le fauve de Jade pour le regarder dans le blanc des yeux. Moi aussi. »

Lee savait que ce n'était pas vrai. Lee était persuadé que Sasuke se contentait de lui comme la personne qui lui était la plus chère, la personne dont il avait le plus besoin sans pour autant l'aimer à ce point. Lee avait raison mais, pour Sasuke, aimer de cette façon était déjà bien assez. Il roula sur le ventre, se collant au torse de Lee et enserra son corps de ses bras, sa tête calée dans sa nuque, son nez se frottant à sa gorge en une étreinte amoureuse.

« Naruto pourra te le dire. Moi aussi, je suis dingue de toi. »

Lee se tendit légèrement, jaloux du blond qui connaissait si bien le brun et qui était resté le pire de leur jeunesse. En revanche, il se mit à sourire et entoura son compagnon de ses bras. Tout ce que disait Uzumaki Naruto faisait partie des plus grandes vérités de ce monde. Alors, parmi celles-ci, le touchant en plein cœur, Lee saisit la certitude qu'Uchiha Sasuke pouvait encore aimer.

Fin