Chapitre 5 : Orion

Il y a ceux qui partent. Il y a ceux qui restent. Ils étaient tous partis, un par un. Les uns après les autres.

Et elle était restée.

Il y a ceux qui partent. Il y a elle, qui reste…

Orion aussi, il l'avait laissée. Ils avaient vécu longtemps ensemble. Tellement longtemps. Ils ne s'aimaient pas, au début. C'était un mariage arrangé.

Ca n'avait pas dérangé Walburga. Elle s'était faîte à l'idée depuis longtemps. Elle ne regrettait pas de l'avoir épousé.

Pourtant, elle avait craint, un temps, qu'il rejoigne le Seigneur des Ténèbres qu'il admirait tant. Bien sûr, elle croyait aux mêmes idées mais faire parti de ses serviteurs, c'était affronter la mort, la justice, la souffrance. Mais Sirius était né, et il n'avait pu laisser sa famille.

Non, vraiment, elle ne regrettait pas de l'avoir pour mari. Et puis, elle se disait qu'elle aurait pu tomber sur pire. Orion était beau, à sa façon. Il n'était pas violent, surtout. Il n'avait jamais levé la main sur elle. Il parlait peu, il ne changeait jamais d'avis. Et il était fort. Rassurant.

C'est ce qu'elle avait toujours cru, en tout cas. C'était peut-être ça, le pire. Parce qu'elle ne s'y attendait absolument pas. Parce que c'était une maladie, une simple maladie qui l'avait emporté.

Orion, si fiable, si fort. Plus solide que le roc. Elle l'avait vu s'affaiblir au fil du temps.

Au début, ce n'était que de petites choses, qui passaient presque inaperçues. Un verre qu'il faisait tomber. De la fatigue. Du mal à se redresser.

Et puis, il y avait eu la toux. Le sang, même, parfois. Et Walburga avait saisi que ce n'était pas normal.

Lui avait compris depuis longtemps, bien sûr. Mais il voulait le cacher. Il détestait montrer ses faiblesses. Et Walburga, secrètement, avait espéré qu'il ne voulait pas l'inquiéter. Il ne montrait jamais ses sentiments. D'une certaine façon, ça aurait été une preuve d'amour, de vouloir la préserver.

Elle ne savait pas, alors, à quel point c'était grave.

Elle avait décidé de prendre soin de lui. Et elle le surveillait. Pour voir quand il irait mieux.

Mais il ne guérissait pas.

Alors, en cachette, elle était allée à Sainte Mangouste.

Et le guérisseur lui avait expliqué.

Il ne guérirait pas.

Il n'irait pas mieux.

Jamais.

La maladie progresserait jusqu'à ce qu'il ne puisse plus bouger.

Walburga était rentrée chez elle. Chez eux. Elle l'avait interrogé.

Oui, il savait.

Il lui avait ordonné de partir. D'aller chez son frère, Cygnus. Qu'il s'occuperait d'elle.

Orion ne voulait pas qu'on le voie ainsi. Mais elle avait refusé. Pour la première fois, elle bravait l'un de ses ordres.

Elle avait perdu ses enfants. Elle ne laisserait pas son mari partir seul.

Alors, elle l'avait soigné. Elle lui apportait ses repas dans son lit quand il ne pouvait plus bouger. Elle restait avec lui le plus longtemps possible. Jusqu'à ce qu'il ne puisse à peine parler.

Et elle lui avait tenu la main quand il avait fermé les yeux. Elle avait compris, à ce moment là, à quel point elle avait aimé son époux.

Et puis elle avait pleuré. Cette nuit là, elle avait enfin laissé couler les larmes qu'elle retenait depuis tant de temps.

Elle ne pleurait pas seulement son défunt mari.

Elle pleurait aussi Alphard.

Elle pleurait aussi Andromeda.

Elle pleurait aussi Sirius.

Elle pleurait aussi Regulus.

Elle pleurait sa famille qu'elle avait aimée, et qui l'avait laissée.

Il y a ceux qui partent, il y a celle qui reste.

Aujourd'hui, Walburga se demande.

Elle se demande ce qu'elle a fait pour mériter ça. Pour mériter la mort des Black. Elle avait aimé, après tout.

Aimé de l'amour d'une mère.

De l'amour d'une épouse.

D'une sœur. D'une tante.

Et pourtant, elle se retrouvait seule, à présent.

Il y a ceux qui partent, il y a ceux qui restent. Il y a ceux qui partent, il y a celle qui aime.