C'est parti pour le chapitre 4 ! Bonne lecture !


Sa réplique déclencha en moi un terrible chaos intérieur. Mes pensées s'entrechoquaient, violentes, gênantes, contradictoires…

Repousser, se presser… Apprécier. Arrête tes délires, t'as pas le temps, t'as pas le temps…

Et des envies de le faire… De ne pas le faire… Pourquoi perdre ce temps dans un plaisir solitaire ? Pourquoi se démerder seul quand nous sommes deux ?

Échapper, dépêcher… Épancher. Arrête, t'as pas le temps, t'as pas le temps…

Et des envies d'obéir… De désobéir… En quoi ce serait bon pour lui ? En quoi ce serait bon pour moi ?

Enfuir, finir… Fléchir. T'as pas le temps, t'as pas le temps…

Et des envies de céder… De ne pas céder… De quoi hésiter… De quoi se méfier ?

Prohiber, masturber… Succomber. Pas le temps… Pas le temps…

Et des envies de céder… De décider…

« …décider, oui ? »

Sa voix s'agrippa à moi et me remonta brusquement à la surface. J'ouvris les yeux sur mon foutoir intérieur et recrachai toutes ces pensées étouffantes. Au diable les horloges et les incertitudes… Je le ferais car, en prenant cette décision, je profiterais au moins des minutes qui s'égrenaient au lieu de les gâcher, noyées dans un torrent illusoire. Et je ne voulais pas batailler avec Zoro, pas maintenant.

Je libérai rapidement mon sexe durci et commençai à me procurer moi-même du plaisir, oubliant le reste. J'allais finalement m'abîmer dans une lascive félicité quand une caresse effleura ma joue, me retenant un instant de sombrer. Elle fut si légère que je ne l'aurais remarquée si elle ne dénotait pas tant avec la brutalité qui caractérisait bien souvent le marimo : celle de ses paroles toujours rudes, celle de son autre main, me retenant avec force contre lui.

Ses doigts glissèrent gentiment sur ma peau et je jetai un œil à l'inconstance incarnée qui suspendit immédiatement son geste, comme coupable. Un voile d'une tendre mélancolie s'effaça brutalement de son regard et il raffermit sa prise sur ma nuque. Cet épanchement qui ne m'était visiblement pas destiné me déstabilisa un instant. Mais je l'oubliai déjà lorsqu'il m'intima de nouvelles directives, de ce ton cru qui lui ressemblait davantage.

Et je jouis. Vite. Beaucoup trop vite pour nier que ses bêtises m'avaient excité. Beaucoup trop vite pour prétendre que ce que j'avais encore en bouche me bloquait. Beaucoup trop vite pour contester que ses mots durs avaient été d'un précieux secours. Il le savait mais il ne dit rien, me laissant profiter de mon agréable décalage avec la réalité. Il se contenta d'un de ces demi-sourires moqueurs qui, sans un mot, lui font clamer sa victoire.

Dans un silence flottant, je m'écartai, me rhabillai et me dirigeai, encore hagard, vers la porte. Alors que je l'entrouvrais, une main brusque la claqua et je sentis le corps du marimo se plaquer contre le mien.

« Demain. Même heure. À la vigie. »

J'écarquillai les yeux et m'empressai de croiser son regard, voulant m'assurer que la promesse était sérieuse mais je n'eus que le temps d'entrapercevoir une légère rougeur conquérir son visage qu'il le détournait déjà, m'accordant un dernier ordre.

« Maintenant dégage. »

Sans réfléchir, je m'empressai d'obéir et fermai la porte derrière moi. Cependant, mon corps refusa de faire un pas de plus. Baissant les yeux, je remarquai, sans surprise, le tremblement qui agitait mes mains. Prenant une profonde inspiration, je me laissai discrètement glisser contre le panneau de bois et y posai la tête doucement.

J'aurais du me précipiter vers les fourneaux, je le savais. Mais voilà, je perdais encore un peu plus de temps à « récupérer ». Pas tant physiquement, plutôt psychologiquement. De toute façon, dans cet état-là, je n'aurais pas été bon à grand-chose…

Des bouffées de chaleur traversaient mon corps…

Demain. On remettait ça. Cette fois, je repartais avec la promesse de recommencer. Un sourire de gosse étira mes lèvres. Je n'arrivais pas à empêcher cette euphorie de s'emparer de moi.

Même heure. Comme une habitude, comme un rituel qui laissait envisager tellement plus encore.

À la vigie. Chez lui, quoi.

Cet enfoiré m'avait donné un putain de rendez-vous et, comme un con, je n'arrivais plus à contenir ma joie.

Soudain, un poids repoussa faiblement mon dos et un bruit mat traversa le bois jusqu'à mes oreilles. Le marimo était là, tout près, inaccessible. Un instant, je voulus que ce soit plus simple entre nous. Lui sourire, sincèrement, lui avouer ce dont j'avais envie et quand. Un instant, je profitai de cette complicité que nous ne partagions pas.

Et je me relevai, le pas décidé, en direction des cuisines.


J'avais rejoint Nami à grand renfort de courbettes et de politesses avant de la suivre, tourbillonnant, jusque devant mes fourneaux, les bras chargés de son précieux matériel de tracé que je manipulai avec précaution. Alors qu'elle s'attelait à la tâche, je lui préparai avec enthousiasme un Blue Laboon, rehaussé d'un trait de jus de citron. Je le lui déposai délicatement sur la table, à une distance raisonnable de ses travaux afin d'éviter tout regrettable incident et je regagnai mon plan de travail en sifflotant.

Joyeusement, je me mis à l'œuvre à mon tour, jouant de mes différents ustensiles avec un plaisir non feint. Au menu de ce soir : houmous au citron confit, thon mariné au citron accompagné de son riz citronné et crème de citron à la fleur d'oranger.

« On dirait une gamine amoureuse… »

Je me retournai, confus, vers l'auteure de la réplique. Nami, car c'était évidemment elle, avait posé un coude sur la table et la tête dans sa main, l'autre jouant naïvement avec le bouchon d'une fiole d'encre laissée ouverte où reposait tranquillement sa plume. Elle me regardait, songeuse. Mon geste brusque sembla la sortir de ses pensées.

« Oh, désolé, c'est sorti comme ça ! C'est juste que… c'est la première fois que je te vois heureux à ce point. »

Et elle avait probablement raison. Depuis que j'avais quitté la salle de bain, je flottais ridiculement sur mon petit nuage sans me soucier de quoique ce soit. Ça avait été reposant au possible, tellement plus simple, tellement plus agréable. Mais voilà, la sentence était tombée, me ramenant cruellement les pieds sur terre. Et visiblement, elle ne comptait pas s'arrêter là. Souriante, confiante, elle reprit :

« Finalement, tu te caches quand tu te consacres véritablement à ta passion… Tu cuisines souvent en public mais c'est différent… Comme si tu faisais de la scène. Je me trompe peut-être, pourtant j'ai l'impression que tu te livres vraiment dans tes plats quand tu les confectionnes seul dans ta cuisine, à l'abri des regards. Tu l'aimes ton rôle à bord, pas vrai ? Toi et lui, c'est une relation… vraiment particulière ! Intime, je dirais… »

Son discours résonnait étrangement à mes oreilles, rougissantes. Elle me parlait cuisine… J'entendais tellement autre chose…

« Tu vois comment tu réagis ! On dirait que je te parle de quelqu'un ! »

J'avais détourné les yeux, mes doigts s'entortillaient nerveusement. J'aurais voulu disparaître.

« C'est mignon, tu sais. Tu n'as pas à te cacher. Je pense que si tu n'avais pas cette passion qui t'habite, tu ne serais pas le même cuisinier ! Tu devrais te dévoiler davantage ! Allez, je vois bien que je dérange, je te laisse…

- Non ! »

Ma réponse avait été automatique, instinctive. Il ne fallait pas qu'elle parte.

« Tu sais, Luffy peut comprendre…

- Ce n'est pas ça ! Tu te trompes ! Tu ne me déranges pas du tout ! Je… Je suis sincère ! Cette… « relation » dont tu parles, elle n'est pas… aussi forte que tu le crois. C'est juste comme ça… Ça ne va pas aussi loin, ça n'est pas… anormal… et… »

Je m'embourbais dans des explications confuses sans parvenir à savoir qui je cherchais véritablement à convaincre… Elle ou moi.

« Je n'ai jamais dit que c'était anormal… »

Et dans un dernier sourire, elle claqua la porte, renvoyant vers moi l'écho de ces mots qu'elle avait prononcés, innocemment. Une gamine amoureuse… Je me retins à mon plan de travail. Heureux à ce point… Ma respiration s'accéléra. Finalement, tu te caches… Ma tête commençait à tourner. En public, c'est différent… Comme si tu faisais de la scène. Je fermai les yeux. Tu te livres vraiment à l'abri des regards. Mes mains tremblaient. Tu l'aimes, pas vrai ? Je tremblais. Toi et lui, c'est une relation… vraiment particulière ! Intime… Mes inspirations sifflèrent. C'est mignon, tu sais. Tu n'as pas à te cacher. Mes expirations se bloquèrent. Si tu n'avais pas cette passion, tu ne serais pas le même ! Je suffoquai. Tu devrais te dévoiler davantage… Et la nausée m'emporta.


Accroupi devant la porte du placard bas, le front ruisselant de sueur posé contre elle, la main accrochée au rebord du plan de travail, l'autre entourant mon corps chancelant recourbé sur lui-même, je me concentrai pour calmer cette respiration capricieuse. Et quand, enfin, je m'en sentis capable, je me redressai lentement pour effacer les traces de mon mal-être déversé dans l'évier.

Refusant d'aller prendre l'air, je me passai de l'eau sur le visage et repris mes préparations une fois calmé. Mécanique, j'accomplis les gestes habituels, cherchant à mettre les choses à plat : c'était quoi cette relation ? Avec le marimo, on s'était toujours disputés et on se disputait encore. Rien n'avait vraiment changé en dehors de nos deux « aventures ».

Je m'enflammai, elle avait bien raison, mais jamais je n'avais eu de partenaire purement sexuel et c'était sans doute le temps de m'habituer à cela car j'étais bien le seul à réagir ainsi. Jamais le marimo n'avait montré le moindre signe de faiblesse… Signe de faibl… Si, il y en avait eu : derrière ses mots crus, il avait su se montrer patient, presque doux… Quand j'avais manqué de l'embrasser, il n'avait rien dit… Et cette caresse…

Je réalisai à présent à quel point notre situation était ambiguë et comme je me voilais volontairement les yeux pour ne rien remarquer. Oui, cette caresse ne m'était pas destinée. Oui, n'importe qui aurait rougi en proposant un rendez-vous de ce genre. Peut-être que tout ça ne voulait rien dire, peut-être que je m'enflammai encore mais il y avait bien un risque que notre relation soit… au-delà de ce que je pouvais accepter.

Demain, je n'irais pas… Je ne devais pas y aller.


Retrouver l'équipage m'avait fait du bien. Seul, on est parfois en décalage avec la réalité, on plonge plus facilement dans des raisonnements tordus, dans des peurs inexplicables. Mes doutes m'avaient alors paru bien stupides en recroisant le marimo et, même si ça ne changeait en rien ma décision d'arrêter ces folies, je réalisai en revanche, que la moindre des choses serait de le lui expliquer. Alors je viendrais, je lui ferais face et je lui dirais, sans violence, que c'était terminé.


Plus facile à dire qu'à faire. Le moment était venu et j'étais incapable de grimper là-haut. À l'approche de notre rendez-vous, des pensées corrompues de ce que nous aurions pu faire, si je l'avais accepté, altéraient dangereusement mon jugement, me pressant vers le marimo mais me retenant dans mes intentions. Expirant un grand coup, j'entamai l'ascension et débouchai finalement dans la pièce circulaire. Elle était vide.

Je la balayai entièrement du regard, prêt à esquiver le marimo qui se serait camouflé pour se jeter sur moi, nous basculant ainsi sur le futon déplié au milieu de la salle, entouré d'altères et autres matériels de musculation, écartés pour l'occasion. Seulement, il n'y eut rien de tout cela.

Le marimo était venu, avait fait son petit rangement et même déplié un matelas qui auraient du accueillir nos deux corps et que je ne pouvais m'empêcher de regarder en rougissant. Sauf qu'il s'était barré et il s'était bien foutu de ma gueule.

C'était quoi son délire : me donner rendez-vous, installer un coin plein de promesses bien plus audacieuses que ce que nous avions fait jusque là, me faire espérer, peut-être, et me planter là comme un con, humilié, frustré et blessé ? Dire que j'étais venu pour lui expliquer gentiment que… je ne voulais plus de tout ça.

Soudainement las, mes jambes cédèrent et je m'allongeai sur le futon, le cœur battant à contre cœur. Finalement, ça me donnait une excuse pour ne plus jamais revenir. Finalement, c'était peut-être mieux ainsi. Finalement…


J'émergeai d'un sommeil sans rêve. L'odeur de Zoro était là, douce, rassurante comme m'autorisant à y replonger mais une petite pensée, insidieuse, m'intimait de sortir de là. Alors, j'entrouvris les yeux péniblement pour redécouvrir ce spectacle douloureux qui m'avait déjà bien assez dépité. Pourquoi étais-je venu ? Pourquoi étais-je resté ? Je ne me suivais pas… mais lui, je le suivais encore moins et une sourde colère naquit dangereusement dans mes entrailles avec la conviction nouvelle que cet enfoiré me baladait depuis le début. J'écartai rageusement la couverture et quittai ma honte sans un regard de plus.

« Sanji ! m'interpella Nami. Tu tombes bien ! Luffy a remarqué que je n'étais plus en cuisine ! Il veut rassembler l'équipage pour aborder le sujet !

- Une si petite entorse à ses ordres et il convoque tout le monde ? répondis-je, aussi calme qu'il m'était encore possible. Il lui arrive quoi à lui aussi ?

- Aussi… ? Bref ! On y va ! »

Je lui emboitai le pas, tentant vainement de calmer mon humeur et nous arrivâmes, bons derniers, à l'aquarium où le reste de l'équipage s'était déjà installé sur la banquette confortable, en dehors de notre capitaine, assis, fidèle à lui-même, sur la console du bar, les jambes pendouillant dans le vide. J'adressai un regard hargneux au marimo avant de prendre place à mon tour aux côtés de notre navigatrice. Satisfait, Luffy consentit alors à parler.

« L'heure est grave.

- … Ah. Franky, Usopp, vous sauriez réparer la pendule ? interrogea notre petit renne.

- Heu… Chopper, répondit notre menteur de première, Luffy veut dire que nous avons un problème… Et si c'est notre capitaine qui le pense, je crois que nous nous orientons vers une mort certaine !

- C'est vrai ! ajouta Franky. Mes suuuper-réserves de coca sont presque vides !

- On commence aussi à être à sec niveau rhum… renchérit l'autre alcoolique.

- Je veux parler de la cuisine ! interrompit notre capitaine.

- Et donc ? l'invita Robin à poursuivre.

- On avait décidé d'aider Sanji chacun notre tour et Nami ne l'a pas fait.

- Elle est restée dans la cuisine une bonne partie de la journée, objectai-je.

- Mais on imagine facilement, coupa le marimo, qu'avec le rapport tordu que t'as avec les nanas, elle a rien glandé !

- Parce que tu veux que j'te rappelle ton inutilité d'avant-hier, le presseur de citrons ?

- VOS GUEULES ! calma notre navigatrice. Oui, je n'ai rien fait, je l'admets, d'autres questions ?

- Ben… Si tu cuisines pas… »

Notre capitaine s'interrompit brutalement, le regard capté par un mouvement imprévisible qui lui faisait dodeliner ridiculement de la tête. Après un léger blanc, il s'exclama enchanté :

« Usopp, c'est toi qui a pêché ce poisson ? Il est troooop classe !

- … mais encore ? tenta Nami.

- Sanji, je veux le goûter !

- … Luffy, reprit Robin, nous allons faire un jeu, je commence la phrase, tu la termines, d'accord ?

- Ouais !

- « Si Nami ne cuisine pas…

- … On devrait lui faire sauter son tour ! Et à toi aussi ! acheva-t-il, le sourire aux lèvres. »

Autrement dit, son tour à lui reviendrait plus souvent et il pourrait m'épuiser davantage à tenter de me voler à longueur de journée jusqu'à ce que je le jette dehors. Il ne perdait pas le nord quand il le voulait. Sauf que je n'étais absolument pas d'accord : d'une, l'avoir dans les pattes plus souvent ne me convenait guère, de deux, perdre mon temps passé en compagnie de mes mellorines non plus, de trois, le tour du marimo reviendrait lui aussi plus souvent. Et, pour le moment, je voulais tout sauf voir la sale gueule de cet enfoiré. C'est donc naturellement que je répondis :

« Jamais. »

Mon ton avait été froid, intransigeant, m'accordant les regards surpris de la plupart de mes nakamas sauf celui du principal intéressé qui poursuivit la conversation, attristé.

« Pourquoi ? »

Comme je ne répondais pas, essayant de contenir ma colère que Luffy n'avait pas à supporter à la place de l'algue, les autres abondèrent rapidement en son sens, cherchant à clore au plus vite la conversation. La décision prise, je me levai, les poings serrés et quittai la pièce. Alors que la porte allait se refermer sur moi, j'entendis une petite voix murmurer :

« Il n'avale pas facilement… »

Voix à laquelle en répondit une autre, plus grave, ironiquement rêveuse :

« Oh que si… »

Qu'il parle au sens propre de ce que nous avions fait la veille et ou sens figuré de ma réaction face aux événements de l'après-midi, je ne pouvais simplement plus rester de marbre. Et il eut juste le temps de poursuivre avant de se prendre mon pied dans la figure :

« … Il aurait pu engueuler Luffy et il a réussi à se rete… PUTAIN, COOK ! ÇA VA PAS ?

- NON, ÇA VA PAS ! »

Il avait dégainé ses sabres pour parer le coup suivant. Un défouloir. C'était de ça dont j'avais besoin. Et lui rendre toutes les prises de tête qu'il m'avait apportées. Je frappai avec force et il encaissait. Dire que j'avais imaginé que cet enfoiré ait pu montrer un signe de faiblesse…

Visiblement rassurés, les autres nous laissèrent régler nos différents. Seule Robin, en passant la porte, s'offrit le luxe de répondre malicieusement au marimo.

« Les engueulades, tu sais bien que c'est à toi qu'il les réserve… »


Un chapitre un peu moins citronné cette fois-ci ! Il ne faudrait pas faire overdose ! ;)
Merci à tous ceux qui me suivent jusqu'ici ! A très vite !