Chers lecteurs, je vous présente mes plus humbles excuses ! Je devais publier avant les vacances et... ... ... en fait non ! Mais j'ai une super excuse, je suis tombée malade et après ben... c'était les vacances quoi (oui, là, ça passe moins bien tout de suite) ! Mais, passons tout de suite aux choses sérieuses ! Bonne lecture !
Sans un pas, sans un geste, j'errais.
J'errais, perdu dans la brume épaisse d'une douce torpeur, celle-là même à laquelle il est parfois difficile de renoncer après un rêve plus sucré que les autres, de ceux qui ne vous plaisent qu'endormi et dont vous ne pouvez plus nier, une fois lucide, la délicieuse mais si dérangeante promesse.
J'errais, cherchant à retarder mon lever vers de nouvelles tâches qui me parurent paresseusement ingrates, cherchant à retarder mon réveil et mon retour à la conscience, mon éveil et le retour de cette conscience qui soulève à votre place toutes ces questions gênantes…
J'errais, les évitant de toutes mes forces, preuve en somme que le sommeil s'évanouissait, mais ces maudites questions commençaient vaguement à faire leur petit bout de chemin… Pourquoi ce rêve ? Pourquoi l'avoir apprécié ? Pourquoi vouloir y retourner ? Puis très vite… S'il savait ? Si elles l'apprenaient ? S'ils le découvraient ?
J'aimais quand, alors, je pouvais balayer ces bêtises par la plus douce des permissions : ce n'est qu'un rêve. Pas de cause, pas de conséquence. Pas de suspicion, pas de preuve. Oui, je l'aimais vraiment ce moment qui vous facilitait la vie… quand il pouvait vous faciliter la vie.
Mais mon rêve n'en était pas un.
Cette pensée me tira définitivement de ma léthargie. Pourtant, je refusai d'ouvrir les yeux, me projetant déjà dans un calvaire douloureux. Que m'offrirait mon premier regard ? Le marimo encore endormi ou ses pupilles indomptables durement posées sur moi ? Dans un cas, devais-je m'enfuir, attendre ou le réveiller ? Dans l'autre, était-il préférable que je parte sans un mot, que je le laisse prendre l'initiative ou que je lui explique posément le fond de ma pensée, si fond de ma pensée connaissais-je seulement ? Et si je fuyais, est-ce que…
Ces interrogations étaient sans fin. Et inutiles. Je ne pourrais jamais tout prévoir et encore moins correctement. Je n'étais pas fichu de deviner mes propres réactions, alors les siennes…
Puis je tendis soudainement l'oreille vers l'objet de ma nouvelle attention… Profond, lourd, rassurant, un silence paisible assourdissait la pièce. Et rien d'autre. Timidement, je soulevai une paupière, juste assez pour distinguer les lieux. Après un court aveuglement, je ne pus que me rendre à l'évidence : le marimo m'avait abandonné là.
Je soupirai de soulagement et décrispai peu à peu mes membres. L'affrontement serait pour plus tard.
J'ouvris alors complètement les yeux tout en me blottissant dans cette couverture qui en savait bien trop sur ce nous éphémère. Elle portait encore son odeur, sa chaleur, sa… douceur. Ses hésitations avaient été surprenantes, derrière son habituelle brutalité, mais pas désagréables, plutôt touchantes de maladresse. Elles m'avaient inexplicablement soulagé d'un poids et je me surpris à sourire, savourant l'écho de ces gestes qui ne lui ressemblaient pas. Finalement, lui aussi avait peut-être besoin de tendresse dans ces instants-là.
Du moment que ça n'allait pas plus loin… Et son départ précipité en était la meilleure démonstration. Il ne s'embarrassait pas des détails comme je le faisais. Si seulement j'avais son détachement alors peut-être la confrontation cesserait d'être systématiquement compliquée…
Sur ses pensées, je quittai mon cocon et mes préoccupations pour retrouver mon devoir.
La soirée passa, calmement. Nos regards se croisèrent à plusieurs reprise mais ni l'un ni l'autre ne s'osa à élever un mot plus haut qu'un autre, à accentuer un regard ou à provoquer à outrance. Le hasard ne se força pas non plus à nous accorder un tête à tête et je regagnai finalement un sommeil sans rêve.
Le marimo haussa les épaules, indifférent, avant d'annoncer sa sentence.
« Toujours aussi dégueulasse. »
Quelle idée Luffy avait-il eu de lui demander son avis en ce qui concernait le petit déjeuner ? Depuis quand s'intéressait-il vraiment au goût de la nourriture plutôt qu'à sa quantité ? Et comment pouvait-il s'attendre à une autre réponse de sa part ?
« C'est pas adapté aux algues, rétorquai-je, acide. Tu ferais mieux de rejoindre tes congénères à la flotte, elles sauraient t'aider à te nourrir…
- T'as raison et je devrais peut-être inviter les autres à se joindre à nous, ça serait pas un festin mais au moins ça les changerait de ta bouffe répugnante.
- Eux, ils aiment ma cuisine alors les mêle pas à ça ! C'est entre toi et moi que ça s'passe ! »
Un léger sourire étira la commissure de ses lèvres avant que cet abruti ne se lève brutalement et ne se dirige vers la sortie de la salle à manger. Je levai un sourcil interrogateur, il était bien trop tôt pour qu'il s'en aille, rageur, en calquant la porte derrière lui. Effectivement, il se contenta de l'ouvrir et de m'indiquer l'extérieur où une pluie battante ravageait le pont.
« Alors tu veux venir goûter toi-même, baka-cook ?
- Qui voudrait, abruti de marimo ?
- Sourcil en vrille !
- Tête d'algue ! »
Une douce colère commença à se répandre en moi, mais je n'eus pas le temps de profiter davantage de ces émotions résurgentes qu'une voix menaçante interrompait déjà le début d'une de nos éternelles et regrettées disputes.
« C'est pourtant une excellente idée… trancha Nami, aussi glaciale que le vent qui caressait le Sunny. DEHORS ! »
Avant même de pouvoir répondre à sa demande, je sentis un poids s'abattre sur moi, me propulsant hors de la pièce, chemin que suivit rapidement le marimo, trop heureux de pouvoir dégainer librement ses sabres, ou exceptionnellement sain d'esprit pour préférer la fureur du mauvais temps à celle de notre adorable navigatrice, et un brutal fracas acheva de nous isoler du reste de l'équipage.
« Alors ? Fier de toi, sabreur de mes deux ? criai-je férocement en direction du marimo déjà rendu sur la pelouse de notre navire, me relevant en tremblant sous le froid de l'averse provocante. »
Son t-shirt d'un blanc de plus en plus transparent délicieusement plaqué à son dos, il se stoppa et se retourna calmement, indifférent aux trombes d'eau, me laissant apercevoir son sourire franc et espiègle.
« Très ! hurla-t-il en guise de réponse. Car maintenant, c'est comme tu dis : entre toi et moi que ça s'passe ! De quoi as-tu peur, stupide cuistot ? D'un peu de flotte ? Ou de prendre la correction de ta vie ? »
Je ne pus empêcher le même sourire d'étirer mes lèvres : je nous retrouvais. J'oubliai l'averse, j'oubliai le froid, j'oubliai le reste et, sans attendre, je sautai la rambarde, le pied déjà dressé vers le ciel, la semelle prête à s'écraser sur la face du marimo. Cependant, ce dernier avait évidemment prévu le coup, encaissant aisément le choc, protégé par deux de ses sabres croisés au-dessus de lui dont l'un se dégagea bien vite pour lui permettre de riposter. Je ne lui laissai pas le temps de m'atteindre, basculant en arrière et me réceptionnant sur une main. Je libérai ainsi ma seconde jambe qui reprit l'assaut, affrontant sans crainte ses dangereuses lames.
Elle n'atteint pas sa cible, qui ne s'était dérobée que pour mieux resurgir, plus rapide, plus violente. Me redressant après avoir élégamment esquivé cette dernière attaque, je nous autorisai un sursis à peine perceptible où nos regards se croisèrent, embrasés par la même frénésie. Notre échange lui arracha un rictus féroce alors qu'une rotation rapide me permit de propulser mon talon, droit sur sa mâchoire. S'abaissant rapidement, il chargea, les avant-bras repliés, ses sabres pointés vers mon torse. Son offensive me força à me déséquilibrer et je m'appuyai sur mon genou à terre pour lui destiner mon coup suivant.
Nos assauts se poursuivirent, inlassablement, mon corps entravant ses lames, ses armes contraignant mes déplacements, dans un langage qui n'appartenait qu'à nous, une danse à l'étrange harmonie. Nos gestes étaient vifs, saccadés, brutaux et pourtant la chorégraphie se faisait fluide, facile, évidente.
Plus vivant que jamais, je guettais chacun de ses mouvements qui m'avaient toujours fasciné, les miens lui répondant, instinctifs. Nos corps s'étaient appris et apprivoisés depuis bien plus longtemps que nous.
Ce fut le marimo qui nous offrit une nouvelle trêve, maintenant son sabre contre ma semelle, plongeant ses yeux dans les miens. Encore grisés par l'affrontement, nous partageâmes un instant cet état de brutale ivresse qui finit par céder sa place à un soulagement non feint, de ceux qui vous enivrent lorsque vous apaisez un besoin trop longtemps contenu.
Dans ce relâchement tant attendu, je percevais nos souffles irréguliers, les gouttes de sueur, la chaleur de notre lutte. Le marimo. Lui, et moi. Sans artifice. C'est le moment qu'il choisit pour se livrer. En silence.
Une sourde inquiétude voila un instant son regard, comme une excuse, alors que nous renouions avec notre réalité, puis elle s'effaça calmement sous une sérénité et un plaisir sincères, livrés sans détour. Un mot sembla résonner entre nous, très simple.
Rassuré.
Finalement, nous avions été deux à nous inquiéter, deux à douter puis deux à croire. Et nous avions pu retrouver, malgré les épreuves, ce que nous étions vraiment.
Il soupira gentiment et retira doucement sa lame pour la rengainer, mais cela suffit à éclater la bulle de notre complicité, me propulsant au-delà de nous, sous la pluie glaciale. Il se détourna et lâcha une dernière réplique qui se noya dans le vent :
« J'te préfère comme ça, je te laisse gérer la suite. »
Un constat, rien de plus. Je ne savais pas vraiment ce qu'il voulait que je gère mais sur le coup, je m'en contrefichais. Alors, paisible, malgré les trombes d'eau, je m'accoudai au bastingage et libérai mon briquet de sa poche, bien décidé à me griller une clope, tant bien que mal, profitant d'un de ces instants, rares ces temps-ci, où la simplicité l'emporte.
Et la fumée s'éleva, emportant au loin mes pensées.
« Luffy, qu'est-ce qui t'a pris de déclencher une bagarre entre ces deux-là ?
- Bah… Ça faisait longtemps, non ?
- J'espère qu'avec la pluie, ça ira pour eux…
- Des imbéciles comme eux, ça tombe pas malade… »
Le reste de la journée et le lendemain, je ne manquai pas de provoquer moi-même nos affrontements avec un plaisir dissimulé mais dont le marimo n'était pas dupe. Il y répondait avec la même ferveur, m'offrant à son tour des occasions de déclencher nos disputes.
C'était peut-être con mais c'était bon de se retrouver après une période un peu… différente. Même avec le marimo. Surtout avec le marimo. Ça m'avait même peut-être remis les idées en place. Peut-être.
« Tu avais raison, Nami ! Ils ne sont pas tombés malades ! Je suis rassuré !
- Ça, c'est pas peu de le dire… Quand est-ce que ces abrutis vont enfin nous laisser tranquilles ? »
Hier matin. Ça remontait à hier matin. Tout allait bien depuis ce moment-là. Et pourtant, j'avais chassé Chopper de la cuisine et interrompu la préparation du dîner pour m'échouer sur la première chaise venue. Affalé sur la table de la salle à manger, j'avais les yeux dans le vague, les doigts jouant maladroitement, nerveusement, avec un citron que je ne m'étais toujours pas décidé à trancher en deux… Mais tout allait bien.
Cent pas. Cent gestes. J'errais.
J'errais, perdu dans une culpabilité imprécise. J'avais repris mes préparations, mécanique, égaré entre l'établi et la porte du frigo. Je piétinais de l'un à l'autre, je jouais de ces ustensiles ordinaires, je jetai un regard à mon plat. J'hésitai et lui concédai finalement qu'il manquait un petit quelque chose, qui saurait faire la différence. Tout allait bien.
J'errais, cherchant innocemment la cause de mon abattement, qui me coulait pourtant entre les doigts. Le jus acide sublima la préparation, comme toujours. Le dîner serait prêt à temps. Tous seraient ravis du résultat, sauf un, comme toujours. La soirée se déroulerait dans l'allégresse puis ils partiraient me laissant seul dans la cuisine silencieuse, comme toujours. Tout allait bien.
J'errais, évitant de penser à cette phrase qui était revenue rôder dans mon esprit : je te laisse gérer la suite. Mais il n'y avait rien à gérer, pas même une décision à prendre. Complicité et respect dans un quotidien amèrement, douloureusement regretté et enfin revenu, ou dissension et répugnance pour quelques instants de luxure désavoués ? Sans parler de la honte, des tiraillements et des interrogations perpétuels… de la souffrance aussi. Était-ce vraiment un choix ? Tout allait bien. C'était ça, mon problème.
Et je détestais ce sentiment pesant qui rejette le bonheur, qui refuse que tout soit si simple, qui cherche à tout foutre en l'air. Ce sentiment, qui vous assaille, détruisant le reste, qui vous submerge, abrutissant, obsédant, obnubilant. Il vous remplit de vide. Ce sentiment qui vous assèche, qui… abandonne, oublie. Isolé… Seul.
Le manque.
« Bouge ton cul, j'ai soif. »
Je sursautai. Je jetai un rapide coup d'œil à l'horloge, les autres allaient bientôt débarquer aussi. D'ailleurs, ce n'était pas dans les habitudes du marimo de se pointer en avance, même pour une bonne bouteille. Quand il venait en chercher une, c'était toujours à un moment chiant, quand j'avais quelque chose sur le feu à surveiller, par exemple, mais pas quelques minutes avant le reste de l'équipage alors que le repas était fin prêt et la table dressée.
Je réalisai brusquement que, la tête ailleurs, je m'étais décalé pour laisser un espace suffisant au marimo qui s'était glissé dans mon dos pour atteindre la dite bouteille. Un frôlement. Une bouffée d'oxygène au milieu de mon inconstance. Il ne s'était pas formalisé de l'absence de reproche et, en silence, je sentis cette présence déconcertante sur le point de se retirer. Un effleurement. Un sentiment d'urgence. Le retenir.
« Tu penses toujours que réfléchir, ça m'réussit pas ? »
J'avais lancé ça à la hâte. Évidemment, même si ma réplique avait suspendu son avancée un instant, elle ne l'empêcha pas de s'éloigner. Il s'adossa non loin après une première gorgée, ne m'accordant guère plus d'attention qu'à celle-ci. Il finit malgré tout par répondre, avec une contrariété évidente.
« Putain, Cook. Me dis pas qu't'es encore en train de t'prendre la tête…
- Non ! me défendis-je. »
Ce bien maigre plaidoyer m'attira un regard exprimant un « fous-toi de ma gueule » sans équivoque.
« … Si ? Peut-être… »
Il tendit le bras dans ma direction et un poing, léger, s'abattit sur mon crâne. Le genre de geste que nous ne nous permettions pas, pas sans violence. Je tournai vivement la tête, troublé, cherchant déjà le non-dit de son acte, ce qui avait pu l'occasionner, les conséquences que cela… Pour faire face à un rictus moqueur, c'était certain, désabusé, c'était probable et… indulgent ? C'était moins sûr.
« Irrécupérable, lâcha-t-il. »
Une autre gorgée et il fit volte-face.
Ce dos large que j'avais agrippé.
Un pas.
Ces bras qui m'avaient enserré de leur chaleur.
Deux pas.
Ces mains qui avaient tout fait pour nous rapprocher.
Trois pas.
Si seulement…
Il se stoppa, hésitant.
Je retins mon souffle.
Sans se retourner, il me céda un « quoi ? » qu'il avait voulu neutre.
L'instant se suspendit. Je baissai les yeux sur la distance que j'avais franchie, sans réfléchir, sur mes doigts qui avaient saisi son poignet, un peu trop fort, sans réfléchir.
Il était peut-être temps de parler. Sans réfléchir.
« Demain. »
Ma voix était rauque.
« Même heure. »
Ma langue pâteuse.
« À la vigie. »
Ma main tremblante.
Il ne bougea pas mais ses épaules parurent se détendre et sa respiration reprendre. Je le lâchai doucement et il quitta la pièce, me laissant là, le cœur battant de mots si simples mais si lourds.
Voilà ! J'espère que ce chapitre valait le coup d'attendre un peu plus que d'habitude !
Juste un petit détail, il y a deux passages où des répliques sont échangées sans plus de précision sur leurs auteurs, la façon de s'exprimer, etc. C'est un choix pour m'éloigner le moins possible du point de vue de Sanji alors que celui-ci n'assiste pas à la scène mais je pense que vous aurez reconnu sans peine ceux qui ont pu dire tout ça ! A très vite !
