Bonjour tout le monde. Désolé pour le retard, mais j'ai eu une semaine assez remplies et je n'ai pas vu les jours passer.

Voici le deuxième chapitre. En espérant qu'il vous plaira autant que le premier. Et, s'il vous plait, donnez-moi votre avis.

Encore une fois, je remercie ma bêta pour son travail de correction.

Sur ceux, je vous dis bonne lecture. (et n'oubliez pas de mettre une petite review)

Le souhait.

Chapitre Deux

Hideto avait l'horrible impression de tomber d'un puits. A travers ses paupières clauses, il pouvait voir des filaments de couleurs vives tournoyer autours de lui. Malgré ce spectacle magnifique, l'angoisse de l'impact se faisait de plus en plus ressentir… Ces sensations ne lui étaient pas méconnues. Combien de fois avait-il eu l'impression de tomber alors qu'il dormait profondément ? Sauf que cette fois-ci, il n'était pas allongé dans son lit et ne dormait pas. Il tombait littéralement. Le jeune homme sentait que le sol se rapprochait à vitesse vertigineuse et qu'il n'en ressortirait pas indemne… Devant l'imminence de l'impact, l'androgyne leva les bras au niveau de sa tête pour se protéger.

Dans un sursaut, Hideto ouvrit les yeux et se redressa d'un coup en se souvenant du camion fonçant droit sur lui. Etait-il mort ? Se trouvait-il au paradis ?

Assis sur un canapé en cuir noir, la respiration haletante, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine au point d'en être douloureux, il laissa ses yeux examiner les lieux. Les rayons du soleil illuminaient une petite pièce divisée en deux. Le coin salon avec son canapé et sa table basse en verre donnait un sentiment de confort et de repos tandis que l'autre partie, composée d'une garde-robe à deux portes et d'une grande table en bois exotique où jonchait des gobelets vides, des feuilles libres, des classeurs grands ouverts et des cendriers remplis de mégots, dégageait une ambiance plus studieuse.

Tournant la tête vers la fenêtre du salon, l'androgyne eut le souffle coupé devant le paysage se dévoilant sous ses yeux. Des immeubles à hauteur vertigineuse à perte de vue, des enseignes lumineuses et des écrans de télévisions géants diffusant des publicités sans interruption. Fronçant les sourcils, il s'approcha de la fenêtre au point de coller son front contre la vitre. En contre bas, le jeune homme ne distinguait que des petits points de toutes les couleurs bougeant dans tous les sens et des voitures ressemblant à des jouets.

-Où suis-je tombé ? Se demanda-t-il à voix haute.

Hideto ne reconnaissait absolument pas la ville où il avait passé trois ans à étudier l'art. Etait-il d'ailleurs toujours à Osaka ? Cette question en souleva une autre, bien plus importante. Comment avait-il atterri ici ? L'androgyne n'en avait aucune idée. La dernière chose qu'il se souvenait était l'accident, puis ce fut le trou noir.

Une légère inquiétude étreignit son cœur. Il ne savait absolument pas où il se trouvait, ni dans quelle ville, ni depuis combien de temps il dormait et n'avait aucun moyen de prévenir ses parents qu'il allait bien, puisqu'il n'avait vu aucun téléphone dans la pièce. Ses derniers devaient être morts d'inquiétude pour lui. Le cherchaient-ils dans tous les hôpitaux d'Osaka ? Avaient-ils remarqué et signalé sa disparition ?

Dans un soupir, le garçon referma ses bras contre sa poitrine dans un geste de réconfort, lorsque ses yeux tombèrent sur la grande table. Peut-être trouverait-il une adresse dans ce tas de papier.

Jugeant qu'il n'avait rien à perdre, Hideto se mit à fouiller. Prenant une feuille au hasard, il fut étonné de découvrir une composition qui aurait pu être faite de sa main tant l'écriture ressemblait à la sienne. Alors qu'il voulut la reposer, ses yeux s'arrêtèrent sur un journal à moitié cachée par les classeurs. Le jeune homme connaissait de réputation ce quotidien. Hebdomadaire publié uniquement dans la capitale depuis mille neuf cents quarante-deux et portant le doux nom de «Tokyo Shimbun». Mais ce fut la date inscrite sur ce journal qui le fit blêmir. La tête lui tourna.

-C'est impossible. Murmura-t-il d'une voix blanche. Je suis en plein cauchemar.

Hideto replongea son nez dans le quotidien en espérant d'avoir mal lu, mais l'impression devint floue. Ses mains se mirent à trembler et, quand il lâcha le journal pour croiser ses bras sur sa poitrine pour le cacher, son corps entier se mit à vibrer de l'intérieur, jusque dans ses articulations.

-On ne peut pas être le deux juin deux mille huit.

Si ce qu'il avait lu était exact, cela signifierait qu'il aurait fait un bond dans le temps de plus de vingt ans ! Impossible ! Les voyages dans le temps n'étaient que fiction ! Or, il était dans la réalité ! Les sauts dans le temps n'existaient pas ! Néanmoins, un léger doute l'habitait. Que faisait-il de la date inscrite dans le quotidien et le changement architectural de Tokyo ? Sans parler de toute cette avancée technologique !

-C'est forcément une blague. Un canular !

Tandis que sa partie rationnelle se battait avec son côté imaginatif, l'androgyne déplia le quotidien et se mit à survoler les gros titres, lorsqu'une faible mélodie s'éleva dans l'air et l'interrompit dans sa lecture.

-Qu'est-ce que ?

Fronçant les sourcils, Hideto essaya de repérer l'origine du bruit.

-Ça vient du placard.

C'est ainsi qu'il ouvrit la garde-robe où plusieurs vestes pendaient. Il sursauta lorsqu'il vit apparaitre une forme du coin de l'œil. Une glace était accrochée à l'intérieur de l'une des portes de l'armoire, dévoilant une silhouette dont les courbes étaient mises en avant par un jean rentré dans des bottes noires, une chemise à moitié ouverte sur un tee-shirt blanc et une veste noire.

-Oh putain ! Injuria l'androgyne en comprenant que c'était son reflet dans le miroir.

Le visage lui faisant face n'avait plus rien à voir avec celui de l'adolescent mais lui était tout de même étrangement familier. C'était celui d'un homme. Les rondeurs de l'enfance avaient laissé place à des traits fins et délicats voir féminins, encadrés par deux mèches de cheveux noirs lui arrivant aux épaules, et dont la moitié du front était caché par une frange.

-Oh putain de merde !

Son corps se mit à se balancer légèrement, lorsqu'il comprit qu'il avait bel et bien fait un saut dans le temps. Et qu'il se trouvait dans le corps de la personne qu'il deviendra dans le futur. Les vertiges l'assaillirent. Le sol lui parut trembler sous ses pieds. Un bourdonnement résonna dans ses oreilles. L'air se mit à lui manquer. Malgré le beau soleil, sa vision se voilà par une épaisse brume bleue, lui faisant penser à de la condensation formée sur une porte de douche. Hideto se frotta les yeux, mais quand il les rouvrit, la brume s'était cristallisée, lui couvrant la vue d'une épaisse couche de givre.

-Hyde-chan ? Tu viens ? On n'attend plus que toi !

Comment était-ce possible ? Hideto se remémora la dernière journée où il était encore un ado normal. Il passa rapidement la découverte des résultats du concours d'entrée, de l'écroulement de son monde et s'arrêta au moment du… Son vœu ! N'avait-il pas souhaité pouvoir voyager dans le temps, de connaître son futur ? Etait-ce à cause de cela qu'il se retrouvait coincé dans son futur ? Mais c'était un vœu en l'air ! Il l'avait souhaité tout en sachant qu'il ne se réaliserait jamais ! Et l'accident ?! L'accident aurait-il une incidence quelconque dans son voyage ? Peut-être que durant l'impact, il se serait claqué la tête violemment, ce qui aurait déclenché ce saut ?

- Hyde-Chan?

Hideto ne pouvait faire des suppositions, mais aucune ne lui disait comment faire pour regagner son époque. Il était coincé ici. Pour combien de temps, l'androgyne n'en avait aucune idée. Allait-il revoir ses parents ? Ses amis ? Etaient-ils d'ailleurs tous en vie ?

Son souffle se fit de plus en plus court mais le jeune homme n'arrivait pas à respirer correctement. Sa gorge était nouée, empêchant l'air d'atteindre ses poumons. Son cœur cognait contre sa poitrine à un rythme fou et il sentait son sang battre dans ses oreilles. Un filet de sueur longea son échine tandis que des gouttes de transpiration perlaient sur son front. Puis, il sentit ses jambes le lâcher, le faisant tomber à quatre pattes sur le parquet. Des points noirs se mirent à danser devant ses yeux tandis que ses membres étaient secoués par des tremblements incoercibles, l'empêchant de se relever.

Le jeune homme savait qu'il faisait une crise de panique. Il en avait déjà fait lorsqu'il était au collège. Mais sa dernière crise remontait à longtemps. Pourtant, Hideto n'avait pas oublié l'effet que cela faisait. L'impression que sa mort était imminente, la sensation de suffoquer tant que ses poumons étaient comprimés, les spasmes fatiguant encore plus son corps déjà mis à mal par son rythme cardiaque désordonnés et rapide.

- Hyde?

Hideto sursauta lorsqu'il sentit une main se poser sur son épaule. Des mots furent chuchotés à son oreille, d'une voix douce.

-Calme-toi, Hyde.

Les pulsations du sang dans ses oreilles semblèrent diminuer quelque peu pour que ses tympans puissent mieux percevoir la voix.

-C'est moi Tetsu. Tu es en sécurité.

La main lui serra l'épaule, l'ancrant dans la réalité.

-Je suis là. Calme-toi.

Cette voix. Il la connaissait mais sans pouvoir associer un visage dessus. De plus, personne dans son entourage ne s'appelait ainsi.

-Tu n'es plus seul. Je suis là. Je reste avec toi. Je ne pars pas.

Le nœud dans sa gorge se dénoua de façon imperceptible. Mais cela fut suffisant pour que l'air parvienne enfin dans ses poumons. Les doigts posés sur son épaule montèrent jusqu'à sa nuque et se mirent à la masserdoucement, afin de l'apaiser.

-Respire Hyde. Doucement. Tout va bien.

Ouvrant en grand les yeux, le voile dans lequel il évoluait se déchira. Sa vision se fit plus nette même s'il avait toujours du mal à percevoir les contours du décor et les couleurs. Son cœur battait toujours rapidement et les spasmes ne semblaient pas prêts à s'arrêter.

-Chut. C'est fini. Je suis là.

Deux bras l'entourèrent et le forcèrent à se mettre à genoux. Epuisé, Hideto eut juste le temps d'apercevoir le visage de son sauveteur avant que sa tête ne bascule contre le torse de ce dernier. La main se mit à caresser son cuir chevelu. Ce qui lui fit penser à sa mère. Durant son enfance, il lui arrivait de faire d'horribles cauchemars. Alors pour l'apaiser, elle faisait le même geste jusqu'à ce qu'il s'endorme à nouveau.

-Allez, c'est fini maintenant. C'est fini.

Les battements de son cœur reprirent un semblant de normalité et ses secousses diminuèrent grandement jusqu'à disparaître complètement. Le visage enfoui dans la chemise de Tetsu, il prenait de lente et profonde inspiration. Il se sentait épuisé. La crise de panique l'avait vidé de ses forces. Son sauveteur ne disait plus rien, mais celui-ci avait une main dans son dos et l'autre sur sa tête.

Deux mains virent saisir délicatement ses joues rougies pour relever son visage. Ainsi, Hideto put plonger ses deux onyx dans les yeux chocolat de son interlocuteur. Encore une fois, la sensation de familiarité le saisit. Mais, il avait beau fouiller dans sa mémoire, aucun souvenir ne s'éveillait à la vue de ce visage d'où une pointe d'inquiétude déformait les traits trop sévère, sérieux et juvénile.

-Est-ce que ça ? Lui demanda Tetsu d'une toute petite voix.

Beaucoup trop épuisé, mortifié et honteux pour répondre, il hocha la tête tout en trouvant cette question stupide. Comment cela pourrait-il aller ? Rien n'allait. Tout empirait à chaque seconde. Il se trouvait dans les bras d'un parfait inconnu, mais qui lui connaissait parfaitement son futur soi. Alors que devait-il faire maintenant ?

-Qu'est ce qui t'es arrivé ? Enchaina Tetsu.

Que devait-il faire ? Mentir ou lui dire la vérité ?

-Rien… C'est juste…

Juste quoi ? Comme si Tetsu allait le croire sur parole alors que lui-même avait encore du mal.

-C'est juste que tu as fait une crise de panique en voyant que le concert allait bientôt commencer. Je me trompe ? Le coupa Tetsu d'un ton catégorique, soulignant ainsi l'évidence.

-Le concert ? Quel concert ?

A la seconde où les mots eurent franchi ses lèvres, Hideto sut qu'il avait fait une erreur.

-Celui qui est programmé depuis des mois et dont des milliers de gens ont acheté leur billet pour entendre ta voix et te voir sur scène.

L'androgyneécarquilla les yeux et son cœur se mit à palpiter dans sa poitrine à la fin de cette tirade. Un vent de panique l'envahi de nouveau lorsqu'il comprit que Tetsu attendait de lui qu'il chante devant des milliers de personne. Ce qui était somme toute logique puisque cet individu le prenait pour Hyde. Nerveusement, il se mit à jouer avec ses doigts nerveusement.

Comment allait-il faire pour se sortir de ce guêpier !? Jamais il ne pourrait lui dire la vérité ! Et jouer le jeu était tout à fait inconcevable ! Lui qui était d'une timidité telle qu'il était malade rien qu'en prenant la parole devant toute sa classe. Alors chanter devant des inconnus ? Comment allait-il faire ? Jamais il ne pourrait faire ça ! C'était au-dessus de ses forces ! «De tous les métiers existants et envisageables, il a fallu que je choisisse celui qui est au antipode de ma personnalité ! Mais que s'est-il passé pour que je prenne cette voie ?» Pesta-t-il intérieurement.

-Doiha-chan ! Arrête ! Cria Tetsu devant se spectacle désolant.

Alors que le leader amortit un geste pour l'obliger à s'arrêter de bouger, l'androgyne se stoppa de lui-même, baissant les yeux sur ses genoux, les bras replié sur lui-même, dans un geste de réconfort.

-Je ne peux pas. C'est au-dessus de mes forces ! Murmura Hideto sans oser regarder Tetsu en face.

-Quoi ?

-Je suis désolé. Mais je ne peux pas faire cela.

-Tu plaisantes ?

-Je suis désolé. Mais il faut annuler le concert.

-Je n'arrive pas à le croire ! Ajouta le bassiste de l'Arc d'un ton dépité et colérique. J'espérais qu'avec les années et l'expérience, tu aurais acquis une meilleure confiance en toi ! Apparemment, je me suis trompé. Je peux comprendre que tu sois stressé, ou mort de peur, ce qui est normal, mais au point de faire une crise de panique et nous laisser tomber au dernier moment cela dépasse l'entendement ! De plus, as-tu pensé à tous nos fans ? A la déception qu'ils ressentiront en apprenant que notre concert est annulé à vingt minutes du début !? Sans parler des billets que l'on devrait rembourser !

Ce subit excès de voix fit peur au chanteur. Ce que Tetsu remarqua et causa chez lui une légère culpabilité. Ce n'est pas en lui criant dessus qu'il allait arranger les choses. Bien au contraire.

-Je suis désolé. S'excusa le leader du groupe en posant sa main droite sur la joue de l'androgyne. Je n'aurai pas du crier. C'est juste que ça m'a énervé de voir que tu te dévalorises à ce point. Alors écoute-moi bien Hyde-chan, crois-tu que je suis le genre de personne à pleurer dès que j'entends une voix qui me plaise ? A harceler quelqu'un jusqu'à ce qu'il accepte de chanter dans mon groupe ? A faire des pieds et des mains pour qu'il y reste et qu'il s'y sente bien ? Non. Et pourtant, je les ai faites avec toi ! Pourquoi ? Parce que tu es exceptionnel ! Tu as une voix en or ! Tu arrives à émouvoir, toucher l'âme et le cœur des gens avec ta voix. Et je ne dis pas ça parce que tu es mon âme sœur, mais parce que c'est la vérité ! Alors tu me feras le plaisir de monter sur scène et montrer au monde entier de quel bois tu es fait !

Ouvrant et fermant la bouche à répétition, Hideto était ému aux larmes par cette révélation. C'était la plus belle chose qu'il ait jamais entendu. Mais ces mots ne s'adressaient pas à l'adolescent perdu, rempli de doutes et d'incertitudes et aux rêves brisés qu'il était, mais à l'homme qu'il deviendra un jour. Le futur chanteur se dégagea de cette étreinte intime, et en secouant la tête, il chuchota.

-Je… Je ne suis pas cette personne.

-Bien sûr que si.

-Tu ne comprends pas ! S'énerva Hideto en haussant la voix. Je ne suis pas Hyde !

-Qui es-tu alors ?

Ouvrant la bouche dans l'optique de répliquer, Hideto la referma aussitôt. Que pouvait-il dire ? La vérité ? Un adolescent venant du passé et habitant le corps de son futur soi ?

-Hideto. Je suis juste Hideto. Trancha l'androgyne.

Le silence se fit dans l'habitacle. Les deux hommes se toisaient du regard. L'un implorant, l'autre dur, cachant une blessure et des questions. Car oui, Tetsu fut blessé par les paroles de son chanteur. Blessé, car cela remettait en cause son statut de leader. Aurait-il poussé un peu trop Hyde devant les projecteurs ? En voulant qu'il gagne en confiance en lui, aurait-il demandé trop d'effort à l'androgyne pour que celui fasse une sorte de blocage des années plus tard ?

-Très bien. Soupira Tetsu. Donne-moi une seule bonne raison pour annuler ce concert et je verrai ce que je peux faire. Tu ne veux pas chanter. Pourquoi ? Parce que cela te terrifie ? Je le suis aussi. Je suis mort de peur, mais je transforme cette peur en énergie positive. Et comme à chacun de nos live, tu feras pareil. Quoi d'autre ?

-Je ne connais pas les paroles. Lança piteusement l'androgyne, pris de court par ce retranchement.

Ce qui était vrai. Hideto s'imaginait très bien sur scène, la musique s'élevant dans l'air, et lui, ouvrant la bouche, pour rien, puisqueaucun son ne sortirait de sa gorge.

-Foutaise. Déclara Tetsu en balayant l'air de la main. Les paroles sont dans ta tête. Elles te reviendront une fois que tu entendras les accords. Et puis, si tu as un trou de mémoire, ce n'est pas grave, ce ne sera pas la première fois que tu te trompes dans les paroles. Autres choses ?

-Euh…

Hideto se raidit lorsque des lèvres captèrent les siennes, le réduisant au silence. C'était son premier baisé ! Pourtant, paradoxalement, le goût de cette langue jouant avec la sienne lui était familière, ainsi que le touché de cette main maintenant fermement son menton et la chaleur se propagent dans son dos, émanant des douces caresses prodiguées par Tetsu. Alors qu'un frisson lui parcouru l'échine, et que le désir d'en vouloir plus l'électrisa, une voix inconnue les interrompit.

-Hey les gars, qu'est-ce que vous faites ?!

Tournant la tête vers l'incongrue qui osait les déranger, Hideto vit un homme au visage sympathique dans l'encadrement de la porte.

-Oh les tourtereaux ! Ce n'est pas le moment de se bécoter ! On a un concert qui commence dans moins de dix minutes !

Où arriver Ken-chan. Rigola Tetsu.

Déboussolépar les sensations parcourant son corps, Hideto porta des doigts tremblants sur ses lèvres rougies. Mais qui était cet homme à la fin ? Etait-il son amant ? A en croire le langage de son corps, celui-ci devait être habitué aux caresses de Tetsu.

En même pas une journée, toutes ses croyances, certitudes avaient volé en éclat ! Durant son enfance, on lui avait enseigné que le cours du temps était inébranlable ! Allant toujours dans le même sens ! Que les voyages dans le temps n'étaient que fiction et purement impossible scientifiquement ! Et pour couronner le tout, lui qui se croyait hétérosexuel apprenait, par la plus incroyable manière, qu'il était homo ! Ou bien bi.

Tandis qu'il se morfondait sur la cacophonie qu'était devenue sa vie, Tetsu l'attrapa par le bras et l'entraîna de force à sa suite. A un tournant, un brouhaha lui fit relever la tête. C'était à peine audible et pourtant, l'androgyne pouvait percevoir un mélange de voix criant toutes la même chose : L'Arc en Ciel. Ce qui ravisa son stress. Déglutissant, il sursauta en ressentant une pression sur sa main emprisonnée. Tournant la tête automatiquement vers son sauveur, celui-ci marchait en regardant droit devant lui, au côté de Ken, comme si de rien n'était. Pourtant, le message était clair. Par ce simple geste, Tetsu lui transmettait sa force et lui disait que tout se passerait bien.

A la fin du couloir, Hideto découvrit plusieurs personnes courir dans tous les sens, tandis que le dernier membre du groupe s'échauffait tranquillement, imperturbable, malgré toute cette agitation. Après quelques échauffements, Tetsu les regroupa en rond et fit un petit discours d'encouragement. Puis, ils montèrent les uns après les autres sur scène.

Dire qu'il était dans de beaux draps était un euphémisme ! Fixant la grande voile blanche tendu devant lui, cachant la scène transformée en bateau aux yeux du public, Hideto se demanda comment se sortir de là. Alors qu'il voulut quitter la scène en courant, la voile tomba, les dévoilant aux publics.

«Maman ! » pensa Hideto en se transformant en statue.

Le timbre de la batterie résonna aussitôt dans l'air, le tirant de ses pensées. Très vite, les cordes d'une guitare se mirent à chanter. Et sans savoir comment, son corps prit le contrôle. Alors qu'il se laissa emporter par la mélodie, ses lèvres bougèrent, formant des phrases tout juste sorti de son esprit, comme par magie. Tout en chantant, Hideto ferma les yeux, envahi par une vague de sensation forte. Jamais le jeune homme ne s'était senti aussi vivant. Aussi heureux. Il se sentait vibrer de l'intérieur. Alors qu'il donnait vie à cette composition, des souvenirs surgirent. Il vit sa première rencontre avec Tetsu, son acceptation à entrer dans le groupe de ce dernier six mois plus tard, le succès inattendu de l'Arc en Ciel. Des années de bonheurs intenses et d'engueulade. Mais, même dans les pires moments, jamais Hyde n'avait regretté sa décision de suivre Tetsu dans son projet.

Tandis que les titres défilèrent les uns après les autres, l'androgyne se sentait en osmose avec la musique et le public. Il n'hésitait pas à s'amuser avec lui, à le provoquer rien qu'avec ses yeux onyx ou en leur faisant une grimace. Malgré la fatigue naissante, il ne pouvait s'arrêter de bouger, parcourant la scène de droite à gauche, d'embêter ses camarades, de sauter sur place ou sur les ventilateurs. Il était une véritable pile électrique.

Et lorsque le concert se termina, Hideto était celui qui avait le plus de mal à quitter la scène. Il s'était tellement amusé qu'il ne se rendait pas compte de l'exploit qu'il avait accompli. Alors qu'il voulut descendre de l'estrade, son pied glissa et il tomba en arrière. Sa tête heurta violemment la dernière marche dans un bruit sourd. Immobile, les yeux grands ouverts, le voyageur ne voyait qu'une lumière blanche devenir plus instance, tandis qu'il se sentait aspiré dans un long et grand tunnel illuminé par de nombreux filament mobiles. Au loin, il pouvait entendre des voix lui parler sans réellement en comprendre le sens. Puis, ce fut le silence complet… Et de nouveau cette sensation de chute.