Ils avaient fini par trouver la rivière. Ils avaient pu enfin se désaltérer et même le cheval, que la fille du Duc avait décidé de surnommer Viktor, semblait heureux sur ce point-là. Par contre, Egon s'en voulait à mort d'avoir suggéré de pêcher quelque chose. Non seulement l'eau était particulièrement froide à son goût mais en plus il n'était plus aussi sur que sa technique puisse donner quelque chose. Alors qu'il sautillait sur place pour lutter contre l'engourdissement de ses pieds, il maintenait un pan de jupon de la duchesse dans l'eau. De l'autre côté, Alexandra, raide comme la Justice, en tendait l'autre extrémité, avec de l'eau presque jusqu'à la taille.

- Mais peux-tu arrêter de gigoter ? Si nous en laissons passer à cause de toi, je t'assomme et je te mange le bras !

- C'est bien aimable à toi de m'assommer avant ! Enfin, à vous... se corrigea-t-il avant de se faire rabrouer. Mais comment faîtes-vous pour supporter cette température ?

- Ça doit être le fruit de l'entraînement des Premières Lames, proposa la petite duchesse qui était installée sur un rocher à côté d'eux. J'ai entendu dire qu'il pouvait être un peu extrême parfois, c'est cela Sera Alexandra ?

- Oui, bien sûr, les fortes têtes passent la nuit au fond des puits avec un caillou autour du cou. Terrible...

- Sérieusement ? demanda Egon les yeux écarquillés. Pfff, c'est de la gnognotte. Moi je...

Il se mordit la langue en réalisant qu'il avait failli parler de son entraînement à lui. Qu'est-ce qui lui prenait ? Le manque de fatigue ne lui réussissait pas. Il reprit : « Moi, j'ai entendu dire que chez les Nordlander, leurs guerriers d'élite dormaient une nuit dans la neige avant de plonger dans leurs lacs glacés. »

Elfriede s'esclaffa :

- C'est stratégiquement une information intéressante : ils doivent se mettre à fondre comme du beurre quand ils arrivent jusque chez nous !

En souriant, Alexandra reprit :

- Nous avions des séances d'ascèse très poussées, mais rien de particulièrement cruel. C'est juste que je ne crains pas particulièrement le froid. Il suffit de se concentrer sur autre chose, en se disant que c'est n'est qu'une information, un passage. Focaliser son énergie sur autre chose... comme là, l'éventuelle ombre d'un gentil poisson assez idiot pour se jeter dans notre pathétique filet !

En souriant intérieurement, il se dit que, finalement, les préparations d'un chevalier impérial ou d'un espion du Temple avaient des points communs.

- Moi je n'ai jamais été doué pour la méditation, il paraît que je vis trop dans l'instant... et pour l'instant, j'ai FROID !

- Laissez-moi essayer Egon, je m'ennuie à vous regarder.

A ces mots, la jeune fille fit glisser le reste de ses jupons et, en tunique et corset, elle sauta de pierre en pierre pour le rejoindre. Elle lui prit vigoureusement le tissus des mains. Ce faisant, elle le déséquilibra et le fit tomber dans l'eau sur les fesses. Il hurla. Elle éclata de rire, comme une enfant, en se tordant en deux, en oubliant de cacher sa bouche de sa main pas comme une petite pimbêche de noble, mais vraiment juste comme une jeune adolescente légère et heureuse d'être toujours en vie.

- Ha ça, Mademoiselle, ça réclame vengeance !

Il l'arrosa d'une énorme éclaboussure qui la fit crier et lâcher le filet. Elle resta un instant immobile, pétrifiée, puis à son tour, alors qu'il la narguait les mains sur les anches, elle donna de grand coup de pied dans l'eau pour l'asperger de nouveau. A ce moment-là, Alexandra se jeta dans le jupon mouillé en criant quelque chose d'inintelligible. Puis ils comprirent que le poisson le moins doué de la rivière avait daigné se laisser prendre. Complètement trempée, les cheveux ruisselant et à moitié empêtrée dans le jupon-filet, sans un mot, la gardienne sortit à grandes enjambées de l'eau, jeta le tout au sol et partit furieuse s'ébrouer un peu plus avaient fini par trouver la rivière. Ils avaient pu enfin se désaltérer et même le cheval, que la fille du Duc avait décidé de surnommer Viktor, semblait heureux sur ce point-là. Par contre, Egon s'en voulait à mort d'avoir suggéré de pêcher quelque chose. Non seulement l'eau était particulièrement froide à son goût mais en plus il n'était plus aussi sur que sa technique puisse donner quelque chose. Alors qu'il sautillait sur place pour lutter contre l'engourdissement de ses pieds, il maintenait un pan de jupon de la duchesse dans l'eau. De l'autre côté, Alexandra, raide comme la Justice, en tendait l'autre extrémité, avec de l'eau presque jusqu'à la taille.

- Mais peux-tu arrêter de gigoter ? Si nous en laissons passer à cause de toi, je t'assomme et je te mange le bras !

- C'est bien aimable à toi de m'assommer avant ! Enfin, à vous... se corrigea-t-il avant de se faire rabrouer. Mais comment faîtes-vous pour supporter cette température ?

- Ça doit être le fruit de l'entraînement des Premières Lames, proposa la petite duchesse qui était installée sur un rocher à côté d'eux. J'ai entendu dire qu'il pouvait être un peu extrême parfois, c'est cela Sera Alexandra ?

- Oui, bien sûr, les fortes têtes passent la nuit au fond des puits avec un caillou autour du cou. Terrible...

- Sérieusement ? demanda Egon les yeux écarquillés. Pfff, c'est de la gnognotte. Moi je...

Il se mordit la langue en réalisant qu'il avait failli parler de son entraînement à lui. Qu'est-ce qui lui prenait ? Le manque de fatigue ne lui réussissait pas. Il reprit : « Moi, j'ai entendu dire que chez les Nordlander, leurs guerriers d'élite dormaient une nuit dans la neige avant de plonger dans leurs lacs glacés. »

Elfriede s'esclaffa :

- C'est stratégiquement une information intéressante : ils doivent se mettre à fondre comme du beurre quand ils arrivent jusque chez nous !

En souriant, Alexandra reprit :

- Nous avions des séances d'ascèse très poussées, mais rien de particulièrement cruel. C'est juste que je ne crains pas particulièrement le froid. Il suffit de se concentrer sur autre chose, en se disant que c'est n'est qu'une information, un passage. Focaliser son énergie sur autre chose... comme là, l'éventuelle ombre d'un gentil poisson assez idiot pour se jeter dans notre pathétique filet !

En souriant intérieurement, il se dit que, finalement, les préparations d'un chevalier impérial ou d'un espion du Temple avaient des points communs.

- Moi je n'ai jamais été doué pour la méditation, il paraît que je vis trop dans l'instant... et pour l'instant, j'ai FROID !

- Laissez-moi essayer Egon, je m'ennuie à vous regarder.

A ces mots, la jeune fille fit glisser le reste de ses jupons et, en tunique et corset, elle sauta de pierre en pierre pour le rejoindre. Elle lui prit vigoureusement le tissus des mains. Ce faisant, elle le déséquilibra et le fit tomber dans l'eau sur les fesses. Il hurla. Elle éclata de rire, comme une enfant, en se tordant en deux, en oubliant de cacher sa bouche de sa main pas comme une petite pimbêche de noble, mais vraiment juste comme une jeune adolescente légère et heureuse d'être toujours en vie.

- Ha ça, Mademoiselle, ça réclame vengeance !

Il l'arrosa d'une énorme éclaboussure qui la fit crier et lâcher le filet. Elle resta un instant immobile, pétrifiée, puis à son tour, alors qu'il la narguait les mains sur les anches, elle donna de grand coup de pied dans l'eau pour l'asperger de nouveau. A ce moment-là, Alexandra se jeta dans le jupon mouillé en criant quelque chose d'inintelligible. Puis ils comprirent que le poisson le moins doué de la rivière avait daigné se laisser prendre. Complètement trempée, les cheveux ruisselant et à moitié empêtrée dans le jupon-filet, sans un mot, la gardienne sortit à grandes enjambées de l'eau, jeta le tout au sol et partit furieuse s'ébrouer un peu plus loin.

- Alexandra, vous allez faire la tête encore longtemps ?

Alors qu'à peu près tous leurs vêtements étaient accrochés au soleil pour sécher, ils étaient assis autour du petit feu qui leur avait permis de cuire légèrement un truite de taille raisonnable. Malgré ses yeux bleus transparents, elle lança à Egon ce qu'il s'appelle communément un regard noir et elle avala un bout de poisson sans dire un mot.

- Et puis vous êtes bien plus jolie avec vos petites mèches bouclées comme ça. Vous ne trouvez pas, votre Altesse ?

- Si, ça vous donne un air beaucoup plus doux, confirma Elfriede en mastiquant délicatement sa bouchée.

- Bon d'accord, on a fait un boucan d'enfer, mais nous avions tous besoin d'un petit moment de détente, vous ne croyez pas ?

- Et d'un bon bain ! rajouta la jeune fille. Avec quelque chose dans le ventre en plus, je me sens prête à marcher tout l'après-midi. Allez, Sera Alexandra, notre situation est bien assez désagréable pour que vous n'y ajoutiez pas votre mauvaise humeur. Elle ne nous apporte rien et nous avancerons d'autant plus vite que nous aurons le cœur léger.

Alexandra faillit répliquer quelque chose mais secoua la tête en jetant un bout de peau grillée au loin. Egon se pencha vers elle en cherchant son regard :

- Hé, Alex, aucun de nous ne prend ça pour un pique-nique. Seulement, de temps en temps, il faut souffler un peu pour ne pas exploser...

C'est comme s'il l'avait piquée au vif. Un rouge soudain lui monta aux joues et au lieu de la colère qu'il pensait avoir provoqué, il vit, mal à l'aise, qu'elle avait les yeux bien trop brillants. Elle se leva vivement et alla se rincer les mains à la rivière.