Depuis une bonne distance ils observaient un petit hameau de trois maisons en bois près duquel se trouvait, semblait-il, un potager retourné à l'état sauvage. La lumière du jour déclinait et même si Alexandra l'avait prédit, sa présence était tout simplement providentielle. Aucun signe de vie, mais tout avait l'air en bon état. Egon s'impatientait et regarda Alexandra en soulevant un sourcil exaspéré et interrogateur. Celle-ci soupira et lissant inutilement sa tunique sale prit la direction de la cabane. Elle prononça entre ses dents :
- Je suis sûre de sentir une odeur de feu dans l'air, il doit y avoir des habitants...
- Oui, je suis d'accord. On voit même bien que le sentier a été pris récemment mais nous ne sommes que des voyageurs fatigués donc pas la peine de dramatiser ! répliqua-t-il.
- Je ne suis pas certaine que notre couverture soit au point...
- Et bien laissez-moi parler. On va dire que ça fait partie de ces talents de « débrouillardise » qui m'ont maintenu en vie.
D'un pas vif, il précéda Alexandra en hélant à la ronde mais sans réponse. Il frappa bruyamment à une porte et finit par l'ouvrir. Personne. Mais il restait en effet des traces d'un passage récent, de l'eau dans une cuvette, des miettes de pain sur la table et en effet une odeur de fumée épicée. Ils pénétrèrent tous à l'intérieur. Elfriede observa le lit de paille sommaire avec circonspection et finit par s'asseoir dessus puis se laissa tomber sur le dos en émettant un grand « haaaaaa » de contentement.
Egon fit le tour de la pièce rapidement pour voir ce qui pouvait leur être utile : Une vieille besace percée mais qui serait mieux que le baluchon qu'ils avaient improvisé, une outre, quelques gamelles, une vieille couverture mitée et tant d'autres choses ! Il caressa son menton piquant avec satisfaction :
- Les affaires reprennent !
Alexandra ressortit aussitôt équipée d'un vieux seau. La petite duchesse délaçait ce qu'il restait de ses chaussures en faisant des grimaces de douleur. Egon s'installa à côté d'elle et saisit un de ses pieds pour l'examiner :
- Dans le genre qui cache son jeu, vous n'êtes pas maligne vous non plus, Princesse. Les souliers en satin, ça n'aime pas trop le grand air.
- Il fallait bien avancer... Et puis heureusement nous avions Viktor. Ça aurait pu être pire.
- Mouais, on va nettoyer ça un peu et puis essayer de vous bricoler quelque chose avec ce qu'on va trouver ici. Je pense que les gars sont partis bosser, on leur servira notre histoire à leur retour. Vous verrez, je leurs ferai un si beau conte qu'ils en auront les larmes aux yeux. Je vais chercher de quoi nous remplir l'estomac. Restez tranquille... Enfin, ça vous savez faire, conclut-il en souriant et lâchant son pied.
Elle lui rendit son sourire et le retint par la main à sa grande surprise :
- Vous savez Egon, je crois que pour la crédibilité de notre mensonge, je pense que vous devriez me tutoyer... Comme vous le feriez... avec une sœur.
- Heu... Je le fais, si vous le faîtes. Et puis fournissez-moi une autorisation écrite, que j'aie des preuves quand « Grande Soeur » reviendra !
- D'accord, alors je déclare solennellement que moi, Elfriede de Lunebourg, héritière du clan Balder, je vous... je t'autorise, toi, Egon, à me tutoyer. Ca te va ?
Elle pencha la tête de côté avec un sourire franc qui illumina son pâle visage et fit ressortir ses hautes pommettes. Il se sentit tout intimidé alors pour se donner une contenance, il passa nerveusement sa main dans les cheveux puis marmonna un truc sur « faire à manger ».
