- Voilà, je pense que vous savez tout.

Carter s'éloigna de la Porte et regarda son interlocuteur.

- Vous pensez ?

- Je vous ai tout dit, en tout cas.

- D'où vient-elle ?

- Z8X154.

- ?

- Hem... Elle veut dire «de loin», Leloup.

O'Neill s'approcha du Français.

- Elle n'a pas été trop rapide ni trop compliquée ?

- Mon colonel !

- Rassurez-vous, colonel, j'ai tout compris. Donc nous sommes le quatrième pays à recevoir une Porte?

- C'est ça. Les Chinois attendent encore la leur.

- Ils nous en veulent, d'ailleurs... ajouta O'Neill.

- Vous savez que c'est un cadeau empoisonné que vous nous faites là ? Au niveau de l'Union Européenne, c'est délicat !

- L'Angleterre est dans le même cas que vous.

- Oui, colonel, c'est vrai. Mais nous allons quand même en faire profiter l'Allemagne dans quelques mois. Au fait, sans vouloir me plaindre, pourquoi avoir donné deux Portes à deux pays si proches ? Il y en a une en Amérique, trois en Europe, mais les autres continents...

- Leloup, si vous voulez que nous continuions à bien nous entendre, évitez de parler de politique avec nous !

- Bien colonel, répondit celui-ci en riant.

- Nous exécutons les ordres, c'est tout. La situation internationale est encore bien assez tendue sans que vous ne nous posiez de telles questions.

Carter expliqua la réaction de son supérieur :

- Les Japonais, Coréens et Australiens viennent juste de se rendre compte que nous «offrions» des Portes. Ils veulent leur part...

- Ca risque d'être difficile...

- En effet ! Nous avons déjà la chance d'avoir quatre Portes, et quatre planètes différentes à notre disposition pour l'évacuation, mais on ne pourra jamais en avoir une pour chaque pays !

- Et la planète sur laquelle nous allons ?

- Elle s'appelle P4X222. Normalement. Rebaptisez-la, s'il vous plaît !

- Bien colonel !

- Les Anglais ont appelé la leur «Freedom» pour le moment. Les Russes ne me demandez pas, je serais incapable de le prononcer !

Carter sourit, le scientifique français aussi.

- Et la vôtre ?

- Site alpha.

- Mon colonel !

- Bon, Earth 2. J'étais contre. Ils ont déjà commencé à bâtir une pseudo-ville : New Liberty... Mais je n'ai plus vraiment mon mot à dire, en fait...

- La vie s'organise, là-bas ?

- Doucement.

- Ils ne savent toujours rien ?

- Non, et je vous conseille d'en faire autant avec votre population !

- Ca va être dur...

Il réfléchit un moment.

- J'aurais bien aimé que tout le monde soit sur la même planète...

- Oui, mais si nous voulons évacuer le maximum de personnes, ce n'est pas possible pour le moment : la Porte d'une planète d'évacuation étant toujours connectée à une autre sur Terre, un autre vortex ne peut pas se greffer au premier, expliqua Carter. Et puis, nous assurons notre survie. S'il arrive quelque chose sur l'une des planètes...

- Il peut arriver quelque chose ?

Leloup paraissait effrayé. O'Neill regarda sévèrement Carter.

- Oui, enfin... On ne sait jamais. Normalement, non.

- On n'a exploré que les alentours de la Porte, pas toute la planète, et nous ne sommes restés que quelques jours...

Les deux officiers se défièrent du regard. O'Neill faisait tout pour rassurer le Français, et Carter démolissait ses tentatives. Finalement, il abdiqua. Il valait mieux prévenir que guérir, elle n'avait pas tort.

- Si vous lancez le satellite en arrivant, comme on vous l'a dit, vous connaîtrez mieux votre environnement, vous pourrez prévenir les problèmes. Normalement, il n'y a pas de formes de vie intelligentes, ni même vivantes d'ailleurs, là où vous allez.

- C'est... contre ces formes de vie que vous avez installé votre iris ?

O'Neill soupira, Carter sourit en voyant l'embarras de son colonel. Décidément, ce petit Français n'avait pas fini de l'étonner.

- Alors ?

- Oui, en effet, mais vous comprendrez quand vous lirez nos rapports, rassurez-vous.

- De toute façon, comme votre Porte restera ouverte en quasi-permanence, vous ne risquez rien, ajouta Carter. Nous ne nous servons plus de notre iris depuis le début de l'évacuation, il en sera de même pour vous.

- Bien.

Ces discussions agaçaient O'Neill au bout d'un moment. Il avait l'impression d'être à nouveau face aux Anglais, sauf que ceux-ci leur accordaient une confiance plus aveugle et ne posaient pas tant de questions délicates. Il chercha à changer le cours de la conversation.

- Alors...

Il désigna la Porte du menton.

- Vous n'allez pas l'installer sous la Tour Eiffel ?

Carter sourit à son supérieur : depuis le temps qu'il se posait cette question ! Leloup rit :

- Non, mais nous avons pourtant pensé un moment la mettre sous l'arc de Triomphe et bloquer les Champs Elysées...

Il fut interrompu par un garde.

- Colonel O'Neill ? Un appel des USA.

- J'arrive.

Carter le suivit dans un bureau, tandis que Leloup vérifiait une dernière fois la Porte avant d'entrer les coordonnées.

- O'Neill.

« Général Hammond. Les Tok'ras viennent de rapporter trois Portes. SG1 part pour Beijing. »

- Génial.

« Jacob pense ce sont certainement les dernières Portes qu'il peut ramener. A vrai dire nous leur donnons les dernières planètes aussi. »

- Où vont les autres Portes ?

« Le major Carter est avec vous, colonel ? »

- Oui, c'est elle qui vient de parler.

« Les deux autres vont en Australie et en Egypte. »

- Tiens ! Retour aux sources.

« Au moins une par continent, c'est le maximum que nous puissions faire. »

- Bien. Nous partons quand, mon général ?

« Demain soir. Votre père arrivera directement là-bas avec la Porte, major. »

Carter se réjouit. Elle n'avait pas vu son père depuis qu'ils avaient ramené les Portes, il y avait deux semaines, et en apprenant que la Terre était condamnée, celui-ci avait eut l'air particulièrement choqué. Il avait voulu lui faire promettre que son frère et sa famille passeraient la Porte avant le moment fatidique, mais elle n'avait pas pu. Pas de favoritisme. C'étaient les ordres.

« Il ramène également une douzaine de vaisseaux cargos ».

Carter sortit de ses pensées :

- Quoi ?

« Les Tok'ras nous offrent leur aide, major. Ils mettent ces vaisseaux et leurs équipages à notre disposition, pour que nous puissions transporter matériel lourd ou personnes. Peu importe leur nationalité. »

- C'est formidable !

« D'autant plus que 18 autres vaisseaux sont déjà en route pour la Terre, en plus de ceux-ci. Votre père a vraiment fait une action formidable, major. »

Elle avait les larmes aux yeux à cette nouvelle.

« Bien, colonel, major, je vous transmettrais les coordonnées des planètes plus tard. En attendant profitez de votre soirée de répit. »

- Merci, mon général.

«... Bonne chance, SG1 ! »

O'Neill ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en entendant la phrase fétiche de son supérieur, et il raccrocha. Il se tourna vers son major.

- Et bien, Carter ?

Celle-ci essuyait quelques larmes qui avaient coulé sur ses joues.

- Excusez-moi, mon colonel...

- C'est pas dans vos habitudes, ça, major. Vous êtes sûre que tout va bien ?

- Pardon, je ne devrais pas, mais...

Voyant que son supérieur était prêt à l'écouter, elle poursuivit.

- Les Tok'ras ont déjà tant fait : les trois satellites qui absorbent l'énergie solaire qu'ils nous ont offert, et qui nous permettent de survivre, le transport des Portes et maintenant une possibilité supplémentaire d'évacuation, même moins rapide...

- C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?

- Oui, mon colonel. Mon père s'est tellement battu pour avoir cette aide...

Elle murmura :

- Ca ne fait que rendre mieux évident le peu de temps qu'il nous reste avant notre destruction...

O'Neill soupira, et la prit par les épaules :

- Carter. Nous avons les moyens pour sauver plus de gens que nous ne l'espérions, plus longtemps que nous ne le pensions. Vous l'avez dit vous-même, le fait que la croissance solaire ait autant ralentit ces derniers jours relève du miracle.

Il la força à le regarder.

- Profitons de ces miracles, major.

Elle sourit timidement.

- C'est vrai, la situation n'est pas très joyeuse, je vous l'accorde. Mais ils comptent sur nous pour bâtir l'avenir. Nous sommes indispensables, Carter.

- Oui... Pardon mon colonel...

- Il fallait bien que ça vous arrive Carter... Et mieux vaut que ce soit ici, avec... moi, plutôt que face à une centaine de personnes à un moment où l'on a vraiment besoin de vous !

- Merci mon colonel...

- Allez...

Il lui tendit maladroitement un paquet de mouchoirs.

- Encore un petit effort à Paris avant de continuer notre tour du monde !

ooo