Devant la fenêtre de leur chambre d'hôtel, Teal'C regardait la ville lumière s'éclairer à la tombée du soir.

Carter arriva avec une bouteille et de quoi grignoter.

- Allez, dernière nuit à Paris !

Elle eut un pincement au cœur en pensant que c'était vraiment leur dernière nuit. Il ne pourrait jamais y en avoir d'autres.

Jonas arriva et déposa quatre verres sur la table. Tout d'un coup, le colonel se mit à s'énerver devant la télévision.

- Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que c'est que ça ?

Ses trois coéquipiers s'approchèrent, intrigués. A l'écran défilaient des images : une conférence devant une foule immense, des centaines de personnes s'agitant devant des guichets de gares, d'aéroports. Des embouteillages monstres sur les autoroutes, des milliers d'étudiants assis sur des places publiques, des mouvements de panique dans des magasins, un rassemblement énorme devant le Pape, des chefs d'Etat muets devant leurs micros...

- Qu'est ce qu'il se passe ? répéta O'Neill. Bon sang mais...

Il cria, s'adressant à la télévision :

- Comment on fait si on ne comprend pas le français !

Teal'C et Jonas restaient impassibles devant la colère de leur colonel, trop absorbés par les images. Carter s'empara de la télécommande et changea de chaîne.

Devant les informations de la BBC World, O'Neill se calma et se rassit. Carter l'imita.

Les membres de SG1 regardaient les reportages, médusés.

Au bout d'un quart d'heure, Jonas rompit le silence.

- Le monde sait, maintenant.

- Deux sondes solaires qui grillent à mi-chemin de leur parcours, et cela suffit aux scientifiques pour déballer tout le scénario de fin du monde..., ajouta O'Neill, pensif.

Carter hocha la tête.

- C'est la panique... Ils ne savent pas qu'il y a une solution de secours.

Jonas ne décollait pas les yeux de l'écran.

- Ils devaient déjà se poser des questions, vu la chaleur et la taille du Soleil...

- Qui a annoncé la nouvelle ? demanda Teal'C.

- Pas les étudiants qui l'ont découvert, en tout cas. Ils ont passé la Porte hier avec leurs familles.

Jonas se décida enfin à regarder ses amis.

- Je crois que ça vient plutôt des Etats-Unis, major.

Carter soupira. Dehors, des cris se firent entendre. Teal'C se rapprocha de la fenêtre.

- Il y a un cortège, O'Neill.

- Tout le monde perd la tête.

Il y eut un bruit sourd et des éclats de voix dans le couloir. En ouvrant la porte, Carter découvrit deux hommes en train de se disputer, tandis que plusieurs clients prenaient leurs valises pour s'en aller. La direction s'affolait.

- Je rentre chez moi ! hurla l'un des deux hommes.

- Ca ne vous protégera pas !

Un capitaine qui accompagnait SG1 pour aider à installer les Portes s'arrêta devant Carter.

- Vous saviez, hein ? Vous saviez et vous n'avez rien dit ! Vous ne nous avez rien dit ! Vous nous auriez laissé crever loin de nos familles ?

- Mais ...

- Je retourne chez moi !

Teal'C et le colonel se tenaient également sur le pas de la porte. Ils entendirent alors Jonas leur crier :

- Attendez !

Celui-ci augmenta le volume de la télévision, au point de pouvoir l'entendre du couloir. La voix du président des Etats-Unis résonnait dans la chambre.

« Nous avons déjà évacué 110 500 personnes vers d'autres planètes habitables, il en part plus de 2 000 chaque jour, depuis près de deux mois. Chaque continent sera bientôt munit d'une Porte. Je demande simplement d'être calme. Nos dernières estimations font penser que l'évacuation sera encore possible pendant 8 mois, au lieu de 4. Je demande à chaque gouvernement d'organiser les départs de façon équitable, pour que le maximum de personnes quitte la Terre et dans les meilleures conditions possibles... »

Jonas répéta à nouveau :

- Le monde sait, maintenant.

ooo

SG1 attendait silencieusement son avion pour Beijing, un peu dépités de voir que le nombre de personnes les accompagnant avait diminué des trois quarts pendant la nuit. O'Neill lisait tant bien que mal le dernier journal, déconcentré par le bouillonnement de personnes qui papillonnaient autour d'eux.

- Les Tok'ras se sont mis à la disposition des Australiens et Egyptiens en attendant qu'ils aient leur Porte... L'université qui a fait la découverte réclame une Porte pour son pays... Ah ! Les Japonais font encore des leurs...

Carter regardait dans le vide. Elle était navrée de constater qu'ils apprenaient les nouvelles non plus par leur commandement mais par les médias.

- De toute façon, on ne pourra jamais sauver la moitié des habitants, alors...

Sur ces paroles pessimistes mais cruellement vraies, Jonas tourna les talons et partit se dégourdir les jambes, au milieu des bagages qui traînaient et des personnes paniquées.

- ... Qu'est-ce qui lui prend ? Je croyais que c'était l'élément optimiste de l'équipe ?

- Il est comme ça depuis plusieurs semaines, mon colonel.

- Jonas Quinn a du mal à se faire à l'idée que cette planète va bientôt disparaître.

- C'est le cas de tout le monde, remarqua O'Neill.

- Il avait déjà tout abandonné sur sa planète, et voici que ses projets de vie sur celle-ci sont détruits, peu de temps après son arrivée.

- Oui, vous avez raison, Teal'C, Cassandra est un peu dans le même état d'esprit, ajouta Carter.

O'Neill regarda ses deux coéquipiers.

- Ben oui, mais... Bon, on a tous besoin de soutien ! On va lui remonter le moral, mais il faudrait éviter que tout le monde fasse de la déprime en même temps...

Carter rougit en repensant à sa réaction d'hier.

- Je pense que le fait que nous n'ayons pas réussit à contacter sa planète d'origine pour demander l'hospitalité y est aussi pour beaucoup.

- Sans doute Teal'C, sans doute...

O'Neill soupira en se replongeant dans le journal.

- De toute façon, même une fois admise l'idée de demander l'hospitalité, personne n'a été candidat, alors...

Jonas revint.

- L'avion est annoncé, il faut se dépêcher, ils n'ont pas l'air d'être sûrs de parvenir à décoller, certains pilotes se sont emparés d'appareils et occupent les pistes en attendant qu'on les autorise à passer la Porte parisienne.

Ses amis (sauf Teal'C) lui firent un sourire un peu forcé.

- Alors nous sommes partis les enfants !

Ils se dirigèrent vers la porte d'embarquement, se frayant un passage au milieu de la foule criante.

ooooooo