Sam se retourna pour regarder une dernière fois la salle d'embarquement, éclairée uniquement par le vortex. Face à la Porte, on avait installé une multitude d'écrans qui diffusaient les images du ciel, filmé de tous les coins du monde par différentes caméras. Ainsi, en laissant simplement passer une sonde par la Porte, ils se tiendraient au courant de l'état du Soleil. Celui-ci occupait la plupart des écrans. Immense, rouge orangé. La Terre vivait son agonie. Dans quelques semaines, elle serait engloutie. Mercure avait déjà disparu, et Vénus n'existait peut-être plus à l'heure qu'il était. Elle déglutit difficilement, et sentant son sergent la tirer par la manche, elle se décida à regarder la Porte.

- Vous avez fait le maximum.

A leur gauche, un flot de réfugiés continuait à passer pour la traverser.

- Je sais.

Sa famille, ses amis l'attendaient tous là-bas. Elle allait pouvoir leur parler de son travail sans rien cacher. Une nouvelle vie commençait.

- Major ?

- Allez-y, lieutenant. Je vous rejoins.

Dawies passa la Porte. Carter lança un regard vers son sergent : il ne traverserait pas sans elle. Il commençait à bien la connaître, depuis le temps qu'ils travaillaient ensemble.

- Allez... Major...

Elle se mit face aux écrans, et recula peu à peu vers la Porte. Ce serait la dernière fois qu'elle partirait de la Terre vers une autre planète. Lorsque son dos parvint à quelques centimètres du vortex, elle prit une grande inspiration, ferma les yeux, et recula d'un grand pas.

(Passage du vortex)

Elle arriva sur Earth 2, et manqua de tomber. Elle continua à reculer, regardant la Porte. Le sergent Mickaelson marchait silencieusement à côté d'elle, observant ce nouvel environnement. Un jeune lieutenant s'approcha d'eux et désigna les arrivants du menton.

- Ce sont les derniers ?

Le sergent répondit à la place de son supérieur.

- Oui, après ils devront se débrouiller sans nous s'ils veulent passer la Porte. On leur a laissé des indications.

Le lieutenant hocha positivement de la tête, d'un air compréhensif. Dawies vint les rejoindre.

- C'est fini, on dirait.

- Non, lieutenant, ça ne fait que commencer...

Tous se tournèrent vers le major. Mickaelson se réjouit de l'entendre prononcer des paroles si positives, les premières depuis longtemps.

- Vous êtes le major Sam Carter...

Le lieutenant l'avait affirmé plutôt que demandé. Carter fut surprise qu'il utilise le diminutif de son prénom. Il se présenta.

- Je suis le lieutenant Reiben.

- Oh, bien sûr. La dernière fois que je lui ai parlé, le colonel O'Neill m'a dit beaucoup de bien de vous. Croyez-moi, venant de sa part, c'est qu'il doit vraiment vous apprécier.

Le lieutenant sourit, gêné.

- Il m'a également beaucoup parlé de vous. Il vous ordonne, à vous et vos hommes, de vous reposer jusqu'à dimanche. Il m'a dit d'insister.

Cette fois-ci, ce fut Carter qui fut gênée. Qu'est-ce que O'Neill avait bien pu lui raconter à son sujet ?

- Le caporal Milles va faire visiter New Liberty aux soldats et aux sous-officiers.

Il fit signe à une femme un peu ronde, à lunettes, qui s'approcha d'eux.

- Elle vous montrera aussi vos quartiers, ajouta Reiben en s'adressant au sergent.

- Bien.

- Quant aux officiers, le colonel vous attend dans son bureau. Suivez Milles, elle vous y conduira, c'est sur le chemin. Moi je dois aller retourner travailler.

- Merci lieutenant.

- C'est bien peu de choses, major.

Il s'éloigna en direction du flux de nouveaux arrivants.

- Dawies, rassemblez les hommes.

- Bien major.

Dawies partit chercher ceux qui avaient traversé le vortex avec eux. Carter sourit à Mickaelson.

- Bien sympathique, ce lieutenant Reiben, n'est-ce pas ?

- En effet, major.

Une vingtaine de soldats se regroupèrent autour d'eux.

- Milles, on vous suit !

xOx

Carter et Dawies quittèrent leur groupe de soldats pour entrer dans une bâtisse grise de deux étages, surmontée d'un écriteau «Head-quarters». Un soldat leur indiqua de monter au premier étage, et ils se retrouvèrent dans un long couloir, encombré par plusieurs civils et militaires qui le traversaient, plutôt pressés. Sur la première porte, une plaque de bois gravée indiquait « Col. J. O'Neill, service des réfugiés. ». Trois personnes attendaient à côté de la porte : un couple et un rabbin. Les deux officiers se mirent derrière celui-ci, qui, les voyant en uniforme, les invita à passer devant lui. Alors que Carter allait lui répondre négativement, le bureau du colonel s'ouvrit soudain brutalement. Un homme en sortit, rouge de colère. On entendait O'Neill crier :

- Les Mexicains sont là où ils devraient être, et vous aussi, alors laissez-les tranquilles ! On doit cohabiter, bon sang ! Pas de discrimination !

Mais l'homme avait déjà quitté l'étage depuis bien longtemps, sous l'œil étonné de Dawies et de la plupart des militaires qui circulaient dans le couloir. Carter, elle, se mordait les lèvres pour s'empêcher de sourire. C'était bien son colonel.

- Suivant !

L'homme du couple s'avança pour entrer dans le bureau, mais resta sur le seuil de la porte. Il montra ce qu'il tenait à la main – une dizaine de feuilles, apparemment -, mais avant qu'il ne prononce un mot, on entendit à nouveau le colonel :

- Non, Settfield. J'ai dit non ! Même avec une pétition signée de toute la ville, ce sera toujours non ! Personne n'ira sur Abydos.

L'homme ouvrit la bouche, mais le colonel continuait sur sa lancée.

- Je sais qu'ils sont les seuls à nous avoir invité à vivre avec eux, mais ils vivent dans le désert, ils n'ont pas de tellement de ressources, vous risqueriez de mettre en péril leur civilisation. Ils ne se rendent pas compte de ce qu'ils nous proposent, leur population a déjà du mal à se nourrir, se procurer des vêtements, etc… Vous allez être un poids pour eux.

L'homme prit une inspiration avant de parler. Mais O'Neill vint encore l'interrompre :

- Donc vous pouvez ranger votre pétition, personne n'ira habiter sur Abydos, c'est clair ?

L'homme baissa les bras de lassitude, et retourna dans le couloir, sans avoir rien pu dire.

- Et ne revenez pas une cinquième, fois, c'est compris ?

Sa femme le tira par le bras et se mit à le réprimander.

- Tu aurais dû être plus ferme avec lui !

Carter dut se mettre une main devant la bouche pour ne pas pouffer de rire. Dawies la regardait bizarrement, il ne l'avait jamais vu rire. Une porte du couloir s'ouvrit, et un général en sortit, très grand, plutôt gros et un brin dégarni. Visiblement énervé, il mit ses lunettes et se dirigea vers le bureau du colonel.

- Suivant ! Euh… Mon général ?

- Colonel O'Neill, que signifie ce raffut ?

Carter entendit un bruit de chaise : O'Neill venait de se lever.

- Settfield est revenu, mon général. Avec ses signatures. Et ceux de Chicago ne veulent toujours pas des Mexicains comme voisins.

- Et est-ce que ça vaut la peine de crier ?

Le général criait lui-même. Des militaires curieux s'étaient rapprochés de la porte pour entendre la conversation. A vrai dire, tout l'étage pouvait l'entendre.

- Ben, quand même, mon général.

- Vous avez raison.

Le général se radoucit.

- Évitez quand même d'en faire profiter tout l'étage, O'Neill !

- J'y penserai, mon général.

Les militaires sourirent en reprenant leur travail, tandis que le général sortait, satisfait.

-Suivant ! reprit O'Neill.

Carter, en souriant, fit signe au rabbin de passer. Celui-ci entra donc.

- Ah ! Monsieur Goldstein, vous ne pouvez pas savoir ce que je suis content de vous voir. Enfin quelque chose qui va bien se passer.

- Nous sommes prêts à partir rejoindre notre communauté sur la planète russe, colonel.

- Ca c'est une bonne nouvelle. Les évacuations devraient se finir dans les jours qui viennent, la Porte sera alors à la disposition des réfugiés. Vous devriez être dans les premiers à partir, puisque tout est prêt.

Carter décida de faire son entrée à ce moment-là. Elle apparut sur le seuil et vit enfin son colonel, après avoir entendu sa voix durant plusieurs minutes.

-Excusez-moi d'intervenir, mais les Israéliens se trouvent tous sur la planète Europe.

O'Neill se leva précipitamment.

- Sam !

- Et les évacuations se sont finies aujourd'hui.

Le rabbin la regarda, étonné.

- Israël évacué en Europe ?

- Oui, une fois que les Français ont finit leur évacuation, les Asgards ont téléporté leur Porte dans d'autres pays.

- C'est la Porte qui vient aux populations, et plus l'inverse ! résuma O'Neill.

- Exactement ! Elle a finit par arriver en Israël, et les habitants ont donc été envoyés sur la planète attribuée aux Français : Europe.

Goldstein regardait en silence les deux militaires discuter.

- Ben heureusement que vous étiez là, parce qu'on n'en savait rien, on aurait envoyé la communauté juive complètement à l'ouest ! Enfin, façon de parler...

- Les Portes voyagent de pays en pays depuis plusieurs mois, vous l'ignoriez ?

- Les informations sont loin de toutes nous parvenir. Et puisque celle du SGC n'a pas été trimballée sur tout le globe… Enfin, je ne crois pas…

- Non, en effet.

O'Neill se tourna vers le rabbin.

- Vous partirez donc en Europe. Ca ne vous gêne pas ?

- Tant que nous sommes réunis, non, colonel !

- Bien. Alors on mettra la Porte à votre disposition dans deux jours. Ca ira ?

- Aucun problème !

- Vous allez porter ce mot au major Davis, il s'occupe de l'utilisation de la Porte.

- Merci, colonel.

O'Neill lui tendit une feuille de papier griffonnée, et reporta son attention sur Carter. Mais le rabbin ne quittait pas la salle. Le colonel s'en aperçu au bout de quelques secondes.

- Goldstein ? Autre chose ?

- Oui, colonel. Nos logements vont se vider.

- En effet.

- Nous aimerions, si possible, décider de qui les occupera. Beaucoup de gens attendent sur No Land, et nous aimerions les céder à des mères célibataires, veuves ou divorcées, ayant des familles nombreuses, de préférence.

- Eh bien. C'est tout à votre honneur, Goldstein ! Belle initiative. Je m'en occuperai avec plaisir : le responsable des passages à No Land est un ami.

- Merci colonel.

Le rabbin sortit, heureux.

Carter, toujours dans le bureau, se rapprocha de la table de son supérieur.

- Les catholiques sont appelés à vivre sur Europe, les musulmans sur la planète égyptienne…

- Et finalement, les Juifs seront sur Europe aussi. Il faut que je pense à contacter Jonas, pour lui demander de faire une liste des mères célibataires de No Land. C'est lui qui s'occupe des passages de la Porte.

- Je n'ai pas réussit à lui parler depuis qu'il est là-bas…

- Il fait un boulot de dingue, pire qu'ici ! Et encore, ça s'arrange. Mais je ne le reconnais plus. Quand on se parle – et pour parler boulot, en général –j'ai l'impression de parler à un autre colonel !

Carter sourit, mais O'Neill avait l'air sérieux.

- Je vous jure ! Il me ferait presque peur.

Le sourire du major devint plus triste.

- Et les autres ? Des nouvelles ?

- Teal'C est à la recherche de la dernière reine mère Tok'ra. Il était encore ici ce matin, vous l'avez loupé de peu. Janet est revenue la semaine dernière de No Land, mais elle a demandé à y repartir. Hammond fait partie des dirigeants de la nouvelle ville, pas très loin d'ici, Brotherhood. Mais je pense que vous le saviez.

- Oui en effet.

Elle le regarda avec amusement.

- Brotherhood ?

- Vous aussi, vous trouvez ça ridicule comme nom, pas vrai ? Franchement…

Elle sourit, et se rappela qu'il l'avait appelée par son prénom quand elle était entrée.

- Jack… Vous n'avez pas tellement changé, en tout cas.

Elle fit un sourire grimaçant.

- Ca marche avec votre général ?

- C'est un petit jeu entre nous. Ca amuse tout le bâtiment, en fait. On s'entend bien, rassurez-vous.

Il la regarda un moment.

- Vous non plus, vous n'avez pas changé, peut-être juste la coupe de cheveux. Vous ne les avez pas coupés depuis que je suis parti, Carter ?

Elle eut l'impression d'avoir fait une bêtise en l'appelant par son prénom.

- Non, mon colonel. Je manque de temps, à vrai dire.

- A ce point-là ?

Il aperçut soudain une tête dépasser de l'encadrement de la porte. Dawies toqua.

- Lieutenant ?

- Oh, voici le lieutenant Dawies, nous sommes les derniers officiers à avoir traversé la Porte.

- Je crois qu'on s'est déjà croisés…

- Bonjour, mon colonel.

Il se mit au garde-à-vous.

- Repos.

O'Neill regarda sa montre.

- J'ai une inspection à faire dans un quart d'heure. Plus personne n'attend dans le couloir ?

- Non, mon colonel.

- Alors je vais vous montrer vos quartiers.

xOx

- Meyer…

En entendant la voix d'O'Neill dans les couloirs vides du bâtiment des chambres d'officiers, le capitaine sursauta. Il se retourna vers son supérieur. Vu ses cernes, il faisait partie d'une équipe de nuit.

- Mon colonel ?

- Vous pourriez montrer au lieutenant Dawies où est sa chambre ?

Il désigna le jeune officier de la main.

- Euh… Sans problème.

- Il va partager la chambre des lieutenants Veccio et Silverti.

- Bien.

O'Neill expliqua aux deux nouveaux arrivants :

- C'est la crise du logement, ici. En attendant qu'un nouveau bâtiment soit fini de construire, même les officiers s'entassent à plusieurs par chambre.

Puis il désigna Meyer.

- Suivez-le, lieutenant. Vous vous présenterez dimanche au major Davis. Il vous confiera un nouveau poste.

- Bien mon colonel.

Tandis que Dawies partait avec le capitaine, un peu embêté qu'on vienne repousser sa sieste pour se mettre au service d'un petit lieutenant, le colonel se tourna vers son major. Elle souriait, pourtant il paraissait ennuyé.

- Et pour vous, Carter, il y a un petit… Problème…

Elle le regarda avec curiosité, attendant une explication.

- Le responsable de l'organisation des logements me connaît vaguement. Il m'a entendu parler de vous de temps en temps, et s'est dit que je serais content si on partageait la même chambre…

La curiosité de Carter se transforma en effarement.

- …parce qu'il pensait que vous étiez un homme.

Carter regardait son supérieur, moitié gênée, moitié soulagée.

- Ben oui… «Sam», ça peut prêter à confusion…

Elle sourit, toujours embêtée.

- Mais ne vous inquiétez pas, j'ai une solution de secours. Reiben s'est débrouillé pour avoir une chambre si petite qu'on ne peut pas y caser d'autre lit. Du coup, il y dort seul. Il va vous la passer. Il faut juste attendre qu'il ait fini son service, vers 19h30.

- D'accord mon colonel.

- Vous serez dans le bâtiment des lieutenants par contre, je suis désolé.

- Ce n'est pas grave.

- La chambre est minuscule, mais vous y serez tranquille. Je ne sais pas comment il fait, mais il a toujours des combines, il connaît tous les bons plans. Ce type est un débrouillard. Croyez-moi j'apprécie de travailler avec lui.

Elle sourit.

- Bon, en attendant Reiben, je vais vous montrer où je loge. Vous pourrez poser vos affaires et vous détendre.

- Merci mon colonel.

- Pas de travail jusqu'à dimanche, d'accord ?

- Entendu, mon colonel !