O'Neill fut surpris de ne pas trouver la lumière allumée lorsqu'il entra dans ses quartiers. Il alluma la lampe près de la porte.

- Carter ?

Il trouva celle-ci allongée en travers du lit. Elle avait visiblement succombé au sommeil avant même de s'être changée.

Il alla poser le plateau de cantine qu'il portait sur une table. Il alluma une lampe de chevet. Son major se réveilla doucement, puis après avoir observé la pièce, se souvint de l'endroit où elle se trouvait. Elle s'assit.

- Je me suis endormie ?

- Oui. Et la nuit est tombée.

- J'ai dormi longtemps ?

- Il est 22h, major. Votre chambre vous attend.

- Désolée, mon colonel.

- C'est pas grave. Tenez, je vous ai apporté de quoi manger.

- Merci…

- Si vous voulez profiter de la salle de bain, allez-y, j'en ai une pour moi tout seul. Elles sont communes là où vous dormirez.

- Alors je vais…

Elle fit signe pour montrer qu'elle se rendait à la salle de bain, et il hocha la tête.

Lorsqu'elle en sortit, quelques minutes plus tard, les cheveux humides, elle s'arrêta sur le seuil de la chambre pour regarder son colonel. Assis sur une chaise, celui-ci lisait avec attention un manuel d'apprentissage de l'espagnol. Elle sourit et se décida à interrompre sa lecture.

- Mon colonel.

- Ah ! Carter.

Il reposa son livre et se leva.

- Bonne lecture ?

- Oui… Oui, c'est très utile, vous savez, tout le monde ne parle pas anglais par ici…

Il regarda le manuel.

- Mais à vrai dire, je suis loin de parler l'espagnol. Vous voulez manger quelque chose avant de partir ?

- Le lieutenant Reiben doit m'attendre, non ?

Il lui tendit des clés.

- Non.

Carter les prit et se souvenant de quelque chose, plongea soudain ses mains dans ses poches…

- Oh, j'allais oublier…

Elle lui tendit d'autres clés.

- Je ne sais pas si c'est vraiment utile de vous les rendre, mais… Un souvenir peut-être…

O'Neill restait pensif devant ses clés. Il les désigna.

- Vous y êtes allée, au moins.

Elle eut un sourire navré.

- Pas eut le temps, mon colonel.

- Quand même ! J'aurais espéré que vous seriez allée au moins une fois visiter mon chalet. Ca vous aurait détendue, pourtant… Mais bon, maintenant…

- Désolée.

Elle s'assit sur le lit.

- Trop de travail.

- On ne vous changera jamais vous.

Mais elle restait le regard perdu dans le vide. Sentant que ce dont elle avait besoin, ce n'était pas d'être déridée, il prit une chaise et se mit face à elle.

- Ca a été… dur ?

- Oui mon colonel.

Elle baissa la tête.

- Pas à la base, là avec tout le travail, on n'avait pas le temps de penser… Mais quand je suis allée accompagner les Asgards pour téléporter les Portes, les premières fois…

Elle soupira. Il vit qu'elle avait les larmes aux yeux et préféra ne rien dire.

- J'ai vu une mère hurler parce qu'elle ne voulait pas traverser la Porte. L'enfant qu'elle avait adopté était séropositif, elle ne voulait pas le laisser sur Terre, mais ses amis, sa famille la tiraient vers la Porte… J'ai vu une famille de trois jeunes enfants passer la Porte en pleurant, parce que leur père était âgé et ne pouvait pas venir avec eux… J'ai vu des centaines de personnes se précipiter sur nous, pour nous empêcher d'emporter la Porte dans une autre région... J'ai vu des soldats brutaliser la foule, paniqués de ne pas pouvoir la contenir…J'ai entendu des prisonniers se révolter parce qu'ils voulaient profiter une dernière fois de la liberté avant de mourir avec la Terre…Des personnes foudroyées par la chaleur, sous les tropiques… Des habitants pauvres faisant des kilomètres à pieds, avec l'espoir de pouvoir être envoyés en sécurité sur une autre planète…Et le Soleil qui se levait, rouge, gigantesque, nous brûlant les yeux…

Elle se tut. Son colonel la regardait en silence, l'incitant à parler. Les yeux embués, elle reprit.

- Il y avait une religieuse, en Pologne… Toute la journée, elle a aidé les gens, les a réconfortés, a apporté de l'eau à ceux qui attendaient de traverser… Elle allait régulièrement voir le responsable des évacuations, en insistant. Je ne savais pas pourquoi. La dernière fois que la Porte s'est ouverte avant d'être téléportée, je lui ai fait signe qu'elle allait devoir passer avant qu'elle ne se referme. Elle m'a montré qu'elle avait compris, mais qu'elle attendait quelque chose. Il ne restait que quelques minutes quand une ambulance est arrivée. On en a sortit deux jeunes garçons, qui avaient du mal à marcher. Elle a remercié le responsable, et les a amenés vers la Porte. Ils l'ont passée au moment où elle se déconnectait. Deux jeunes malades sur la voie de la guérison. La religieuse est restée sur Terre. Elle leur avait offert sa place…

Elle arrêta de parler, et essuya ses yeux. Aucune larme n'avait coulé. Cela faisait longtemps qu'elles ne coulaient plus.

Ils restèrent un instant à regarder le sol, muets. Jack ne savait pas trop quoi faire, ou quoi dire. Ce fut elle qui brisa le silence, en se redressant.

- Il y en a encore beaucoup sur Terre.

- Mais votre nouvelle vie est ici. Et vous pouvez quelque chose pour tous ces gens qui viennent d'arriver.

Elle hocha positivement de la tête. Ils se regardèrent pendant quelques secondes.

Oui, la vie était ici maintenant.


Allez petit lecteur, toi qui a réussit à tout lire jusqu'ici : on review pour donner son avis à l'auteure, elle a passé assez de temps à écrire sa fic pour métier ça !