Les yeux rivés à l'intérieur de la pièce, les poils hérissés, il s'avançait d'une démarche féline, tentant de suivre chaque respiration de sa proie… ses proies… Il se léchait déjà les babines, pensant à ce qu'il allait faire d'eux... Sans faire de bruit, il se rapprochait de plus en plus, les oreilles dressées, près à détaler au moindre mouvement inattendu… Tel un croc d'acier, il sortit son couteau, l'essuya contre ses flancs, pour nettoyer le sang qui restait dessus… De plus, il prit aussi un revolver… Il s'assit en face du lit et attendit patiemment que les deux tourtereaux se réveillent… Ses prières ne se firent pas attendre, JJ se mit tout doucement à bouger : d'un geste placide, il releva le canon, visant la jolie tête blonde…

-Ne bouge pas…

La jeune femme fit un bond en l'air et tenta de ramasser les couvertures sur elle. Reid fut réveillé par les mouvements de Jennyfer… Emergeant d'un profond sommeil, il lui fallut un peu de temps pour comprendre la situation.

Aucun des deux n'osaient parler… Ce fut, une fois de plus le psychopathe qui rompit le silence :

-Habillez-vous…

Ne les voyant pas bougé, sûrement trop pétrifiés pour faire un geste, il fit luire son couteau dans l'obscurité…

-Je ne me répéterais pas deux fois… les amis…

Spencer lança un regard effaré vers le couteau et dans un accord silencieux, lui et JJ s'habillèrent… Spencer parla enfin :

-Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous nous voulez??

L'homme fit un sourire carnassier et prit un malin plaisir à ce taire… Non, il fallait leur laisser la surprise… JJ s'approcha de l'homme et s'adressa à lui :

-Si c'est de l'argent que vous…

L'homme se leva d'un bond et poussa violemment JJ contre le mur, il vit le brusque mouvement que Reid effectua pour ramasser l'arme de Jennyfer… L'inconnu s'en contreficha, plaqua la jeune femme contre le mur et mit le tranchant du couteau sur sa gorge. Cette dernière sanglotait… Spencer, d'une voix qu'il espéra forte, menaça l'individu :

-Si vous ne la lâchez pas, je vous mets une balle dans le corps…

L'homme sourit, sortit une seringue et la planta dans le ventre de JJ, ignorant complètement Reid… Ce dernier, pressa la détente de son arme, malgré sa peur de blesser sa compagne : un déclic se fit entendre, mais rien de concret ne se passa… Pour une fois, l'homme s'adressa à Reid :

-J'ai enlevé ton chargeur, pour ne pas que tu fasses de bêtises…

Spencer regarda son arme, incrédule, puis vit JJ s'écrouler par terre, tel un château de carte sous le caprice d'un courant d'air.

-JJ !, s'écria-t-il.

Le jeune homme voulut s'avancer vers la forme inerte, mais l'homme lui pointa son revolver sous le nez. Reid n'osa plus bouger et se mit à trembler comme une feuille.

-Qu'est-ce que vous lui avez fait ?, demanda-t-il d'une voix emplie de reproches et de doutes.

L'homme ne répondit pas et fit un pas vers Spencer, ce dernier recula un peu… Comme s'il ne l'entendait pas, l'homme lui dit enfin :

-Tu aimes les seringues, non ? Alors pique-toi celle-là dans les veines… sinon, je te tue, puis je la tue…

Spencer jeta un coup d'œil vers JJ, affalée sur le sol, dans une position bizarre, une position qui n'était pas naturelle. Allongée sur le dos, ses bras au dessus de sa tête semblaient vouloir attraper un objet quelconque qui pourrait la sortir de ce trou noir… son visage, figé dans le temps, était peut-être déjà être tourné vers un autre monde…Ses jambes pliées sous son corps ne laissaient voir que ses genoux, tel deux moignons absurdes… Spencer sortit enfin de sa torpeur et remarqua la seringue que lui tendait l'homme… Il savait que résister ne servirait à rien. Résigné, il la prit, lança un dernier regard vers JJ et s'enfonça l'aiguille dans le bras… Après quelques secondes, il sentit la pièce tourner… il tomba au pied de l'inconnu et un énorme trou noir l'engloutit. Sa dernière pensée fut pour son équipe… qu'il doutait de revoir un jour…

Hotch tentait de ne plus penser à Reid… mais sans succès : il revoyait encore son visage déchu, ses paroles, ses gestes. Le reste de l'équipe était silencieuse : ils étaient fatigués et n'avaient aucune piste sérieuse… Aaron se mit à les observer : Morgan, l'air dépité, était assis à la table, relisant pour la énième fois le même rapport de police ; Elle regardait dans le vide comme si ses yeux ne pouvaient plus rien regarder de concret, comme si tout était trop dur, trop horrible à analyser, à lire, à voir ; Gideon lisait un rapport qu'on venait de lui faxer : même à cette distance, Aaron savait lire le nom de Spencer sur la couverture… JJ manquait à l'appel, ce qui avait le don d'inquiéter Aaron… et si Spencer était devenu violent avec elle… Soudain, Elle le fit sortir de sa torpeur en s'écriant presque :

-Spencer, enfin celui qui habite en lui, a dit qu'il recevait des lettres…peut-être un rapport avec l'enquête ?

Une pointe d'espoir naissant anima sa voix d'un souffle nouveau : un souffle qui leur manquait depuis plusieurs heures maintenant.
Tout le monde la regarda avec surprise, sentant cette bouffé d'oxygène qui embellissait la pièce.

-Selon le dossier que le psy de Reid m'a rendu… Il parle de ses lettres en disant qu'une menace va bientôt arriver… et que cette menace à un rapport avec Hotch…, fit Gideon d'une voix mélancolique et légèrement étranglée... seule trace de sa peine, de cette souffrance dissimulées derrière ce visage de marbre...

Hotch se retourna brusquement vers Gideon à l'annonce de son nom, Morgan, quand a lui, s'exclama avec un demi-sourire : à moitié fait d'espoir, à moitié fait de doutes :

-Quand J.J. et moi avons fouillé la chambre de Reid, elle a trouvé une boîte en fer remplie de lettres…

Il fit une pause et inspecta la pièce d'un air inquiet.

-Mais où est J.J. ??, demanda-t-il d'une voix stressée et tendue.

La question résonna dans la pièce, ne revoyant aucune réponse, juste un écho… A part Hotchner, personne n'avait semblé remarquer l'étrange absence de leur collègue. Derek lança un regard alarmé vers Aaron, ce dernier cassa le silence assourdissant qui imposait une légère angoisse en fond d'eux même :

-Peut-être est-elle allée voir Reid…

Sa voix puissante et rauque les sortit de leur torpeur.

-On va se rendre à l'hôtel... il faut lire ses lettres... et savoir si notre intuition est bonne, fit l'homme aux yeux sombres.

Personne ne fit un geste. Le silence les entoura à nouveau de ses mains crochues et décharnées, posant au creux de leur ventre, une douleur et une excitation étrange. Chacun avait envie de poser mille et unes questions, mais c'était comme si une lois non écrite leur imposait ce silence qui leur déchirait les tympans...

-On y va?, répéta une deuxième Hotchner... mais c'était plus un ordre qu'une question.

Ils acquiescèrent, se levèrent tous, sans dire un mot, et sortirent du bureau où un agréable brouhaha leur rappela l'existence des sons et des bruits.

Hotchner pressa le pas, sans faire attention aux policiers qui les observaient passer... Il avait un très mauvais pressentiment... mais ne se rendait pas encore compte à quel point il avait raison...

A suivre...