Un râle rauque, un sifflement, des frottement, de temps en temps les pas étouffés d'un rat qui voyageait dans l'obscurité pour musique, le froid : des centaines d'aiguilles qui s'enfonçaient dans les pores de sa peau blanche et délicate pour tenue de bal et un sol froid et rugueux comme piste de danse… J.J tentait de se concentrer sur chaque détail pour pouvoir se situer, mais l'épais brouillard opaque de l'air qui l'entourait ne la laissait pas deviner grand-chose... Elle craqua enfin et se mit à sangloter… Elle avait entendu, il y a de cela une heure -peut-être moins, peut-être plus : elle n'avait plus les notions de temps - Spencer hurler à plusieurs reprises. Ses larmes s'échouaient sur le bâillon que le tueur lui avait mis… Elle ne se rendait pas compte que ce bâillon, telle une bouée, la raccrochait à la vie… En effet, l'homme tapi dans un coin de la pièce l'aurait aussitôt abattue si elle avait prononcé un mot... Son corps entier était secoué de spasmes incontrôlables et ses muscles raidis lui faisaient mal… Soudain, le murmure rauque s'arrêta… Elle était tellement habituée à ce bruit que le vide que provoquait l'absence de se dernier sonnait comme un système d'alarme dans sa tête. Elle sentit quelqu'un bouger derrière elle et une voix s'éleva sur sa droite :

-Manipulatrice… demain soir, je te tuerais… quoi qu'il arrive… T'as compris ?

J.J, horrifiée, ne bougea plus et se retint de respirer pendant quelques secondes… Une énorme main jaillit de l'obscurité et la frappa violement à la tête.

-J'TAI PARLE !!!

Elle recommença à sangloter et acquiesça de toutes ses forces en gémissant des paroles qu'elle seule pouvait comprendre. L'homme se rapprocha d'elle et bientôt elle put sentir l'odeur nauséabonde de son haleine. Il lui parla doucement :

-Tu sais… Hotch… il me l'a fait connaître, cette pétasse… elle m'a pompé tout… aujourd'hui, c'est moi qui vais tout lui prendre… c'est de sa faute…

Ce fut comme une onde, un tremblement dans l'air, J.J sentit la vague arrivée et mordit sur son bâillon prévoyant le raz-de-marée. L'homme hurla à quelques centimètres de son visage :

-C'EST SA FAUTE ! IL M'A TOUT PRIS !!!!

Elle reçut un poing aussi dur que de l'acier trempé sur la pommette droite, elle se mit à supplier et à pleurer de plus belle… L'homme semblait satisfait de l'entendre gémir et grogner à travers le morceau de tissus sale et noir de crasse qu'il lui avait mis dans la bouche. Il se mit à ricaner :

-Ne pleure pas ma belle… Je te promets que tu deviendras célèbre… on sera célèbre… Ton corps, sera tellement mutilé que même ta mère ne te reconnaîtra plus… et moi, tout le monde ne me prendra plus pour rien… Je serais le plus grand tueur… pas l'incapable comme elle le disait si souvent…

L'homme reprit une respiration plus calme, comme s'il prenait les sanglots de J.J pour une berceuse… A côté, une autre voix s'éleva : celle de Reid. Il criait des choses que les murs ne voulaient apparemment pas répéter, car ceux-ci ne laissaient entendre que des bruits lointains… Jennifer sentit le tueur sourire, même si elle ne voyait rien, ce dernier prit enfin la parole :

-Vois le bon côté des choses, salopes… Au moins quand il sera mort, il ne beuglera plus… et tu pourras dormir.

Il ricana et J.J entendit ses pas s'éloigner vers l'endroit où émanaient les paroles de Reid. Elle entendit la porte s'ouvrir et les cris de Spencer lui vinrent aux oreilles… et au cœur.

-TUEZ-MOI, SI CA VOUS AMUSE, MAIS LAISSEZ LA ! PITIE !

La porte se referma… Les rats se remirent à passer, le sifflement du vent sur la maison se remit à gémir, le froid de la solitude l'envahit à nouveau… Seul le murmure n'était plus là… la seule chose qui le remplaçait c'était les éclats de voix lointains de ceux qui étaient à côté… Elle avait tellement peur.

Près de 5 heures… Il ne les avait plus vu depuis 5 heures… Avait-ils été enlevés de suite ? Peut-être… Dans quel but ? Aucune idée. Le tueur s'en prenait-il réellement à tous ceux de l'équipe ? Ou alors visait-il quelqu'un en particulier. Et si ce quelqu'un c'était lui-même… Et s'il avait laissé son arme à Reid… aurait-il pu se défendre ? Gideon n'arrêtait pas de se poser des questions sans réponse, des questions qui le rendaient toutes si coupable… Il jeta un regard vide sur les policiers qui s'évertuaient à organiser les recherches… Mais il le savait : il n'y aurait aucun résultat. Il se retourna et regarda Morgan, le visage décomposé, qui n'avait plus de larmes à verser, Elle, sa pâleur faisant ressortir encore plus ses yeux noisettes, se rongeait les ongles en regardant pas la fenêtre et Hotch silencieux et plus renfermé que jamais était assis à la table. Ils n'avaient rien. Laissant les questions et le désespoir s'insinuer à nouveau en lui,il fut brusquement sortit de ce trou noir par un policier assez fort qui entra comme une bombe dans la pièce et leur dit d'une voix fluette :

-Messieurs ! Nos agents ont trouvé ceci dans une poubelle : c'était des lettres adressées à votre collègue…

Il n'eut pas le temps de finir que Gideon lui arracha le petit paquet des mains. Il y avait 4 lettres… Trois d'entre elles avaient été brûlées, rendues illisibles. Devant le regard perplexe de Gideon, le policer qui luisait tellement que c'était limite si Gideon ne pouvait pas voir son reflet sur son front graisseux expliqua d'une voix gênée :

-Des gamins… ils avaient mis le feu à la poubelle dans laquelle se trouvait ces lettres et…

Jason le coupa comme s'il n'existait pas et fit avec une pointe d'espoir :

-Il y en a une qui est intacte…

Le policier vexé qu'on ne le félicite pas pour son excellent travail, sortit de la pièce en claquant la porte, les agents trop captivés par la preuve inestimable qui se trouvait dans les mains de Gideon n'y firent même pas attention. Les mains tremblantes, il ouvrit l'enveloppe et se mit à lire d'une voix fébrile :

« Cher ami,
Tu as succombé, honte à toi ! Comme moi, tu t'es fait manipuler… mais Aaron l'a aidée à m'avoir… Toi tu t'es jeté dans le gouffre ! Tu es pourtant intelligent! Mais comment pourrais-tu t'en sortir sans moi ? Il faut que je te délivre de ce mal ! Il faut la faire souffrir comme elle aurait voulu te faire souffrir !

J'espère que nous sommes amis et que nous nous rencontrerons d'ici peu !
A bientôt! »

Un silence lourd de questions et de suppositions s'installa parmi eux. Ce fut comme si les agents étaient aimantés par Hotch : ils se retournèrent tous vers lui. Ce dernier semblait avoir vu un fantôme. Aaron murmura de sa voix grave :

-Ce… Ce n'est pas possible… qui est-ce…

Le pauvre si sûr de lui, avait perdu ses ailes et sa prestance, brûlées comme les autres lettres. Morgan prit alors la parole, l'excitation de sa voix trahissait son anxiété :

-Hotch ! Réfléchissez à quelqu'un qui vous déteste…

Elle le coupa et d'un air songeur :

-On dirait qu'il parle d'une femme… avez-vous un jour poussé un de vos amis vers une femme ?

Aaron prit un air hébété et balbutia :

-Oui… Oui, enfin… une fois… Le type s'appelait Arnold Kingst… Je l'ai présenté à la sœur de ma femme. Ils se sont mariés, leur couple a duré 5 ans, puis ils ont divorcé il y a 3 ans…

Gideon sentit un malaise assez profond chez Hotch, il lui dit alors, pour le pousser à leur dire tout :

-Et ?!

Hotch baissa les yeux :

-Ce type avait de graves problèmes psychologiques… Il m'a harcelé pendant des mois pour « ce que je lui avais fait »…

Derek s'approcha d'Hotch et tenta de le rassurer :

-On va le coincer… ce n'est pas de votre faute de toute manière…

Hotch acquiesça, puis, reprenant un air autoritaire, il leur dit d'appeler Garcia pour qu'elle lance une recherche sur Arnold. Au fond de lui, il espérait qu'il n'était pas trop tard… car il savait que sinon, jamais il ne pourrait se le pardonner… puis regardant ses collègues s'affairer… il pensa amèrement : eux non plus.