La porte grinça, mais il ne l'entendit pas, il criait bien plus fort, recouvrant même les pas d'Arnold.
-LAISSEZ-LA, ESPECE DE …
Un violent coup qu'il n'avait pas vu venir à cause de l'obscurité et de ses propres cris, le percuta au niveau de la nuque, un autre le suivit, mais cette fois, c'est l'estomac qui fut projeté contre les parois de son propre corps… La douleur était intense, comme le silence qui venait d'alourdir la pièce. Spencer suffoquait ; il sentait un liquide chaud couler le long de son menton, il ne savait pas si c'était du sang, de la salive, ou les deux… Arnold prit son visage entre sa main droite et Reid put sentir son souffle parcourir ses cheveux, sa nuque et s'arrêter vers ses oreilles.
-Tu es bête… c'est une salope… tu te fais avoir…
Il fit une pause, le temps que Reid reprenne un peu ses esprits pour l'écouter.
-Tu sais que je t'aimais bien…
Pour accompagner sa parole, il glissa lentement sa main libre sur la cuisse droite du jeune agent. Il était doux, presque sensuel. Spencer produisit un gémissement pitoyable. L'homme se mit à hurler :
-MAIS POURQUOI CONTINUES-TU À L'AIMER !! POURQUOI AS-TU COUCHE AVEC ELLE, MALGRE MES AVERTISSEMENTS ?
Il rejeta le visage de Reid et lui cracha dessus. Spencer se remit à pleurer.
-Al…lumez au moins la… lumière, s'il vous plaît…
Il entendait l'homme marcher autour de lui, lentement, comme un vautour le ferait avec un cadavre décharné. L'homme répondit d'une voix étonnamment calme :
-Jusqu'où irais-tu pour avoir de la lumière ?
Reid recommençait à trembler : lui dire « n'importe où » était sans doute une erreur. Paniqué, il ne savait que répondre et le temps, comme l'obscurité, le pressait.
-Je… je… ne sais pas… j'ai peur…
Ses larmes semblaient couler dans sa voix qui était chevrotante. Le tueur reprit son visage entre ses doigts d'acier et se mit à serrer, très fort, en plaçant ses doigts aux jointures de la mâchoire de sa victime.
-TU NE SAIS PAS ?!
Spencer, toujours solidement attacher se mit à se contorsionner sur sa chaise tendit que sa mâchoire était sur le point de se décrocher.
-STOP ! NON ! VOUS M'FAITES MAL ! PITIE !
L'homme serra de plus belle et s'assit sur les jambes de Reid pour l'empêcher de trop gigoter, un léger craquement se fit entendre.
-On y est presque… c'était trop dur de répondre, hein ?… alors je te laisse une DEUXIEME chance… jusqu'où irais-tu pour avoir de la lumière ?
La lumière… justement, il en voyait danser devant ses yeux, des petits flashs rythmés par la douleur atroce que le psychopathe lui faisait endurer.
-N'IMPORTE OU !
Il l'avait hurlé, il s'en était même arraché la gorge et les poumons… Arnold le lâcha, sans pour autant se relever du siège peu confortable que lui faisaient les jambes de Spencer, et il ricana.
-N'importe où ? Vraiment ?...
Il l'embrassa dans le cou, puis sur la bouche. Reid n'aurait pu le repousser, ficelé comme il l'était.
-Dis que t'aime ça…
Spencer répondit d'une voix très faible :
-J'aime ça… je peux avoir… de la lumière…
Sa mâchoire lui faisait horriblement mal, tout comme ses baisers qui le brûlaient… Il avait l'impression que ce type voulait lui prendre tout, y compris sa dignité.
L'homme n'eut pas l'air de l'entendre et se mit à détacher sa chemise, assez lentement, pour que Spencer panique. Le jeune agent sentit son cœur s'emballer encore plus, il était sûr qu'il venait de franchir le record du monde du rythme cardiaque le plus élevé.
-Non ! Non ! Pas ça… !
Il ne voyait pas le visage de l'homme mais l'imagina bien faire une moue enfantine.
-Oooh… pourquoi… ? Elle, elle a bien pu…
Il se releva brusquement.
-QUOI ! TU PENSES QU'ELLE EST MIEUX QUE MOI ?
Spencer murmura un faible « non », car il savait que rien n'empêcherait la cavalcade de coups qui allaient s'abattre sur lui… mais bizarrement, l'homme ne le frappa pas. Il sortit, sans que Reid ne le remarque, et en le laissant, évidemment, dans le noir.
Un écran. Un espoir naissant. Tous attendaient le résultat de la recherche de Garcia. Ils suivaient tous avec une grande impatience ses doigts qui pianotaient sur le clavier. Enfin, la voix de l'informaticienne augmenta encore l'anxiété des agents.
-J'ai trouvé ! Arnold Kingst habite à Richmond depuis près d'un an…
Hotch fit, aussi bien pour lui-même que pour les autres :
-Ca correspond… ça ne fait que 10 mois que le tueur sévit ici...
Garcia, dont l'angoisse lui tordait la voix, continua :
-Donc, il habite Evergren Street, n° 986… Il est chauffeur de taxi, mais viens juste de démissionner. Il y a eu quelques plaintes contre lui : 3 de vous, monsieur, et 4 de jeunes femmes qu'il aurait verbalement agressé.
Gideon murmura :
-Elles étaient blondes…
Garcia, dont on voyait l'image sur l'écran acquiesça silencieusement et conclut :
-Retrouvez les vite, s'il vous plaît.
Les agents arrivèrent rapidement au domicile de Kingst. Aaron regarda avec suspicion son équipe : si jamais Arnold avait fait du mal à Reid ou JJ, ils risquaient de commettre un meurtre commun, une bavure commune. Malgré tout, il ne dit rien pour les en empêcher. Sûrement avait-il, dans le fond, envie de voir cette ordure mourir. Il leva son bras et un agent défonça la porte, ils s'engouffrèrent dans la maison. La sueur perlait sur le front d'Hotch, il prit une petite pièce à droite : le salon. Rien. Il courut jusqu'à la cuisine où Morgan secoua la tête en signe d'impuissance, il entendit ensuite plusieurs « R.A.S ». provenant de l'étage supérieur. Le désespoir l'envahit, le noyant dans un flot de pensées sombres… Et si Reid et JJ étaient, en ce moment même, en train de se décomposer au soleil dans une des ruelles de Richmond ? Elle entra dans la cuisine avec un morceau de papier entre ses doigts gantés.
-J'ai retrouvé ça…
Gideon qui la suivait lui arracha des doigts et lut :
-« Aaron, je savais que tu viendrais… mais je ne suis pas assez bête pour les garder ici… Il va falloir que tu creuses un peu plus… Il fait si noir par ici.
Arnold »
Hotch s'assit sur une chaise et étala enfin ce sentiment qui l'avait pris quelques secondes auparavant.
-Nous ne les retrouverons jamais…
Morgan, Elle et Gideon ne protestèrent pas. Hotch repensa un peu à la lettre.
-Spencer a peur du noir, vraiment peur.
A suivre…
