Parfois, le désespoir broie autant que la mort. Il s'insinue partout et rend toutes choses vaines, impossibles... Il paralyse les cœurs les plus vaillants, il s'empare de tout ce qui est beau, de tout ce qui pousse à vivre. Le désespoir est même sans doute pire, car tout ce qu'il prend, nous pouvons le sentir s'enfuir de nous, nous pouvons en souffrir. La mort a l'avantage d'être paisible et de laisser la douleur pour les autres.

Dans son beau costume noir, Aaron se sentait impuissant. Tant d'années de profilage pour en arriver là. Seul face au destin, il allait devoir attendre désespérément la mort de deux collègues, de deux amis. Il lança un regard au reste de l'équipe... Elle se balançait légèrement sur ses pieds, appuyée contre la table en désordre d'Arnold, Morgan avait les yeux dans le vague assis sur une chaise bancale et Gideon n'avait jamais été aussi absent qu'en ce moment. Ils n'avaient rien. Il se leva d'un coup de sa propre chaise, prêt à retourner encore une fois cette pièce terriblement vide de sens, vide d'indices. Il avait presque l'air d'un chien fou enfermé dans une cage. La voix de Morgan résonna dans ses oreilles :

-Ca ne sert à rien, Hotch, on a déjà fouillé.

Il sentit des larmes monter dans ses yeux pourtant si secs d'habitude.

-Et... Et Garcia ?... Elle a bien vérifié qu'il n'avait pas... un autre domicile ?

Question stupide, évidemment. Ils y seraient déjà si la réponse était positive. Le silence rompit sa question, personne ne prit la peine de faire écho à sa phrase. Elle sortit enfin de sa torpeur.

-Et si... et si... Si le lieu qu'il utilise pour le moment appartenait à une victime ?... Je veux dire... Garcia pourrait toujours vérifier s'il n'y a pas eu une disparition étrange, une personne habitant dans des lieux reculés, évidemment et si possible dans les bois. N'a-t-on pas retrouvé des résidus de pins sous les ongles du couple ?

Mais le pire dans le désespoir c'est de voir une lueur... La folie peut s'emparer de vous comme une flamme embraserait un fétu de paille. Tous se remirent en action, sortant d'une accablante inertie. Morgan téléphona immédiatement à Garcia...

Le noir avait envahit la moindre de ses pensées. Il flottait plus loin distant des évènements. La rage tenaillait ses poings liés. Un cri, quelque chose racle le sol... Ca se rapproche. La porte s'ouvrit à nouveau, le tueur tirait derrière lui la chaise de JJ. La réalité le frappa à nouveau de plein fouet et il fut pris d'un spasme. Il portait avec lui une petite lampe à huile, Spencer put le détailler, enfin. Il était assez petit, chauve et arborait un visage impassible. Il portait un pull en laine, un pantalon kaki et des chaussures de marche. Il était banal...

-Ne lui faites... pas de mal... !

Le psychopathe ne répondit pas et posta la chaise en face de la sienne. Jennifer semblait mal en point et totalement paniquée... Reflet féminin de ce à quoi il devait ressembler. Elle pleurait silencieusement. Il était trop concentré à observer son visage si délicat altéré par les coups et la peur pour remarquer que l'homme avait décroché un fusil de chasse et un long couteau. Il semblait terriblement calme après la folie qui l'avait pris il y a quelques heures à peine. Le silence était entrecoupé par l'interminable sanglot de la jeune femme. Le tueur prit enfin la parole :

-C'est le soir.

Il se tourna doucement vers Jennifer et sourit un moment... Pas de joie, pas de tristesse, juste un sourire qui annonçait la fin.

-Tu choisis : soit tu restes et je te tue, soit tu pars et je le tue… Donc, soit tu sauves ta peau soit la sienne.

Il fit quelques pas et ouvrit la porte de la cabane... Un vent humide et froid piqua leur peau. Une odeur forte de pin envahit le petit espace confiné dans lequel ils se trouvaient. S'ils n'avaient pas été tellement consumés par les tortures et la peur, sans doute auraient-ils hurlé d'un même cœur en entendant cet ultimatum... mais aucun d'eux ne réagit vraiment. La jeune femme ne s'arrête pas de pleurer comme si les mots ne voulaient pas atteindre sa conscience, pour lui épargner ce choix. L'homme poussa un juron, l'attrapa sous les yeux de Spencer qui lui lançait un regard absent et à la fois colérique. Quelque chose semblait brisé, en lui. Le tueur se mit à la secouer et à la frapper.

-CONNASSE ! Tu m'as entendu ?! Si tu ne choisis pas... Je vous égorge tous les deux...

Un rire dément se fit entendre dans la pièce : Spencer était secoué de tremblements nerveux et n'arrivait plus à se ravoir. L'homme pris au dépourvu par cette réaction fixa le jeune homme qui s'esclaffait.

-Vous... vous allez quand même nous tuer tout les deux... Pourquoi tant de mascarade ?... C'est stupide, grotesque... Amusant, ceci dit.

Jennifer, comme sortie d'un mauvais rêve et toujours dans les bras du tortionnaire, se mit à crier et à supplier les deux à la fois.

-Spencer ! Tais-toi ! Pitié, ne me demandez pas ça... Pitié... !

L'homme fixa encore un instant Spencer avec un air mauvais.

-Ta peau de bâtarde ou la sienne ? Lui... Il aurait vite fait son choix, j'ai l'impression...

Elle se remit à pleurer de plus belle.

-Je n'en sais rien... Je n'en sais rien...

Spencer soupira d'une façon presque indécente avant d'annoncer :

-Tuez-moi...

Le psychopathe lui-même ne semblait plus trop comprendre la situation. Jennifer acquiesçait pitoyablement à cette phrase, laissant tomber Spencer. Il détacha la jeune femme et la jeta au sol sans lâcher des yeux Reid qui semblait totalement différent. Des échardes rentrèrent dans les paumes de la jeune femme mais elle ne cria pas... Elle était tellement horrifiée par ce qu'elle venait d'accepter, tellement abasourdie par la tournure des évènements et tellement étonnée du comportement de Reid qu'elle resta un moment inerte, là. Un léger courant d'air s'engouffra dans la pièce et caressa son visage : en moins d'une seconde, la nécessité de s'enfuir lui apparut. Elle se releva tant bien que mal et se mit à courir. A peine eut-elle franchit la porte, le cœur battant, le ventre littéralement retourné que ses jambes la lâchèrent... Elle se releva de suite et se remit à courir. Les larmes coulaient le long de ses joues sans qu'elle puisse les arrêter. Elle ne comprenait pas ce qui s'était passé... Pourquoi il l'avait laissé partir. Elle était à une vingtaine de mètres de la cabane et s'enfonçait dans des bois encore plus sombre que le ciel couvert quand elle entendit des pas la suivre. La peur s'emparât d'elle : ce fou n'allait évidemment pas la laisser partir ainsi... Il venait la tuer. Elle tenta de courir plus vite, les branches la griffaient, les buissons l'empêchaient d'avancer, les feuillages occultaient le peu de lumière et elle se prenait la plupart des arbres. Un souffle rapide la suivait. Elle poussa un petit gémissement. Une main lui attrapa soudainement le bras, elle cria, sentant d'avance la douleur qui allait venir, avant qu'une main se plaque sur sa bouche. Spencer. Un décompte mortel s'élevait d'une cabane, à plus d'une centaine de mètres d'eux. Le jeune homme qui la tenait sourit d'une façon étrange.

-Chuuut... Je ne le laisserai pas vous faire de mal, ni à toi, ni à lui.

A suivre...