Des bruits frénétiques et rapides résonnaient dans une salle ronronnant d'ordinateurs. Tous les dossiers de l'Etat étaient fouillés par ses doigts habiles qui tapaient sans relâche sur un clavier qui n'avait qu'un mois mais dont les touches s'effaçaient déjà.

Son regard fuyait d'un écran à l'autre, à la quête d'une nouvelle, une seule pour sauver ses chéris. Elle commençait à transpirer. Rien, toujours rien. Un bip engageant tinta à sa droite et elle se retourna vivement, manquant de basculer avec son siège.

Parfait.

Fébrile, elle rappela son patron.

-Hotch ? J'ai trouvé quelque chose ! Je suis la meilleure...

Il la coupa vivement d'une voix rendue rauque par l'angoisse.

-Va droit au but !

Elle trembla légèrement se rendant compte de sa stupide fierté.

-Euh... J'ai trouvé le dossier d'un type, un certain Philip Jespars. Il a été retrouvé mort -assassiné- en lisière de forêt environ 72 heures après son décès. Ils n'ont aucun suspect mais ont trouvé des cheveux blonds sur le corps... Malheureusement l'ADN était trop abimé pour qu'on sache à qui ils appartenaient... Ce type possédait une maison au cœur de la forêt... mais n'ayant pas d'héritiers, ses biens ont été remis à l'Etat... La maison est à l'abandon... Je vous envoie tout de suite les coordonnées.

Elle frémissait d'excitation et de peur. Elle entendit la voix de Morgan, cette voix suave et si... mâle.

-Garcia... Tu es la meilleure.

Une tonalité régulière suivi cette annonce. Elle prit son stylo couvert de plumes roses, appuya sur une touche de son téléphone et sourit.

-Ca je le sais, mon ange.

Elle espérait vraiment qu'ils retrouveraient Reid et JJ à temps.

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La route tortueuse filait entre les arbres qui se penchaient vers les voitures et s'enfonçait vers le centre de la forêt. La peur et la culpabilité au ventre, Hotch conduisait rapidement. Le silence dans l'habitacle de la voiture était pesant. Mais personne n'osait prononcer un mot. Ils craignaient tous de craquer sous la pression.

Le voyage prit fin. Ils sortirent tous, aperçurent un sinistre chalet plongé dans l'obscurité. Ils s'en approchèrent à pas mesurés, retenant leur respiration erratique. Hotch fit un léger signe et tous pénétrèrent dans la maison, Jason en premier... Aaron sentait que s'il était arrivé quelque chose à leurs agents, il serait le premier à descendre l'Unsub... Déjà, il avait perdu sa nièce... Si maintenant il perdait Spencer, ce seconde fils pour lui, il ne pourrait pas pardonner le coupable.

Il chassa toutes ses pensées et se concentra sur l'endroit dans lequel ils étaient. Les pièces avaient été vidées... sans doute par l'Etat. Seules deux chaises abandonnées sommeillaient dans la pièce froide et noire. Il déclina le rayon lumineux de sa torche et remarqua du sang à terre... Des gouttes qui partaient vers la porte. C'était le bon endroit... mais il avait été déserté.

-Il n'y a aura personne ici. Ils sont... sortis...

Un frisson secoua son corps. Depuis combien de temps étaient-ils dehors poursuivis par ce malade ? Malade qui lui en voulait à lui... A lui seul. Il se mordit un peu la lèvre pour ravaler sa culpabilité.

Morgan prit enfin la parole.

-On va tenter de suivre leurs traces... Si on les perd, on se sépare... Peut-être arriverons-nous à temps...

Son ton n'était pas plus convaincu que ses collègues. Ils obéirent, cependant et sortirent. Aaron fixa le ciel, implorant quelques divinités qui n'existaient pas... mais dont ils avaient besoin en ce moment. Il courut avec les autres, suivant les traces de trois personnes. Sa gorge était serrée. Il était attentif à tous les bruits, tous les gémissements, tous les craquements. Il courait, giflé par les branches basses et griffé par les buissons épineux. Mais il n'avait pas mal. Il entraperçut une clairière devant eux... Il vit une forme blanche, tremblante, à terre. Ses jambes, sans qu'il ne l'ait demandé, se mirent à détaler encore plus vite. Il arriva enfin dans cette clairière. Jennifer se tenait en boule, comme brisée par la douleur.

Elle était couverte de sang et pleurait.

Il se mit à genoux à côté d'elle, inquiet de la savoir peut-être blessée. Il toucha sa peau glacée... Elle sursauta et releva vers lui un visage tuméfié et couvert de larmes. A par ça, elle n'avait pas l'air blessée. Elle gémit un peu et prononça quelques syllabes de ses lèvres sèches et fendues.

-Spe... Spencer...

La peur étreignit Hotch. Les autres membres de l'équipe se tenaient en cercle derrière eux, figés dans l'attente de la suite.

-Où est-il, JJ ?!

Elle secoua la tête en fermant les yeux.

-P... par là...

Elle désigna sa droite... Hotch se remit à courir, laissant Elle réconforter la jeune femme. Elle ne semblait pas blessée... Donc, ce sang provenait sans doute de... Il n'osa pas imaginer. Il vit enfin un corps allongé devant lui, à une dizaine de mètres... Il ralentit, sortit son arme, prêt à descendre cet enfoiré d'Arnold. Des larmes de rage coulaient sur ses joues : Spencer était-il en vie ? Vu tout le sang... non. Il s'approcha encore et eut un haut-le-cœur. Le crâne du mort était littéralement explosé. Il y avait des débris d'os et de cervelle qui maculait le corps et les alentours.

-Spenc...

Sa voix s'étrangla lorsqu'il remarqua que ce corps était bien trop gros pour appartenir à son agent. Jason arriva à ses côtés, essoufflé. Une ombre bougeait à droite du corps. Une ombre ensanglantée qui se balançait au rythme du vent froid.

Spencer, un sourire aux lèvres regardait l'homme qu'il avait tué. Jason s'avança vers lui, posa une main sur son épaule, pour le réconforter et, pour le désarmer, il prit la pierre écarlate qu'il tenait fermement dans sa fine main osseuse. Aaron lut dans les yeux du vieux profiler une sorte de reconnaissance. Spencer avait tué le monstre à sa place.

Le jeune homme se gratta le menton en tremblant. Il semblait fou... ou en manque. Il semblait heureux, aussi. Une voix s'éleva de sa gorge, suivie d'un long rire.

-Je les ai protégés... Je les ai protégés...

Son corps se raidit et il tomba en avant, vidé de toutes ses forces. Hotch le rattrapa promptement et lança un regard effrayé à Jason qui semblait fier de son agent. Agent bon pour des années de thérapie... Il se sentait à nouveau coupable... Reid était malade depuis un moment, il n'avait rien vu... et il avait même laissé Arnold l'enlever. Deux énormes erreurs. Il soupira et son souffle léger s'envola dans l'air cristallin de la nuit, tandis que Jason caressait doucement la tête poisseuse de Spencer.

Le mal semblait avoir déteint sur eux... La folie... et la vengeance. Amies d'enfance, amies intimes et destructrices.

Aaron regarda encore une fois le carnage et ses deux amis et collègues, paisibles, monstrueusement heureux.

« Une question m'obsède... Suis-je fous, ou est-ce les autres qui le sont ? »

Albert Einstein.

Fin.