Salut tout le monde ! Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser une review (pour certains cela représente beeaaaucoup de temps) et qui ont mis cette fic en Alerte/Favoris.

Voici le 4e chapitre, et c'est sur celui-ci que porte le

W.A.R.N.I.N.G

Le sujet abordé et la manière dont je l'ai traité peut mettre mal à l'aise certaines personnes.
Ce chapitre est globalement assez sombre.

Je ne vous dit toujours pas de quoi il s'agit, mais vous devriez le comprendre très vite, et en tout cas bien avant la scène en question.

(Personnellement je ne suis pas choquée par ce genre de sujet, mais je connais des gens qui le sont vraiment donc je n'hésite pas à en mettre une couche.)

Le prochain chapitre sera plus léger, ne vous inquiétez pas !

Un immense merci à ma beta emicrazy qui m'a beaucoup aidée pour rendre ce chapitre le plus réaliste possible !


CHAPITRE 4

"Salut, Kurt."

Le jeune homme salua la secrétaire de l'accueil d'un rapide signe de tête. Il n'aimait pas cet endroit, son odeur, ses couloirs blancs aseptisés, ces gens qui avaient pour certains l'air vraiment mal en point. Il passa à une distance respectable d'une personne en chemise de nuit qui se baladait, une perfusion au bras. Il frissonna et accéléra le pas. Vraiment, il détestait cet endroit et n'y venait que par extrême nécessité.

Il monta deux étages jusqu'à service d'oncologie, le pire de l'hôpital selon lui. Les gens y étaient faibles, fatigués, chauves pour certains, très maigres pour la plupart. Mais surtout, il se disait que la plupart de ces gens allaient bientôt y mourir. Carole avait eu beau lui expliquer que ce n'était pas le cas, il en était persuadé et en avait presque la nausée quand il mettait les pieds dans le service.

"Est-ce que je peux voir Mark ? Mark Spall, demanda-t-il au secrétariat du service."

La secrétaire leva les yeux vers lui et le reconnut instantanément.

"Je l'appelle, dit-elle."

Kurt la remercia et alla attendre dans le couloir. Il était soudainement tout excité et n'arrivait à tenir en place. Il fit trois fois l'aller-retour jusqu'à l'ascenseur pour se calmer, dansant presque dans ses bottes cloutées.

"Jeune homme, vous ne voudriez pas vous assoir ? Vous me donnez le tournis, lui reprocha une dame d'un âge respectable qui attendait dans le couloir."

Kurt lui lança un regard noir et n'arrêta pas son manège pour autant. Soudain, un homme qui devait avoir à peine une trentaine d'années apparut à l'entrée du couloir principal du service. Kurt lui bondit dessus.

"Salut, Kurt.

- On y va ?"

L'autre rit.

"J'en connais un qui est à deux doigts de craquer. Tu as ce qu'il faut ?

- Oui oui. Allons-y.

- Je reviens dans dix minutes, je vais fumer une clope, annonça Mark à la secrétaire. Si le doc me cherche, bipez-moi."

Et ils descendirent tous les deux jusqu'aux sous-sols de l'hôpital. Les murs n'avaient pas été peints et l'ambiance était vraiment glauque. Pas une seule fenêtre ne donnait sur l'extérieur, et c'était l'étage des blocs chirurgicaux. Kurt suivit Mark alors qu'il poussait la porte de la lingerie et alluma la rangée de vieux néons censés éclairer la salle.

"Alors ? demanda Kurt en trépignant d'impatience."

L'autre sortit d'un geste magistral trois flacons de la poche de sa blouse.

"Tadaaaam ! La même quantité que d'habitude.

- Pas besoin de faire le pitre. Donne-moi ça.

- L'argent d'abord, sourit l'homme en retirant sa main."

Kurt farfouilla dans son sac et sortit une enveloppe visiblement bien remplie. L'autre jeta un coup d'œil attentif à l'intérieur et, visiblement satisfait, lui donna les trois flacons. Kurt retint de justesse un gémissement de soulagement.

"Ça commençait à te manquer, hein ? demanda Mark en l'observant."

Kurt ne répondit pas.

"Tu fais gaffe, hein ? Tu connais ta limite...

- Ouais, c'est bon, ça va, grogna Kurt."

L'homme sourit et disparut quelques secondes. Il revint avec une blouse qu'il lui envoya.

"Tu viens de gagner une soirée d'hôpital, félicitations. Carole doit se demander où tu es passé, dépêche-toi de remonter."

Kurt remonta dans le service d'oncologie, où il enfila sa blouse avant de rejoindre la salle dans laquelle les infirmières préparaient les soins.

"Bonsoir mon chéri, l'accueillit Carole avec un grand sourire. C'est très gentil à toi de venir donner un coup de main.

- Ça me détend, répondit Kurt, surtout après une journée comme celle-ci. J'ai besoin de penser à autre chose."

Dans un certain sens, ce n'était entièrement faux.

"Je vais voir ce que tu peux faire, dit une infirmière en sortant de la salle."

Elle revint cinq minutes plus tard.

"Il y a deux lits à faire de patients qui vont arriver dans la soirée. Il faudra trier les arrivages de matériel et les ranger dans la réserve, nous n'avons pas eu le temps de le faire aujourd'hui et on ne peut pas partir ce soir en laissant les cartons traîner ici. Ensuite tu pourras aider les aides-soignantes à servir les repas aux patients."

Kurt acquiesça. Il prit un carton et fila en direction de la réserve. C'était trop beau pour être vrai. Il pénétra dans la petite pièce couverte d'étagères et ferma soigneusement la porte derrière lui. Il ouvrit le carton et commença à trier les boîtes de masques et de gants qu'il contenait et à les entreposer sur les rayons. Quand il eut terminé, il jeta un coup d'œil rapide vers la porte et se hissa sur la pointe des pieds pour attraper une petite seringue protégée par un emballage plastique. Il n'eut pas à chercher longtemps, il savait exactement où se trouvait ce qu'il cherchait. Il farfouilla ensuite parmi les aiguilles et en prit quatre qu'il fourra dans la poche de son pantalon. Il fit de même avec la seringue. Son jean était tellement serré qu'elle dépassait, mais la blouse qu'il portait cachait le reste.

Il sortit de la réserve comme si de rien n'était et alla aider pour faire un lit. Une fois sa tâche terminée, il fit semblant de vérifier qu'il n'avait pas de message sur son portable dans son sac pour y cacher la seringue et les aiguilles. Puis il prit un deuxième carton, alla le ranger dans la réserve et récupéra une deuxième seringue.

Il recommença son manège trois fois, puis s'attela à terminer le plus vite possible les tâches qui lui avaient été assignées pour pouvoir s'échapper de ce milieu qu'il détestait. Le personnel s'étonnait toujours de son efficacité et prenait ça pour de la volonté de bien faire, mais ils ne pouvaient pas être plus loin de la vérité.

Deux heures plus tard, il était enfin libre. Il sortit presque en courant de l'hôpital et se jeta dans sa voiture. Les mains fébriles, il ouvrit son sac et en tira les trois flacons, les seringues et les aiguilles. Il poussa un soupir de soulagement, mais son corps restait tendu. Enfin, il les avait devant lui. Cette vision lui procurait presque un sentiment de jouissance.

Il rangea de nouveau le matériel dans son sac et démarra. Au bout de quelques minutes de route, la voiture de derrière lui fit des appels de phare et il reconnut Carole qui le suivait de près. Ils arrivèrent en même temps devant la maison et leurs deux voitures s'immobilisèrent dans un crissement de gravier.

En entrant, Kurt trouva Finn avachi devant la télévision, comme il s'y attendait.

« 'lut, salua son demi-frère sans détacher les yeux de l'écran. Bonne journée ?

- Sensationnelle, répondit Kurt d'un air amer.

- Ah, c'est cool. Comment s'est passé ta ret-

- La ferme ! ordonna Kurt à voix basse alors que Carole entrait dans la maison à son tour."

Elle salua chaleureusement Finn et Kurt en profita pour mimer clairement dans son dos que Finn ne devait rien dire à propos de la punition, sans quoi il le regretterait.

"Qu'est-ce que vous voulez pour manger, les garçons ? demanda Carole.

- J'ai pris un goûter énorme, répondit Kurt. Je vais me faire réchauffer un petit truc et aller dormir. Je suis crevé. Bonne nuit tous les deux !"

Il prit son sac et descendit dans sa chambre sans manger. Le bruit du verrou se fit entendre juste après le claquement de la porte. Carole soupira. Elle doutait que Kurt ait déjà mangé. Elle était même presque sûre qu'il n'avait rien avalé de consistant depuis le petit-déjeuner. Elle savait par Finn qu'il se nourrissait de quasiment rien au lycée, et elle s'en inquiétait. Elle avait essayé de lui en parler plusieurs fois, mais il feignait de ne pas comprendre de quoi elle parlait.

Le jeune garçon avait beaucoup changé depuis la mort de son père, un an auparavant. Il s'était renfermé sur lui-même, se montrait beaucoup moins affectif et avait commencé à avoir des soucis de discipline à l'école. Physiquement, il avait beaucoup maigri et son style vestimentaire s'était assombri. Carole ne l'avait jamais empêché de s'habiller comme il le souhaitait, car après tout elle n'était que sa tutrice. Si c'était sa manière à lui de faire son deuil, elle l'acceptait. Mais cette histoire de nourriture commençait sérieusement à l'inquiéter, car il en allait de sa santé.

Elle soupira et s'assit sur le canapé à côté de Finn. Kurt s'enfermait souvent dans sa chambre tôt dans la soirée et elle ne le revoyait que le lendemain matin. Elle avait compris ce qu'il ressentait. Quand son père était encore vivant, il avait vécu l'arrivée d'elle et de Finn dans leur maison comme une addition à sa famille. Mais maintenant, Finn et elle se retrouvaient de nouveau tous les deux, et il était de plus, dans sa propre maison. Bien sûr, elle n'avait jamais voulu qu'il ressente ça, elle faisait toujours tout pour le traiter à l'égal de Finn. Mais il s'était peu à peu isolé et elle avait vraiment mal au cœur pour lui. Elle commençait à ressentir un sentiment d'impuissance qui la terrifiait.

~oOo~

Kurt descendit en courant les marches qui menaient à sa chambre. Il posa précautionneusement son sac sur le lit et passa directement dans la salle de bain. Il sortit une bouteille de désinfectant et des compresses, s'empara d'un garrot et revient s'assoir en tailleur sur sa couverture. Il enleva sa veste, remonta la manche de son pull et ôta le bandage blanc qui recouvrait son pli de son coude. Sa peau était dans un piteux état. La partie interne était recouverte d'un hématome qui commençait à virer au jaune. Toute la zone était couverte de petites blessures sombres punctiformes, et certaines formaient même une ligne qui descendait sur plusieurs centimètres. Kurt ferma les yeux. C'était hideux à voir.

Il se lava soigneusement les mains avec une solution hydroalcoolique et monta une aiguille sur l'une des seringues. Il planta ensuite l'aiguille dans le couvercle en caoutchouc du flacon en verre et tira le piston la seringue en surveillant attentivement le niveau du liquide à travers le plastique. Il recompta trois fois les graduations, comme il se l'était lui-même imposé comme règle stricte. Il déposa précautionneusement la seringue sur ses genoux et s'empara du garrot qu'il noua comme il le pouvait d'une seule main. Il se relava rapidement les mains, puis saisit la seringue. Il appuya légèrement dessus jusqu'à ce qu'une goutte perle au sommet de l'aiguille.

Il sentit à peine le pincement de l'aiguille lorsqu'elle perça sa peau. D'un mouvement habile, il tira sur la lanière du garrot avec les dents. Le caoutchouc se défit facilement et tomba sur ses genoux. Il tira un tout petit peu sur le piston de l'aiguille et s'assura grâce au reflux de sang qu'il avait piqué au bon endroit. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration et poussa lentement le piston. Il sentit le liquide froid se propager le long de ses veines. La sensation n'était pas agréable du tout, mais il savait qu'il aurait peu de temps à attendre pour obtenir ce qu'il voulait.

Il ramassa précipitamment la seringue, les emballages et tout le reste et les jeta en vrac dans le tiroir de sa table de nuit. Il rangerait ça plus tard. Il se recroquevilla sur son lit, se sentant soudain faible et coupable.

Une douce chaleur l'envahit peu à peu. La légère douleur qui le picotait au niveau du coude s'évanouit. Il eut l'impression de se calmer. Son cœur battait plus lentement, ses muscles se détendaient, une impression de bien-être envahissait chaque parcelle de son corps. Il repensa à sa journée médiocre et eut envie de rire. Il se sentait vraiment heureux.

~oOo~

Carole passa devant la porte de Kurt en allant se coucher tôt ce soir-là. Elle fut tentée de frapper pour lui demander s'il avait faim ou besoin de quelque chose, mais elle savait qu'il ne répondrait pas. Quand sa porte était close, il était inutile d'essayer : le garçon n'ouvrait jamais à personne.