Salut à tous !

Merci beaucoup pour les reviews sur le chapitre d'avant, vous vous êtes lâchés ! J'aime beaucoup avoir des retours, surtout que je ne suis pas toujours d'accord avec vous (à propos du père de Blaine, par exemple), et que j'aime beaucoup en discuter.

Je poste le chapitre 8, qui est beaucoup plus long que d'habitude (deux fois plus long) mais trop important pour le couper en deux.

Pour finir je voudrais dédier ce chapitre que j'aime beaucoup à ma beta emicrazy, puisque aujourd'hui ça fait 6 mois qu'on s'est rencontrées sur le site, et que quelques mp et plusieurs millions de mails plus tard, on est super amies.


CHAPITRE 8

Les doigts de Kurt tremblèrent légèrement alors qu'il déverrouilla l'écran de son portable. Depuis la mort de son père, il avait tendance à s'inquiéter dès que son téléphone affichait quelque chose d'inhabituel. Et il n'avait jamais eu autant d'appels et de messages en absence de sa vie. Il commença par détailler la liste de ses appels manqués : il devait y en avait dix de Rachel, une demi-douzaine de Mercedes, trois de Finn, trois de Figgins, et le reste venait de numéros non enregistrés dans son portable.

Il poussa un profond soupir de soulagement. Ils l'avaient sans doute tous appelé pour savoir pourquoi il n'était pas en cours à l'heure. Les routes devaient être gelées et ils avaient du s'inquiéter à cause de la voiture. Il sourit légèrement et reposa le téléphone sans regarder les messages, par pure paresse. Rapidement, il se leva et entreprit de ramasser les vêtements qui jonchaient le sol. Les souvenirs qui lui revenaient de la nuit passée lui semblaient flous et lointains, mais il savait exactement ce qu'il avait fait. D'ailleurs, les préservatifs présents dans la poubelle étaient là pour lui rafraichir la mémoire en cas de doute. Il se rappelait que Blaine l'avait appelé, qu'il avait insisté pour qu'il vienne et qu'ils avaient... comment pouvait-il appeler ça ? Certainement pas "faire l'amour", car il n'y avait eu aucun sentiment impliqué dans l'histoire. Il leva les yeux au ciel. Ce n'était pas vraiment comme ça qu'il avait vu sa première fois, mais les mecs comme Blaine, il n'en avait croisé qu'un dans sa vie. Et puis, il commençait à l'apprécier...

Après avoir trié rapidement ses vêtements, il fit un tour dans la salle de bain et accéléra son habituel rituel de soins de la peau et des cheveux. Il savait qu'il ne pourrait pas arriver à l'heure pour le cours de 9h, et il avait encore un peu de temps avant celui de 10h. Une fois prêt, il prit le temps de se poser sur son lit pour réfléchir. Il éprouvait une impression bizarre concernant la nuit passée. Il ne regrettait rien, au contraire, mais il avait le sentiment que ça n'aurait pas du se passer comme ça. Était-il un cas désespéré au point de ne pouvoir coucher avec quelqu'un que sous l'emprise de la drogue ? Il pensa à Blaine, à pourquoi il n'était pas resté, à pourquoi il ne l'avait pas laissé se réveiller dans ses bras. Peut-être le garçon avait-il été effrayé par son addiction ? Il lui avait dit qu'il ne voulait pas être mêlé à ça en aucune manière... il fallait qu'il lui parle en tête-à-tête, l'esprit clair cette fois.

Un coup d'œil à son réveil l'informa que l'heure était bien avancée et il s'activa pour ne pas se mettre encore plus en retard. Il coinça son portable entre sa joue et son épaule et entreprit de rassembler ses affaires de cours dans son sac.

"Allo ? Kurt ? Kurt ! s'écria la voix de Rachel dans son téléphone."

Il grimaça de douleur et reprit l'appareil à la main pour l'éloigner de son oreille.

"Oui oui, c'est moi...

- Je suis en cours de gym, je ne peux pas te parler longtemps, mais...qu'est-ce que tu fais ? Où est-ce que tu es ? Il faut absolument que tu te dépêches de venir !"

Sa voix était étrangement aiguë.

"Panne de réveil. Pas de quoi s'affoler. Je pars maintenant et j'arriverai pour la pause de dix heures je pense.

- D'accord ! Je t'attends à la porte du lycée.

- Qu...quoi ? Je connais mon chemin, figure toi...Rachel ? Rachel !"

Mais elle avait déjà raccroché. Ce qu'elle pouvait être excessive, parfois ! pensa-t-il en levant les yeux au ciel. Il enfonça son portable dans la poche de son pantalon et, quelques minutes plus tard, il était en route pour le lycée au volant de sa voiture.

~oOo~

Sa voiture avait à peine tourné dans le parking que Rachel lui fonça dessus à grandes enjambées.

"Ok, je ne sais pas ce qu'il t'arrive, mais sache que je n'ai absolument pas participé, anticipa Kurt.

- Ce n'est pas moi, le problème. C'est toi et Blaine."

Kurt ne répondit pas tout de suite et prit la direction de la porte d'entrée, Rachel sur ses talons.

"Tu as lu mes messages ?

- Non, pas eu le temps. Ah, il faudra que je passe voir la secrétaire de Figgins pour justifier mon retard, elle m'a appelé.

- Kurt, écoute..."

Il était vaguement en colère contre Blaine d'avoir vendu la mèche si rapidement, mais c'était dans son caractère et il n'était pas très étonné. Il aurait tout de même apprécié que Rachel lui épargne ses remontrances.

"Je suis assez grand pour savoir ce que je fais, ok ? Désolé de ne pas t'avoir demandé ton avis, mais je pense qu'il y a des décisions que je peux prendre tout seul, celle-là notamment.

- Ce n'est pas, ça...

- Hey Blaine !"

Il venait d'apercevoir le garçon qui fumait dans le sas d'entrée du lycée, ni à l'intérieur de l'établissement ni complètement dehors, avec son insolence habituelle. Quand il le vit arriver vers lui, Blaine jeta sa cigarette d'un air désinvolte et rentra dans le lycée en lui tournant ostensiblement le dos.

"B...Blaine ?"

L'autre ne lui accorda pas un regard. Kurt accéléra le pas pour le rattraper.

"Blaine ! Est-ce que nous pourrions au moins en parler tous les deux ?

- Oh, tu peux parler avec lui au milieu du couloir, tout le monde meurt d'impatience d'entendre la suite."

Santana venait d'apparaître de derrière la porte de son casier, un sourire immense collé aux lèvres. Le genre de sourire qui, de la part de Santana, n'annonçait rien de bon.

"Mêle-toi de tes seins et lâche-moi, compris ? répliqua Kurt."

Le sourire de Santana mourut en un battement de cil. Puis il revint, plus large que jamais.

"Tout doux, mon lapin. Il paraît que tu adores quand on t'appelle comme ça. C'est vrai ?

- Quoi ? Non !

- Ok, celle-là je l'avais inventée. Mais en revanche, il parait que tu adores qu'il te prenne contre le mur."

Kurt ouvrit la bouche et la referma. Comment était-ce possible ? Santana prit un air victorieux et s'approcha de lui d'un air provocateur.

"J'avoue qu'à ta place j'aurais un peu la mort aussi, lui susurra-t-elle. Mais tu vois je n'arrive pas à avoir pitié, parce que je suis de ceux qui pensent que Blaine vaut largement mieux que toi. L'ordre naturel des choses, tu comprends. Game over, Hummel."

Elle s'éloigna en se retournant pour lui faire un clin d'œil et le laissa pantois. Il ne comprenait pas vraiment ce qui était en train d'arriver, mais Santana venait de le rendre nerveux.
Rachel se tenait toujours derrière lui et se tordait les doigts en se mordillant la lèvre inférieure. Kurt se souvenait qu'elle avait eu cette attitude quand elle avait annoncé la paternité de Puck à Finn, et cela ne le rassurait pas le moins du monde.

"Il se passe quoi, exactement ? demanda-t-il d'un ton agressif."

Un très familier "Hey, Hummel !" empêcha Rachel de répondre et la laissa pétrifiée bouche ouverte. Kurt se retourna pour faire face à l'habituelle bande de gros bras qui passait son temps à le harceler.

"Tu te sens vraiment obligé de prononcer mon prénom chaque fois que tu me vois ? Tu es amoureux ou quoi ?"

Karofsky lui rit au nez, ce qui était une réaction plutôt inhabituelle de sa part, surtout quand il parlait de sentiments ou d'attirance.

"Blaine a dit que tu adorais gueuler son prénom, je me suis dit que tu aimais peut-être aussi qu'on hurle le tient.

- Blaine a dit quoi ? s'écria Kurt, persuadé qu'il y avait une terrible méprise quelque part.

- Oh Blaaiiiiine ! Oh oui Blaiiiiiiiiiine ! Plus profond Blaaaaaiiiiine !"

Kurt crut qu'il allait vomir. Tout ça n'était qu'un cauchemar, il n'était pas dans le couloir de McKinley, il n'était pas en train de regarder un imbécile l'imiter en train de baiser. Il allait se réveiller tranquillement dans son lit et à l'heure pour les cours.

"Mais sérieusement, demanda un des mecs, tu ne trouves pas ça dégoûtant ? Genre... pas naturel ? Tu sais, ce trou-là n'est pas fait pour ça à la base..."

La sonnerie de début de cours retentit et Rachel traîna Kurt par le bras jusqu'à la salle de classe. Il se laissa faire, choqué. Avant de rentrer dans la salle, Rachel le plaqua doucement contre un mur et agita la main devant ses yeux pour le faire revenir à lui.

"J'essaye de te le dire depuis tout à l'heure, dit-elle d'une voix tremblante. J'ai essayé de t'appeler, Mercedes a essayé, j'ai tenté de t'expliquer par sms...

- Quoi ? Abrège !

- Blaine..."

Elle prit une grande inspiration, les yeux soudain brillants d'humidité.

"Blaine a raconté dans les détails tout ce qu'il s'était passé entre vous cette nuit. A tout le monde."

Elle avait parlé très vite, dans un souffle, et Kurt mit plusieurs secondes à assimiler ce qu'elle avait dit.

"On a essayé de l'en empêcher, il...il l'a dit à Santana, et puis elle l'a dit à tout le monde... tu sais comment elle est... et puis les gens ont voulu en savoir plus et Blaine...oh je suis désolée, Kurt. J'ai essayé de lui parler mais il fait comme si je n'existais pas...

- P...pourquoi... ? demanda Kurt d'une voix cassée.

- Je ne sais pas... viens, il faut qu'on aille en cours...

- Je ne...mettrais...pas...les...pieds... je ne peux pas.

- Kurt, sois plus fort que lui, ok ? Je suis de ton côté, Mercedes et Tina aussi.

- Oh mon Dieu..."

Il laissa sa tête heurter le mur. Il était abasourdi, il ne comprenait pas. Blaine avait toujours été un peu grossier et vulgaire, mais tout ça ne lui ressemblait pas. Il avait toujours respecté une certaine limite même s'il posait parfois l'orteil dessus, et il connaissait également la limite de Kurt. Il n'y avait qu'une explication rationnelle qui lui venait à l'esprit : Blaine avait volontairement voulu le blesser et l'humilier, mais Kurt ne pouvait pas croire une chose pareille.

Rachel l'avait trainé dans la salle de cours, et quand il leva la tête, trente-cinq paires d'yeux étaient rivées sur lui. Certains étaient moqueurs, d'autres dégoutés, d'autres encore franchement curieux, mais tous le fixaient sans aucune pudeur. Rachel leur lança un regard noir et guida Kurt vers le fond de la classe, où elle le fit asseoir derrière Tina et Mercedes. Il se laissa tomber sur sa chaise, incapable de faire le moindre geste par lui-même. Il ne savait même pas dans quel cours il était. Les seuls bruits qui parvenaient à ses oreilles étaient les chuchotements à peine voilés dont il était clairement le sujet.

"Dis-moi ce qu'il a dit, murmura-t-il à Rachel après quinze bonnes minutes de mutisme.

- Je...non ! rosit la jeune fille.

- Je dois savoir ! Tout le monde sait des trucs intimes sur moi et je ne sais même p..."

Sa phrase mourut entre ses lèvres. Par-dessus l'épaule de Rachel, un garçon à qui il n'avait absolument jamais parlé mimait quelque chose de vraiment vulgaire avec sa langue. Rachel suivit son regard et vira au rouge écarlate. Quelques rangs devant, une fille croisa son regard et il lut sur ses lèvres dégoutées quelques mots tels que "sale", "pas naturel", "soigner" et "détraqué". Il baissa les yeux. Toutes ces insultes, il les connaissait, et il savait en règle générale comment y répondre. Mais là, ils avaient tous un avantage sur lui. Il se sentait mis à nu, exhibé, presque violé par leurs regards chargés de sous-entendus.

"Et bien...il...il a dit que tu avais bu...

- Hein ?

- Blaine. Il a dit que tu avais bu."

Kurt sentit une infime partie de lui se détendre. Au moins Blaine n'avait pas laissé filtrer son problème de drogue. Peut-être avait-il des limites, après tout. Seulement, il les avait largement sous-estimées.

"Tu étais soul, et puis il est venu chez toi..."

Kurt chercha Finn des yeux, et constata avec horreur que celui-ci le dévisageait avec un air suspicieux. Ce qui pour Finn voulait dire qu'il avait sans doute tout entendu de l'affaire et qu'il essayait toujours de comprendre. Kurt commençait vraiment à se sentir mal, à présent.

"Après il... il a dit que tu lui avais sauté dessus et que...non, je ne peux pas. Demande à quelqu'un d'autre. Je ne m'en souviens même plus. Et je ne veux pas chercher pour que ça me revienne. J'essaye d'oublier, tu vois.

- Merci, Rachel. Merci pour ton aide précieuse et merci de compatir.

- Je suis avec toi, mais ne me demande pas de me mêler à ça. Je te soutiendrais toujours, mais sans connaître les détails, merci pour mon imagination encore relativement chaste."

Kurt savait très bien qu'il aurait du éprouver de la gratitude envers elle, mais il n'éprouvait à cet instant que de la colère envers tous ceux qui l'entouraient. Il avait l'impression que le monde entier était contre lui, et en réalité il était à peu près sûr que c'était le cas.

Il se détourna de Rachel et ses yeux tombèrent sur Santana, qui visiblement attendait depuis le début de cours à demi-retournée sur sa chaise que leurs regards se croisent. Sachant pertinemment ce qu'elle allait faire, il lui adressa un doigt d'honneur sans préavis, et se rendit compte trop tard que c'était une grave erreur. Elle le regarda avec un air entendu, désigna son geste et lui adressa un sourire faussement complice. Puis elle se mit à faire des gestes plus compliqués et Kurt comprit avec horreur qu'effectivement, Blaine lui avait tout raconté. Il essaya de détourner le regard, mais ses yeux étaient rivés aux mains de Santana, comme s'ils avaient besoin de temps pour comprendre l'ampleur du désastre.

Il commençait à sentir les larmes lui monter aux yeux. La plupart de ses camarades de classe suivaient à présent le discours silencieux de Santana, et le professeur était bien trop occupé à résoudre une équation au tableau pour s'en rendre compte.

Comment tout ça avait-il pu arriver ? Comment était-il tombé si bas ? Si son père avait été encore vivant, il serait allé immédiatement chercher du soutien auprès de lui, car il savait qu'il aurait trouvé les mots justes pour le réconforter. Non, en réalité, si son père avait été encore vivant, Blaine ne serait même pas rentré dans leur maison la nuit dernière. Et il n'aurait même pas été sous l'emprise de la drogue.

"Kurt, tu pleures, lui dit doucement la voix de Rachel au loin."

Il ne répondit pas, rassembla rapidement ses affaires, les fourra dans son sac et se leva. Il quitta la salle sans dire un mot sous le regard médusé de son professeur qui en laissa tomber sa craie.

"Il se sent mal, justifia Rachel. Il allait vomir."

Mercedes lui lança un regard signifiant clairement qu'elle aurait pu trouver une meilleure excuse, mais elle y répondit en haussant les épaules.

~oOo~

Kurt se laissa glisser contre le mur et s'assit sur le sol des toilettes. Les larmes trempaient ses joues, et le peu de maquillage qu'il portait coulait lamentablement sous ses cils. Il était secoué de petits spasmes et n'arrivait pas à se calmer, l'image de Santana et tous les autres lui revenait sans cesse à l'esprit.

Pour la première fois depuis un an, il venait de réaliser combien il était misérable, combien il était seul et combien il se trouvait ridicule. Depuis que Burt était décédé (ses larmes redoublèrent à cette pensée) il n'avait jamais réussi à trouver un soutien aussi fort que le sien. Il s'était retrouvé orphelin à seize ans, seul avec ses insécurités et ses doutes, et il avait complètement foutu sa vie en l'air au lieu d'essayer d'aller de l'avant. Il était persuadé que son père aurait honte de lui, de ce qu'il était devenu. Il se détestait. Il se sentait sale et désespérément vulnérable.

Il n'avait pas entendu la sonnerie de fin de cours sonner, mais des voix se rapprochaient des toilettes dans lesquelles il se trouvait. Il se releva et s'enferma dans l'une des cabines en prenant bien soin de ne pas jeter un regard dans le miroir au passage, car il savait qu'il avait une tête horrible d'avoir pleuré.

La porte s'ouvrit et quelques minutes passèrent avant qu'une voix masculine se fasse entendre.

"Il n'est pas là. Mais bordel, où est-ce qu'il est allé se planquer, ce petit pédé ?"

Le rythme cardiaque de Kurt s'accéléra d'un coup. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Pour la première fois depuis très longtemps, il se rendit compte qu'il avait peur. Peur que ces brutes le trouvent, peur de ce qu'elles pouvaient lui faire.

"Attends."

Des pas se rapprochèrent et il vit leurs ombres se déplacer dans l'espace sous la porte.

"Hummel, tu es là ? demanda un des garçons."

Il ferma les yeux et expira lentement, essayant de faire le moins de bruit possible. A ce moment précis, il aurait tout donné pour disparaître.

Un coup violent et imprévu dans la porte lui fit lâcher un cri de surprise. Il mit sa main devant sa bouche pour l'empêcher de sortir, mais c'était trop tard.

"Eh, les mecs, il est là. Je viens de reconnaître son petit couinement de pédale."

Un deuxième coup dans la porte, puis un troisième. Kurt était terrifié. S'ils continuaient, ils n'allaient pas tarder à la faire céder. Qu'allait-il se passer ensuite ? Son estomac se noua et il fut de nouveau pris de haut-le-cœur.

"Hummel, ne fais pas ta lopette, sors. Tu as fait le malin tout le premier trimestre, maintenant assume et viens nous montrer ce que tu vaux. On sera gentils avec toi, c'est promis."

Un rire béta fit écho à la menace. Deux nouveaux coups dans la porte.

"Tu sais, on peut attendre là longtemps. Je peux rester là assis à t'imaginer en train de boire l'eau des chiottes quand tu auras vraiment trop soif."

Nouveaux coups dans la porte. Kurt hésitait à sortir maintenant. Après tout, c'était un mauvais moment à passer, et ensuite il pourrait quitter le lycée et ne jamais y revenir. Mais il n'avait aucune idée de l'état dans lequel ces brutes allaient le laisser. Il ne savait même pas combien ils étaient exactement.

Il les écouta taper contre la porte et l'appeler pendant cinq bonnes minutes. D'un seul coup, leurs voix se turent.

"Ok, dégagez."

Un frisson parcourut Kurt de la tête aux pieds. Cette voix, il l'aurait reconnue entre toutes, et c'était la dernière qu'il voulait entendre sur le moment. Blaine.

"Mais... commença à argumenter l'un des garçons.

- Cassez-vous !"

La voix de Blaine était menaçante, mais calme et posée.

"De toute façon, on a cours, grommela l'une des voix."

Et Kurt entendit leurs pas s'éloigner. Il se détendit enfin, son ventre lui faisait mal d'avoir été tant contracté par la peur. Mais il n'avait pas envie de sortir pour se retrouver face à Blaine.

"Kurt ?"

Sa voix n'était absolument pas amicale, et encore moins compatissante. C'était un ordre entier qui était sous-entendu dans un seul mot. Kurt essaya de sécher les larmes qui restaient sur ses joues et remit ses habits en place dans l'espoir qu'il lui reste un minimum de dignité.

Il déverrouilla la porte et leva les yeux pour regarder Blaine en face. Le jeune homme était appuyé contre un évier, les bras croisés, le regard sombre. Son visage n'exprimait aucune émotion, il se contentait de contempler Kurt avec froideur. Il semblait tout à coup beaucoup plus âgé que quand il faisait le pitre en classe, et il était également plus séduisant que jamais.

Kurt vit son reflet dans la glace derrière Blaine. Il avait le nez et les yeux rouges. Il faisait vraiment pitié à voir.

"Pourquoi ? demanda-t-il soudain d'une voix hésitante. Qu'est-ce que j'ai fait ?"

Blaine resta un moment silencieux, et quand il desserra les lèvres ce fut pour sortir la dernière chose à laquelle Kurt s'attendait.

"Ils ont bousillé ma moto."

Kurt sonda son visage pour voir s'il plaisantait, mais il n'y lut que de la colère.

"En quoi est-ce que ça me concerne ? Tu as pris la première tête de con qui te faisait confiance et tu l'as trainée dans la boue pour assouvir ton désir de vengeance ?"

Il avait une furieuse envie de le frapper, à présent. De bousiller ce visage incroyablement attirant.

"Non, répondit Blaine, toujours aussi calme malgré les flammes qui étaient apparues dans ses yeux à l'évocation de son engin. Ils m'ont bousillé ma moto le premier jour de cours, juste après que tu m'en aies mis une en public. Ils m'ont bousillé la moto pour laquelle j'ai fait des boulots de merde pendant deux ans, parce qu'ils pensaient que j'étais la dernière des lopettes. Et c'est toi qui leur as mis cette idée dans la tête."

Il se redressa, menaçant. La lèvre inférieure de Kurt tremblait. Il ne pouvait pas croire que tout ça n'était qu'une terrible vengeance. Il aurait encore préféré le coup de la très mauvaise blague.

"Tu m'as humilié devant tout le lycée et sans la coach de sport, je peux t'assurer que nous aurions remis les choses à leur place rapidement. Il est temps que tu comprennes que personne ne me marche dessus, que personne ne me prend de haut et que personne ne touche à mes affaires. Je ne suis pas une victime. Il est temps que tu le comprennes et qu'ils le comprennent, tous."

Kurt repensa à Santana. "L'ordre naturel des choses", avait-elle dit. Il n'en revenait pas.

"Alors c'est tout ? Pour une moto ? Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas dit au lieu de...? Je t'aurais payé les dégâts.

- Ce n'est pas qu'une histoire de dégâts matériels. Tu m'as jeté en bas de la chaîne alimentaire du lycée, et il fallait que je montre aux autres quelle est ma véritable place.

- Alors... tout ça, entre nous... c'était rien ?

- Il n'y a jamais rien eu entre nous, Kurt. On a couché ensemble parce qu'on s'attire physiquement, c'est tout. J'ai passé du bon temps avec toi, tout n'était pas forcément calculé, c'était surtout parce que j'avais envie de toi. Mais ça a toujours été clair entre nous. Si tu ne l'avais pas compris, je ne peux rien pour toi.

- Alors tu m'as volé pour premier baiser et ma première fois... pour une moto ?"

Kurt sentit quelque chose en lui se briser. Il n'avait jamais été aussi désespéré. Il avait été utilisé, il s'était offert à Blaine et tout semblait se retourner contre lui. L'autre avait utilisé chacune de ses erreurs pour se venger de lui.

"Mais...tu te rends compte de ce que tu as fait ? demanda-t-il alors que les larmes lui montaient de nouveau aux yeux. McKinley c'est fini pour moi... je ne peux plus y remettre les pieds ! Est-ce que tu as la moindre idée de ce que je ressens ? Pour une putain de moto ? Tu as détruit ma vie ! Ma vie, Blaine !"

Blaine plongea ses yeux à l'iris inhabituellement sombre dans les siens.

"Je m'en fiche, Kurt. Dégage d'ici si tu veux, je m'en fiche."

Kurt sembla sur le point de dire quelque chose, mais il se résigna et sortit des toilettes en courant avant que l'autre ne voie les larmes glisser sur ses joues. Blaine le suivit des yeux, impassible.

Quand il sortit des toilettes à son tour, le couloir était désert. Il tourna à l'angle pour retourner en cours, et se prit une gifle monumentale. Il réagit au quart de tour et plaqua son agresseur contre le mur, mais deux autres personnes se saisirent de lui. Il n'eut cependant aucun mal à les repousser.

"Le fait que tu n'aies pas de paire de couilles vient de te sauver la vie, Berry, dit-il à Rachel en la relâchant. Je ne frappe pas les nanas."

Mercedes et Tina reculèrent. Rachel poussa un grognement et se massant là où sa tête avait heurté le mur.

"Dans le genre brute épaisse...

- Tu es celle qui vient de me gifler, répliqua-t-il en se massant la joue.

- C'était pour ce que tu as fait à Kurt. Même si ça n'arrive pas à compenser un pour cent de ton crime.

- Ça ne te regarde pas, Rachel...

- C'est mon ami, bien sûr que ça me regarde !

- Tu vas me dire que je suis un salaud et que j'ai profité de lui ? Je connais déjà ce discours, salut les filles.

- Sérieusement, Blaine ? s'écria Mercedes. J'espère que tu ne comptes pas une seconde t'en tirer comme ça. Tu vas aller t'excuser auprès de lui, et ensuite tu vas dire à Santana de la fermer pour de bon."

Blaine les dépassa en les ignorant et se dirigea vers la salle du cours suivant. Mais les trois filles le poursuivaient en le bombardant de reproches. Il aurait pu les faire taire en une seconde, mais quelque chose l'en empêchait. Il s'assit au fond de la salle, et elles s'assirent autour de lui.

"Berry, Jones, vous n'êtes même pas censées assister à ce cours.

- Je ne te lâcherai pas tant que tu n'auras pas fait tes excuses à Kurt, ok ?

- Mais depuis quand il a des amies ?"

Les trois filles s'envenimèrent de plus belle.

"Finn vient de m'envoyer un message pour me dire qu'il n'est pas en cours, annonça Rachel en regardant son portable.

- Il est où ? demanda Mercedes d'un air menaçant.

- Aucune idée. Si vous vouliez bien la fermer...

- Et s'il est allé se souler dans un bar ? demanda Tina.

- Quoi ? s'écrièrent les trois autres en chœur.

- Je sais que ce n'est pas son genre, mais tu as dis qu'il était soul cette nuit-là, alors..."

Blaine se figea pendant une fraction de seconde, puis se leva et sortit en courant de la salle de cours, faisant voler les feuilles des autres au passage. Il courut comme un dératé dans le couloir et sortit du lycée sans prendre le temps de rassembler ses idées. Il fonça jusqu'à sa moto et l'enfourcha d'un bond. Il mit immédiatement les gaz et fonça comme un boulet de canon hors du parking du lycée.

Non, Kurt n'était définitivement pas en train de se bourrer dans le premier bar venu, parce que boire avec excès n'était pas dans ses habitudes. En revanche, l'image de son bras couvert de petites cicatrices d'aiguilles s'était imposée à son esprit dès que Tina avait évoqué la nuit passée.

Il savait qu'il aurait du être méthodique et essayer de reconnaître la voiture de Kurt sur le parking du lycée. Le garçon y était peut-être toujours. Mais il n'était pas sûr de reconnaître le véhicule et il n'avait pas une seconde à perdre. Lui qui ne croyait en rien, il était en train de prier pour retrouver Kurt en train de planer innocemment dans sa chambre, sa dose habituelle de drogue dans le sang.

Il dépassa allégrement toutes les limitations de vitesses, brûla deux feux et reçut quelques coups de klaxon furieux en échange. Il s'arrêta finalement devant la maison de Kurt dans un dérapage crissant, et prit à peine le temps de stabiliser sa moto avant de se ruer vers la porte d'entrée. Il remarqua à peine que la voiture du garçon était bien garée devant la maison, et qu'il avait l'air d'être la seule personne présente.

La porte d'entrée était ouverte, et il pénétra à l'intérieur sans autre forme de politesse. Il pressa le pas jusqu'à la porte de la chambre de Kurt. Son cœur lui faisait mal à force cogner dans sa poitrine.

"Kurt ? demanda-t-il en frappant énergiquement. Kurt !"

Aucun son ne lui répondit. Il essaya de l'ouvrir, mais elle était fermé à clef. Il colla son oreille à la porte, mais la chambre semblait silencieuse.

"Kurt ! appela-t-il d'une voix forte."

Encore une fois, personne ne lui répondit. C'était impossible, pensa-t-il, la voiture était devant la maison, il devait être quelque part...

"Kurt, je veux juste parler, ok ? Je suis désolé."

Ce n'était pas franchement vrai, mais au moins ça aurait l'avantage de le faire sortir de sa planque. Cependant, ce fut le silence qui lui répondit de nouveau.

"Kurt !"

Il tambourina contre la porte de la chambre. Quelque chose en lui commençait vraiment à s'affoler. Il donna un grand coup de pied dedans. Il n'avait plus choix, il fallait l'enfoncer. Tant pis s'il y avait des dégâts matériels, tant pis si Kurt appelait la police. Le risque qu'il se passe quelque chose de grave était bien trop important.

Il prit son élan et fonça dans la porte l'épaule en avant. Il se fit très mal, mais la porte ne bougea pas. Il jura abondamment. Ignorant la douleur, il recommença. Au bout de la troisième fois, des larmes de douleur et de rage lui brûlaient les yeux et la porte n'avait pas bougé d'un millimètre.

Il sortit en courant de la maison et en fit le tour. Même si la chambre de Kurt se trouvait au sous sol, il devait forcément y avoir une ouverture quelque part. Il ne mit pas longtemps à tomber sur les petites fenêtres allongées, situées à ras du sol. Le verre était flouté, évidemment, et il ne pouvait absolument rien voir de l'intérieur de la chambre. De plus, les fenêtres s'ouvraient par le haut et de l'intérieur. Peu importe. Il prit la première chose solide qui lui tomba sous la main, à savoir une pelle de jardinage, et donna de grands coups dans les joins de la fenêtre. C'était surtout le désespoir qui lui donna la force nécessaire pour défoncer la fenêtre. Quand elle céda enfin, il poussa un cri de triomphe. Il se jeta par terre et rampa à travers l'ouverture. Avec souplesse, il se laissa tomber sur le lino de la chambre de Kurt et roula pour amortir sa chute. Il se redressa et jeta un coup d'œil dans la pièce. Elle était à peu près dans le même état que lorsqu'il l'avait quittée, les habits en vrac sur le sol en moins. Il fit le tour du lit pour aller jeter un coup d'œil dans la salle de bain, et c'est alors qu'il le vit. Son cœur s'arrêta de battre.

"Kurt...NON !"