Hey ! Voici le chapitre 12, avec un peu d'avance ! Merci à ceux qui ont pris le temps de laisser des reviews, et merci comme toujours à ma beta emicrazy pour sa relecture attentive.
CHAPITRE 12
Pour la deuxième fois en deux visites chez lui, Blaine quitta la maison en faisant rugir sa moto de colère. Mais cette fois, il était plus désespéré que simplement furieux. Son père n'était jamais allé aussi loin dans les sanctions, et il savait que ce n'était pas une colère passagère. Il venait vraiment de se faire expulser de chez lui. Il n'avait absolument nulle part où aller, pas d'argent, aucune affaire. Il faisait nuit et il faisait froid. Et il n'avait aucune envie de passer la nuit avec quelqu'un.
Blaine fut pris d'une furieuse envie de pleurer. Entendre son père dire qu'il avait une mauvaise influence sur sa sœur l'avait profondément blessé. Mais au fond, il ne pouvait nier qu'il avait raison. Ces derniers jours, elle avait menti et séché quelques cours rien que pour couvrir ses bêtises. S'il n'avait pas été là... sa vision se brouilla. Et bien, maintenant il n'était effectivement plus là.
Il roulait sans trop savoir où il allait, essayant de réfléchir à un endroit où il pourrait passer la nuit. Il se rendit rapidement compte qu'il n'avait pas tellement le choix. Il restait toujours Santana, mais il ne l'avait pas vue depuis une semaine et doutait que les parents de la jeune fille voient d'un bon œil son arrivée imprévue chez eux. Il la garda dans son esprit en tant que dernière option, et en chercha d'autres. Mais il n'avait pas d'ami qui habitait dans les parages, et il devait se rendre à l'évidence : il ne connaissait personne susceptible de l'héberger un dernier moment.
Après vingt bonnes minutes de route, il gara sa moto sur le parking du lycée McKinley. Il pouvait toujours trouver un moyen de rentrer frauduleusement dans le gymnase et de passer la nuit là. Il aurait froid et il n'allait pas pouvoir se changer, mais au moins il ne serait pas dehors. Il enleva son casque et sortit son portable de sa poche. Il avait trois appels manqués de sa sœur, et deux de...Kurt.
Les doigts transis par le froid, il commença par rappeler sa sœur, mais son appel bascula immédiatement sur le répondeur. Après quelques secondes d'hésitation, il finit par rappeler Kurt.
"Blaine ? décrocha Kurt d'une voix vaguement intéressée.
- Oui, je crois que tu viens de m'appeler.
- Tu as trouvé un endroit où passer la nuit ?
- Qu...quoi ? Comment tu sais ça, toi ?
- Ta sœur vient de m'appeler.
- Lea ? Comment c'est possible ? Comme est-ce qu'elle a ton numéro ?
- Elle m'a appelé de fixe à fixe, elle a utilisé l'annuaire téléphonique, incroyable non ? Tes parents lui ont pris son portable d'après ce qu'elle m'a dit. Ils ne veulent pas qu'elle te contacte et l'ont chopée en train d'essayer de t'appeler. Du coup elle a attendu un petit peu et elle m'a appelé en cachette depuis votre téléphone fixe. Elle est vraiment inquiète pour toi. Elle m'a un peu mis la pression pour que je te propose de passer la nuit chez moi."
Blaine ne savait pas quoi dire. Sa sœur ne le laissait jamais au bout de ses surprises.
"Bon, alors tu veux venir ou pas ? demanda Kurt, impatient. Si tu as une autre solution, je préfère que tu la choisisses à la place.
- Je croyais que tu ne voulais plus me voir ?
- J'ai dit à partir de demain. Écoute Blaine, je te propose une alternative pour ne pas te peler dehors cette nuit, est-ce que tu as vraiment besoin de poser des questions pour tout compliquer ? Tu veux me faire changer d'avis ou quoi ?
- N...non. Je peux venir ? C'est vrai ?
- Oui, je t'appelle pour ça, répondit Kurt avec une voix exagérément agacée. Considère ça comme de la gay-lidarité uniquement, j'essaye de faire abstraction du fait que tu n'es qu'un sale con. Et je fais surtout cet acte de charité pour ta sœur, qui avait l'air vraiment désespérée.
- J'arrive. »
Quelques minutes plus tard, il garait sa moto devant chez Kurt. Des frissons le traversèrent quand il pensa à la dernière fois qu'il était venu là. Il recouvrit sa moto de sa bâche pour la protéger de la neige qui pouvait éventuellement tomber, et sonna à la porte. Il ne put cacher sa surprise quand ce fut une femme qui lui ouvrit.
"Bonsoir, le salua-t-elle d'un ton aimable. Je suis Carole Hummel, la tutrice de Kurt. Nous nous sommes déjà aperçus à l'hôpital mais nous n'avons pas eu l'occasion d'être présentés correctement. Kurt m'a prévenue que tu viendrais, entre."
Blaine obéit et passa la porte d'entrée. Il n'en menait pas large. Il n'était pas du genre à se laisser impressionner par les gens qu'il ne connaissait pas, mais elle, il avait passé une bonne partie de la semaine à l'éviter. Il était responsable de la violente inquiétude qu'elle avait endurée pendant que Kurt était dans coma. Et il était dans une situation trop précaire pour se permettre ses habituelles remarques déplacées. Il fallait vraiment qu'il se tienne tranquille, au moins pour ce soir.
"Kurt m'a un peu résumé ta situation. Je suis vraiment désolée, j'espère que tout va s'arranger au plus vite pour toi. Tu as faim ?"
Il n'avait presque pas mangé de la journée, et il était affamé.
"Il va se faire sa bouffe tout seul, déclara sèchement la voix de Kurt depuis le hall."
Il était nonchalamment appuyé contre le mur, clairement maître des lieux. Il dévisagea Blaine longuement, et Carole comprit d'elle-même qu'elle devait les laisser seuls.
"Il s'est passé quoi exactement, avec ton père ? demanda Kurt d'une voix un peu moins agressive.
- Je lui ai dit où j'étais passé ces derniers jours, il n'a pas apprécié.
- Je croyais que tu étais rentré chez toi quand je suis sorti du coma.
- Non. J'ai heu... je ne voulais pas rentrer chez moi, j'ai passé mes nuits chez... des gens...
- Un peu comme une traînée, quoi."
Blaine sembla vraiment blessé.
"Je fais ce que je peux, ok ? Tu m'as dit de ne pas juger ton histoire de drogue, alors ne juge pas mes coucheries. Il y a beaucoup de trucs blessants que je pourrais t'envoyer à la gueule, mais là je viens de perdre ma sœur et ma maison, alors s'il te plait, fous-moi la paix."
Kurt sembla sur le point de répliquer mais décida de s'abstenir.
"Tu dormiras dans le salon, l'informa-t-il d'une voix dénuée de sentiments. Tu utiliseras la salle de bain de Finn, à l'étage. Je ne veux pas que tu mettes un orteil dans ma chambre, c'est clair ?
- Comme si j'avais envie d'y redescendre...
- Demain je ne sais pas si tu veux aller au lycée ou quoi, mais tu te démerderas pour trouver une solution pour te loger, parce que je ne veux pas de toi ici. Et essaye de dormir, tu as une mine vraiment horrible.
- Est-ce que Lea t'a dit autre chose ?
- Elle m'a dit de te dire qu'elle essaierait de parler à vos parents, et que tu as intérêt à prendre soin de toi. Elle a l'air d'être une fille cool."
~oOo~
Carole donna des couvertures à Blaine, et il s'installa sur le canapé du salon. Puis elle s'assura dans le dos de Kurt qu'il ne manquait de rien et monta se coucher. Finn râla un peu parce qu'il ne pouvait pas regarder la télé, lui souhaita une bonne nuit et disparut à son tour. Il ne vit pas Kurt, enfermé dans sa chambre et soi-disant occupé à rattraper le retard qu'il avait accumulé dans ses cours.
Une fois resté seul et enfin au calme, Blaine craqua. Pour la première fois depuis longtemps, il se mit à pleurer sur son propre sort. Son visage était inondé de larmes silencieuses, et il bénissait l'obscurité et la solitude qui lui permettaient enfin de vider son sac. Perdre ses parents, ça il pouvait le supporter, mais l'idée de ne plus voir sa sœur autant qu'il le souhaitait le torturait. Il savait qu'il y avait toujours des solutions, qu'il pourrait la voir à la sortie du lycée ou dans n'importe quel autre lieu extérieur, mais il devrait la rencontrer en cachette, et brièvement, et cette pensée lui brisait le cœur.
Il lui restait toujours une option, celle qu'il n'avait pas encore osé étudier, celle de rentrer chez lui et de faire profil bas. De s'écraser. Mais la seule idée de se plier à son père le répugnait. Il savait qu'il ne tiendrait pas une journée entière à lui obéir docilement. Et puis, même s'il promettait de cesser les aventures d'un soir et les bagarres – ce qui lui semblait déjà quasiment impossible – il ne pourrait jamais arrêter d'être gay.
Il essaya de se calmer en se disant qu'il pourrait toujours chercher un travail et trouver un squat en attendant. Il serait bientôt majeur, les choses allaient se débloquer pour lui au niveau de la législation. En attendant, il devait vraiment trouver de quoi survivre à très court terme. Il n'avait même pas de pyjama pour passer la nuit ni quoi que ce soit pour faire sa toilette. Finn lui avait prêté un teeshirt dans lequel il flottait de manière franchement ridicule, comme si ça n'avait pas été assez humiliant de le lui demander.
Carole avait essayé de se montrer amicale et attentionnée, mais il l'avait poliment repoussée, parce qu'il ne voulait pas qu'elle le prenne en pitié. Il estimait qu'il ne méritait pas cette attention, et ne voulait pas s'attacher à elle. De plus, Kurt veillait à ce qu'il ne soit pas trop choyé non plus, histoire de lui faire comprendre qu'il le tolérait plus qu'il ne l'aidait vraiment, et que cette situation était temporaire.
Blaine se roula en boule dans ses couvertures. Il devait profiter d'avoir un endroit chaud où dormir, car il ne savait pas quand cette situation se présenterait de nouveau à lui. Epuisé par sa semaine, sa soirée et ses larmes, il sombra dans un sommeil sans rêves.
~oOo~
Quand Blaine se réveilla, il avait l'impression d'avoir dormi dix minutes. Il ne comprit pas tout de suite ce qui l'avait réveillé, car il faisait encore nuit noire à l'extérieur et la maison était parfaitement silencieuse. Un coup d'œil à sa montre digitale l'informa qu'il n'avait dormi qu'une heure et demie, et il était épuisé. Il avait l'impression que le contour de ses yeux était anesthésié, son cerveau le lançait douloureusement et ne demandait qu'à replonger dans le sommeil. A peine eut-il refermé les yeux que quelque chose s'agita à quelques mètres de lui et le fit sursauter. Par réflexe, il brandit son portable et éclaira le visage de Kurt qui se tenait au milieu du salon, l'air un peu hagard.
La première pensée qui vint à Blaine fut que Kurt s'était de nouveau drogué, mais il s'aperçut rapidement qu'il n'était pas dans le même état que la fois où il l'avait trouvé en train de planer. La lumière du portable reflétait sa peau d'un blanc laiteux, ses yeux semblaient exorbités et la sueur collait ses cheveux par mèches entières sur son front. C'était assez impressionnant à voir.
"Kurt... ? demanda Blaine d'une voix hésitante."
Le garçon tourna vers lui des yeux brillants, presque suppliants.
"Qu'est-ce...qu'est ce qu'il t'arrive ?"
Il se pencha pour allumer la lampe de chevet que Carole avait placée à côté du canapé. Kurt était pieds nus et en pyjama, l'air complètement perdu.
"J'ai...j'ai trop envie... j'ai mal au ventre...et aux bras..."
Il était agité, et il semblait frigorifié. Son corps était parcouru de frissons que Blaine pouvait voir de là où il se trouvait.
"Blaine je t'en supplie...va à l'hôpital...trouve-moi de la m...morphine...je te payerai, je ferai tout ce que tu voudras. Tu pourras rester ici autant de temps que tu-
- Non. Kurt, calme-toi, ok ? Je ne vais pas aller te chercher de morphine. Essaye de reprendre tes esprits..."
En une fraction de seconde, le visage de Kurt changea radicalement d'expression. Il devint mauvais, clairement agressif. Il était vraiment effrayant et Blaine eut un bref mouvement de recul.
"Tu ne sers vraiment à rien, gronda Kurt. Tu es complètement inutile et je comprends que personne ne veuille de toi. Je ne te demande pas quelque chose d'exceptionnel, si ? Prends ta putain de moto de merde et ramène-moi de la morphine avant que je crève.
- Non."
Il avait envie de frapper Kurt pour ce qu'il venait de dire, mais il savait qu'il souffrait vraiment et qu'il ne pensait pas ce qu'il disait.
"Les toubibs ont du te donner des médicaments contre les crises de manque, non ?
- Je ne veux pas de leurs daubes de substitutions.
- Ecoute, Kurt, tu vaux mieux que ça, ok ? Tu as dit que tu arrêtais, tu peux le faire. Tu as traversé des trucs horribles, tu ne vas pas laisser cette merde prendre le dessus sur toi."
L'expression du garçon changea de nouveau, et il se tordit les doigts, soudain un peu honteux.
"C'est...C'est trop dur. C'est...horrible. Je ne me suis jamais senti aussi m...mal de ma vie.
- Commence par prendre tes médocs, et essaye de t'occuper l'esprit avec autre chose.
- Je ne v...veux pas rester tout seul, je ne pense qu'à ça, tu comprends ? Je rêve de ça, je me réveille en pleine nuit, je...je serais capable d'aller à l'hosto à pied. Je serais capable de faire n'importe quoi."
Blaine poussa un soupir. Il était tellement fatigué qu'il n'arrivait plus à réfléchir correctement. Les seules choses qu'il comprenait étaient que Kurt avait un besoin urgent d'être retenu de se droguer, et qu'il n'avait pas non plus envie de rester à parlementer avec lui pendant des heures. S'il ne se recouchait pas rapidement, il allait s'évanouir de sommeil.
"Tu veux que je reste avec toi ? proposa-t-il."
Kurt sembla hésiter, puis hocha silencieusement la tête.
"Ok, alors tu vas prendre tes médicaments, et on va regarder un film pour te changer les idées, ça te va ?
- Ou...ouais. Mais dans ma chambre, alors. Je ne veux pas que Carole me voie comme ça."
Blaine n'avait pas la moindre envie de remettre un pied dans la chambre de Kurt, mais il n'avait pas non plus la force de discuter. Il prit son portable et quelques couvertures et suivit Kurt dans les escaliers. Sa poitrine se serra quand il se retrouva dans la chambre. Il se souvenait d'absolument tous les détails, de l'endroit exact où il avait trouvé Kurt, de sa position, de son corps sans vie. Il se rendit compte de la chance qu'il avait de l'avoir devant lui en cet instant, bien vivant.
"Prends les médocs, lui dit-il.
- Ouais, c'est bon, j'ai compris, grogna Kurt."
Blaine s'assit sur le lit. Il était couvert de bouquins de cours et de feuilles noircies par l'écriture régulière de Kurt.
"Je ne savais pas que les cours te tenaient tant à cœur, fit-il remarquer.
- Mon diplôme est ma seule porte de sortie de cet état moisi, répondit simplement Kurt. Putain on se les caille."
Blaine n'avait pas particulièrement froid, mais Kurt semblait trempé par des sueurs froides. Le garçon fit une pile avec ses affaires de cours puis les déposa soigneusement au pied de son lit. Il s'enroula ensuite dans une couverture et s'assit contre la tête du lit avec son ordinateur, invitant silencieusement Blaine à en faire autant.
"Si tu fais une remarque à propos de ce qu'il s'est passé dans ce lit, je t'éclate, c'est clair ?
- Pas besoin d'être aussi agressif, répondit Blaine avec lassitude. J'ai juste envie de dormir, là."
Il s'assit à côté de Kurt et celui-ci lança le film. Il était parcouru par des frissons de plus en plus fréquents, et semblait avoir du mal à se concentrer sur ce qu'il se passait à l'écran. Par moments, il se tordait de douleur, saisit de violentes crampes abdominales. Blaine n'était pas vraiment concentré sur le film lui non plus, car il s'inquiétait vraiment de l'état du jeune homme. Au bout d'à peine dix minutes, Kurt craqua.
"Ok, j'y vais."
Il fit mine de se lever mais Blaine le retint fermement par le bras.
"Reste tranquille, ça va passer.
- Lâche-moi, putain, tu me fais mal ! Je suis en train de crever ! Ce ne sont pas tes affaires, en plus. Laisse-moi ! Lâche-moi Blaine !
- Tu n'es pas en train de crever, tu fais juste une crise de manque ou je ne sais pas quoi. Ça va passer, essaye de tenir.
- NON ça ne passe pas ! Tu aimes me voir souffrir, c'est ça ?"
Il se débattit furieusement, mais Blaine le tenait contre lui d'une poigne de fer. Kurt l'insulta copieusement, se tordit dans tous les sens, essaya même de le frapper mais finit par comprendre qu'il ne céderait pas et abandonna la lutte. Il se mit à sangloter de nouveau, misérable. Blaine le laissa pleurer contre lui, prit de pitié. Il sentait le cœur de Kurt battre à tout rompre contre sa poitrine, il sentait les muscles de ses bras se contracter par spasmes. Le jeune homme était trempé de sueur et de longs frissons lui parcouraient la colonne vertébrale.
"Attends, murmura-t-il, je me sens mal..."
Il se dégagea de Blaine et courut dans la salle de bain. Blaine ferma les yeux, il avait l'impression d'être en plein cauchemar. Le monde semblait s'acharner contre lui, et il ne savait pas combien il pourrait encore en supporter.
Comme Kurt ne revenait pas au bout de dix minutes, il le rejoignit dans la salle de bain et le trouva assis par terre à côté des toilettes, les genoux ramenés sous le menton et se balançant machinalement d'avant en arrière. Le spectacle était pitoyable, et Blaine décida que ce n'était plus la peine de discuter.
Sans un mot, il souleva Kurt et l'aida à se relever. Il le traîna jusqu'à son lit et l'allongea contre lui, entourant ses épaules d'une étreinte rassurante mais ferme pour lui faire comprendre qu'il ne le laisserait pas retourner chercher de la drogue quoi qu'il arrive. Kurt trembla dans ses bras pendant un temps qui sembla infini, puis finit par s'endormir. Malgré sa fatigue, Blaine lutta contre le sommeil de toutes ses forces, car il n'osait pas baisser la garde de crainte que le garçon ne s'échappe pendant la nuit.
