Voilà l'avant dernier-chapitre ! Merci pour toutes les reviews et les mp (notamment ceux à qui je ne peux pas répondre directement parce qu'ils n'ont pas de compte enregistré) et merci à ma beta emicrazy pour sa relecture.
Bonne lecture !
CHAPITRE 15
"Il ne manque plus qu'un nœud papillon et une couche de gel, et tu auras un parfait look de fifils à son papa, se moqua ouvertement Kurt."
Il était assis sur son bureau les jambes croisées et observait d'un air amusé Blaine qui essayait d'ajuster le col de sa chemise.
"Essaye seulement de m'approcher avec ce genre d'horreurs et ce sera la dernière chose que tu auras faite de ta vie, grogna Blaine. C'est bon là ?
- Mets la cravate, je te dis. Tu marqueras un point dans l'estime de ton père."
Blaine se renfrogna, comme à chaque fois que quelqu'un mentionnait son père. Kurt lui fit signe de venir et noua le tissu d'une main experte. Il avait lui-même opté pour un style classe mais simple, costume noir et chemise noire. Il n'allait pas au mariage pour se faire remarquer, bien au contraire. Il y allait parce que Blaine lui avait demandé de l'accompagner, et qu'il voulait lui montrer son soutien.
Une fois qu'il fut satisfait du nœud, il tira doucement sur la cravate de Blaine, l'obligeant à coller ses lèvres contre les siennes. Blaine laissa ses mains se balader sur les cuisses du garçon, provoquant chez lui de petits tressaillements de désir. Kurt décroisa les jambes et serra sa taille entre ses genoux. Blaine donna plus de profondeur à leurs baisers et le serra contre lui.
Cela faisait une semaine qu'il vivait chez Kurt, et pour la première fois de sa vie, il avait l'impression d'être dans une relation exclusive et normale. Il adorait Kurt, c'était le seul être au monde avec sa sœur devant qui il s'autorisait à baisser la garde. Ils avaient beaucoup parlé au cours de cette semaine, passé beaucoup de temps ensemble, beaucoup fait l'amour et pour la première fois, Blaine avait totalement confiance en quelqu'un d'extérieur à sa famille. Il pouvait parler plus librement avec Kurt qu'il ne le faisait avec Lea, car il n'avait pas peur de tomber dans des sujets glauques et de la choquer. Il lui avait beaucoup parlé de ses expériences, de son comportement, de sa relation compliquée avec son père. En retour, il aidait Kurt à lutter contre les crises de manque qui le prenaient parfois, mais qui avaient plutôt tendance à s'espacer dans le temps, à leur grand soulagement. Blaine avait l'impression que leur relation était basée sur l'entre-aide, et il était soulagé de ne pas être totalement dépendant de Kurt. Le fait que le garçon ait besoin de lui soulageait son estime personnelle.
Blaine commença à tripoter la ceinture de Kurt. Il le trouvait terriblement séduisant dans ces habits élégants qui lui cintraient la taille.
"Non, déclara fermement Kurt. Pas maintenant, tu vas me décoiffer.
- Mais je suis stressé, j'ai besoin d'un petit peu de... courage...
- Tu m'as déjà fait le coup deux fois depuis ce matin, Blaine. Ça suffit. Tout va bien se passer."
Il arrangea les boucles du garçon du bout des doigts. Blaine avait réfléchi longtemps avant d'accepter la proposition de Lea de se retrouver au mariage de sa grande-cousine. Il s'était d'abord dit qu'il n'y allait que pour voir sa sœur, mais il savait qu'il n'avait pas le choix : il fallait qu'il essaye d'arranger la situation avec son père. Il avait trouvé un petit emploi et il participait à la vie de la maison, mais il ne pourrait pas vivre au crochet de Carole encore longtemps. Et puis, il avait besoin de son espace personnel et Kurt avait besoin du sien, et vivre ensemble tout le temps commençait un peu à leur peser, même si Kurt passait au final une grande partie de ses journées au lycée.
Blaine poussa un soupir, lissa inutilement sa veste et suivit Kurt jusqu'à sa voiture. Le temps était couvert, mais heureusement pour leurs vêtements il ne pleuvait pas. Le trajet se déroula dans un silence tendu. Blaine appréhendait les retrouvailles avec sa famille et Kurt n'arrivait pas à ouvrir la bouche pour le rassurer. Lui aussi redoutait la rencontre avec les parents de Blaine. S'ils étaient vraiment comme il les avait décrits, il y avait très peu d'espoir pour qu'ils acceptent leur couple.
Il se gara devant la salle des fêtes. Les invités étaient tous regroupés un peu plus loin, en train de prendre des photos.
"On attend qu'ils rentrent, on ne va pas débarquer au milieu, ordonna Blaine."
Kurt ne dit rien. L'ambiance dans la voiture était écrasante.
"Si ça se passe mal... tu peux rester chez moi tu sais, tenta finalement Kurt. Peut-être qu'on pourra libérer le bureau et t'en faire une chambre... comme ça on aurait chacune la nôtre...
- Je ne vais pas m'imposer à Carole plus longtemps. Financièrement c'est impossible, et elle n'a pas mérité un poids pareil.
- Mais elle ne te laissera jamais dormir dehors, tu le sais. Et moi non plus. Arrête de te prendre la tête, ok ? Tu es venu ici pour voir Lea, tu ne vas pas débarquer en tirant une gueule d'enterrement. C'est un mariage, Blaine."
Les gens commençaient enfin à rentrer dans la salle. Ils entraperçurent la mariée, mais Lea et ses parents étaient invisibles dans la masse des invités. Blaine poussa un soupir stressé et Kurt se pencha par-dessus le levier de vitesse pour déposer un baiser au coin de ses lèvres.
"Bon, j'en fume une et on y va, décida soudain Blaine."
Ils sortirent, et Blaine s'appuya contre la voiture pour fumer sa cigarette. Kurt resta un peu à l'écart, indisposé par la fumée. Blaine parut se détendre un peu en fumant, puis ils se dirigèrent tous les deux vers la salle des fêtes.
Leur entrée passa totalement inaperçue. Il y avait sans doute plusieurs centaines de personnes présentes et l'agitation était à son comble. La musique était forte, plusieurs personnes dont les mariés dansaient et les autres parlaient avec animations.
"Tout ce rose et cette dentelle, c'est écœurant, fit remarquer Kurt avec un air dégoûté."
Mais Blaine était bien trop occupé à chercher sa sœur des yeux pour l'écouter. Soudain, il fonça vers les tables et Kurt l'attrapa par la veste pour ne pas le perdre de vue. Blaine s'approcha d'un groupe de personnes qui parlaient, un verre de pétillant à la main.
"Mademoiselle, dit-il avec un petit sourire, je ne comprends pas qu'on ait laissé rentrer une jeune fille qui fasse à ce point de l'ombre à la mariée."
Lea se retourna, poussa un cri de joie et se jeta dans ses bras. Blaine fut un peu déstabilisé et leva les mains en l'air pour ne pas abimer le chignon compliqué qu'elle portait.
"Oh mon Dieu je suis tellement contente que tu sois venu ! Comment est-ce que tu vas ? Kurt m'a dit que tu avais trouvé un boulot. D'ailleurs, salut Kurt !"
Elle quitta les bras de Blaine et se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de Kurt, qui parut aussi surpris que Blaine par ce geste. Puis elle se tourna de nouveau vers Blaine et lui posa une multitude de questions pour savoir s'il allait bien. Kurt s'éloigna pour leur laisser un peu d'intimité. Il prit une flute de champagne en ignorant le regard outré des adultes assis à la table, choqués de le voir ouvertement consommer de l'alcool malgré son âge. Il observa les gens autour de lui, sans doute possible issus des hautes classes de la société pour la plupart.
"Salut, j'ai toujours fantasmé sur les mecs mauvais genre, et je craque pour le maquillage. Je suis à toi quand tu veux et où tu veux, de préférence tout de suite."
Kurt avala le champagne de travers et sentit les bulles lui remonter dans le nez. Il se retourna, les larmes aux yeux, pour jeter un regard stupéfait au garçon qui venait de lui adresser aussi crument la parole. Il était grand et apprêté, très à l'aise dans son costume et avait un petit sourire mesquin collé aux lèvres.
"Sebastian, se présenta-t-il. Aucun lien avec l'un des mariés, je suis l'ami d'un ami qui adore écumer les fêtes chics à la recherche de badboys égarés.
- Je n'aime pas les oies blanches, retourne chez ta mère, répondit Kurt d'un ton sec en vérifiant dans un miroir de poche que son maquillage était intact."
Le dénommé Sebastian haussa les sourcils, mais son sourire s'élargit.
"Ok... tu ne sais pas ce que tu rates. Avoir du gel dans les cheveux ne m'empêche pas d'être une salope au lit...
- Je m'en tape. Tu me gaves, là. Casse-toi.
- Et lui là-bas ? Je suis sûr que c'est une bête de sexe."
Kurt suivit son regard et, comme il s'y attendait, tomba sur Blaine qui discutait avec animation avec sa sœur un peu plus loin.
"Lui, il est à moi. Si tu oses ne serait-ce que l'envisager, je te fais bouffer tes cou-
- Ok, ok, calme-toi. Si tu changes d'avis, fais-moi signe."
Il s'éclipsa non sans lui avoir adressé un dernier clin d'œil, et Kurt retourna vers Blaine et Lea, un poil plus agacé qu'il ne les avait quittés.
"Je vais parler à mon père, lui annonça Blaine. Je crois que c'est la meilleure solution, je vais essayer de calmer un peu les choses."
Lea hocha la tête en signe d'approbation.
"D'accord, répondit Kurt. Si tu le sens bien...
- J'aimerais vous présenter l'un à l'autre.
- Hein ?
- Lea a raison, je crois qu'il s'imagine un peu tout et n'importe quoi, te voir un chair et en os lui permettra de dédramatiser un peu les choses. Je pense."
Le visage de Kurt s'assombrit. La manière dont Blaine avait décrit son père lui avait donné tout sauf envie de le rencontrer. Mais après tout, il était venu pour le soutenir.
"Ok...va lui parler, je reste ici. Fais-moi signe quand tu veux que je vienne."
Blaine se mordilla la lèvre. Kurt avait une furieuse envie de l'embrasser, mais il y avait trop de monde autour d'eux, et ils n'étaient pas vraiment en terrain conquis.
"Merde, alors. Ça va bien se passer, lui dit-il simplement."
Blaine lui adressa un pâle sourire et se faufila parmi la foule pour rejoindre son père, qui discutait avec trois hommes qu'il ne connaissait pas. Leurs regards se croisèrent et son père se figea. Il reprit cependant rapidement de la contenance et s'excusa auprès de ses interlocuteurs. Il s'écarta un peu des invités et lui fit signe de le rejoindre.
"Salut, papa.
- Qu'est-ce que tu fais là, Blaine ?
- Je voulais voir Lea et te parler.
- Tu as réfléchi sur ton comportement ?
- Je peux essayer de faire des efforts...
- Essayer ce n'est pas suffisant, répondit froidement son père. Et ton travail scolaire ?
- Je... j'ai trouvé un petit boulot. J'ai arrêté le lycée.
- Tu as arrêté le lycée ?
- Je n'avais pas le choix ! Comment veux-tu que je vive ?"
Le père de Blaine se prit le visage dans les mains, excédé. Il mit plusieurs secondes à se reprendre.
"Où vis-tu, d'ailleurs ?
- Chez... Kurt. C'est mon... mon copain.
- Ton ami.
- Non, mon petit-copain."
Il fit discrètement signe à Kurt de le rejoindre. Son père semblait au bord de la nausée. Kurt s'avança vers eux, un peu hésitant, et salua Mr Anderson tout en lui tendant la main.
"Papa, Kurt... Kurt, papa, annonça Blaine d'une voix faible."
Son père ne fit pas le moindre geste pour serrer la main de Kurt, et celui-ci la baissa, gêné. Blaine sembla passer de l'appréhension à la colère, mais ne dit rien. Kurt était profondément mal à l'aise, d'autant que Mr Anderson le dévisageait avec insistance, de manière particulièrement impudique. Ses yeux s'attardèrent longuement sur ses piercings et sur son maquillage, et son air dégoûté exprimait clairement ce qu'il en pensait.
"C'est toi, le gamin drogué ?"
Kurt ouvrit bouche puis la referma sans un mot. Il se tourna vers Blaine, qui ne disait rien mais regardait à présent son père avec une expression de défi.
"C'était moi, rectifia Kurt, encouragé par l'attitude de plus en plus belliqueuse de sa moitié.
- Je ne veux pas que tu approches Blaine, c'est compris ?
- C'est un peu trop tard, monsieur."
Mr Anderson commençait vraiment à l'agacer, et son sang-froid le quittait peu à peu.
"Il n'est pas trop tard pour que tu disparaisses de sa vie sur-le-champ, répliqua le père de Blaine d'une voix glaciale.
- Il ne me quittera pas, parce que je n'en ai pas envie, répondit Blaine à son tour. Je suis plus stable aujourd'hui que je ne l'ai jamais été.
- En ayant décidé de laisser tomber le lycée ? Tu te condamnes à une vie d'alternance entre les petits métiers ingrats et le chômage, Blaine. Et puis pour ton propre bien et l'honneur de la famille, je ne te laisserai pas faire ça.
- Tu m'as viré de la maison, tu n'as plus vraiment ton mot à dire, papa, fit remarquer Blaine.
- Je pensais que de cette manière tu apprendrais des leçons, mais apparemment tu n'as pas mis longtemps à te faire mettre le grappin dessus par le premier drogué du coin."
C'était tellement insultant et faux que Kurt en resta muet.
"Et si je décide de rester avec lui ?
- Tu es prêt à ruiner ta vie pour une attirance de jeunesse ?
- Ma vie est déjà ruinée papa, et ce n'est sa faute à lui. Et ce n'est pas une attirance, c'est mon petit-ami, je t'ai dit."
Il accompagna le geste à la parole en saisissant la main de Kurt. Les yeux de son père s'exorbitèrent et il lança un regard inquiet aux alentours.
"Arrête-ça, Blaine. Nous n'allons pas repartir sur ce débat. Je ne rentrerai pas dans le jeu de la provocation.
- Je m'en fiche. Je suis venu pour arranger les choses entre nous, papa. Et après tu prétends que je ne fais aucun effort.
- Si tu es venu pour couvrir la famille de honte devant tout le monde, je préfère que tu partes tout de suite, répondit son père, les yeux toujours fixés sur leurs mains liées."
Blaine tremblait littéralement de colère à présent. Kurt lui serra les doigts pour l'inciter à se calmer, mais Blaine ne sembla même pas le remarquer.
"Si seulement je n'avais pas un sale con ignorant et coincé à la place d'un père, j'aurais peut-être eu une chance de réussir ma vie, lâcha-t-il."
