Son ton dur l'avait surprise et elle se releva sur ses jambes alors qu'il se levait à son tour, prêt à partir. Elle sentit qu'il fallait à tout prix le retenir, que s'il traversait cette porte, quittait cet immeuble, elle ne le reverrait jamais. Elle bondit hors du lit et se hâta en trottinant dans ses escarpins jusqu'à la porte. Arrivée avant lui, elle lui bloqua le passage, mettant sa poitrine en avant. Il détourna le regard. Le découragement faillit la prendre mais elle demeura là où elle était. Ses yeux, quand elle avait ouvert les siens et regardé vers lui, ses yeux avaient brillé d'une lueur si intense qu'elle aurait aimé la voir scintiller à jamais. Mais désormais son regard n'était plus que froideur. Ce fut la première fois de sa vie qu'elle se sentit gênée par son accoutrement. Elle croisa les bras sur sa poitrine. « Si je ne peux pas vous aider comme je le fais habituellement, alors je vous aiderais d'une autre manière. Laissez-moi faire cela pour vous.

- Pourquoi ? Vous ne me connaissez pas. »

Elle allait répondre quelque chose quand la sonnerie de son visiophone retentit. « Pardon, un instant, lui dit-elle avec un sourire contrit. Oui ?

- C'est Mr. J ! dit un homme que son invité ne réussit pas à voir sur le visiophone. Désolé pour le retard, il y avait des bouchons. Vous m'ouvrez ?

- Navrée à mon tour Mr J, mais j'ai… un petit empêchement qui m'oblige à remettre notre rendez-vous à plus tard.

- Quoi ? Vous vous fichez de moi ? Je n'ai pas fait tout ce chemin pour me faire décommander par une p… BIP. »

Belle se détourna du visiophone pour constater que l'homme au long manteau avait disparu. Elle faillit jurer quand elle le remarqua dans la cuisine. Il remplissait la théière d'eau. Elle s'appuya contre le chambranle, l'observant préparer minutieusement le thé. « Je n'ai pas l'habitude de me servir moi-même, ni non plus de préparer quoi que ce soit, dit-il tout en s'affairant, mais j'ai senti que j'en avais besoin.

- Vous ne voulez pas un bon verre de vodka à la place ?

- Non merci. L'alcool n'est pas conforme aux attentes de mon système digestif. »

Elle sourit à cette réplique incongrue et estima qu'il était temps qu'elle aille se changer. Elle revint cinq minutes plus tard vêtue d'un sweat-shirt gris et d'un short qu'elle savait d'une coupe assez sage (ce qui voulait dire qu'il ne remontait pas trop haut). Elle s'assit sur la chaise juste en face de celle où il s'était assis entre-temps. D'une main, il glissa vers elle une tasse fumante qu'elle toucha du bout des doigts. « Je vous ai dit mon nom. Pourquoi pas me donner le vôtre ?

- Ce que vous m'avez donné n'est pas un nom. »

Il but une gorgée. Elle fit de même, hésitante, puis constata que le thé avait un goût merveilleux. « Je ne suis pas censée dire mon véritable nom à un parfait inconnu…

- Soit. Je suis le Docteur. »