« Je ne peux pas rester. De vieux souvenirs reviennent me hanter et je n'ai pas envie de les laisser faire, dit le Docteur en se levant.
- Attendez ! »
Hannah se leva à son tour et tenta de lui barrer encore une fois le chemin. Mais il fut plus rapide et il arrivait près de la porte d'entrée quand elle lança, désespérée : « Je veux tout savoir d'elle ! ». Il resta de dos, une main sur la poignée de la porte. « Je sais que ça vous fait mal de revivre certains souvenirs, continua-t-elle tout en se rapprochant lentement, mais parfois c'est le seul moyen d'aller de l'avant. Je peux être votre confidente. Même si ce n'est pas sur un oreiller…
- Écouter ce que j'ai à dire est un risque. Il y a toujours des risques, quel que soit ce que je dis ou ce que je fais. Je vis avec, c'est mon fardeau. Ca ne devrait pas être le vôtre.
- Mais je l'accepte ! Je vais peut-être avoir du mal à tout comprendre ou à tout assimiler, je vais peut-être avoir envie de vous rire au nez ou je vais peut-être vous prendre pour un fou… »
Il pivota vers elle. « Je tiens quand même, malgré les risques ou les enjeux, à vous écouter. Vous semblez être de ceux qui n'osent pas dire les choses de peur d'être rejeté. Je sais ce que ça fait. » Elle se tenait désormais à un mètre à peine de lui et sa main vint caresser la manche de son manteau en un geste hésitant. « C'est vrai. Je ne suis pas parfaite. Le métier que je pratique dégoûte la plupart des gens. Je m'assume pourtant, ce que vous aussi vous devriez faire.
- Qui vous dit que ce n'est pas le cas ?
- Je sens que la solitude est votre unique compagne. Alors vous n'osez pas, vous restez fidèle à vous-même malgré le monde qui change…
- Le monde change, effectivement. Moi non. Est-ce si terrible ?
- Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire… Je veux simplement que vous vous sentiez en confiance avec moi. Vous aviez confiance en Rose, n'est-ce pas ?
- Oui. »
Il se rapprocha d'elle et son visage ne fut plus qu'à quelques centimètres du sien. « Mais vous n'êtes pas Rose. » Elle haussa les épaules. « Alors je serai Hannah. » Il lâcha lentement la poignée de la porte. Elle en profita pour le prendre par un bras afin de l'emmener dans le salon. Là, ils s'assirent tous deux sur le canapé. « Je ne sais pas si c'est une bonne chose, dit-il tout en regardant autour de lui. À la fin de cette conversation, je partirai, parce que je le dois, et je vous laisserai. C'est vraiment ce que vous voulez ?
- Les hommes vont et viennent dans ma vie, vous savez, tenta-t-elle de plaisanter.
- Chère Hannah Baxter, vous n'hésitez pas à dire ce que vous pensez, n'est-ce pas ?
- Parfaitement ! Et on m'apprécie ou on me déteste à cause de ça. »
Il secoua la tête et elle lui jeta un regard interrogateur. « Je crois que j'ai fait fausse route.
- Ah ?
- Vous lui ressemblez. Vous avez évidemment votre propre personnalité mais il y a quand même des traits de similitudes entre vous. Pas seulement physiques. »
Enfin son sourire se fit plus joyeux, rendant Hannah toute chose. N'y tenant plus, elle avança une main vers lui et lui caressa la joue. Avec lui, il n'était pas question de relations charnelles mais en même temps elle avait ce besoin de le rassurer, de lui montrer qu'on pouvait l'aimer pas seulement avec les mots. Il se laissa faire une minute, puis prit la main d'Hannah dans la sienne pour la retirer. « Pourquoi avez-vous peur, Docteur ? chuchota-t-elle en se rapprochant lentement vers lui.
- Je n'ai peur de rien.
- Admettez-le, je vous en prie. Tout le monde a ses peurs, et les vôtres sont liées à votre solitude. Laissez-moi vous aider… »
Sa main glissa sur la jambe du Docteur qui l'avait relevée sur l'autre. Il ne disait rien mais une certaine tension avait envahi toute sa personne. Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit à la volée et un jeune homme apparut dans le couloir, une main sur les yeux et une autre tenant une bouteille de vin devant lui. « Hey, Hannah ! Je me fiche que tu sois avec un client, je viens t'annoncer une super nouv…
- Ben ! »
