« Vous n'êtes pas contente de me voir ?

- Evidemment que je le suis.

- Votre absence de sourire me dit le contraire.

- Parfois les sourires ne suffisent pas. J'avais cru comprendre que vous étiez de ceux qui lisent dans les gens. Du moins, vous m'avez fait cette impression.

- Vous vous trompez. Je suis comme tout le monde. J'apprends à connaître quelqu'un petit à petit, en le côtoyant. »

Elle regarda de nouveau devant elle. « Mais moi, vous me connaissez.

- Non, Hannah.

- Je lui ressemble. À tous points de vue. C'est vous qui me l'avez dit.

- Hannah… »

Il posa une main sur son bras et le pressa légèrement. « Chaque être humain est unique. Même si vous êtes l'incarnation d'un univers parallèle qui ressemble à Rose. Vous n'êtes pas elle, vous êtes Hannah.

- Mais j'aimerais être elle ! »

Des larmes coulèrent sur ses joues, elle ne pouvait l'en empêcher, ni faire autrement. Elle n'avait pas compris pourquoi il avait parlé 'd'univers parallèle' mais pour l'heure elle s'en fichait. « À chaque fois que je croise votre regard, un regard d'un autre temps, je vois cette flamme briller dans vos yeux dès que nous l'évoquons. À l'instant même, vous pensez à elle, vos yeux crépitent d'un amour immense ! Aucun homme sur cette planète ne peut aimer comme vous le faites. Ni aucune femme. »

Elle baissa la tête et se coula doucement vers son épaule. Il ne bougea pas, pressant toujours son bras dans sa main. « Votre amour transcende l'univers, il est vrai, il est pur. Il est peut-être éternel.

- Pourquoi voulez-vous être Rose ? »

Il fit tourner son visage vers lui. « Vous êtes parfaite telle que vous êtes, Hannah Baxter. Vous avez vos défauts, vos qualités. Personne ne vous demande d'être quelqu'un d'autre, et certainement pas moi. »

La jeune femme, l'esprit chamboulé par les mots du Docteur, glissa son visage vers le sien et l'embrassa doucement. Elle n'avait pas réfléchi à ce geste et ne le ferait pas. C'était comme si elle embrassait pour la première fois alors qu'elle avait passé maître dans l'art du baiser. Mais le baiser est quelque chose d'intime qu'elle partageait très rarement avec ses clients. Embrasser, ce n'est pas comme faire l'amour. C'est un acte de tendresse significatif. La preuve d'un réel amour. Du moins, c'est ce qu'elle croyait. Tout à coup, se rendant finalement compte de ce qu'elle faisait, Hannah se détacha du Docteur et baissa la tête, terriblement gênée. « P… Pardon… C'était inconvenant et je… ». Un doigt se glissa sous son menton pour l'inciter à relever son visage. Des lèvres se posèrent sur les siennes, délicatement, comme pour ne pas l'effrayer. Le plus étrange, c'est qu'elle ne l'était pas.

Le parapluie s'envola. Le Docteur avait mis ses bras autour de sa taille et la tenait fermement contre lui. Hannah, elle, avait posé une main sur sa nuque. La pluie ne cessait pas. Au contraire, elle semblait augmenter en intensité au fur et à mesure qu'ils restaient enlacés. Leurs lèvres se détachèrent finalement. Le Docteur caressa tendrement le visage trempé d'Hannah de ses longs doigts fins. Même à travers les gouttes d'eau qui s'écoulaient sur sa propre figure, la jeune femme y discerna une larme, brillant d'une clarté bien différente que les gouttes de pluie. « Je peux parfois me contredire, dit le Docteur avant qu'elle ne fasse une remarque. Mais… Vous voir ainsi, avec son visage, sa gentillesse et sa bienveillance, je ne peux pas m'empêcher de croire que vous êtes elle… Elle n'est plus là, vous savez ? Elle n'est plus là ». Un petit rire étranglé sortit de sa gorge alors qu'il baissait la tête. « Elle me manque tellement ».

Hannah le serra très fort dans ses bras. Elle sentait ses sanglots, elle sentait sa peine envahir tout son être, et tout ce qu'elle pouvait faire, c'était lui donner cette affection qu'il ne pourrait jamais partager avec Rose.


Je me demande bien moi-même ce qui pourrait se passer maintenant. Ca dépend aussi de vous et de la façon dont vous percevez cette petite fic. Pour moi, c'est juste l'histoire d'un homme qui se sent très seul et qui peut bien, de temps en temps, montrer son humanité. Il n'est pas de notre espèce, et pourtant c'est le plus humain d'entre les humains.