Le jeune lapin jubilait. L'air dans ses cheveux, la lumière du jour, les gens… Tout était merveilleux. Il avança sur les écailles de truites qui pavaient les rues, leurs donnant une légère et agréable odeur de bord de mer. Il salua quelques lampadaires, il les connaissait car leurs cousins travaillaient pour lui, dans son terrier. La rue était presque déserte. Les arbres n'étaient plus à leurs places, ils avaient profité du manque de monde pour jouer au volley. Mis à part ce désagrément, presque rien ne venait gâcher la symétrie de la rue. A part la rue. Qui s'était mise à danser sans raison. Les écailles remuaient joyeusement, tout en crissant comme des violons maniés par une armée de Tortemoques. Il sourit. A croire que ça lui avait manqué. Il avança sur les conques au sol, en se dirigeant vers la gare. Le changement de rythme du battement régulier de sa trotteuse l'interpella.
-Que se passe t-il ?
Le rongeur écarquilla les yeux.
-Hn ?! D-déjà treize heures soixante-quinze ?!
Mon dieu… Pourquoi fallait-il toujours qu'il oublie les choses importantes… ? Il se met à courir sur les écailles qui avaient changées de couleur, désormais d'un womblat profond. Ses talons hauts claquaient sur leur surface presque métallique. Il était essoufflé. Heureusement que sa montre était là ! Il aurait pu continuer à flâner et en oublier son train. Oublier… Encore… Mais bon, pas de temps pour ces états d'âme digne d'une adolescente. Il était pressé ! En cours de route, il tomba sur un Traguïste-à-pois, qu'il monta immédiatement. Ces bovidés pouvaient s'avérer très rapides. Il remercia en pensées la luciole qui lui avait donné des cours d'équitation, quand il n'était qu'un lapereau, et partit au galop vers la gare. Il n'avait pas une seconde à perdre.
_...-***^^Ô^^***-..._
-On est arrivés, Darling…
-Hn… ?
Arthur se réveilla doucement. Combien de temps avait il dormi ? Il ne se souvenait plus. Il ouvrit les yeux et regarda autour de lui. Oh non… La résidence secondaire des Bonnefoy, pas très loin de Londres. Il avait pourtant essayé d'oublier cette pierre blanche, ce jardin à la française, et surtout ces maudis rosiers rouges. Sa mère descendit avec élégance du véhicule, en faisant claquer ses talons sur les dalles qui émergeaient joliment du gravier. Le jeune anglais entendit quelques notes de musiques au loin. Sans doute une valse. Arthur décréta qu'il détestait la valse et tout ce qui s'en rapprochais à partir de maintenant. De toute façon, il détestait ce genre de fêtes. Et ce genre de gens. Mais surtout, il détestait Francis. Il soupira.
-Voyons, Arthur… Tiens-toi droit, au moins…
Rien que pour ça, il se plia un peu plus. C'était de sa faute s'il se retrouvait ici maintenant ! Il soupira.
-…Pourquoi est-ce que tu m'as trainé ici ?
-Tu commence à devenir familier, Darling.
Il leva les yeux au ciel. Les joies d'avoir une mère à cheval sur les bonnes manières… Il prit son plus beau ton de premier de la classe pour lui reposer la question.
-Pourquoi, ô mère adorée, m'avez-vous amené ici ?
-Ce que ton petit copain avait tellement envie de te voir…
Arthur sursauta.
-Quoi ?! C'est pas mon petit copain ! On sort pas ensemble !
-Je voulais dire… Vous êtes encore petit, et vous êtes amis… Et par ailleurs, surveille ton langage, Arthur.
Le jeune Kirkland se calma un peu et murmura un « sorry » entre ses moustaches inexistantes. La journée s'annonçait longue…
