Ça faisait une semaine maintenant, et il était clair que les essais de Kíli afin de domestiquer l'animal étaient infructueux. En fait, la violence avait même augmenté. En plus de ronger le poignet de Kíli, la petite terreur avait récemment égratigné tout son torse et lui avait griffé la joue. Il ne l'avait même plus laissée sortir de sa cage depuis.

« J'ai juste besoin d'un peu plus de temps », fit Kíli.

« Tu vas le regretter quand tu seras en train de baver de la mousse à cause de ses maladies. Souvient toi de mes mots. »

Kíli jeta un regard préoccupé aux morsures sur son poignet.

« Vous êtes là, les p'tits gars », fit une voix. Les deux se tournèrent pour repérer un Bofur les saluant de la main depuis le pas de sa porte. « Juste à l'heure pour le thé. Je vais mettre la bouilloire à chauffer. » Avec un clin d'œil, il recula à l'intérieur.

Kíli s'agrippa au devant de la tunique de son frère. « Qu'est-ce qu'il fait ? Est-ce qu'il veut qu'on rentre ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Shh, il va peut-être t'entendre. Reste clame. C'est un ami à Thorin. »

Bofur réapparut à la porte et sortit. « Ne soyez pas timides ! Bombur vient juste de faire une fournée de gâteaux et ils ne vont pas se manger tout seuls. » Il se pencha vers eux et Kíli ne put s'empêcher de laisser échapper un gémissement quand le coin du chapeau lui effleura les cheveux. « En fait, » murmura Bofur, « mon frère pourrait manger tout le plateau en une bouchée, mais ce n'est pas la question. » Avec un autre clin d'œil et une tape dans le dos, un peu trop basse au gout de Kíli, il poussa les deux à l'intérieur de la maison.

Plus bas dans la rue, Thorin était sur le chemin du retour, tentant d'associer tous ses indices ensemble et se demandant s'il devait prendre sa pipe pour ça, une pipe ayant l'air d'aller à un détective. Il était évident que les garçons couvraient quelqu'un, et ce quelqu'un avait une assez grande rancune envers Kíli pour le brutaliser mais également pour intimider Fíli et le garder silencieux à ce sujet. Ce qui pourrait avoir du sens s'il s'agissait d'un nain plus vieux… vraisemblablement…

Et puis juste à ce moment, il repéra les garçons se faisant pousser dans la maison de Bofur par ce dernier. Thorin s'arrêta.

Bofur… bien sûr ! Kíli avait trébuché pendant la course, tombant sur le vieux nain et le faisant perdre ! « Le mobile ! » gronda Thorin, caressant sa barbe.

A l'intérieur, Fíli ne cessait de lancer des regards d'avertissement vers son frère alors que ce dernier continuait à faire des bruits. Ils s'assirent à une table pendant que Bofur préparait leurs tasses de thé. Ils pouvaient entendre Bombur ronfler dans la chambre à côté.

Kíli fit un sifflement pour attirer l'attention de son frère. Le plus vieux se pencha et le brun murmura dans son oreille, « tu ne crois pas que Bombur ronfle un peu trop fort ? »

Fíli fronça les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Je crois qu'il a été drogué », continua le cadet avec un regard inquiet sur le dos de Bofur qui fredonnait. « Pour qu'il ne soit pas témoin de notre assassinat. Il est en train d'empoisonner nos tasses, j'en suis sûr ! »

Le blond lui donna un coup de coude pour le faire taire alors que Bofur revenait vers eux avec le service à thé et un sourire. Il leur versa à chacun une tasse et Kíli le regarda faire, muet d'horreur. « N'est-ce pas agréable ? » demanda Bofur. « Ça faisait quelques temps déjà que je voulais faire ça, les p'tits gars. »

Fíli eut un sourire forcé et plaça un biscuit sur son assiette au nom de la bienséance. Puis Bofur tira sa chaise vers lui pour s'asseoir et un bout du chapeau frôla la joue du brun par accident, qui couina.

« Oh ! » rit Bofur. « On est nerveux le petit, hein ? » Il cligna de l'œil vers Fíli, qui fronça un sourcil même s'il sourit.

Kíli se calma et se tourna doucement vers le vieux nain. « Petit ? »

Fíli se pinça l'arête du nez, murmurant « Oh non… »

« Voui », dit Bofur, prenant une bouchée d'un gâteau. « Il n'y a rien de honteux, mon garçon. Nous les nains sommes de toutes tailles et de toutes formes. » Il cligna encore une fois de l'œil, et cette fois ci Fíli se redressa, se souciant de l'honneur de son frère qu'il aurait peut-être à défendre.

« Je suis plus grand que vous », marmonna Kíli.

« Que tu es, mon garçon, que tu es. En fait c'est pour ça que je voulais vous parler à tous les deux. » Ses yeux sombres se posèrent sur Fíli. « Je sais à quel point tu voulais gagner cette course, et je voulais juste vous dire que j'aurais aimé que les choses tournent différemment. Vraiment. »

Il leur offrit à tous les deux un sourire sous sa moustache en guidon et Kíli lança à son frère un regard qu'il dut croire discret mais qui lui donna juste l'air d'avoir reniflé quelque chose de très désagréable.

« C'est… » commença Fíli, les yeux toujours rivés sur son frère. Il continua en souriant vers leur hôte. « Très gentil de votre part. N'est-ce pas Kíli ? »

Kíli était préoccupé par Bofur plaçant un biscuit sur son assiette. Le jeune nain resta fixer le biscuit duquel sortait un cheveu de la barbe rouge de Bombur.

« Ne soyez pas timides maintenant », fit Bofur pour les encourager. « Servez-vous. »

« Ils sont délicieux », mentit Fíli puisqu'il n'en avait pas encore pris une bouchée.

« Je suis sûr que tu aurais gagné cette course », dit Bofur en souriant vers Kíli. « Si seulement je n'avais pas été sur ton chemin… mais tu sais ça valait le coup au final. Tu ne peux pas savoir depuis combien de temps je voulais t'attraper et – »

Fíli et Kíli avaient tous les deux le visage figé d'horreur quand Bofur fut interrompu par des coups sur la porte.

« Qui ça pourrait bien être à cette heure ? » demanda Bofur. Se levant, il se dirigea vers la porte et Fíli attrapa son frère par l'épaule pour l'empêcher de se faire la malle par la fenêtre pendant ce temps-là.

« Je suis désolé – l'attraper et puis quoi ? » demanda Fíli.

« Oh. » Bofur fit une pause devant la porte. « L'inviter à prendre le thé, bien sûr. » Il sourit puis ouvrit la porte alors que l'ainé forçait son cadet à se rasseoir au fond de son siège.

Le nain à la porte ressemblait étrangement à leur oncle, à ceci près qu'il avait une barbe grise et qu'il portait un chapeau à carreaux ainsi qu'un monocle sur un œil.

« Je vous en prie, entrez », fit Bofur, se décalant pour lui laisser le passage.

« Joli endroit que celui-ci. » Le mystérieux nain tira sur sa pipe. « Je suis Détective – »

« Prenez un siège Thorin, et servez-vous », continua Bofur, tirant une chaise.

« Flûte ! » siffla Thorin avant de s'affaler sur un fauteuil. Kíli et Fíli arboraient la même expression choquée sur leur visage tout en regardant leur oncle ajuster son lorgnon et gratter sa fausse barbe.

« Thorin… » commença doucement Kíli, et en voyant la coupure sur le visage du plus jeune, Thorin se souvint pourquoi il était là et bondit de sa chaise. Malheureusement, Bofur était en train de se pencher au-dessus de lui pour servir au roi une tasse de thé et l'épaule de ce dernier lui frappa la main, le faisant renverser le thé brulant sur son invité.

Thorin cria, ce qui fit que Bofur cria, ce qui fit tomber son chapeau. La vue de Bofur sans chapeau fit crier Kíli. Bombur se dandina jusqu'à la porte pour voir ce qu'était toute cette agitation, et Kíli s'arrêta de crier.

« Il porte un pyjama », dit-il plus tard à Fíli alors qu'ils se dirigeaient vers la porte. « Un vrai pyjama. Qui en fabrique de si grands ? »

« Quelqu'un de plus talentueux que toi » reprocha Thorin en passant à côté d'eux, laissant de côté sa barbe tachée de thé et son chapeau.

Une fois rentrés chez eux, Kíli regardait tristement Mr. Snunkles. Thorin plissa les yeux et s'agenouilla pour être à son niveau. « Depuis tout ce temps… tu étais malmené par un rongeur ? Il pourrait être un lapin. »

« C'est ce que je lui ai dit », fit Fíli, croisant les bras sur son torse d'un air important.

« Il pourrait être le dernier de son espèce », répondit Kíli avec une voix brisée. « Tu ne peux pas le tuer. Il ne voulait pas me faire de mal. Il est juste… enthousiaste. »

Thorin haussa un sourcil brulé envers son neveu. « Normalement, je devrais t'ignorer et le décapiter ici et maintenant. Mais il se trouve que… j'admire ta compassion. »

Kíli gigota, lançant un regard à son frère comme s'il pensait que son oncle se moquait de lui.

« Si c'est vraiment ce que tu veux, Kíli » continua Thorin, posant une main sur l'épaule de son neveu, « alors on va le relâcher dans la nature. »

Kíli sourit puis se pencha vers son animal. « Tu as entendu Mr. Snunkles ? Tu vas survivre ! » La créature couina puis tenta de lui arracher le bout du nez.

Une heure plus tard, Fíli et Kíli attendaient leur oncle près du ruisseau. Ils venaient juste de relâcher Mr. Snunkles où ils l'avaient trouvé une semaine plus tôt. Kíli avait les larmes aux yeux, même si Fíli ne pouvait dire si c'était dû aux adieux de son petit compagnon à poil ou à la douleur que lui procurait sa blessure au nez.

« D'un bon côté », proposa le blond, « peut être que ça va faire guérir ton nez bizarrement et il semblera plus grand. »

Kíli eut un regard froid vers son frère.

Thorin s'approcha d'eux en sortant des buissons où il avait disparu peu de temps auparavant. « C'est bon. On y va ? »

« Où étiez-vous ? » demanda Kíli sur le chemin du retour.

« L'appel de la nature », répondit Thorin.

Kíli soupira et ne remarqua pas son frère qui ralentit pour se mettre au niveau de son oncle. « Appel de la nature ? » murmura-t-il.

Thorin haussa les épaules.

« Vous l'avez tué, hein ? »

Thorin eut un sourire en coin. « On va juste dire que Mr. Snunkles a snunkeler une dernière fois. »

Fíli eut un petit rire et tapota l'épaule de son oncle avant de trottiner pour rattraper son petit frère. Thorin sourit en regardant ses neveux jouer à se buter les épaules devant lui dans la lueur du soleil couchant.

Pendant ce temps-là, quelques pieds derrière eux, un rongeur non identifié couina puis guérit mystérieusement, pour aller mordre la vie à pleines dents ailleurs.


J'espère que ça vous a plu. Merci d'avoir lu jusqu'au bout :)