La partie II n'a pas de grand intérêt "artistique" si j'ose dire... C'est une écriture assez simple et descriptive, mais j'espère que ça trouvera un minimum d'intérêt et de distraction pour vous.


Orpheus Variations : Closer (Partie II)

Moscou, Prague, Paris, Bristol, New-York. Mon père et moi avions beaucoup déménagé en seize ans de vie commune, chaque nouvelle ville était un haut lieu social, mais aussi de culture. C'est en grande partie à cause de cette affiliation aux cités vivantes - ayant une influence sur le cours de la vie culturelle mondiale, entre la capitale culturelle de l'Europe, la cité de la tour de fer et la ville qui ne dort jamais – que je suis tombé dénue lorsque Satan m'appris que nous allions vivre dans un village perdu au milieu de South Park. Aujourd'hui encore, après trois mois dans cet endroit, je ne comprends pas encore toutes les raisons qui font que je sois ici. Cette lubie de mon père pour la campagne et l'hermétisme mondain est venu peu après sa prestation du Dementia Orchestra, à New York, comme s'il désirait fuir la société pompeuse et fardé, afin de se ressourcer là où les habitants ressemblait plus à des attardés, voir pire des gens normaux ! Mais j'ai vite compris que la normalité n'était pas chose aisé, même dans les petits patelins de rien du tout. L'ascendance pathologique ici était nettement mis en valeur, et en faire le tour n'en serais pas des plus inutile tellement les gens avaient leurs vices et leurs démences. Cependant il faudrait épiloguer longuement pour pouvoir, ne serais-ce qu'esquisser les traits de leurs caractères. Même les ados de mon âge semble bourré de tare, au moins j'ai la sensation de ne pas faire trop tâche dans le paysage, une étrangeté en plus ne fait pas la différence dans un cirque de monstre.

Aujourd'hui c'était la rentrée des classes. Pour pallier à ce besoin de « normalité » mon père m'avait fait inscrire en tant qu'interne dans un lycée de la ville non loin de Denver. Me voilà à six heures du matin, entrain d'attendre le bus devant l'arrêt le plus proche du palace qu'était ma maison – oui de la « normalité » d'accord! mais avec le confort du luxe, évidement. J'étais habillé en noir de la tête au pied: écharpe, veste de cuire, baggy à chaîne. Le vent glacé brusquait les plumes de mon crâne, faisant comme un corbeau perdu entre les bourrasques et les courants contraires. Quand le bus pointa le bout de son nez dans la chape nocturne, et lorsque je montai les quelques marches me séparant des sièges, j'eus la détestable surprise de voir un espace déjà bondé de jeunes garçons et de jeunes filles. Je fis un signe de main à mes récentes connaissances, un groupe de gothiques qui avaient investi les places du fond. J'allai pour les rejoindre quand mon regard fut perturbé par une tignasse blonde impeccablement lisse, une tête de poupon, un veston rouge et deux océans de verdure en guise d'yeux se reflétant sur la vitre qu'ils fixaient. J'avais la forte impression de connaître ce garçon, mais impossible de poser un nom sur son visage. Je balayai mes interrogations pour plus tard et fini par rejoindre mes camarades. Je plongeai mes brasiers dans les orbes de suie de l'un d'entre eux ayant des cheveux en bataille et une mèche rebelle rouge épinant le devant de sa tête.

- Evans, tu me laisses ta place ?

- Primo, c'est Red ! Secundo, la politesse tu connais ? Tertio, va te faire foutre.

- Tu veux vraiment m'obliger à insister ?

- Pfff… t'fais chier.

Sans plus de résistance, Red me laissa sa place à côté de la fenêtre. La bande avait vite compris qu'il valait mieux me juger sur mon caractère sanguin et violent que sur mes tunes et mon statut de fils de bourge. A vrai dire, avant qu'on soit en situation amicale je leurs avais cassé la gueule lorsqu'ils avaient fait une réflexion déplacé à mon égard dans la rue. Allez savoir comment on pouvais s'entendre; le stéréotype relationnel sadomaso accroché au portrait du gothique lambda peut être… Inévitablement, dans ce même standard du gothique, sa discuta musique entre Evans, Ethan, Lilian et Henrietta (1), mais ce matin je n'avais guère la présence d'esprit pour participer à cette conversation rutilante. Mes courtes heures de sommeil me rattrapaient et je décidai de prendre la longueur du trajet pour me remettre. Je posai ma tête contre la vitre froide, fermai les paupières et me laissai porter par le bruissement des débats adolescents et le vrombissement du moteur.


Une fois arrivé, les choses se firent et s'enchainèrent très vite. Le discours d'entré, la distribution des classes. Je me retrouvais seul avec Evans dans une classe de seconde année, Ethan et Henrietta étant d'un an nos ainés, et Lilian (2) d'un an notre cadet. Nous nous installâmes bien au fond de la classe, qui semblait déjà être bien fourni en perturbateur, et nous attendîmes les explications réglementaires de chaque début d'année de la part de notre professeur référent.

Je reconnu le blond du bus lorsqu'il entra dans la classe et alla s'installer dans les premier rangs – il a une tête de premier de la classe, pas étonnant. Avant qu'il s'asseye, son regard se perdis un instant dans le mien, comme surpris d'un non-sens, un comportement qui d'ailleurs était assez similaire au mien dans le bus. Finalement le professeur entra, et il dû cesser son matraquage oculaire pour retourner son attention à la verve du quinquagénaire plein de science qui se donnait en spectacle devant la classe avec son vocable spécialisé de pédagogue désabusé. Soudain Red brisa mon chemin de penser sur l'éducation d'aujourd'hui :

- T'as vu comment le blondinet de devant te reluquais ? Tu lui as tapé dans l'œil ? Haha…

- Si c'est un jeu de mot traduisant à la fois la tendance homosexuel, et la violence sur autrui, c'est vraiment de mauvais goût Red. Plus sérieusement je pense qu'il me connaît, et j'ai, moi aussi, l'impression de le connaître mais impossible de me souvenir d'où et de qui il est.

- Bah… le prof va bien finir par faire l'appel, tu vas pouvoir connaître le prénom de ton bel inconnu.

- Je ne relève plus tes insinuations vaseuses.

Ceci dit, la remarque d'Evans sur la liste d'appel me fit grossir une boule d'impatience dans le ventre. Je n'aime pas avoir des pertes de mémoire, j'exècre les lendemains de cuite pour cette seule et unique raison. Après dix minutes de palabre en tout genre, le professeur se décida enfin à pointer les présents et s'assurer du contenu de sa liste. Bien évidement je ne portai aucunement attention à l'énumération des noms et prénoms, mon regard fusillait le dos du blond en l'attente de l'instant où il lèvera la main pour marquer sa présence. Et quand vint ce moment, son patronyme résonna dans mon esprit comme une brique lancé dans un lac : Philippe Pirrup, le fils d'entrepreneur de New-York qui avait assisté au récital de mon père. J'avais les yeux ronds comme des billes. Je sentis Red me faire des coups de coudes, je ne réagis qu'au bout de quelque seconde, j'entendis alors le professeur rappeler mon nom, l'air scrutateur. Je levai la main.

- Présent.

- Et bien jeune homme, j'attends de vous plus de réactivité à l'avenir.

Je remarquai quelque regard surpris, certain des élèves devaient avoir une vague idée de la notoriété de mon père et devait être déjà admirateur de savoir le fils d'une célébrité dans leur classe. Mais ce qui retint mon attention fut évidement le regard de Philippe qui c'était retourné de sa chaise et me fixait maintenant, un léger sourire aux lèvres. Sans vraiment réfléchir je lui souris à mon tour. Il se retourna.

- Alors ? s'empressa de me demander Red ayant vu le manège se jouer.

- Ô… une vague connaissance lors d'un évènement de bourge.

- Arf ! Encore un gosse de riche, quelle poisse !

- Apparemment.


Lorsque vint l'heure de la pause je quittai Evans et les autres qui nous avaient rejoints, pour partir à la recherche de ma tête blonde. Ce ne fut pas quelque chose de très difficile, même de part l'opacité de la foule d'élève qui évoluait dans la cour extérieure; il faut dire qu'ils ne sont pas nombreux les garçons avec un veston rouge et un bob anglais. Il semblait que son allure « étrange », sa mine efféminé, et son attitude un peu snobe lui attirait déjà des ennuis. Trois élèves, ou plutôt un berger et ses deux moutons lui cherchaient des noises. Je respirai un bon coup, essayant de calmer le coup de sang qui pulser dans mon corps et m'approchai dans leur dos, je tapai l'épaule de ce qui paraissait être le leader, un costaud habillé façon bucheron.

- Qu'est-ce t'as ? T'as un problème ?

- Non, c'est toi qui cherche un problème, alors tu vas laisser le british tranquille et t'entretenir avec moi si vraiment t'as envi de te bagarrer.

La tension était déjà bien présente. Mon vis-à-vis n'était apparemment pas qu'un tas de muscle sans cervelle, il réfléchit, observa mon attitude, mon assurance, pesa le pour et le contre : se retrouver déjà avec des heures de colle à la rentrée n'était pas le mieux à faire. Il me regarda dédaigneusement, cracha à mes pieds, puis intima à ses valets de le suivre plus loin. Je respirai à nouveau un grand coup et reporta mon attention sur Philippe.

- Merci Damien.

- 'y a pas de quoi. Dis moi, qu'est-ce qu'un gosse de riche fait dans une école de seconde zone ?

- Je pourrais te retournais la question, je ne m'attendais plus à te revoir depuis New-York. A vrai dire, j'ai décidé, en commun accord avec mon père, d'aller vivre avec ma mère dans un village du coin rattaché à Denver. J'en avais assez de la ville.

- Je vois… moi c'est mon père qui a voulu se perdre dans un coin pommé.

- Tu fais… très différent dans cet accoutrement, même ta façon de parler fait plus rustre.

- Je te retourne le compliment sauf pour la manière de parler tu as toujours un balai coincer dans le cul.

- Charmant.

- Plus sérieusement, il te voulait quoi l'autre tas de muscle ?

- J'en sais rien sans doute me menacer et faire de moi sa petite chose chétive qu'il peut maltraiter.

- Je vois, t'aurais intérêt à pas trainer tout seul, si tu veux t'immiscer dans la « bande » où je suis, se sera plus simple. Et puis, on aura tout le temps d'apprendre à ce connaître. Et d'ailleurs, c'est quel village où tu vis ?

- Pourquoi pas oui. La où je vis ? C'est South Park, il me semble.

- Foutu connerie, en plus de devoir te supporter en cours, je vais voir ta tête même en vacance ! Je suppose que t'es interne ?

- En effet.

- C'est bien ma vaine, avec un peu plus de chance, on est dans la même chambre…

- Si ça t'es trop difficile de me supporter alors pourquoi m'accepter dans ta bande ?

- Ô calme ! L'humour et le sarcasme tu connais ? Va falloir t'y habituer. Aller vient l'British.

Je l'enjoignis à me suivre afin qu'il fasse connaissance avec cette bande dite « d'anticonformistes ». Bien évidement l'accueil ne fut pas rempli d'effusion de bienvenue, c'était juste bref et maussade faut pas chercher d'avantage. « - Il veut être de la bande ? C'est cool. - Bon qu'est-ce qu'on fait ? - Red, tu me files une clope. » à quelque phrase monosyllabique prés, se fut a peu prés de ce genre.


(1) Goth Kids: Red (Evans), Curly (Ethan), Kinder (Lilian) et Henrietta

Je leurs ai toujours donné ces patronymes, je ne sais ce qu'il en ai vraiment.

(2) Je ne pense pas respecter la différence d'âge qui est suggéré dans South Park, notamment entre Lilian et les trois autres, il doit avoir plus d'un an de différence.