Chapitre 39

Je me remonte le moral avec des choco-BN et un verre de jus d'orange. Je soupçonne que le Coca n'aie pas droit de résidence au royaume des légumes, je n'en ai trouvé aucune trace lors de mes recherches. Les seules boissons sucrées présentes dans le frigo et dans la buanderie sont des jus de fruits, de l'eau aromatisée et du thé glacé. Autant dire que quand j'ai vu les bouteilles de thé glacés bien rangées sur l'une des étagères de la buanderie, je les ai mal regardées.

« Tu diras à Esmée de donner les bouteilles de thé glacé à des gens dans le besoin, je ne veux pas en voir une seule avant la fin de ma grossesse.

Edward, adossé contre le mur, face à moi acquiesce sans poser de question. Paul revient de son excursion WC et s'installe à côté de moi. J'ai l'impression d'un retour en arrière. Je n'aurais probablement jamais dû revenir, les loups seraient venus jusqu'ici. Qu'est-ce que ça aurait pu faire, de toute façon ? Paul pose sa main sur ma cuisse l'air de rien et ce geste simple me raccroche au fait que je suis protégée. Je regarde Paul, ses prunelles noires semblent sonder mon âme puis je regarde Edward qui me fixe avec sérieux, lui aussi. Oui, je suis protégée.

J'ai échappé à ce que Jake avait prévu, je suis en bonne santé, Bidule devrait l'être également, j'espère et s'il a été affecté par la drogue, ma magie lunaire l'aura probablement soigné en même temps que moi. Ça devrait être le cas ? Je soupire, mon regard se balade sur Edward devant moi. Edward avec qui j'ai un lien mystique immuable, nos sentiments ne disparaîtront donc jamais. Une chance que ce soit de lui dont je suis tombée amoureuse la première fois et non pas un autre gars qui aurait pu être un idiot. Je mange le dernier bout de mon sixième biscuit et reporte mon attention sur Paul.

« Tu n'es plus obligé de te transformer, maintenant. Vu que Billy est un gros connard suffisant et qu'il t'a banni, même s'il s'est rétracté. Je pense que ça te libère de tes obligations.

« Je vais quand même être obligé de le faire, réfute-t-il. Au moins une fois tous les trois mois.

Je fronce les sourcils.

« Le lien mystique, me rappelle-t-il. Tu l'as avec Edward, il ne vieillira pas, tu ne le feras donc pas non plus. Je ne peux pas vieillir si tu ne le fais pas.

« Je n'ai pas réalisé, avoué-je pensivement.

Je suis immortelle et coincée dans mes 17 ans tant qu'Edward est en vie. Aussi en vie qu'un vampire puisse l'être. Ça ouvre quelques perspectives et en ferme d'autres. Qui va embaucher une gamine de 17 ans à part des jobs d'étudiants ? Mon portable vibre dans ma poche, c'est Ophie :

OMG Bells, j'ai été invitée à une soirée. C'est la première fois que ça m'arrive, je suis trop contente. Bon... je sais que c'est probablement pour que j'y emmène Edward parce que les filles n'osent pas l'inviter mais si Eddy, Paul et toi venez avec moi, on pourrait bien s'amuser, non ? Et je pourrais savoir ce que ça fait de participer à une fête lycéenne.

Son message me ramène un peu sur Terre et me prouve que le monde continue de tourner malgré mes déboires. Elle ne sait bien sûr rien des derniers événements. Je ne pense pas lui révéler les choses, la grossesse, oui, bien sûr mais je vais éviter de lui parler de la merde dans laquelle j'ai été.

Tu profites de la popularité d'Eddy, à ce que je vois ! C'est où et quand ?

Samedi soir, 20h chez Tyler.

Ok, ça me va.

Trop cool, je demande à Paul et Eddy, on a qu'à se retrouver chez moi à 19h50, on aura le temps d'y aller à pied, en 10 minutes.

Je n'y connais rien en soirée lycéenne mais arriver à l'heure est, je pense, une mauvaise idée. Rejoignons-nous à 20h30 devant chez toi.

Oh, ok alors.

Edward est le prochain à recevoir un sms, suivi de près par Paul.

« Vous avez été invités à une soirée, je suis sûre.

« Tu fais concurrence à Alice, s'amuse Edward. J'en conclue que nous sommes tous les trois invités par Ophie ?

« Ouais, réponds-je. Tu n'as pas l'air enchanté ?

« Je n'ai jamais porté d'intérêt aux fêtes lycéennes, c'est juste plein de gens qui se saoulent dans le même espace. Aucun intérêt à fréquenter ces personnes.

« Ce que tu peux être snob, le taquiné-je.

Il me sourit.

« Une soirée tous les quatre serait plus intéressante, de mon avis, se justifie-t-il en haussant les épaules. Je sais que les filles qui l'ont invitées l'ont fait pour qu'Ophie m'invite, elles s'en foutent d'elle et ça me déplaît assez qu'elles lui fassent croire le contraire.

« Elle en est consciente, lui apprends-je, mais elle veut expérimenter une soirée lycéenne dans sa vie, tout de même. Je ne pense pas qu'elle ira si nous ne venons pas.

« Allons-y alors, si ça lui fait plaisir.

« Je dois aller aux toilettes, les préviens-je. Je reviens.

Je me lève et vais aux toilettes. Quand je reviens, je les entends discuter à voix basse alors je ralentis le pas pour ne pas faire de bruit et reste hors de vue.

« Je ne sais pas si on doit aborder le sujet pour savoir comment elle se sent, par rapport à... Jake, dit Paul. Ne pas en parler me semble une mauvaise solution, on ne peut pas vraiment laisser ça couver en espérant que tout aille bien.

« Faudra le faire dans un moment calme, plutôt quand vous serez seuls et faire en sorte qu'elle puisse facilement regarder ailleurs que vers toi, répond Edward.

« Je ne suis pas très doué pour ce genre de trucs, avoue Paul d'une voix contrite. Tu veux pas lui parler, toi ? Tu as réussi à trouver les mots quand elle a paniqué, l'autre fois.

« Bien sûr, je lui parlerai.

À chaque fois que je les laisse seuls, ils parlent de moi. Ils s'inquiètent, ce qui est normal, je m'inquiéterais aussi pour eux si les rôles avaient été inversés. Je recule pour faire genre de rien et fais en sorte d'arriver de façon innocente. Les deux sont debout, l'un près de l'autre et se tournent vers moi quand je descends le petit escalier de la cuisine.

« Il va falloir récupérer nos affaires, lancé-je. Et réfléchir à ce qu'on va faire de notre vie éternelle.

« Je peux me rendre à la réserve en loup pour aller chercher nos affaires, si tu veux ? J'ai aussi ma voiture à ramener donc je pourrais tout mettre dedans. Sauf s'il y a un truc que tu ne veux pas que je trouve dans tes affaires.

« Bof, tu as déjà manipulé pas mal de mes sous-vêtements, alors tu peux y aller. Il y a le journal de mon ancêtre dans le tiroir de ma table de chevet, je n'y tiens pas particulièrement mais je n'ai pas envie qu'ils le gardent. Sinon, tout le reste est dans l'armoire et ma brosse à dent électrique dans la salle de bain.

Paul hoche la tête, m'embrasse sur la joue et s'en va pour accomplir sa mission. Quand je reporte mon attention sur Eddy, il n'a plus le regard moqueur qu'il m'a lancé à la mention des manipulations de mes sous-vêtements par Paul.

« On va devoir squatter chez vous pendant un moment, le préviens-je. Tu es d'accord ? Et tu crois que tout le monde sera d'accord ?

« Bien sûr, tu fais officiellement partie de la famille puisque tu es enceintes de mon enfant.

« C'est le mien !

Il pouffe et m'attrape pour un câlin. Je ne sais pas si j'ai déjà noté le pouvoir réconfortant d'un câlin mais actuellement, j'en ressens vivement l'effet.

« Viens, on va s'installer dans le canap', murmure Edward.

C'est le moment, je crois, où je vais devoir parler, je me sens un peu nerveuse à cause de l'anticipation. Ça m'apprendra à écouter aux portes. Nous nous asseyons, le bras d'Edward se cale autour de mes épaules et il me rapproche, ma tête collée contre le creux de son épaule. Il ne commence pas à m'interroger, restant silencieux, ses doigts effleurent mon bras dans un va-et-vient hypnotisant. Nous restons ainsi un long moment, je ne saurais en évaluer la durée. 20, 30, 40 minutes ? Peu importe.

Ce n'est que lorsqu'il me sent détendue qu'il me demande comment je me sens. Alors je commence à lui parler de la perfidie de Jake, de ma colère d'avoir été dupée et d'avoir pensé que mes amis avaient pu me trahir et de mon manque d'intelligence sur le coup. Je lui parle de l'impression que j'ai eu d'avoir cru mourir et d'en avoir jeté la faute sur Bidule en pensant qu'il avalait mon sang, je lui confie avoir pensé que Bidule ne survivrait pas si je mourrais maintenant. Je lui parle de mes peurs quand j'ai compris que Jake m'avait droguée, peur pour le bébé et peur de ce que Jake allait me faire pour se transformer et devenir l'alpha comme il le pensait. Je lui confie mon dégoût quand il a posé sa main sur mon ventre, lui exprime ma colère parce que Jacob n'avait pas le droit de toucher à mon ventre, de poser la main sur Bidule.

Et puis je pleure, je pleure beaucoup et petit à petit, sous les paroles et les gestes réconfortants d'Edward, mes larmes se tarissent et je me calme. Ce n'est qu'alors que je me rends compte que Paul est assis sur le fauteuil, il a dû revenir pendant le plus gros de ma crise de larmes, il pose sur moi un regard protecteur, j'ai la sensation qu'il m'englobe comme le font les bras d'Edward et je me sens à nouveau en sécurité, maintenant.


Tyler habite un petit lotissement où toutes les maisons sont identiques mais ce n'est pas difficile de trouver laquelle est la sienne, une partie des invités sont plantés dans le jardin, un gobelet en plastique rouge à la main. Nous pénétrons à l'intérieur de l'habitat, Paul et moi suivons Ophie et Edward étant donné que nous ne sommes là que parce que nous sommes des invités d'invités.

Nous nous installons avec un groupe de filles qu'Ophie a choisi, je ne sais pas si son choix a été fait au hasard ou si ce sont les filles qui l'ont invitée.

« Ophélia, tu es là et tu as amené des amis, s'enjoue l'une d'elles.

Tout le monde se présente, voici donc Jessica, Elise et Cameron. Nous nous asseyons sur les coussins libres disposés en cercle pour en faire un coin de discussion. Les trois filles regardent Edward avec des yeux ébahis, c'est toujours troublant de voir l'effet qu'il a sur les filles.

« Vous parliez de quoi ? Lancé-je pour les ressusciter.

Elles sursautent presque en découvrant, qu'effectivement, Edward n'est pas le seul habitant de la planète.

« Cameron drague un gars sur Insta, révèle Jessica.

Celle-ci rougit ostensiblement.

« Depuis huit mois, ajoute Elise.

« Ça fait long, remarqué-je. N'es-tu pas trop subtile ?

« La meilleure arme d'une femme est la subtilité, argue-t-elle.

« La meilleure arme d'un homme est de ne pas comprendre ce genre de chose, contre-attaqué-je.

Elle me regarde, mi-amusée mi-inquiète puis hausse les épaules.

« Il est comment, d'ailleurs ? Demande Jessica.

« Gentil, grand, il fait 1m95 et il a de l'humour.

« Ça ne me dit pas s'il est beau.

« Ça n'a pas d'importance, lancé-je. Il fait presque deux mètres, je n'pense pas qu'elle verra son visage en vrai.

Heureusement que je suis là pour rendre les conversations intéressantes, n'empêche.

« Tu as une petite-amie ? Demande Jessica à Edward.

Elle l'a demandé si bas que j'ai presque dû lire sur ses lèvres pour déchiffrer sa question. Edward ne répond pas, faisant mine de ne pas avoir entendu. Il n'a pas de petite-amie mais il en voudrait bien une. Ophie, précisément. Il ne veut pas laisser croire à Jessica qu'elle a une chance mais il ne peut pas se protéger derrière une fausse petite-amie, cette fois. Il se tourne vers nous et lance :

« Nous devrions peut-être attraper à boire.

Une esquive habile de sa part, nous nous levons, les filles entament un geste pour se lever mais Edward leur annonce que nous revenons de suite, ce qui interrompt leurs mouvements. Nous nous dirigeons vers la cuisine, nous frayant un chemin parmi la foule qui s'est multipliée depuis notre arrivée.

« Edward ? L'interpelle une voix féminine, derrière nous.

Nous nous retournons tous et je suis surprise de découvrir la propriétaire de cette voix.

« Lauren ? Fait Edward, étonné. Qu'est-ce que tu fais là ?

Son ton est neutre, il ne veut pas montrer son agacement de la trouver ici mais je peux le voir parce que je connais ses mimiques quand il cherche à cacher ses émotions. Je reporte mon regard sur la vampire blonde qui lui sourit, amusée.

« J'habitais à Forks, j'ai fait mes deux premières années de lycée avec tout le monde ici, je suis toujours invitée aux fêtes de Tyler. Tu vas toujours au lycée ?

« Ouais, bien sûr. Je te laisse retrouver tes amis, je ne veux pas te retenir davantage.

Il coupe court à la conversation, probablement par peur qu'elle en dise trop devant Ophie qui suit la conversation avec un grand intérêt.

« Tu m'en veux toujours, vu comme tu essayes de te débarrasser de moi, dit-elle sur un ton de plaisanterie. Peu importe, Tanya est venue avec moi, elle voulait profiter de l'occasion pour m'accompagner afin de te trouver. Elle est sûrement en train d'écumer la ville à ta recherche.

Oh, merde, deux pétasses vampiriques à Forks. J'espère qu'elles ne comptent pas s'installer ici. Le regard de Lauren dévie sur moi et sur ma main entrelacée avec celle de Paul. Son sourire s'agrandit quand elle se rend compte que je ne suis plus avec Edward. Lauren sort son portable de son sac à main.

« Je vais prévenir Tanya que tu es là, elle sera contente de te revoir.

« S'il te plaît, non, demande-t-il.

Lauren fronce les sourcils.

« Pourquoi ? Tu devrais être impatient de la retrouver, non ? Vu qu'elle est ton âme-sœur.

Un silence pesant lui répond. Je reste interdite devant elle et je pense que la même stupéfaction envahit Edward. La fuite d'Ophélia nous sort de ce moment d'hébétude. Edward est partagé entre la rattraper et remettre la vérité en place.

« Tanya n'est pas mon âme-sœur, déclare-t-il sèchement.

Je passe ma main sur son bras pour lui signifier que je vais trouver Ophie, peu importe où elle est partie se cacher.

« Pourtant tu...

Je suis trop loin pour entendre le reste des paroles de Lauren. Paul est resté avec Edward, peut-être par peur que ça dégénère entre eux. Je pense qu'Ophie irait se cacher plutôt à l'extérieur alors je sors de la maison.

« Vous avez vu Ophélia ? Demandé-je au groupe resté à l'extérieur.

Deux d'entre eux pointent la direction dans laquelle ils l'ont vue partir. Je me précipite dans la direction indiquée en espérant qu'ils ne m'aient pas fait une sale blague car l'endroit est opposée à celle de sa maison. C'est normalement là que tu te sens en sécurité et là que je me serais réfugiée à sa place. Je cours et je vois sa silhouette assise près d'un étang, je la rejoins, elle a ses bras autour des ses jambes pliées devant elle, le regard perdu sur l'eau, admirant les reflets que le coucher de soleil parvient à créer. Elle se rend compte de ma présence lorsque je m'assois à ses côtés.

* Ma mère avait raison, signe-t-elle.

Ophie arbore un visage las et résigné.

« Ça dépend de ce qu'elle a dit.

* Je suis insignifiante, personne ne s'intéressera à moi.

Ophélia semble être dans un mal-être qui va au-delà d'apprendre que son crush a peut-être quelqu'un d'autre. Je me rappelle ce qu'elle a signé juste avant de se définir comme insignifiante. Comment ça "sa mère avait raison" ?

* Elle dit aussi qu'Edward se lassera vite de moi si je n'accélère pas les choses, comme Jacob l'a fait. Je suis nulle, Bells. Elle a raison. Pourquoi Edward s'intéresserait à moi ?

La mention de Jacob me comprime la poitrine mais j'éloigne les pensées et les émotions provoquées pour ne pas montrer que ça m'affecte.

« Pourquoi ne le ferait-il pas ? Contré-je. Je pense toujours ce que j'ai dit, le jour de ma fête chez toi. Tu es une personne merveilleuse et crois-moi, Edward est le premier à le voir.

* Mais la blonde a dit que l'autre fille était son âme-sœur. Ils sont en couple, non ? Je n'ai aucune chance.

« Tu n'as pas remarqué ?

* Quoi ?

« Tu lui plais excessivement. Tanya n'est pas son âme-sœur, je ne sais pas pourquoi Lauren a dit ça. Il ne l'aime pas, il la déteste. Tanya et Lauren étaient deux filles du trio qui le harcelait au foyer.

Les yeux d'Ophie s'arrondissent.

* Il ne l'aime vraiment pas, alors ? Ils ne sont pas ensemble ?

« Bien sûr que non, pouffé-je. Je pense qu'il préférerait crever.

Elle hoche doucement la tête et reporte son regard sur les deux canards qui nagent à la surface.

« Ta mère te dit souvent ce genre de chose ?

Elle a un mouvement de repli et je sens qu'elle hésite à me répondre mais finit par hocher la tête.

* Je n'aime pas trop m'attarder sur ce que ma mère me dit, j'essaye de ne pas la prendre en compte mais parfois, il y a des choses qui se produisent qui me font dire "c'est bien la preuve qu'elle a raison". Je pense que ma mère n'a plus voulu de moi à partir du moment où j'ai perdu la parole.

Je fronce les sourcils. Je pensais qu'elle était muette de naissance.

* J'ai eu une infection de la gorge à l'âge de cinq ans, j'ai littéralement été la première patiente de ma mère. Elle m'a eu pendant ses études de médecine et je suis tombée malade peu de temps après qu'elle aie été diplômée, elle m'avait diagnostiquée une simple pharyngite mais c'était plus grave que ça. L'infection s'est propagée et a abîmé mes cordes vocales, ma voix devenait de plus en plus essoufflée jusqu'à ce que je ne puisse plus faire aucun son avec. Je suppose que tout ce qu'elle voit en me regardant, c'est son échec.

« Je suis navrée que ta mère soit une telle idiote et tout ce qu'elle dit est faux, bien entendu. Si tu as besoin, je sais très bien rentrer dans les gens mais je ne voudrais pas empirer les choses alors ce n'est peut-être pas une bonne idée.

Elle me sourit d'un sourire qui ne dure pas longtemps.

« Maintenant, enlève-toi ça de la tête. Tu es la fille la plus géniale que je connaisse. Tu es importante, ne pense pas qu'Edward serait venu à cette fête si ça n'avait pas été pour toi.

Elle me lance un regard méfiant. Les canards de l'étang, qui jusque là nageaient sereinement, s'envolent soudainement, attirant notre attention. Je les suis du regard puis reporte mon attention sur Ophie.

« Pourquoi j'ai l'impression que tu ne me crois pas ?

* Il peut aussi bien être venu pour toi.

« Ophie... commencé-je mais elle continue ses gestes.

* Il s'intéresse sûrement à moi parce que tu es avec Paul. Il serait avec toi si tu n'avais pas Paul.

« Qu'est-ce que tu racontes ?

* Je le vois dans son regard et dans la façon dont il parle de toi, parfois.

« Et qu'est-ce que tu vois dans son regard quand il te regarde toi ?

Elle baisse le regard.

* De l'amour aussi mais peut-être que j'y vois ce que je veux y voir.

« Non, c'est de ma faute si lui et moi avons toujours des sentiments l'un pour l'autre.

Elle me regarde, me sommant de m'expliquer.

« Tu sais que je suis la fille de la lune ?

Elle hoche la tête.

« Chez une petite partie des Quileutes, il existe un lien que l'on appelle l'imprégnation, c'est le même concept que l'âme-sœur mais pour moi, qui suis la fille de la lune, il y a un autre lien qui aurait dû être mon seul lien, normalement. Un lien mystique qui me lit à celui avec qui j'ai batifolé pour la première fois. Paul s'est imprégné de moi, ce qui fait de lui mon compagnon pour toujours mais il n'a pas été mon premier.

* Edward.

Je ne sais pas si c'est une question ou une affirmation.

« Oui, Edward. À ce moment, j'étais une fille normale. Pour moi et tout le monde, j'étais seulement la jumelle de la fille de la lune. Edward et moi sommes liés et c'est pour quoi nous avons toujours des sentiments l'un pour l'autre. Comme Paul l'a si bien dit, les sentiments ne se contrôlent pas mais nous contrôlons ce que nous en faisons. Du moins, si on n'est pas bourré.

Elle plisse les yeux.

« Je me suis saoulée à outrance et j'ai demandé à Edward de coucher avec moi, il a refusé parce que nous allions le regretter, tous les deux. Moi pour Paul et lui... pour toi.

Elle reste ébahie par ce que je viens de dire. Je ne sais pas si elle m'en veut d'avoir fait une proposition salace à l'amour de sa vie ou si elle est étonnée qu'il aie refusé une si jolie proposition.

« J'ai choisi Paul et même si je n'avais plus Paul, Edward te choisirait toi. Parce que c'est ce que le destin a prévu pour nous quatre. Paul et moi, Edward et toi. C'est toi, son âme-sœur, Ophélia.

Il est inutile et contre-productif de lui révéler qu'il m'a laissé la possibilité de le choisir, c'était avant qu'il la rencontre et ressente leur lien, ça ne compte pas et ce n'est plus d'actualité depuis qu'il a croisé son regard d'émeraude. Sa mâchoire inférieure se détache puis la stupéfaction passée, elle sourit émerveillée. Je me rends compte que je viens de voler la déclaration d'Edward.

« Pitié, ne révèle jamais à Eddy que je te l'ai dit. Et même, n'y pense jamais quand il te touche ou touche un truc qui t'appartient. En fait, oublie carrément que je te l'ai dit, comme ça tout rentrera dans l'ordre.

Elle se moque de ma panique, cachant son rire silencieux derrière sa main.

* Promis, je ferai semblant d'être surprise.

« Merci, soufflé-je, soulagée.

Nous retournons à la fête, nous retrouvons Edward et Paul discutant sur le trottoir, à une dizaine de mètres d'eux, un groupe de filles les regardent en chuchotant. Paul fait un signe de tête à Eddy pour lui signaler notre retour, celui-ci se tourne et son soulagement est apparent sur son visage.

« Tu veux toujours expérimenter la fête lycéenne ou tu ne préfères pas une fête plus restreinte ? S'enquiert Edward auprès d'Ophie.

* Plus restreinte ce serait mieux mais ma mère est à la maison.

« Allons chez moi, alors, propose Edward.

Nous retournons devant la maison d'Ophie pour récupérer la Volvo où nous l'avons laissée puis Edward nous ramène au royaume des légumes. Ophie semble encore ébahie par la demeure mais ce n'est peut-être que la seconde fois qu'elle la voit. Je me place près d'elle, pose mon bras autour de ses épaules et lance d'une voix solennelle :

« Tu vois devant toi le royaume des légumes où règne la terrible reine légumineuse. Gare aux pizzavores, chacun d'entre eux sera traqué, ligoté et gavé de brocolis.

Elle ricane et nous entrons dans le royaume. Edward me demande de venir l'aider à préparer les boissons et quelques gâteaux apéritifs alors nous laissons Paul et Ophie dans le salon.

« Tu lui as dit, n'est-ce pas ? M'interroge-t-il à voix basse.

« Quoi donc ? Feins-je l'innocence.

Il me lance son regard qui me montre qu'il n'est pas dupe.

« Qu'elle est mon âme-sœur mais tu sais déjà de quoi je parle.

« Comment as-tu deviné ?

« Sa façon de me regarder quand vous êtes revenues.

Je soupire.

« Elle avait besoin de l'entendre, me défends-je.

Il hoche la tête, il n'a pas l'air de m'en vouloir, ce qui me rassure.

« Il va falloir que je lui dise ce que je suis... et lui parler de Bidule.

« Ce soir ? Demandé-je.

Il hoche la tête.

« D'abord Bidule, je lui parlerai de moi quand nous serons seuls, tous les deux.

« Tu as vu Tanya, du coup ? Ou t'as réussi à l'éviter ?

« Je l'ai vue, je lui ai fait comprendre qu'elle n'était ni mon âme-sœur ni quelqu'un que j'appréciais.

« Elle est partie sans histoire ?

« Que voulais-tu qu'elle fasse d'autre ? Elle a, heureusement, un minimum de dignité.

Nous préparons ce qu'il faut, il pose trois verres sur un plateau et une bouteille de jus d'ananas. Je m'occupe de poser des ramequins avec des chips, des cacahuètes et des gâteaux apéritifs sur un autre plateau. Nous amenons le tout sur la table basse du salon devant laquelle Paul et Ophie sont installés. Edward s'assoit sur le fauteuil, je me pose de travers sur les genoux de Paul qui dépose un baiser sur ma joue une fois que je suis bien installée.

« Tu ne m'embrasses jamais sur la bouche en public, remarqué-je. Tu es pudique ?

Il fronce les sourcils.

« Vraiment ?

« Je te jure, tu ne le fais jamais.

« Je ne me rends pas compte, dit-il pensivement.

Il semble y réfléchir.

« Ouais, je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question.

Je me penche pour l'embrasser mais sa main agrippe mon menton pour détourner ma bouche de la sienne et il colle ses lèvres à ma joue, encore une fois. Je me redresse et plisse les yeux alors que son regard fait un rapide aller-retour entre Edward et moi. Oh, non ? Ne me dites pas que c'est à cause d'Eddy ?

« Tu es mal à l'aise de m'embrasser devant Edward ?

« N... commence-t-il à nier puis il ferme la bouche, réfléchissant.

« Je suppose que oui, fait-il finalement. Ça me semble mal de le faire, peut-être parce que c'est ton ex... ou peut-être parce que...

Il tourne la tête vers Ophie et je comprends qu'il ne veut pas trop en dire car il pense qu'elle ne sait pas pour le lien mystique.

« Je lui ai parlé du lien mystique, tout à l'heure. Tu penses que comme ce lien fait d'Edward ton alpha, tu ne peux pas m'embrasser devant lui ? Même si tu sais que lui et moi, c'est fini ?

« Ouais, je pense.

« Tu peux l'embrasser devant moi, ça ne me dérange pas, annonce tranquillement Edward.

Paul hoche la tête. Je refais une tentative et il ne tente pas d'esquiver, cette fois, il m'embrasse sans hésitation.

« Et bien, on sait maintenant que ce n'est pas de la rigolade, cette histoire d'alpha.

« Puisqu'on en est au temps des révélations, Bella et moi avons quelque-chose à t'annoncer, Ophie, déclare Edward.

Elle se tourne vers lui, elle doit se demander ce qu'il y a d'autre à savoir de plus que ce lien mystique.

« Bella est enceinte, lui annonce-t-il. De trois mois, je suis le père de l'enfant, nous l'avons appris récemment.

La nouvelle est un choc, ce qui est compréhensible quand on ne s'y attend pas. Nous attendons tous les deux la façon dont elle va le prendre. Elle nous regarde tour à tour avec le regard interrogateur. Je ne sais pas quelles questions tournent dans sa tête et j'appréhende sa prochaine réaction.

* J'imagine que ce n'était pas volontaire mais en êtes-vous heureux malgré tout ?

Ce n'est pas ce à quoi je me suis attendue. J'ai eu peur que ce soit un nouvel obstacle mais tout ce dont elle s'inquiète, c'est ce que nous ressentons vis-à-vis de ma grossesse.

« C'est probablement le seul enfant que je pourrais avoir, ne pouvant techniquement pas en avoir pour une raison que je t'expliquerai plus tard, alors oui, j'en suis heureux.

Ophie lui sourit puis se tourne vers moi pour obtenir mon impression.

« J'étais terrifiée alors je n'ai pas été ravie tout de suite mais maintenant, j'ai appris à être à l'aise avec l'idée d'avoir un enfant. Je ne peux pas dire que j'en suis heureuse mais je n'en suis pas malheureuse, en tout cas.

* Je suis certaine que ça ira, me rassure-t-elle.

Je lui souris, plus détendue. Elle le prend bien et n'a pas de crainte que ça perturbe sa future relation avec Edward ou alors, elle ne le montre pas.

* Est-ce que ma mère est au courant pour ta grossesse ? Me demande Ophie.

« Ouais, c'est elle qui l'a découvert, même. Pourquoi ?

* Elle m'a dit que tu n'étais pas une fille fréquentable.

« Quelle...

Je ne finis pas ma phrase, c'est quand même sa mère.

* Mégère ?

« Ouais, voilà.

La soirée se passe tranquillement, c'est assez amusant de voir les regards entre Edward et Ophie. Edward finit par lui proposer de dormir ici cette nuit, ce qu'elle accepte facilement. Je pense que ma chambre n'est pas la seule chambre d'amis disponible et au pire, Jasper et Alice doivent avoir laissé leur lit derrière eux. Edward n'a pas de lit mais Jasper et Alice sont en couple, ils en ont forcément eu besoin d'un.