Chapitre 41
Ophie et moi sommes sur le canapé, devant un film avec des bonbons, des gâteaux et des boissons sucrées. Ophie me tapote l'épaule, je me déplace pour être à moitié tournée vers elle.
* J'ai bien réfléchi et je voulais en parler avec toi, en premier lieu.
« Sur quoi ?
* Je voudrais être transformée en vampire.
Ça explique toutes les questions dans la semaine.
« Tu es sûre ?
Elle hoche la tête, déterminée.
« Maintenant ? Enfin, dans les prochains jours ?
* Non, je veux d'abord finir la terminale. J'aurais mon diplôme et 18 ans, je pourrais alors partir de la maison sans histoire.
« Tu es sûre d'avoir assez réfléchi ?
Elle hoche la tête.
* Ce n'est pas seulement pour vivre auprès d'Edward pour l'éternité, c'est aussi un moyen pour moi de tourner une page sur ma vie qui n'est pas celle que j'aurais voulu. Je veux décider de ma propre vie, je veux pouvoir m'épanouir et j'ai la sensation que je ne pourrais jamais le faire dans cette vie là. J'ai l'impression d'être enchaînée dans cette vie, d'être prisonnière de ce que ma mère pense de moi, je veux me libérer.
« Tu devras te nourrir de sang à même le cou d'un animal, la préviens-je.
Je n'essaye pas de la dissuader, je m'assure qu'elle a pensé à tout.
* Je sais, Edward m'en a parlé.
« Tu ne pourras pas tomber enceinte.
* De toute façon, ça ne pourra pas être celui d'Edward et je ne vois pas l'intérêt de tomber enceinte si ce n'est pas d'un enfant qui serait une partie de nous deux. Tu as toi-même parlé de fils adoptif, tu te souviens ?
Je souris et hoche la tête, c'est vrai que j'avais dit ça.
* Et puis, j'espère que tu me laisseras un peu m'occuper de Bidule.
« Évidemment, lancé-je. Ça va de soi. On ne sera jamais de trop pour s'occuper d'un bébé.
Elle me sourit, reconnaissante.
« Tu as visiblement bien réfléchi à la question, réalisé-je. Ton humanité ne te manquera pas ? Tu devras renoncer à tous ceux que tu connais ici, ta famille compris. On peut toujours utiliser un traitement médical pour justifier tes changements physiques, ça a fonctionné pour Eddy mais dans cinq ans, nous devrons tous déménager, ne vieillissant pas.
Vu sa relation avec sa mère et les paroles que cette dernière a pu avoir, je ne sais pas si renoncer à sa mère sera un problème.
* Seth va me manquer mais à part lui, il n'y a que vous trois qui comptez pour moi. Je serai auprès de vous et ça me convient.
« Seth fait partie des loups donc tu pourras garder contact avec lui même après notre départ.
La nouvelle la ravit.
* Alors rien de ce que je laisserai derrière moi ne me manquera.
Elle fronce les sourcils.
* Je vais pouvoir emmener Toc toc, n'est-ce pas ? Personne ne va vouloir le manger ?
« Non, ris-je. Le sang animal n'est pas si attirant pour que Toc toc puisse leur donner envie de manger mais je ne sais pas si Toc toc sera serein en présence de vampires. Je vais demander à Eddy.
Je prends mon téléphone et envoie la question au concerné :
Comment réagissent les animaux en votre présence ?
« Plus qu'à attendre sa réponse.
Réponse qui ne tarde pas à arriver :
Ils sont effrayés et fuient dès qu'ils sentent notre présence.
« Ah, fais-je. Les animaux sont effrayés par les vampires.
La déception imprègne le visage de ma meilleure amie. Je repose une question à Eddy :
Même les animaux domestiques ?
Ouais, j'ai croisé un chien en laisse avec son maître, une fois. Il était aux aguets dès qu'il m'a senti et quand j'ai été assez proche de lui, il s'est mis à tirer sur sa laisse comme un forcené en couinant. Maintenant, je change de trottoir dès que je vois un chien.
« Toc toc va être terrifié par les vampires, reporté-je à Ophie.
Elle se renfrogne.
* Je vais attendre que Toc toc ne soit plus là, alors. J'ai grandi avec lui, je ne peux pas l'abandonner.
« Je comprends.
* J'en parlerai avec Edward demain.
« Il n'y a pas cours demain, c'est les vacances d'automne.
* On a prévu de passer la journée ensemble.
Je lui envoie un sourire malicieux.
« N'oublie surtout pas de l'embêter, lui conseillé-je.
Je suis grosse. Bidule a visiblement grandi et s'est pas mal étalé, mon ventre est bien rond maintenant et le fait que Bidule n'aie pas atteint son stade final d'évolution me fait un peu peur. Mon ventre va encore grossir. Edward et moi l'avons vu à l'échographie du cinquième mois, hier, il était tapi un peu à gauche de mon ventre. Bon, on ne va pas se mentir, un fœtus, ça ne ressemble pas à grand chose mais Bidule est quand même un "pas grand chose" mignon. On ne veut toujours pas savoir si Bidule sera une fille ou un gars.
Je pose mon regard sur le berceau en bois blanc, posé dans cette pièce aux murs d'un vert pastel, très doux. J'ai choisi la couleur, je ne voulais pas de couleur criarde pour la chambre de Bidule. Cette pièce se situe pile en face de ma chambre, c'était à la base une pièce pour le dessin et la peinture. La villa est si grande qu'Esmée a probablement une pièce pour chaque activité.
La chambre de Bidule comporte uniquement son berceau et une table de lange. Il y a un bac à linge rempli de bodys pour bébé que nous avons été acheter en famille, Esmée, Edward, Paul, Ophie et moi. Nous attendons la livraison de la commode pour les laver et les y ranger.
J'aime que Paul et Ophie se sentent concernés par Bidule. Paul n'est pas prêt à être père mais il s'intéresse quand même à cet enfant à naître et ça me plaît. Quatre mois... c'est dans quatre mois. Je ne panique pas, n'ai aucune angoisse à l'idée de sa venue, je découvre même que je suis assez impatiente de faire la connaissance de mon bébé. Mes mains sur mon ventre, je guette le moindre petit mouvement. Je le sens bouger assez régulièrement, quand il cogne ses petites mains ou ses petits pieds contre la paroi qui l'entoure. J'ai l'impression d'avoir un alien à l'intérieur de moi, parfois. Je l'entends penser, de temps en temps, c'est de plus en plus fréquent depuis deux semaines mais si quelqu'un me touche, c'est lui qui l'entend, pas moi.
Nous avons préparé l'arrivée de Bidule de plusieurs façons. La chambre, les habits et mon permis de conduire. Carlisle a tenu à financer mon passage du permis, arguant que si je n'ai pas de chauffeur, je devrais être capable d'emmener Bidule chez le médecin en cas de maladie. Comme j'avais déjà fait des cours de conduite, deux mois ont suffit pour l'obtenir. Ça sera plus pratique si je veux faire des courses ou lorsque je pourrais me rendre à la réserve. Billy n'en est plus le chef, à l'heure actuelle. il a été destitué par le conseil du village et des élections sont prévues pour janvier.
Je quitte la chambre de bébé et descends au premier à la recherche de tout le monde, je les trouve rapidement car ils sont dans le salon. Enfin, Esmée, Paul, et Edward y sont, Carlisle travaille. Alice et Jasper ne sont toujours pas revenus de leur voyage. Je m'assois sur les genoux de Paul et lui souris.
« Nous ne sommes pas trop lourds, Bidule et moi ?
« Pas du tout, sourit-il.
Je reporte mon attention sur Esmée, installée sur le fauteuil qui nous sourit d'un air attendri.
« Esmée, l'interpellé-je. Je ne sais toujours pas comment vous avez rencontré Jasper et Alice ni même comment Carlisle est devenu un vampire. Tu voudrais bien nous raconter ?
« La transformation de Carlisle est toute bête, il s'est fait attaqué par un vampire mais celui-ci ne s'est pas nourri suffisamment, ça ne l'a donc pas tué. J'étais à la maison avec Edward, à ce moment et j'étais très inquiète lorsque je me suis rendue compte qu'il ne rentrait pas. Trois jours plus tard, il est réapparu et j'ai pensé qu'il était un frère jumeau ou un sosie vu que sa peau était très pâle et ses yeux bleus étaient devenus noirs. Je n'ai pas eu le temps de me questionner sur les sentiments que j'éprouvais sur cette copie de mon mari, il s'est jeté à mon cou et m'a transformée. Il m'a avoué ne pas avoir pu se contrôler, guider par l'urgence à l'idée que je pourrais mourir à tout moment. Étant médecin, il refusait de tuer le moindre humain pour se nourrir alors que sa vocation était de les soigner, c'est comme ça que nous avons essayé de nous nourrir à un animal. Trois mois plus tard, une petite vampire énergique nous a trouvé avec son compagnon, Alice et Jasper. Les visions d'Alice les ont conduit jusqu'à nous dans leur quête du remède.
« Vous aviez des réponses à leur fournir ?
« Non, sourit-elle. Elle pensait que nous étions une passerelle dans la bonne direction. Elle est persuadée que toi ou la magie que tu détiens est la clé pour le remède, d'une façon ou d'une autre.
Impossible, pensé-je. Ils se sont rapprochés de Carlisle et Esmée parce qu'un jour, ils retrouveraient leur fils devenu vampire lui aussi, fils qui avait un lien avec moi, la fille de la lune. Maintenant, je doute que ma guérison lunaire guérisse du vampirisme, sinon Edward serait redevenu humain.
« D'où le fait qu'elle aie admis que ne pas m'avoir prévenue était égoïste de sa part.
Esmée hoche la tête. Je regarde Paul, qui me scrute en silence. Avec le recul, je pense que je n'aurais pas voulu que les choses soient autrement. Si je n'avais pas mis les pieds à la réserve, je n'aurais jamais rencontré Paul. Si ça avait été Loona, je n'ose imaginer tout ce qu'elle aurait laissé passer. Je reporte mon attention sur Esmée.
« Du coup, continué-je. Votre vrai nom, c'est Masen et vous avez pris le nom de famille d'Edward pour votre identité actuelle ou votre nom est Cullen et vous l'avez donné à Edward quand vous l'avez adopté ?
« Cullen est le nom de naissance de Carlisle et nous lui avons effectivement donné notre nom à l'adoption.
« D'où vient Masen, alors ? C'est un nom inventé ou ton nom de jeune fille ?
« Mon nom de jeune fille est Platt. Masen est le deuxième prénom d'Edward, comme nous ne pouvions pas changer son prénom, nous lui avons choisi un deuxième prénom et nous l'utilisons parfois comme nom de famille, à défaut d'avoir eu notre fils près de nous.
« Oh.
Je me tourne vers Edward.
« À tout moment, tu t'appelles Edward Masen Masen, m'amusé-je.
« Heureusement, personne ne prononce les deuxième prénoms, réplique-t-il. À part les administrations, personne ne le saura.
« Si, parce que je t'appellerai sans arrêt "Edward Masen Masen".
« Tu ferais ça ?
« Bien sûr qu'elle le ferait, rit Paul.
« Tu me connais... Edward Masen Masen.
« Pour l'instant, c'est Edward Masen Cullen, de toute façon, sourit-il.
« Pour l'instant, dis-je avec lenteur pour accentuer le fait qu'il ne sera pas toujours à l'abri.
Il me lance un regard de dépit. Son téléphone sonne, il le sort et répond.
« Oui Alice ?
Edward se redresse vivement.
« Quoi ? Où est-elle ? ... Comment ça, tu sais pas ? … En forêt ? Putain, ça ne m'avance pas ! … Merci, j'te rappelle.
Il raccroche et se lève. Ça ne sent pas bon.
« Edward ? L'appelé-je.
Il se tourne vers moi et je vois la douleur et la peur dans son regard.
« Ophélia veut se suicider.
Je reste interdite. Quoi ? Je me lève des genoux de Paul, celui-ci et Esmée se lèvent aussi, alarmés.
« Je ne sais pas où elle est, Alice dit qu'elle est entourée d'arbres, elle peut être n'importe où.
Ça n'a pas de sens... pourquoi voudrait-elle se suicider ?
« Vous avez tous les trois une vitesse super sonique, vous pouvez parcourir la forêt par parcelle, non ?
« Je peux la pister, assure Paul. Il me suffit de capter son odeur et de trouver un endroit où elle est passé récemment, comme chez elle.
« Allons-y, ordonne Edward.
« Je viens avec vous, décidé-je.
Edward s'arrête.
« Tu es enceinte, je ne peux pas te porter sur mon dos et te porter dans les bras serait trop dangereux avec les arbres, je te cognerai la tête ou les pieds, je ne suis pas sûre de moi pour garder ma concentration sur l'environnement immédiat.
« Je peux monter sur Paul, dis-je.
« Si tu tombes...
« Je ne tomberai pas, le coupé-je. Arrête de nous faire perdre du temps.
Nous descendons, Paul se transforme et se baisse pour me permettre de monter et Edward me soulève pour me placer sans effort. Je m'agrippe aux poils de Paul et lui indique que je suis prête. Paul et Edward courent d'une vitesse égale en contournant la ville par la forêt pour atteindre la maison d'Ophie. Je n'arrive pas à croire qu'Ophélia veuille se suicider. Est-ce que la situation avec sa mère est plus grave que ce qu'elle m'a dit ? Nous arrivons derrière la maison d'Ophie, Edward me fait descendre pour que Paul se transforme à nouveau car Ophie a un voisin plutôt proche. Quand nous faisons le tour de la maison, on voit avec horreur Toc toc mort sur le pas de sa porte.
« Oh non, elle doit être anéantie, lâché-je d'une voix étranglée.
Je remarque une marque sur le dos de Toc toc, une blessure mais il n'y a pas de sang qui s'en échappe. Paul inspire vivement par le nez et je le sens se contracter.
« C'est un vampire qui l'a tué.
« Quoi ?
Edward panique et le fait davantage en me regardant.
« Mon bouclier marche sûrement contre les vampires, dis-je. Je serai plus en sécurité avec vous deux que si vous me laissez derrière.
Nous retournons dans la forêt, Edward me repositionne sur Paul retransformé en loup. Cette fois, Edward suit Paul, nous courrons à vive allure dans la direction que piste Paul. Il s'arrête brutalement de travers, barrant le chemin d'Edward et je me trouve projetée dans les airs. J'atterris dans les bras d'Edward qui a eu le temps de faire le tour pour me rattraper, mon cœur bat à vive allure.
"Peur" pense Bidule. Je cale ma main sur mon ventre en espérant qu'il le sente et se rassure. J'ai mal sur le côté de mes côtes, là où je me suis cogné contre le torse d'Edward mais ça ne sera rien de plus qu'un bleu. Il a heureusement pensé à se reculer en me réceptionnant pour amortir le choc. Il me repose sur mes pieds et fusille Paul du regard. Ce dernier cherche à toucher Edward, Eddy le comprend et pose ses doigts sur le côté du museau de Paul.
« Le vampire a suivi Ophie mais sa piste croise sans arrêt celle d'Ophie, comme s'il tournait autour d'elle sans arrêt. Je reconnais l'odeur de Lauren même si mon odorat n'est pas aussi développé que celui de Paul. Nous allons sur les traces de cette pute, continue tout droit dans cette direction, Ophie est proche d'après Paul et elle reste immobile.
Paul et Edward disparaissent rapidement, je me dirige dans la direction qu'Edward m'a indiqué, au bout d'une centaine de mètres, j'aperçois quelqu'un et suis soulagée qu'il s'agisse d'Ophélia. Elle a les mains plaquées sur ses oreilles, les yeux fermés d'où se déversent des larmes, elle semble crier mais son handicap l'empêche de produire le moindre son. J'accours vers elle, elle a un sursaut quand je la touche puis me prend dans ses bras quand elle réalise que c'est moi. Elle pleure dans mes bras et je la réconforte en portant attention à ce qui nous entoure mais il n'y a que le silence autour de nous. Elle finit par se reculer pour me parler.
* Je deviens folle. Toc toc est mort, quelqu'un l'a tué, il n'y a pas de trace de sang, il ne peut pas s'être déplacé jusque la porte pour mourir. J'entends des voix. Elles viennent de partout et nul part, les voix rigolent, me disent que je suis nulle, que personne ne veut de moi, elles disent que je devrais me tuer. Je deviens folle, j'entends des voix qui me disent des choses horribles.
J'attrape ses poignets pour l'empêcher d'en dire davantage.
« Tu ne deviens pas folle, c'est Lauren qui fait ça.
Elle me fait le signe des ciseaux avec ses doigts. Je me rends compte que ce n'est pas des ciseaux mais "deux". Je la relâche.
* Il y avait deux voix.
« Lauren et Tanya, lâché-je avec mépris.
Les salopes, putain. Qu'est-ce qu'elles cherchent à faire exactement ? Tanya atterrit d'un arbre derrière Ophie, je tire Ophie vers moi et me place entre elles deux.
« Tanya, putain, à quoi vous jouez ?
« Des félicitations s'imposent, à ce que je vois.
Elle sourit machiavéliquement.
« Ça ne m'empêchera pas de te tuer.
« Edward va arriver.
« Est-ce son bébé ? Ou celui du mec dont Lauren m'a parlé ? Elle l'a trouvé inquiétant, d'ailleurs, tu devrais faire attention à tes fréquentations.
« Oh, il est plus qu'inquiétant, lui lancé-je sournoisement.
« Puisque le plan n'a pas fonctionné, je vais devoir vous tuer toutes les deux, tant pis.
« Ça rimait à quoi, tout ça ?
« je voulais la pousser au suicide, m'informe-t-elle. Edward ne m'aurait jamais pardonnée si je la tuais mais si elle se suicidait... puis toi ensuite, vu que vous avez un lien merdique, là.
Je plisse les yeux. Elle m'a entendu le dire à Ophie, ce soir-là, près de l'étang, elle savait donc déjà qu'elle était son âme-sœur avant qu'Edward ne le lui dise ou alors elle nous a entendu lorsqu'elle est repartie de son entrevue avec lui. Elle est partie tranquillement pour fomenter un plan, pas du tout pour une histoire de dignité.
« Tu peux considérer que Lauren est morte, lui annoncé-je. Et tu peux te considérer morte également. Ce n'est qu'une question de secondes avant qu'ils n'arrivent.
Elle sourit avec mesquinerie et se propulse vers moi mais mon bouclier l'envoie à travers les arbres à des centaines de mètres de nous. Je me tourne et prends Ophie par le poignet et nous courrons à travers la forêt. Je nous emmène derrière le premier truc capable de nous cacher. J'oblige Ophie à s'agenouiller derrière l'amas de hautes fougères et lui prends la main. Ophie est complètement terrifiée, je le suis aussi et même si je ne l'entends pas, je sais que Bidule ressent ma peur également puisqu'il ressent toutes mes émotions fortes. Je place mon index sur ma bouche pour signifier à Ophie de ne faire aucun bruit.
Tanya apparaît soudainement à côté de nous mais... de l'autre côté, si bien que rien ne nous cache d'elle. Je pensais bêtement qu'elle reviendrait sur ses pas et nous poursuivrait mais pas qu'elle ferait une diagonale. Cependant, elle semble nous chercher partout sauf là où nous sommes. C'est insensé. Peut-elle être aussi stupide ? J'entends des pas, des pas sourds d'un animal lourd et je pense à Paul. Tanya regarde en arrière, apeurée puis disparaît, j'entraperçois le loup de Paul la poursuivre.
Ne sachant pas si les deux pestes sont toujours un problème, je ne bouge pas, Ophie m'imite. La position à genou devient douloureuse mais j'essaye de passer outre pour le bien de notre survie. Edward et le loup de Paul réapparaissent, ils sont toujours inquiets donc l'une des deux est toujours en vie, peut-être les deux. Ils cherchent partout autour d'eux, je me demande s'ils cherchent vraiment les deux pestes ou si c'est nous qu'ils cherchent. Ils n'ont jamais posé le regard sur nous, comme si cette partie de la forêt n'existait plus pour eux. Paul couine et hurle, son cri de loup me brise le cœur. Il semble anéanti. Il se retransforme et je le vois supplier Edward du regard.
« Elle est morte, annonce-t-il avec terreur.
« Non, elle ne l'est pas, grogne Edward. Elles ne le sont pas, aucune d'elle, je ne le permet pas.
« Je ne la sens plus, je ne sens plus leur odeur, elles sont mortes.
Oh merde, ils pensent que nous avons été tuées. Ophie se lève et m'aide à me relever, les mecs n'ont toujours pas décelé notre présence. Nous faisons un pas mais en même temps, ils se déplacent pour chercher entre les arbres un indice de notre présence.
« Edward, Paul ? Les appelé-je.
Aucune réaction. Je touche Edward qui est le plus proche de moi, il se tourne et écarquille les yeux en nous voyant. Son regard fait l'aller-retour entre Ophie et moi, ses sourcils sont froncés, un mélange de surprise et d'incrédulité, comme si nous voir était inconcevable. Il lève la main et la pose sur la joue d'Ophie, son autre main fait la même chose sur ma joue à moi.
« Bells, Ophie, lâche-t-il en nous attrapant pour un câlin collectif à trois.
« On va bien, lui dis-je. Vous les avez eues ?
« Nous avons eu Lauren mais Tanya a réussi à fuir.
Il n'a pas très envie de nous relâcher, visiblement.
« Plus jamais, souffle-t-il.
« On va bien, répété-je.
Il consent à nous libérer, je passe entre Edward et Ophie pour câliner Paul qui me regarde avec incompréhension. Ses bras m'entourent, son nez se faufile dans mes cheveux, je l'entends me sentir une, deux, trois fois. Il me recule et me maintient avec ses mains.
« Tu es vraiment là ?
« Ben oui, tu vois bien, non ?
« Je te vois, je sens que je te touche mais j'ai l'impression que tu n'es pas là, j'ai toujours envie de regarder autre part que vers toi. Je suis obligé de me forcer pour t'avoir dans mon champ de vision et j'ai l'impression que mon cerveau n'arrive pas à assimiler que tu es là.
« C'est pareil pour moi, affirme Edward. Ophie aussi jusqu'à ce que tu lui lâches la main. C'est un pouvoir que tu as, apparemment.
« Encore un pouvoir ? M'étonné-je.
« Peut-être une partie inhérente de ton bouclier ?
Edward amène Ophie à lui pour la câliner tandis que Paul se déplace sur le côté pour m'entourer de ses bras et avoir le plus de corps en contact avec le mien.
« Je déteste ne plus te sentir et cette sensation que j'ai aussi, j'ai l'impression que tu n'existes plus.
« J'existe et je suis là, juste dans tes bras, pour toujours.
« Je t'aime aussi, répond-il.
Je l'embrasse puis je me tourne vers Edward et Ophie, elle sanglote dans ses bras. Elle se recule et signe.
* Elles ont tué Toc toc. Comment ont-elles pu faire ça ? Je sais que j'ai l'air idiote de pleurer pour un chat mais...
« Mais rien du tout, la coupé-je.
Je m'approche, me défaisant des bras de Paul, j'essuie ses larmes et laisse mes mains autour de son visage.
« C'était Toc toc, ton meilleur ami et le meilleur chat du monde. L'Univers devrait lui rendre hommage.
Elle hoche la tête.
* Je veux me venger.
Elle se tourne vers Edward.
* Transforme-moi. Je veux la tuer moi-même.
Edward entoure son visage et l'embrasse.
« Je te transformerai mais pas aujourd'hui. Tanya peut attendre, d'abord, on va rendre hommage à Toc toc comme il se doit. On va l'enterrer et nous allons rester avec toi, tu nous parleras de Toc toc et il sera toujours dans ton cœur et vivra dans nos souvenirs.
Ophie hoche la tête, ses joues baignées de larmes. Nous retournons vers la maison d'Ophie à pied. Devant Toc toc, Ophie se baisse et le caresse, elle prend la tête de Toc toc dans l'une de ses mains comme s'il dormait. Elle le repose doucement et se relève et revient vers nous, une expression étrange sur le visage, elle s'agite.
* Ce n'est pas Toc toc. Toc toc a le visage plus arrondi, c'est le chat du voisin. Elles ont confondu les deux chats. Toc toc est vivant !
La nouvelle est un tel soulagement. Enfin, pas pour le chat du voisin et le voisin lui-même mais égoïstement, je préfère qu'Ophie n'aie pas perdu Toc toc de façon si cruelle. Ophie a les deux mains devant sa bouche et sautille de joie et de soulagement. Le soulagement passé, elle se calme et regarde le chat mort sur le devant sa porte.
* Je suis triste pour le chat du voisin, je pense qu'on devrait l'enterrer et lui rendre hommage quand même. Il s'est sacrifié malgré lui pour Toc toc.
« Bien sûr, accepte Edward.
Ophie enveloppe le petit corps dans une serviette blanche et nous l'emmenons dans la forêt avec nous. Paul se transforme et, sous sa forme de loup, lui creuse une tombe. Ophie dépose le chat et la serviette qui l'entoure dans le trou puis elle recouvre le corps de terre jusqu'à ce que la tombe se rebouche entièrement. Elle regarde autour et récupère une branche cassée, elle la plante au dessus de la tombe en guise de branche tombale.
* Je suis désolée de ce qui t'es arrivé, signe Ophie devant la tombe. Tu es mort à cause de la perfidie de deux démons qui t'ont pris pour mon chat dans le seul but de me faire du mal. J'espère que tu n'as pas souffert. Tu ne méritais pas ça et je te vengerai comme il se doit.
